Juillet 2016

Éditorial par Fernand Schwarz, Président de la Fédération des Nouvelle Acropole

 

Vingt-deux ans après !

 

«Je proteste, donc j’existe !». Notre société est en conflit pour défendre, non pas des revendications matérielles, mais l’identité de groupes, qui se sentent dévalorisés ou poussés en marge de la société. La crise est identitaire et la lutte est d’ordre symbolique. Nous commençons à vivre le «danger de transgresser les croyances collectives, largement ancrées dans l’affectif, l’instinctif et l’émotionnel».

Ces notes personnelles que j’ai retrouvées ont été écrites en 1994… À cette époque, la France vivait beaucoup de soubresauts sociaux qui ont dégénéré en violence urbaine. Voici ce qu’écrivait la presse en 1994 : «Née dans les banlieues, la violence est entrée, jeudi, au cœur des villes. Un peu partout en France, des manifestations anti CIP (1) ont dégénéré… Les casseurs de demain risquent de se retrouver dans cette "génération" de la crise. La nouvelle culture "spont’ex" basée sur l’éphémère et l’absence de toute référence morale ou religieuse, ne semble vouloir s’extérioriser qu’à travers une révolte construite, sur une violence spontanée et incontrôlable».

À l’époque, le sociologue français Didier Lapeyronnie expliquait : «Si vous privez les gens d’avenir, vous privilégiez leur goût de la rupture… Alors les jeunes auront tendance à ne plus vouloir une société qui ne veut pas d’eux… Ils se sentent non seulement exclus mais méprisés.»

Parallèlement, le cardinal-archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger, dénonçait les ruptures irréparables de nos sociétés développées, expliquant que notre société fabriquait ses propres barbares et qu’en dépit de leurs avancées matérielles, politiques et économiques, des civilisations anciennes, même des plus raffinées, disparurent, en raison de leur défaillance interne. La cohésion sociale était déjà considérée en danger à l’époque.

 

Vingt-deux ans après, les foules sentimentales semblent encore en quête d’idéal et les conseils et réflexions ne semblent pas avoir été entendus.

En 1994, l’on pouvait parler de simple lutte symbolique mais avec le temps, la violence s’est emparée des luttes sous forme de terrorisme ou de casseurs qui agissent sans réflexion. L’irrationnel s’est installé et des formes archaïques de fonctionnement social réapparaissent dans un profond entêtement de surdité mentale. «Moral est ce qui bénéficie au parti», il n’y a plus de conscience ni de réflexion individuelles. Alors le dialogue s’avère impossible car il n’y a plus de perspective commune pour transcender les différences. Avec la perte de la dimension transcendante qui peut nous relier au Bien commun, chaque strate de la société se réfugie dans des sous-langages qui reflètent leurs sous-idéologies, et dans des visions réductrices et parcellaires que chacun prend pour la vérité. Pour se singulariser, provocation et violence deviennent des «faits» normaux. À l’instar du langage de la jeunesse utilisant sms, tweeter autour de quelques centaines de mots, les grandes valeurs spirituelles, politiques et sociales sont devenues des sous-idéologies soumises à des sous-langages.

 

En même temps, un profond besoin de quête de spiritualité est ressenti par un grand nombre, notamment parmi la jeunesse. Pour certains, elle est une forme de résistance à la logique du système capitaliste.

 

En réalité, nous sommes confrontés à un vide métaphysique et politique. Ce dernier a produit un profond désarroi et un sentiment de vacuité qui, pour certains, peuvent conduire à des expériences meurtrières. Cependant, il a permis également de faire émerger des courants optimistes. Jamais les rayons des librairies n’ont été aussi fournis en livres sur le bonheur, et les films qui traitent de l’écologie tels que Demain, En quête de sens, l’Éloge de l’optimisme, ainsi que les ouvrages de développement personnel et de spiritualité connaissent un franc succès.

Le journaliste québécois Jean-Benoit Nadeau (2) a peut-être trouvé la clé : «Le non-pessimisme est présent dans la société française, mais ne s’exprime pas. Ce n’est pas que les Français ne soient pas optimistes, mais ils le réservent pour le privé». Alors, selon une enquête menée par des sociologues de la Sorbonne, bien que 70 % des Français se disent peu confiants quant à l’avenir de la société, le résultat s’inverse par rapport à leur avenir personnel. On ne retrouve que 31 % de pessimistes.

 

Et si l’on décidait de renverser l’expression de nos convictions, cela serait la plus grande révolution culturelle pour le XXIe siècle en France.

Profitons des vacances pour prendre de bonnes résolutions !!!

 

(1) Contrat d’insertion professionnelle

(2) Bonjour effect, traduit en français par L’effet Bonjour : les codes secrets de la conversation française de Julie BARLOW et Jean-Benoit NADEAU, Éditions Odile Jacob, 2016