Aller à la page Formation aux Sagesses d'Orient et d'Occident

Agenda

Consulter l'agenda complet

  • Grandes oeuvres philosophiques. Propos sur l'éducation d'Alain
    jeudi 27 avril 2017 de 10h à 12h
    19 bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. La crise de la culture d'Hannah Arendt
    jeudi 4 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. Le phénomène humain de Teilhard de Chardin
    jeudi 11 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

Janvier 2012

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

2012, l'année de la responsabilité ?

 

Un débat planétaire a été lancé sur la répartition des pouvoirs et des richesses et il ne semble pas s’essouffler.

Le magazine Time a choisi comme personnage de l’année, l’image collective du contestataire. C’est avec une énergie inconnue depuis des décennies, qu’émerge, même accompagné de ses disparités, doutes et contradictions, ce mouvement qui renferme en lui-même un potentiel considérable de transformations. Toutes les manifestations auxquelles on assiste, que ce soit celle du Printemps Arabe, à Madrid ou encore à Wall Street, malgré leurs différences, sonnent des alertes aux classes dirigeantes, leur rappelant que les choses ne peuvent plus continuer ainsi et que le système qui contentait tout le monde à l’époque de «l’abondance» n’est plus un système valable dans une époque de carence. C’est l’idée même du leadership qui est remise en question.

 

Comme le dit le Time, le peuple se plaint de l’échec des dirigeants traditionnels et de l’irresponsabilité des institutions, des politiciens qui ne voient pas au-delà de leurs prochaines élections et se refusent à prendre des décisions difficiles contre toute attente. Le leadership pousse du fond de la pyramide, réclamant aux uns et aux autres d’assumer leurs responsabilités.

 

Le professeur d’histoire arabe au collège de France, Henri Laurens nous rappelle que l’Occident, pour se penser en tant qu’Occident, avait besoin de définir un autre, l’Orient, pour nourrir son sentiment de supériorité. Et les Orients se sont construits dans la référence à l’Occident et à la modernité. Après l’impérialisme, établi à la fin du XVIIIe siècle et ensuite la mondialisation, nous sommes devant un troisième état historique, l’universalisation, qui produit des tensions comme la culture du ressentiment dans le monde musulman et celle de la revanche dans le monde asiatique. Nous assistons à l’émergence d’une géopolitique de l’émotion (1).

 

À côté du scénario actuel de la globalisation, il faut ajouter une carte mondiale des émotions : l’espoir dans les pays d’Asie, spécialement en Chine et en Inde, l’humiliation dans le monde arabe et musulman, la peur en Europe et aux Etats-Unis, l’orgueil mais aussi la peur du vide démographique en Russie, l’Afrique entre l’espoir et le désespoir, sans parler des populismes triomphants en guise de réponse à la peur et à l’humiliation en Amérique Latine. Les émotions dominent le monde et la raison s’éloigne. Voici notre constat pour 2012.

 

L’Occident n’est plus un modèle. Il ne faut pas confondre l’attrait et le partage des technologies avec l’idée de communier dans des valeurs partagées par tous. Un nouveau monde est en gestation. Comme disait Paul Valéry «Le monde auquel nous commençons d’appartenir, hommes et nations, n’est pas une figure semblable du monde qui nous était familier. Le système des causes qui commande le sort de chacun d’entre nous, s’étendant désormais à la totalité du globe, nous fait résonner tout entier à chaque ébranlement».(2)

 

Mais le Printemps arabe nous démontre aussi que le fonctionnement de l’Histoire continue à suivre des invariantes connues. Après l’envolée lyrique, c’est le retour au réel. La force dominante dans le monde arabe est l’islamisme et pas les jeunes gens courageux qui ont risqué leur vie au nom de la liberté. Les révolutions ne bénéficient pas toujours à ceux qui les ont initiés et les effets de la technologie, twitter, facebook et autres réseaux sociaux n’ont rien pu faire contre les partis des militants bien organisés sur le terrain. Le terrain a vaincu le virtuel. Les élections ne se gagnent pas dans les Cybercafés. Ce sont les excès des dictateurs déchus et leur acharnement pour éviter toute opposition laïque qui a créé le terrain naturel pour la victoire des islamistes. L’identité arabe étant aujourd’hui en perte de vitesse à cause des échecs passés du panarabisme, ces peuples ne peuvent que se reconnaître aujourd’hui dans le socle identitaire de l’Islam. Maintenant c’est l’Islam qui est éprouvé par le réel et qui devra prouver qu’il peut agir au-delà du sentiment d’humiliation et du repli vers son passé.

 

Le défi est considérable mais pas impossible, si leurs dirigeants tiennent compte du bonheur de leurs peuples. Pour faire face à la géographie des émotions qui perturbe tout le globe, le défi actuel serait que cet élan de transformation qui est partagé par une grande majorité, ne se tourne pas vers la petitesse et la facilité des passions mais puisse engendrer des sentiments supérieurs de générosité, de responsabilité, de justice et de solidarité, pour construire non seulement des sociétés nouvelles mais meilleures. Pour cela, personne ne doit faiblir dans ses propres responsabilités et penser que d’autres le feront pour lui. C’est sur le terrain que l’on change l’Histoire.

 

Voici, chers lecteurs, mes vœux pour l’année 2012.

 

(1)    Dominique Moïsy, La géopolitique de l’émotion, Flammarion, 2009

(2) «Rien ne paraît plus facile que de déterminer les vrais intérêts d’une nation, qu’il ne faut pas confondre avec ses vœux. L’accomplissement de nos désirs ne nous éloigne pas toujours de notre perte». Paul Valéry, Regards sur le monde.