Février 2010

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Apprendre la vie de la mort

 

«La mort est une certitude à laquelle rien n’échappe. Pourtant l’événement ne laisse jamais indifférent, quelle que soit la croyance en l’existence ou non d’une vie post-mortem ; elle est toujours perçue par les proches comme une rupture avec le cours ordinaire de la vie.» Le propre de l’homme, ce qui l’a rendu humain, c’est qu’il a intégré dans sa conscience la capacité à faire le deuil. Le deuil apparaît comme une transition indispensable à chaque départ. Il permet de faire le point, de pouvoir exprimer ses sentiments vis-à-vis de ceux qui nous quittent et de mieux les comprendre.

 

Le deuil incite à faire naître une image dépouillée et essentielle ; en le faisant, nous nous dépouillons également.

 

Comme l’a exprimé François-René de Chateaubriand, «Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts, les morts au contraire instruisent les vivants».

 

Le dramaturge Luc Bondy, dans son dernier roman À ma fenêtre (1), fait jaillir cette lumineuse idée : «C’est quand un être n’est plus qu’on le perçoit le plus.»

 

L’apprentissage de la mort commence depuis notre naissance. À chaque instant nous sommes confrontés à l’impermanence dans notre environnement mais aussi en nous-mêmes. Tout vrai changement nous oblige à nous détacher d’une ancienne idée ou sentiment, parfois même de personnes que nous aurions pu aimer, des lieux qui nous ont inspiré. Sans ce détachement, nous ne pouvons pas renaître aux nouvelles circonstances et défis qui s’opposent à nos vies. L’existence n’est pas la rigidité. En apprivoisant les défis de la mort, dans tous ses aspects, nous apprenons à vivre à chaque instant.

 

(1) Paru aux éditions Christian Bourgeois, 2009