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Janvier 2015

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

En 2015, dans quel monde vivrons-nous ?

 

 

En fin de chaque fin d’année, et au début de chaque nouvel an, nous sommes tentés de faire le point.

2014 fut une année de déstabilisation mondiale, avec les évènements en Ukraine, en Afrique, au Moyen-Orient et dernièrement les actions meurtrières en Australie, en France et ailleurs. En toute légitimité, nous pouvons nous poser la question : dans quel monde vivons-nous et comment pouvons-nous vivre dans ce monde ?

 

La France est passée de la haine de soi en mai 1968, à l’ignorance de soi, laissant orphelins des millions de personnes qui cherchent des repères, une identité et un destin. Ceci n’excuse pas ceux qui essaient de combler leur désarroi, épousant des causes meurtrières ou ceux qui s’échappent pour ne rien voir.

 

En décembre 2014, lors de mon dernier cours sur la Philosophie et l’Histoire, je voulus dialoguer avec les participants et les  interroger, afin qu’ils m’expliquent dans quel monde ils pensaient vivre. Voici quelques-unes de leurs réponses : «Je vis dans un monde dormant ; dans ce monde, la vie commence avec l’école qui est pleine d’informations superficielles mais qui ne contient rien pour la curiosité et l’imagination. C’est une éducation pour s’adapter à une vie matérialiste sans examen. Rien sur la vraie nature de la vie et l’on ne me pose jamais les questions les plus importantes : pourquoi sommes-nous-là et que faisons-nous là. Qui sommes-nous ? Nous ne réfléchissons pas sur la mort».

 

«Le monde dans lequel je vis est violent, injuste, où l’être humain égoïste et agité poursuit une course folle à la réussite matérielle de sa vie.»

 

Les films de science-fiction de la fin des années 70, Mad Max, Blade Runner, Dune, qui décrivaient des sociétés barbares, robotisées, à court de ressources, paraissaient totalement imaginaires. Or, je constate qu’ils étaient quasiment prémonitoires !

 

J’ai également demandé aux participants dans quel genre de monde ils souhaitaient vivre et comment ils s’y prenaient :

«J’ai compris que je peux choisir de ne pas m’identifier aux images et aux normes que veut m’imposer ce monde». «Et ce monde est si beau à qui sait le regarder et le sentir avec son cœur». «Je veux vivre dans un monde dans lequel les valeurs seraient différentes, un monde dans lequel la vertu serait le plus important, un monde dans lequel les gens seraient plus connectés à la nature, un monde plus juste et beaucoup moins violent».

«Pour vivre dans ce monde, pour être responsable, je m’efforce au quotidien de m’améliorer dans ma vie intérieure et d’éveiller et de vivre cette fraternité qui doit nous unir, nous les hommes avec nos différences».

«Ce qui est difficile c’est de vivre le décalage, de trouver l’équilibre entre ce monde spirituel et cette société où règne l’égocentrisme. Il faut pourtant que j’y  arrive, car c’est ici, sur cette Terre qu’est le challenge.»

 

La plupart des participants ont démontré une extraordinaire vitalité pour vaincre «l’égocratie» ambiante et vouloir construire quelque chose de nouveau et de meilleur. Des frémissements sont en route.

À la fin de l’année dernière, j’ai croisé d’innombrables initiatives de groupes de maraudes qui agissent en solitaire. Beaucoup de personnes veulent aider et participer à construire et à vivre ensemble. Il faut leur dire qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne sont pas des cas isolés mais des fragments d’une société qui veut se recomposer avec une autre vision du monde.

 

Cela m’a rappelé le discours final du film Le dictateur de Charlie Chaplin, sorti en mai 1938, à un moment sombre de l’humanité et qui constitue un extraordinaire chant d’espoir et de réconfort, et qui pourrait s’appliquer presque mot pour mot aujourd’hui : «Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas lui donner le malheur. Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche, elle peut nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et libre mais nous l'avons oublié. L'envie a empoisonné l'esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les machines qui nous apportent l'abondance nous laissent dans l'insatisfaction. Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à force d'intelligence, nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons pas assez. Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d'humanité. Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités humaines, la vie n'est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l'être humain, que dans la fraternité, l'amitié et l'unité de tous les hommes. […] Il faut tous nous unir, il faut tous nous battre pour un monde nouveau, un monde humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité.»

 

Chers lecteurs, avec de tels encouragements, je ne peux que vous souhaiter une très belle année 2015 !