Février 2011

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Il est urgent de retrouver notre temps intérieur

À trop vivre dans l’immédiat, nous perdons peu à peu les bénéfices de la durée, qui est au cœur de tous nos processus de maturation intérieure. D’importants colloques ont eu lieu et ont lieu actuellement, réunissant sociologues, psychologues, scientifiques et philosophes, pour explorer la relation de l’homme actuelle au temps. Ils s’inquiètent de la tyrannie croissante qu’exercent l’immédiateté, la précipitation et l’urgence dans nos vies. Si les nouvelles technologies nous ont désormais plongés dans le règne de l’instantanéité, nous avons en même temps perdu prise sur le temps et son sens.

 

D’autre part, notre mode de vie nous «presse» à un point tel qu’il nous empêche d’avoir le recul nécessaire et surtout d’entrevoir l’atemporel qui se cache dans l’instant. Sans que nous nous en rendions compte, nous nous retrouvons déchirés entre ce que nous appelons le temps extérieur ou social, que nous avons du mal à gérer, avec ses contraintes d’organisation qui nous pressent pour nous adapter au monde, et le temps intérieur qui nous réclame un rythme plus profond pour pouvoir en extraire le goût de vivre et le sens.

 

De nombreux experts conviennent qu’actuellement beaucoup d’entre nous sont déphasés dans la perception de ces différents temps. Désœuvrés, beaucoup d’entre nous s’empressent de remplir leur emploi du temps avec beaucoup d’activités de toutes sortes, sans y réfléchir et se retrouvent à multiplier des relations éphémères, dans lesquelles le règne du non-durable s’installe. Ceci ne s’accorde pas avec nos besoins profonds. Tous les grands passages de nos vies comme le fait de grandir, apprendre, éduquer, traverser un deuil, réclament du temps. «Aujourd’hui, nous  n’avons plus le temps d’incuber les évènements et le temps de les élever au statut d'évènements psychiques» regrette le psychanalyste Roland Gori et «bien sûr, nous pouvons nous adapter en développant un "faux self" à moins d’emprunt, mais que deviennent le rêve, nos mémoires, les mythes dans cette société qui matérialise le temps à ce point ?»

 

Le philosophe Marcel Gauchet insiste sur l’importance d’apprendre à réconcilier ces deux temps qui rythment nos vies, celui de la construction sociale qui est artificiel et celui de notre temps intérieur qui nous permet de traverser les difficultés de nos vies. Pour cela, il faut que nous acceptions de sortir du conformisme, de développer notre jardin intérieur et de nous exprimer de façon plus authentique, en réussissant dans un premier temps à faire de petites pauses en journée, à nous concentrer sur des idées, des images et des sentiments qui nous permettent de prendre du recul et d’élever notre conscience. Ce n’est pas une question de temps mais de qualité de temps. Quelques minutes suffisent parfois. Il ne faut pas simplement chercher des moments agréables mais également avoir des projets d’existence, des finalités qui nous permettent d'exprimer notre vrai potentiel et de partager nos richesses profondes avec ceux que nous aimons. Dans ces temps turbulents, s’il y a une urgence, c’est celle de décider de redevenir acteur de sa vie.