Décembre 2015

Éditorial par Fernand Schwarz, Président de la fédération Des Nouvelle Acropole

 

La spiritualité, l'enjeu de demain ?

 

Le 13 novembre 2015 a marqué un tournant  dans la conscience de nos concitoyens. Cette fois-ci,  on n’a pas voulu s’attaquer à une catégorie ou à une communauté en particulier. L’Âme de la France et la jeunesse ont été touchées. Nos pensées vont aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’aux blessés qui devront envisager une profonde reconstruction d’eux-mêmes,  pour réapprendre à vivre autrement.

 

L’expression du cœur est aujourd’hui indispensable et nous ne pouvons pas céder à la panique ni à la paralysie. Nos écoles à Paris et en province ont spontanément ouvert leurs portes  pour aider ceux qui voulaient partager et s’exprimer. Nous devons favoriser le dialogue et l’expression de la fraternité et de la solidarité. Notre posture doit être non violente, mais en même temps, capable d’apporter des moyens pour que notre entourage, nos amis, voisins… puissent sortir de l’impuissance qui, non seulement paralyse, mais génère de la colère et de la haine. Comme l’exprimait Napoléon Bonaparte : «Le triomphe n’est pas toujours de vaincre mais de ne jamais se décourager».

 

Quand l’homme se prend pour Dieu, il nie la spiritualité. Cette soif de toute-puissance, de vouloir tout maîtriser, d’avoir le pouvoir sur tout, sur la Nature ou sur les hommes, a occasionné des dégâts considérables, comme nous le constatons aujourd’hui, avec les réflexions de la Cop 21 et les gâchis inutiles provoqués par les fanatiques.

 

La séparation de l’Église et de l’État ne doit pas conduire à une exclusion du spirituel de la société. La spiritualité n’est pas en opposition ni une menace pour la République. Comme je l’ai exprimé par le passé, la laïcité a aussi sa sacralité (1) et nous le voyons très bien aujourd’hui, avec le retour d’emblèmes et de symboles jusque-là délaissés, tels que le drapeau tricolore. Certains ont pensé quAndré Malraux s’était trompé lorsqu’il avait déclaré que le XXIe siècle serait spirituel ou ne serait pas. Et les derniers évènements nous rappellent brutalement que la spiritualité est bien l’enjeu de demain.

 

Face aux agressions que nous subissons, la défense ne peut pas être simplement d’ordre matériel. Ce n’est pas le niveau de vie ou les armes qui permettront de gagner la bataille qui est devant nous mais les convictions et la force morale. En cela, la spiritualité acquiert sa légitimité et son importance, puisque c’est elle qui permet à l’être de se redresser et de faire face à l’inconnu.

 

Comme l’exprimait Bertrand Vergely dans sa dernière conférence à Paris (2), l’esprit ne se comprend pas si l’on ne vit pas : «Si je veux saisir l’esprit avec mon intellect prédateur,  je ne pourrai jamais le comprendre, ou ce que j’appellerai l’esprit sera seulement une réaction entre atomes, ou bien un effet chimique des molécules dans mon cerveau».

La spiritualité est une expérience de l’Être qui permet de pénétrer une réalité qui est derrière la réalité. Elle produit un sentiment de plénitude et d’émerveillement et de ré-enchantement qui nous permet tout simplement d’aimer avec tout notre être.

 

Bertrand Vergely dit encore : «C’est l’expérience de l’éclosion de l’inouï à l’intérieur de l’existence […] qui nous parle d’infini». Lorsqu’il se pose la question de ce qu’est l’esprit, il nous rappelle que c’est la découverte d’une seconde vie à côté de la vie quotidienne, ces moments où le temps s’arrête, où il est suspendu, parce que l’on est passé de l’autre côté du miroir, que l’on va au-delà des apparences et que l’on découvre le caractère éblouissant, fulgurant de l’existence.

 

Comme l’indiquait Délia Steinberg Guzman (3), l’amour pour les autres, pour l’Univers et la Nature, «ce n’est pas l’amour particulier destiné à une personne ou à une autre. C’est comme si notre cœur devenait irradiant et pouvait se déverser en chacun,  parce que tous ont quelque chose de bon. […] Sans amour, la fraternité n’est pas possible».

 

Pour mettre en pratique une manière positive d’agir qui nous régénère, nous devons également comprendre que la spiritualité n’est pas le déni des réalités. Comme le dit encore Délia Steinberg Guzman, «la spiritualité, c’est voir les choses comme elles sont et non comme nous aimerions ou voudrions qu’elles soient. Quelqu’un qui a activé son esprit voit vraiment les choses comme elles sont, les accepte comme elles sont, et travaille avec elles. Il ne peut y avoir de transformation ou d’alchimie sans acceptation des vérités et des choses telles qu’elles sont.»

 

Tels sont nos défis individuels et collectifs pour réussir à ré-enchanter un monde qui en a bien besoin !

 

(1) le Sacré camouflé ou la crise symbolique du monde actuel, Fernand SCHWARZ, éditions Cabedita, 2014

(2) Conférence de Bertrand Vergely, «Les trois visages de la spiritualité», Théâtre Adyar à Paris, mercredi 25 novembre 2015

(3) Présidente de l’association internationale Nouvelle Acropole