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Février 2016

Éditorial par Fernand Schwarz, Président de la fédération des Nouvelle Acropole en France.

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Le monde est devenu plus inégalitaire et la tendance s’accélère

 

 

Pour Winnie Byanyima (1), directrice d’OXFAM International (2), «le monde est devenu plus inégalitaire et la tendance s’accélère». L’ONG dénonce le rôle des paradis fiscaux et interpelle les participants au forum économique mondial de Davos (3).

7600 milliards de dollars détenus par des individus sont placés dans des paradis fiscaux. Ce chiffre représente plus de deux fois et demie le PIB (4) annuel de la France et selon Gabriel Zeman (5), professeur à l’Université de Berkeley en Californie, si les revenus provenant de cette richesse étaient imposés, ils rapporteraient annuellement 190 milliards de dollars aux États du  monde.

«Les entreprises multinationales et les riches élites ne suivent pas les mêmes règles que les autres, en refusant de payer des taxes dont la société a besoin pour fonctionner. Le fait que 188 des 201 premières entreprises mondiales soient présentes dans au moins un paradis fiscal, montre qu’il est temps d’agir», estime la directrice de l’OXFAM. Selon l’ONG, 9 entreprises sur 10 appartenant aux «partenaires stratégiques» du Forum économique de Davos sont présentes dans des paradis fiscaux.

 

Il est déplorable que déjà en 2012, le forum économique mondial de Davos expliquait dans son rapport sur le risque global dans le monde, que l’élément qui fragilisait le plus la stabilité sociale et politique dans le monde, était l’accroissement des inégalités des richesses. La  possibilité d’éradiquer l’extrême pauvreté en 2030, encouragée par les grands organismes internationaux, semble impossible au vu de l’accélération de l’accroissement des inégalités (des richesses). Les différentes guerres et attentats terroristes qui nous frappent actuellement ont des conséquences comparativement moindres que la vague de fond qui est derrière et qui fragilise la moitié de la population mondiale (6).


Pour mieux comprendre l’accélération de la concentration des richesses ces dernières années, le rapport de l’OXFA indique que «62 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale» alors que ces chiffres étaient de 388 il y a encore 5 ans. La moitié des personnes extrêmement riches vivent aux États-Unis, 17 sont originaires d’Europe, les autres viennent de Chine, du Brésil, du Mexique, du Japon et de l’Arabie Saoudite.» Tous ces chiffres sont en avance d’un an par rapport aux prévisions annoncées.

Le Président de la banque mondiale a signalé l’année dernière que les moyens utilisés pour créer le bien-être dans le monde sont détenus par une petite minorité, et que la crise actuelle d’inégalité (dans le monde) est le résultat de trente ans de non-gouvernance, de non- surveillance de la dérégulation, de privatisations, de finances occultes et de la globalisation. Aucune leçon n’a été tirée des crises de 2008 et aucune réforme nécessaire n’a été réalisée.

Au cours des  cinq dernières années, les richesses du groupe des 62 personnes ont augmenté de 542 milliards de dollars, c’est-à-dire de 44 %, tandis que la population la plus pauvre de la planète, c’est-à-dire 3,6 milliards de personnes, a perdu dans la même période, 1000 milliards de dollars, c’est-à-dire 41 % de ses revenus. Ces chiffres ne peuvent que rendre ridicules et hypocrites les discours tenus au niveau mondial et dans les pays développés.

 

Les populations doivent comprendre les raisons des graves difficultés qui sont en train de déstabiliser le monde développé, notamment en Europe, avec les migrations dont les causes ne sont pas simplement les guerres ou les conflits religieux mais une terrible déstabilisation de ceux qui n’ont pas accès aux ressources de la planète. Ce fait réclame de toute urgence un changement sur la façon de concevoir l’économie. Le modèle actuel nous conduit à un étranglement et à une confiscation des moyens par un tout petit nombre, comme jamais cela ne s’est produit dans l’histoire de la planète.

Faire autrement s’impose aujourd’hui. La sagesse du vieux texte chinois Tao Te king (7) pourrait peut-être nous inspirer : «Si les dirigeants placent toute leur attention au luxe de leur palais, alors la mauvaise herbe croît dans la champs et les greniers se vident. De tels dirigeants portent des vêtements de luxe et des épées pointues ;  ils ne se satisfont pas de nourriture simple ; ils accumulent trop de richesses pour eux-mêmes. Cela équivaut à un vol et une violation des principes du Tao» (8).

Il ne faut pas croire que cette pensée soit simplement une vue poétique qui ne puisse pas être transposée à notre situation actuelle. Depuis au moins une vingtaine d’années, des milliers d’initiatives, inspirées par ce type d’idées, et indépendantes des États, sont en train de voir le jour sur la planète. Elles incarnent une autre culture et une représentation du monde plus résiliente et coopérative.

En France, dans la ferme du Bec Hellouin, Charles et Perrine Hervé-Gruyer (9) ont démontré qu’en travaillant manuellement une parcelle de 1000 mètres carrés selon les principes de la permaculture, on peut dégager un revenu pour une personne à temps plein. En Inde, la fondation Navdanya (10)  animée par Vandana Shiva (11) a formé 500 000 paysans et aidé plus de 120 communautés à mettre en place leurs banques de semences et assurer leur sécurité alimentaire avec l’agriculture biologique. Aux États Unis, dans la ville de San Francisco, on est parvenu à récupérer 80% des déchets enfouis afin de les recycler.

Tous ces exemples et beaucoup d’autres dans le monde, comme l’ont montré de très beaux films français tels qu’En quête de Sens (12) et Demain (13), constituent aujourd’hui de petits ruisseaux qui cherchent lentement à se retrouver dans le grand fleuve d’une nouvelle civilisation. Lao Tseu disait de lui-même qu’il était la goutte qui précédait le torrent. Suivons son exemple et assumons notre destin actif de goutte pour initier de nouveaux courants afin d’être heureux de vivre dans notre monde.

 

 

(1) Winifred ou Winnie Byanyima (née en 1959), ingénieur aéronautique, femme politique, et diplomate ougandaise, directrice exécutive d’Oxfam International depuis mai 2013

(2) Confédération internationale de 17 organisations qui travaillent ensemble, avec des partenaires et communautés locales, dans plus de 90 pays. Son objectif est de mobiliser le pouvoir citoyen contre la pauvreté en trouvant des solutions pratiques et innovantes pour aider les individus à s'extraire de la pauvreté et à s'épanouir. Voir https://www.oxfam.org/fr

(3) Fondation à but non lucratif, fondée en 1971, dont le siège est à Genève et la réunion annuelle à Davos en Suisse. Elle réunit des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète, y compris dans les domaines de la santé et de l’environnement

(4) Produit intérieur brut, indicateur de la richesse d’un pays

(5) Économiste français (né en 1986), professeur à l’Université London School of Economics and political science. Auteur de La richesse cachée des nations : Enquête sur les paradis fiscaux, Éditions Seuil/République des idées, 2013

(6) La population mondiale est de 7 360 285 210 personnes au début de l’année 2016

(7) Livre de la Voie et de la Vertu, ouvrage classique chinois qui, selon la tradition, fut écrit autour de 600 av. J.-C. par Lao Tseu

(8) N° 53 du Tao Tö King

(9) Voir site internet : http://www.fermedubec.com

(10) ONG altermondialiste indienne (http://www.navdanya.org/) fondée en 1991 par Vandana Shiva. Elle est composée d’une ferme qui est à la fois une banque de semences modèles et un centre de formation agricole, qui a permis à plus de 10 000 fermiers d’Inde, du Pakistan, du Tibet, du Népal et du Bangladesh de s’approprier les méthodes de l’agriculture biologique, "organic farming", en s’appuyant sur un contrôle participatif à partir des textes de l’IFOAM (International Federation of Organic Agriculture Movements)

L’IFOAM est une association internationale d’agriculture biologique appelée également Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique. Son but est l’adoption au niveau mondial de systèmes économiquement, écologiquement et socialement solides fondés sur les principes de l’agriculture biologique. À l’heure actuelle, 750 structures sont membres de l’IFOAM, dans 116 pays. Voir site internet : www.fnab.org et www.ifoam.bio

(11) Écologiste, écrivain et féministe indienne, née en 1952. Elle dirige la Fondation de la recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles (Research Foundation for Science, Technology and Natural Resource Policy). Elle a obtenu le prix Nobel en 1993

(12) Film de Marc La Ménardière et Nathanaël Coste. Voir site internet : http://enquetedesens-lefilm.com et lire éditorial de Fernand Schwarz dans revue Acropolis n° 265 (juillet 2015)

(13) Film de Cyril Dion et Mélanie Laurent. Voir site internet : www.demain-lefilm.com