Décembre 2011

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Le retour à la dignité

 

L’année 2011 s’achève, nous laissant plus d’interrogations que de réponses. Une chose est sûre, un nouveau monde est entrain de naître sous nos yeux. Pour pouvoir y vivre et le comprendre, les hommes devront accepter de se renouveler intérieurement. Bien que des défis puissent faire reculer les plus grands esprits devant l’incertitude, le changement semble inévitable. Il y a vingt ans, disparaissait le fondateur de Nouvelle Acropole, Jorge Angel Livraga, un homme libre qui se moquait de ce que les hommes pensaient de lui. En relisant quelques notes des pensées qu’il nous a livrées dans les années quatre-vingt, je les ai trouvées d’une grande actualité et j’ai reconnu en lui un indigné avant l’heure. Il s’est toujours exprimé avec conviction, sans prendre trop de gants. Il était profondément préoccupé par l’avenir de notre civilisation et a transmis à un bon nombre d’entre nous, le «virus» de la philosophie pour comprendre et faire face au monde qui nous entoure. Je me permets de vous livrer quelques unes de ses réflexions et conseils qui pourraient occuper un de ces rares moments d’introspection que nous faisons tous vers la fin de l’année :

 

Sur la dignité

«L’homme n’est pas seulement affamé de pain : aujourd’hui plus que jamais, il est affamé de dignité. Il ne veut pas être un numéro dans une statistique, ou un chiffre dans un calcul de rendement économique. Il veut être un homme dans le sens véritable du mot. Il veut non seulement aimer, souffrir, travailler, défier le destin, triompher ou échouer mais il veut surtout vivre humainement. […] La dignité est un pieux manteau, c’est le plus résistant et le plus éclatant. Ne l’abandonnez jamais ! La dignité est votre aura spirituelle. Maintenez la à tout prix. Un homme qui a perdu une jambe, un fils ou sa fortune est toujours un homme. Sans dignité, il n’est plus qu’un clown, qui fait rire un temps mais qui finit toujours par ennuyer. Il ne suffit pas d’être puissant : il faut être meilleur. […] Chacun d’entre vous est plus fort qu’il ne l’imagine. En chacun de vous existe un monde de rêve et de pouvoirs, et la capacité de renouveler le monde entier. […] Le fait de recommencer lorsqu’on se rend compte de son échec n’est pas humiliant ou indigne ; l’indignité consiste à s’obstiner dans ses propres idées circulaires, mu par les vents tourmentés de l’égoïsme, et de perdre la raison en tournant inutilement la tête. […] Les protestations sont les propres des esclaves, l’action est le propre des hommes libres».

 

Crise et politique

«Toute crise est au fond une crise morale. Le monde n’est pas divisé pour des raisons économiques, mais au départ, par un manque de cohésion spirituelle et de fraternité humaine. […] La pollution de la politique est la cause fondamentale de toutes les autres contaminations sur le plan économique, esthétique et quotidien. Si nous ne parvenons pas à désintoxiquer la politique et rendre les hommes politiques plus moraux, tout autre effort sera inutile. Ils ne seront que des étincelles individuelles au milieu de l’obscurité de notre époque, étincelles qui seront brutalement étouffées par des hommes puissants, à la mode, pères de ténèbres. […] Les formes politiques actuelles étroites et vieilles au point de remplir d’angoisse des millions d’hommes de toutes conditions, ne peuvent pas continuer d’exister en "rafraichissant" uniquement leurs murs. Il est urgent de les renouveler profondément et totalement.»

 

Du rêve pour agir

«Seules les entreprises difficiles valent la peine d’être réalisées car il existe un lien mystérieux entre ce qui est difficile et ce qui est valable. Où trouverions nous les forces pour essayer si nous n’avions pas un idéal qui nous montre la route comme une étoile au milieu de la nuit ? La vision de cette étoile nous permet en la retrouvant jour après jour, de ne pas tourner vainement en rond, mais de nous diriger vers notre but. Cette étoile est l’idéal. […] C’est un acte de véritable égoïsme et de manque d’amour envers nos semblables, pris dans la tourmente de la vie, que de les abandonner en nous isolant dans des lieux tranquilles où ne peuvent nous atteindre ni leurs lamentations ni leurs angoisses. […] La technique nous a amené sur la lune. Maintenant c’est à la philosophie de nous amener jusqu’à nous-mêmes.»