Juin 2015

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Les droits de l'âme

Et si la non-violence nous venait de la Corse ?

Le 7 mai dernier, Jean-François Bernardini, du groupe I muvrini, a été interviewé par Élise Lucet (1). Il a présenté leur nouvel album Invicta. En effet, l’âme est invicta, c’est-à-dire invaincue. Il a expliqué que le mot «âme» est devenu aujourd’hui presque un gros mot. Dans un monde qui nourrit très mal les âmes et les maltraite, il est indispensable de lui donner autre chose. «Quand on n’a plus d’âme, dit-il, on est capable de prendre une kalachnikov et de tirer sur un innocent qui passe. Il faut donc prendre soin de ces âmes en souffrance, et par là même, prendre encore plus soin de sa propre âme. Il faut la nourrir insiste-t-il. Il y a dans le monde une grande soif de contenu et de substance et un grand besoin de faire incarner des choses. C’est le rôle de l’artiste de tenter d’y répondre et d’apporter du sens».

Ce dernier album est un hommage à Nelson Mandela, qui était très inspiré par le poème Invictus (2) de William Ernest Henley.

 

«Les âmes naissent libres, dignes de vie et de respect. Elles nous rêvent debout et ne meurent jamais. […] Patrimoine de la terre intérieure, jardin fertile, ressources inépuisables de l’humanité, elles méritent protection et bienveillance au titre des espèces invisibles. Elles constituent notre lien indéfectible de fraternité avec les générations d’hier et celles de demain… Tout âme a le droit imprescriptible de se sentir chez elle dans chaque tradition spirituelle. C’est à l’épreuve de l’histoire que les âmes forgent leur singularité et leur noblesse : elles ont une aspiration naturelle à l’unité dans la paix du vivant. Toute âme porte en elle les ressources et l’obstination à vivre debout, même dans une société injuste, face à laquelle elle est irrésistiblement le premier refuge et le dernier espoir pour la changer. […] Peu importe  si l’issue est étroite et combien pèsent nos fardeaux, je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme» (3).

Avec la Polyphonie hébraïque de Strasbourg, le groupe I Muvrini chante l’histoire d’un enfant palestinien qui se trouvait dans le camp de réfugiés de Jénine. Il fut blessé par un soldat israélien qui, le voyant avec une arme (en plastique), a tiré sur lui. Il fut transporté d’urgence à l’hôpital d’Haïfa mais le médecin israélien ne parvint pas à le sauver. L’infirmier se chargea d’annoncer sa mort à ses parents. Avec une grande confiance, il leur dit : «dans cet hôpital, il y a d’autres enfants qui souffrent, condamnés à mourir sans greffe d’organe. Votre fils pourrait sauver d’autres vies.» Après un long silence, le père, Isamël Khatib accepta. Ahmed, leur fils, sauva ainsi cinq vies d’enfants israéliens. Comme l’exprima François Bernardini, «dans la douleur la plus grande, cet exemple d’âme humaine, invicta nous bouleverse et ouvre des horizons».

 

Dans leur chanson, O Ismà (abréviation de Ismaël, nom du père), ce groupe chante :

«Qu’est- ce qui t’a donné ô cette force là,

Ce courage d’aller où personne ne va…

Apprends-nous ce temps qui s’incline à la vie,

Qui sauve des enfants jusqu’en terre ennemie».

 

L’âme n’est pas un vain mot. Merci à l’artiste de la chanter et de la rappeler au cœur des citoyens. Dans le cœur de chacun d’entre nous, réside un appel à la conscience pour ne jamais se sentir vaincu au milieu des pires circonstances. Dans la douleur de ce temps, nous devons rappeler l’âme invicta pour lutter contre la résignation et le sentiment d’impuissance, la confusion des esprits. Par nos liens d’âme, au-delà des frontières et origines de tous ordres, nous pouvons faire renaître le sens d’humanité et d’unité. De même que la langue grecque ou latine, l’âme n’est pas inutile.

 

(1) Jean-François Bernardini fut l’invité du journal de 13 heures d’Antenne 2, le 7 mai 2015

(2) Court poème de l’écrivain poète, critique littéraire et éditeur britannique William Ernest Henley (1849-1903) et poème préféré de Nelson Mandela pendant sa période de captivité. Invictus fut également le titre du film de Clint Eastwood, consacré à Nelson Mandela en 2009

(3) Extrait de la chanson Déclaration des droits de l’âme, du CD musical Invicta du groupe I Muvrini