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Juillet 2014

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

Les véritables révolutions

 

Les changements de frontières entre les pays se succèdent. On pourrait même dire que la notion de frontière s’efface. Personne ne sait plus exactement où elles sont. Selon Chas Freeman (ancien ambassadeur des États-Unis, éminent spécialiste du Moyen-Orient et de la Chine) (1), nous allons vers la fin du Moyen-Orient, dessiné en 1916 par les diplomates français et anglais Sir Mark Sykes et François-Georges Picot (2). Aujourd’hui, où sont exactement les frontières entre la Syrie et l’Irak, la Russie et l’Ukraine, la Chine et les États voisins ? Où commence chaque pays d’Afrique ?

 

Ce qui hier paraissait intangible, net et clair, est devenu aujourd’hui flou et perméable. Le nombre de personnes déplacées par les guerres et les famines se compte par millions. Les alliances d’hier peuvent changer à n’importe quel moment, notamment au Moyen-Orient, où le retour de l’axe Iran/États-Unis pourrait redevenir possible, comme à l’époque du Shah d’Iran.

Il est de plus en plus difficile de se représenter le monde dans lequel nous vivons et les alliés sur lesquels nous pouvons compter. Les acteurs changent et il n’existe aucune coordination entre eux. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies n’a plus aucun pouvoir. Il n’y a plus aucun centre. La violence et la cruauté semblent l’emporter. La plupart des États européens s’interrogent sur leur avenir et les tentations des mouvements populistes sont nombreuses. De nouvelles réalités se dessinent devant nos yeux. Faut-il déprimer pour autant ?

 

Il y a quelques jours, j’ai assisté à une rencontre organisée sur le thème «science et philosophie», avec l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et le philosophe des sciences Jean Staune. Ce dernier s’est interrogé sur la nature d’une véritable révolution, d’un vrai changement. Qu’allait-t-il en rester dans la mémoire de l’Histoire et des hommes ? Il a rappelé qu’en l’an 2000, un sondage a été effectué auprès de scientifiques sur ce que les Français auront retenu du XXe siècle dans mille ans. Les résultats ont placé en première position, le premier pas de l’homme sur la Lune. C’est une date historique au même titre que la découverte des Amériques par Christophe Colomb. En seconde position, l’énergie nucléaire que l’homme a essayé d’utiliser et de contrôler. Les déchets nucléaires seront encore présents dans mille ans et les risques de catastrophe atomique probablement aussi. En troisième position, la non-séparabilité des particules et le principe d’incertitude (3), qui ont modifié radicalement notre vision de la physique. Et seulement en quatrième position, la seconde Guerre mondiale, avec Staline et Hitler, qui a provoqué cinquante millions de morts.

 

Jean Staune nous dit : «Vous pouvez protester : "Comment une obscure théorie des particules, dont la plupart des scientifiques n’ont pas encore découvert aujourd’hui l’existence, serait-elle plus importante que la seconde Guerre mondiale et plus importante que cinquante millions de morts ? Vous délirez !"». Pour le prouver, Jean Staune rappela les dégâts catastrophiques causés dans le monde par la terrible épidémie de peste noire de 1348. Un tiers de la population européenne disparut alors en un peu plus de quatre ans. À l’époque, on pensa que cette catastrophe était la plus grande qu’avait connue l’histoire humaine. On en attribua la cause au diable, aux Juifs… La consternation régnait partout. Des actes d’horreur se déroulèrent de façon impitoyable. Des familles entières furent décimées. Les gens de l’époque pensèrent que les hommes se souviendraient certainement d’un événement pareil mille ans plus tard. Aujourd’hui, tout le monde l’a oublié. Par contre, tout le monde se souvient de Nicolas Copernic ou de Galilée.

En réalité, les seules véritables révolutions sont les changements de vision du monde.

 

Aujourd’hui, la situation est très paradoxale. La science, reliée à la philosophie, apporte des éléments essentiels pour renouveler notre vision du monde. Parallèlement, l’ancienne vision du monde mécaniciste, matérialiste et cloisonnée, est en train de s’effondrer. L’ancien monde n’a pas de solution cohérente et durable pour construire l’avenir.

 

Il est nécessaire de retrouver l’enthousiasme et la détermination, afin que chaque citoyen comprenne qu’il a un véritable pouvoir d’influence sur l’ensemble de la collectivité. Et que chacun affirme qu’il est indispensable d’abandonner les vieux paradigmes qui, dans le meilleur des cas, n’apportent que de la confusion et font sombrer des centaines de milliers d’êtres humains.

Une nouvelle révolution se dessine, celle d’un changement de vision du monde.

 

(1) Article paru dans le Figaro du 18 juin 2014

(2) Deux diplomates britanniques et français ayant signé les accords Sykes-Picot. Ces accords secrets, signés le 16 mai 1916 entre la France et la Grande-Bretagne (avec l’aval des Russes et des Italiens), prévoyaient le partage du Moyen-Orient à la fin de la guerre (espace compris entre la mer Noire, la mer Méditerranée, la mer Rouge, l’océan Indien et la mer Caspienne), en zones d’influence entre ces puissances, dans le but de contrer les revendications ottomanes

(3) Fait référence à la théorie du physicien allemand Werner Karl Heisenberg (1901-1976) qui énonce que, pour une particule massive donnée, l’on ne peut pas connaître simultanément sa position et sa vitesse