Juin 2014

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

L'optimisme, une opportunité pour l'Europe ?

 

«L’avenir a plusieurs noms. Pour les faibles, il se nomme l’impossible. Pour les timides, il se nomme l’inconnu. Pour les penseurs et les courageux, il se nomme l’idéal ». Extrait du discours prononcé par Victor Hugo dans l’île de Jersey, le 24 février 1854.

 

Le 16 et 17 mai dernier, le premier Forum de l’Optimisme a eu lieu au Conseil économique, social et environnemental à Paris. Cet événement a tenté de réunir toutes les énergies positives, depuis le moine bouddhiste Matthieu Ricard jusqu’au psychanalyste et psychiatre Alain Braconnier.

 

Depuis plusieurs années, les sondages montrent que les Français sont inquiets et désespérés concernant leur avenir collectif tandis que sur le plan individuel, ils semblent plutôt très heureux de vivre et ont confiance en leur propre avenir. Optimistes pour eux-mêmes et «jouisseurs masochistes» sur le plan collectif, ils dénigrent systématiquement le pays, l’Europe et de son environnement, comme s’ils étaient obligés, selon la tradition cartésienne et pour prouver leur intelligence, d’être critiques, méfiants et à la limite… malheureux.

 

Lors des élections européennes, après s’être fait peur et un peu plaisir, en remettant en question les «élites politiques du pays», les Français se demandent quoi faire maintenant : les uns dépriment, les autres délirent à propos d’un retour nostalgique à un passé révolu.

 

Sans nier les malheurs et les difficultés, il serait bon de réapprendre collectivement à prendre conscience de nos forces, de nos atouts et des faits porteurs d’espoir qui se manifestent constamment autour de nous, à notre propre étonnement. L’optimisme est le pouvoir qui nous permet d’agir individuellement et collectivement pour sortir de l’impuissance et des impasses. Croire que les choses peuvent s’améliorer n’est pas un signe de naïveté ou de faiblesse d’esprit, mais la capacité de ne pas se résigner, de montrer de la dignité pour faire face aux épreuves et aux défis.

 

C’est le philosophe Leibniz (1) qui a émis pour la première fois cette idée, caractérisée par la foi dans l’évolution des choses ainsi que dans l’amélioration de l’homme. Bien entendu, il ne s’agit pas de tomber dans le travers d’imaginer «que tout est bon» et que l’on vit dans le «meilleur des mondes»,  pensée que Voltaire considérait comme une insulte aux douleurs de l’existence.

 

Il est vrai que ce qui soutient l’optimisme est la croyance en une finalité mais, comme le dit Philippe Gabilliet (2), «l’optimisme peut être aussi un pari "laïque", une vision du monde qui se cultive et s’entretient au quotidien » (3) et qui ne sous-entend pas forcement une finalité théologique, mais une finalité humaine, individuelle ou collective, celle de rendre les choses meilleures et de devenir soi-même meilleur.

Sans idéaliser, être optimiste signifie d’une certaine manière avoir un idéal, une vision du monde, de soi et des autres, pour laquelle mobiliser son énergie. Et d’où peut-on puiser cette dernière si ce n’est dans l’optimisme ? «L’optimisme est une énergie. C’est être sûr que des solutions sont possibles et que nous sommes en mesure d’agir.» (3)

 

Il faut apprendre à accepter les situations sans les subir et les résoudre avec les moyens dont on dispose et non avec ceux que l’on souhaite ou que l’on attend, que ce soit la grâce de Dieu ou encore des moyens budgétaires.

D’après le docteur Segerstrom (4) et d’autres chercheurs, les optimistes abordent les problèmes de front plutôt que de baisser les bras et de fuir. Ils élaborent un plan d’action, prennent des conseils et se concentrent sur les solutions. Ils redoublent d’efforts plutôt que de renoncer au premier échec. Ils tirent des leçons constructives des tentatives qui ne sont pas couronnées de succès.

 

L’Histoire donne des exemples d’hommes qui ont réussi avec les moyens dont ils disposaient, comme l’ont prouvé tous les pionniers. Aujourd’hui, nous devons retrouver l’esprit pionnier pour construire un monde nouveau et meilleur. Nous devons redevenir des hommes libres qui ne dépendent pas du regard d’autrui mais de celui de leur propre conscience.

Un des obstacles soulevé par la fausse liberté est la quête de sécurité ou défiance, «se méfier de tout le monde». Mais on peut être également prudent et confiant.

 

Les grands méfiants ne se font jamais confiance. Ils sont toujours terriblement gênés lorsque quelqu’un ou un groupe exprime de la confiance en soi. Mais comment réussir si l’on n’a pas confiance en son propre avenir ? Pourquoi devient-on méfiant ? Un jour, nous avons cru nous connaître alors qu’il en n’était rien et un jour la vie nous a démontré que nous nous étions trompés. Et là, par orgueil, au lieu de reconnaître nous être trompés et vouloir mieux nous connaître, ce qui serait  la bonne démarche, nous nous sommes repliés dans une attitude de scepticisme, de relativisme et de méfiance. Nous sommes dans le déni de réalité. En agissant ainsi, nous perdons notre propre liberté tout en nous croyant libres. Nous ne pouvons plus répondre à la question «où vais-je ?» et le futur s’assombrit. Ceci s’applique également à une collectivité, à un peuple ou à une nation.

 

Nous devons individuellement et collectivement retrouver l’optimisme pour déployer l’énergie de la remise en question individuelle et collective et renouer avec l’âme de notre pays et ainsi qu’avec la nôtre.

 

(1) Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), philosophe, scientifique, mathématicien, logicien, diplomate, juriste, bibliothécaire et  philologue allemand

(2) Président de l’association Optimistes sans frontières et professeur à l’ESCP Europe

(3) Paru dans la revue Psychologie, n°430, mai 2014, page 128

(4) Suzanne Segerstrom, professeur de psychologie clinique à l’Université du Kentucky, collège arts et sciences