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Février 2012

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

On ne connaît que les choses que l'on apprivoise

 

Dernièrement, j’ai assisté à des témoignages intéressants. Amoureux de l’Égypte des pharaons mais également du pays actuel, je me suis rendu au début de l’année 2012 à la rive ouest de Louxor pour rencontrer des amis et en accompagner d’autres dans la terre des pharaons. Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de la situation du pays, de leur éventuelle préoccupation concernant l’actualité du moment et de leur façon d’envisager leur avenir. Je me suis trouvé devant des gens lucides qui comprenaient très bien les enjeux qui se présentaient à eux. Les uns comme les autres, issus de classes sociales très différentes, ils ont témoigné une confiance étonnante dans l’âme égyptienne et dans sa dimension d’hospitalité et d’accueil pour intégrer les différences. Ils ont essayé de me rassurer au lieu d’exprimer une crainte excessive sur leur avenir. Ils m’ont rappelé le conseil du Petit Prince : ils font tout ce qu’ils peuvent pour être sauvés. J’ai pu observer chez eux de nouvelles initiatives pour faire face à la précarité et à l’insécurité. Ils veulent prendre leur destin en main.

De retour en France, j’ai entendu à nouveau des discours plaintifs… Je me suis senti rentrer ...

Mais il y a toujours de petits signes qui permettent de garder confiance. 
Comme je le fais depuis plusieurs années, je me suis rendu mi-janvier à la Comédie Française où un étrange rite se joue annuellement. On y célèbre la naissance de Molière. Normalement, tous les intégrants de cette noble institution (plusieurs centaines) se mettent en œuvre pour préparer un spectacle unique et honorer leur maître et inspirateur. Ceci dit en passant, c’est presque un cas unique en France, de remercier depuis tant d’années le génie inspirateur d’un être d’exception.

 

Cette année, ce fut la grève… mais tout le monde était là. Les grévistes (équipes techniques) étaient dehors avec leurs tracts et les acteurs et quelques éléments du personnel étaient à l’intérieur. Cette fois-ci plus de décors variés, plus d‘éclairages complexe et plus de vanité ! Les acteurs ont joué avec prestance dans un décor minimal, donnant le meilleur d’eux-mêmes et comblant tout ce qui aurait pu manquer. En clôture, chaque comédien de  cette grande maison plus que tricentenaire, habillé avec sobriété n’a prononcé qu’un extrait de l’œuvre du répertoire du maître. Chacun a mis un tel entrain dans cette prestation que tous les acteurs ont rempli de joie et de respect l’assistance ! L’administratrice générale a dû faire contre mauvaise fortune, bon cœur !

 

Mais, dans ce pays qui se lasse pratiquement de tout, le plus noble des gestes a été d’apporter le buste de Molière au centre de la scène et de s’incliner devant lui trois fois, sous les applaudissements du public debout. Comme disait un des acteurs dans une des élocutions finales : «On peut se lasser de tout mais jamais de Molière !». Molière a su comprendre et exprimer la nature profonde du peuple de France. 

Ainsi quand nous n’avons plus de moyens extérieurs, si nous avons confiance dans ce que nous possédons en nous-mêmes, nous devenons capables de faire beaucoup mieux qu’auparavant. Ceci devrait nous inspirer dans ces périodes qui paraissent si difficiles et incertaines. Les solutions ne sont pas toujours où l’on croit ni chez ceux auxquels nous pensons. Nous devrions peut-être, comme le petit Prince, «réapprendre à nous apprivoiser». Comme le disait le renard, c’est quelque chose que nous avons trop oublié.

 

Cela signifie créer des liens, ressentir de nouveau le besoin que l’on a les uns des autres, apprendre que malgré les inégalités nous pouvons être solidaires et trouver des pistes nouvelles et créatrices insoupçonnées jusqu’alors, parce que nous avons confiance en nous-mêmes et que nous avons confiance.

 

«On ne connaît que les choses que l’on apprivoise» a écrit Antoine de Saint-Exupéry.

 

(1) Antoine de Saint-Exupéry, éditions Gallimard, 1999