Juin 2016

Éditorial par Fernand Schwarz, Président de la Fédération des Nouvelle Acropole

 

Ouvrons les portes de la Nature à nos enfants !


Comment élever un enfant sauvage en ville est le titre du livre récemment paru en France de Scott Sampson (1), paléontologue canadien qui s’est fait connaître par son travail de vulgarisation scientifique destiné aux enfants. Sa préoccupation essentielle est d’expliquer l’importance de la connexion entre la nature et les enfants, en tant que composante essentielle du développement de leur santé physique et psychique.

«La déconnexion actuelle avec la nature menace la santé des enfants. Une enfance vécue presque entièrement à l’intérieur, immergée dans la technologie, est une enfance appauvrie, avec de nombreux impacts négatifs sur le développement physique, mental et émotionnel […]. Pourquoi le jeu dans la nature est-il si puissant ?

Premièrement, parce qu’il propose un assortiment d’expériences sensorielles, voir, entendre, toucher, goûter, plongeant les enfants dans un univers bien plus grandiose que ce qu’un espace clos peut inclure, même avec un écran d’ordinateur.

Deuxièmement, les aires de jeu naturelles ont tendance à être complexes, avec une plus grande variété d’accessoires non spécifiques (pierres, bâtons, boue, plantes…) que leurs homologues en intérieur. Elles stimulent donc plus la créativité et l’imagination […]. En d’autres termes, de tels jouets peuvent être adaptés à un éventail d’utilisations quasi infinies, uniquement limitées par l’imagination des enfants.»

 

Sous les effets conjugués de l’urbanisation, de la fascination des écrans, de la peur qu’ont les parents de les laisser sortir, les enfants grandissent de plus en plus souvent dans leurs chambres. Selon l’Institut de veille sanitaire, 39 % des enfants en France ne vont jamais au parc, quand les mêmes enfants, dit l’étude, passent chaque jour 3 heures 22 minutes (pour les 4/6 ans) et 3 heures 34 minutes pour les 11/14 ans, les yeux rivés sur un écran.

 

En Amérique du Nord et en Scandinavie, de nouveaux courants de pensée appellent à renouer le lien avec la nature qui est l’habitat naturel de l’homme. On parle aujourd’hui de «syndrome de déficit de nature» qui s’exprime par des troubles de l’attention, du surpoids et des problèmes de vue. Le cerveau a besoin de nature pour se développer, des sensations qu’elle leur apporte, provoquant une attention élargie au monde et non pas focalisée «comme avec les écrans».

 

Des initiatives en France font école comme le réseau Famille Nature (2), qui propose des fiches d’activités, des idées pour que les parents puissent encourager les enfants à entrer en contact avec la Nature. L’intérêt de ces sorties est de permettre d’apprendre en s’amusant et comme le dit très bien Louis Espinassous, personnage tutélaire de l’Éducation à l’environnement, «cela permet de fabriquer des souvenirs d’enfance, qui construisent une confiance en soi» […]. On a découvert que les mécanismes physiques et neurologiques de l’apprentissage, que ce soit par la vue, l’ouïe, avant même de rentrer dans une démarche de compréhension mentale, étaient directement reliés au système moteur. Et des recherches tendent à effectivement donner de bien meilleurs résultats dans des classes qui les appliquent, tout étant en mouvement, le corps en action, que dans des classes traditionnelles d’enfants assis, sans contact avec l’extérieur». Mais pour cela, il faudra laisser traîner nos enfants, cesser de les surprotéger, pour les préparer à affronter les aléas de la vie. «Tu veux que je te tiennes ? Fais attention !» : pas question de risquer une chute malgré le rembourrage du sol ! On ne les laisse plus apprendre.

 

Dans son livre Free to learn (3), l’Américain Peter Gray explique : «les petits d’homme, encore plus que les autres mammifères, jouent non pas, au lieu d’apprendre, mais pour apprendre. L’espèce humaine n’aurait pas survécu si elle n’était pas douée pour évaluer les dangers. Les jeux sans supervision d’adultes forment au contrôle des émotions, en  négociation avec les autres, à la médiation. C’est aussi ainsi que se constitue la confiance en soi». Et il insiste en rajoutant : «rien de ce que nous faisons, aucun jouet, aucun cours auquel nous inscrivons nos enfants, ne peut rattraper la liberté que nous leur prenons […]. Nous avons coincé nos enfants dans un environnement anormal où l’on attend d’eux qu’ils passent une grande partie de leur journée sous la direction d’adultes, à écouter et à lire des choses qui ne les intéressent pas, à répondre à des questions qui ne sont pas les leurs».

 

Si les enfants et adolescents se réfugient derrière les écrans d’internet, c’est en grande partie pour assouvir leur grand besoin de s’éloigner des adultes. Dans le meilleur des cas, les jeux vidéo remplacent les aventures dans la Nature, sinon ils chercheront des lieux que les adultes considèrent comme interdits, qu’ils soient pornographiques, ou de recrutement du Djihad. Les réseaux sociaux compensent les besoins qu’ont les adolescents de communiquer sans leurs parents.

 

En France, seulement 11 % des enfants en primaire vont à l’école sans être accompagnés d’un adulte. Une étude faite en Angleterre signale qu’en 2007, un enfant de 8 ans avait le droit d’aller au bout de sa rue. Au même âge, sa mère pouvait se rendre seule à la piscine à 800 mètres. En 1950, encore au même âge, son grand-père parcourait seul plus d’un kilomètre dans le bois et en 1919, son arrière-grand-père, toujours au même âge, pouvait faire, sans être accompagné par un adulte, plusieurs kilomètres pour aller à la pêche.

 

Nous parlons aujourd’hui de nos sociétés en repli, comme le fruit des peurs et du sentiment d’insécurité. Cette situation n’est pas simplement due à des circonstances extérieures mais également intérieures et depuis des décennies, nous avons élevé des générations entières dans des «enclos» de plus en plus réduits, sans contact avec de véritables expériences qui puissent les initier à la vie.

 

Si nous voulons une société plus ouverte, coopérative et solidaire, ouvrons les portes de la Nature aux enfants !

 

(1) Paru aux Éditions Les Arènes en 2016

(2) www.nature-en-famille.org

(3) Paru aux Éditions Basic Books, 2015