Mai 2014

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Réactiver les valeurs civilisatrices

Pour en savoir plus

 

Le 11 février 1945, la conférence de Yalta, en Crimée, réunit le Président américain Franklin Delano Roosevelt, le Premier ministre anglais Winston Churchill et le maître de l’U.R.S.S. Joseph Staline, pour partager le monde et reconfigurer les frontières des États après la défaite du nazisme. Curieusement, c’est dans cette même Crimée que, presque soixante-dix ans plus tard, cède symboliquement le verrou du «condominium (1)» imposé par les super puissances de l’époque. Maintenant, plus personne n’est sûr de la réalité de ces frontières. Et une certaine confusion s’installe sur le continent européen. Il semblerait que les pouvoirs forts et populistes se substituent aux idéaux de respect des droits de la justice et de la paix.

 

Cette année, j’aurais dû me rendre à Kiev, en Ukraine, pour la réunion annuelle qui rassemble les représentants des cinquante et un pays où l’Organisation internationale Nouvelle Acropole (O.I.N.A.) exerce son activité. Mais les circonstances en ont décidé autrement. Et nos propres amis ukrainiens ont demandé d’organiser notre rencontre ailleurs. Je me suis retrouvé alors à Zagreb, capitale de la Croatie, anciennement rattachée à l’Empire austro-hongrois. Il suffit de  regarder plusieurs cartes de l’Europe du XIXe siècle pour se rendre compte à quel point la géographie des États a changé. Les décennies de paix nous ont fait oublier cette dynamique de l’Histoire que les barrages érigés par les hommes ne peuvent contrer.

 

La philosophie nous prépare à affronter l’incertitude, l’impermanence et les contradictions du monde. C’est ce que nous avons pu constater ensemble à Zagreb, en échangeant nos bilans d’expérience qui nous ont confortés dans l’idée que la transmission de la philosophie à la manière classique était utile et bénéfique à l’heure actuelle.

De plus en plus de personnes fréquentent notre réseau de 427 écoles de philosophie pratique. 41.691 volontaires ont rendu possible notre action cette année. 418.096 personnes ont bénéficié de nos activités de volontariat humanitaire, social et écologique.

 

Notre Présidente internationale, Délia Steinberg Guzman nous a rappelé qu’«il est nécessaire de renouer avec le concept de philosophie comme amour de la sagesse et par conséquent,  amour de la vie. Notre propos est de souligner le fait que nous avons oublié que l’être humain a besoin de quelque chose de plus que de nourriture, de vêtements, d’hygiène, et au final, que de la satisfaction des besoins concrets de l’existence. Si nous assumions tous un engagement sérieux envers les circonstances critiques dans lesquelles nous vivons, si nous pouvions tous nous passer ensemble d’éléments superflus, il est certain que nous pourrions répondre aux besoins de chacun dans tous les coins du monde, en commençant par une éducation adéquate. Certains pourraient penser qu’individuellement nous ne pouvons pas faire grande chose et que les efforts personnels se perdent dans la masse de difficultés qui nous submergent. Ceci est faux. Aucun acte, aussi petit et simple soit-il ne se perd. Avec de nombreuses actions réalisées avec bonne volonté et efficacité, il est possible d’élever des pyramides, grain après grain, pierre après pierre. Le "ici et maintenant" nous concerne tous. Il nous incombe d’utiliser le meilleur outil que nous possédions : la vie, de telle sorte que nous puissions nous sentir tous un peu plus utiles, un peu plus nobles, un peu meilleurs, un peu plus humains.»

 

Le Président international adjoint, Jorge Alvarado Planas a insisté sur le fait que «comme l’ont déjà noté des économistes renommés, tels que Mervyn King, G. Osborne ou Edward Miliband, entre autres, l’actuel système capitaliste financier doit être remplacé par un système dans lequel les critères financiers seraient moins vulnérables aux crises, plus équilibrés, durables et lents et avec des changements d’orientation réellement durables. Mais régler la question de l’économie n’est pas suffisant. Il faut également lutter contre la mentalité de consommation. L’époque où l’on dépense de l’argent que l’on n’a pas, dans des biens de consommation inutiles, pour éblouir des gens inintéressants, est révolue. Nous devons réapprendre la différence qui existe entre ce dont nous avons réellement besoin pour notre qualité de vie, et ce que nous désirons, sous l’emprise des modes et d’une publicité hypnotique et écrasante. Comme le disaient les philosophes stoïciens, le bonheur ne consiste pas à posséder davantage, mais à bien profiter et se contenter de ce que l’on a déjà. Il a également lancé un appel à collaborer avec tous ceux qui pensent comme nous pour réactiver les valeurs civilisatrices dans un monde qui semble s’écrouler de toute part.

Nous aspirons à un être humain nouveau et meilleur, dans un monde nouveau et meilleur.

 

(1) En droit international public, territoire sur lequel plusieurs puissances (généralement deux États) exercent une souveraineté conjointe.