Novembre 2013

Éditorial par Fernand Schwarz, Président de la Fédération des Nouvelle Acropole

 

Reprenons nos responsabilités avec philosophie !

 

 

 


Le 21 novembre 2013, nous célébrons la Journée mondiale de la Philosophie (1). Impulsé par l’UNESCO au début du XXIe siècle, ce projet est très important pour notre organisation internationale Nouvelle Acropole, puisqu’il promeut pour le plus grand nombre, la pratique de la philosophie au quotidien. Dans nos sociétés démocratiques, la mise en place du dialogue citoyen est capitale, notamment pour tisser à nouveau des liens dans un tissu social qui se dégrade et dans lequel le sens de l’intérêt collectif perd toute signification. La «science du dialogue» fut initiée par Socrate dans les rues d’Athènes, pour encourager les citoyens à se remettre en question et à construire les bases d’un «mieux vivre ensemble». Son disciple Platon, dont on célèbre le 2400e anniversaire de la fondation de son Académie, a repris son enseignement et clarifié sa méthode, la dialectique.


Pour Platon, la dialectique est une technique d’investigation, réalisée en collaboration par deux ou plusieurs personnes, grâce à l’utilisation du procédé socratique du questionnement. En effet, la philosophie n’est pas pour Platon une tâche individuelle et privée mais une œuvre réalisée par des hommes  «qui vivent ensemble» et «discutent avec bienveillance»; c’est l’activité propre d’une «communauté de la libre éducation» (2). La pratique philosophique, au moyen de la dialectique, devient alors, pour plusieurs personnes, la capacité d’atteindre des idées et des valeurs qui peuvent être communes à tous et pour le bien de tous.


En cela la pensée de Platon est d’une très grande actualité pour le défi que nous devons relever aujourd’hui : dans le désordre international que nous rencontrons actuellement, les démocraties ont autant de responsabilité que les régimes tyranniques. Habituées à une société dont l’ordre apparent donnait auparavant un sentiment de sécurité, d’efficacité et de maîtrise ; déconcertées, angoissées, voire paniquées devant la disparition de cet ordre, les démocraties modernes réagissent comme si l’ordre établi n’avait subi qu’une atteinte bénigne et temporaire, ne les remettant pas en cause et deviennent ainsi complices de ceux qui utilisent la force pour bafouer le droit. C’est la preuve manifeste de l’existence d’une profonde crise morale et pas seulement matérielle, au sein des démocraties occidentales.
Quand les sociétés sont atteintes dans leurs convictions intérieures, leur cohérence et leur cohésion mêmes sont remises en question.


Nous constatons aujourd’hui avec tristesse, l’épuisement d’un imaginaire qui n’est plus capable de mobiliser pour des causes nobles : la justice, le droit, le respect d’autrui, la lutte contre l’empire de la force aveugle ainsi que toutes les valeurs qui étaient initialement source de son dynamisme et des accomplissements qu’il a permis.


Les régimes marxistes, pendants des démocraties occidentales, sont morts de leur incapacité à se remettre en cause et leur acharnement à sauver à tout prix les apparences. Aujourd’hui incapables de se remettre en question, d’accepter de voir le réel, de se réformer pour autre chose que la simple survie et un bonheur matérialiste, nos démocraties sont en train de succomber à la même maladie. Cédant à la complaisance, elles ne visent plus qu’à sauver la face devant leurs propres opinions publiques. Ce n’est pas parce qu’un système s’épuise que les individus doivent pour autant périr. Les systèmes tombent, ils sont mortels mais les hommes eux survivent ! Rester debout qualifie l’être humain.
Dans les époques de crise, la philosophie est un moteur puissant pour redonner la dimension humaine.
«L’une des plus grandes erreurs de l’homme est que, le moment venu, bien qu’il sache comment faire les choses, il agisse comme s’il l’ignorait. Le problème n’est pas de savoir plus mais de vivre ce que l’on sait. […] La liberté ne consiste pas à abandonner ses obligations mais à assumer ses responsabilités (3).



(1) Chaque année, le 3e jeudi du mois de novembre
(2) Lettres de Platon, 7ème lettre, 344 B, traduction par Luc BRISSON, éditions Flammarion, 1993, 314 pages
(3) Prends ton envol, Aphorismes, Jorge Angel Livraga, éditions Nouvelle Acropole, 2002