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Novembre 2011

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Retrouver ses convictions ?

 

Lorsqu’une personne ou un peuple perdent leurs convictions, ils agissent et décident au jour le jour, au gré des circonstances et de l’opportunité du moment. Devant l’adversité, il n’y a plus de courage ni persévérance ni continuité pour agir. Les convictions apportent de la cohérence et la capacité d’être reliés dans tous les aspects de l’existence, dégageant la force morale nécessaire pour vivre en adéquation avec ses idées.

 

L’origine du mot conviction vient du latin convictus. Victus est lié à l’idée de victoire, de certitude, d’assurance, le fait d’être convaincu. Convaincre c’est «vaincre avec» mais pas remporter n’importe quelle victoire. Le verbe vinco (vaincre) était employé par les Latins dans l’idée de vaincre pour obtenir justice et gain de cause. Le combat mené au nom de nos convictions est particulier. Pour développer ses convictions et vaincre au nom de ses convictions, il faut ressentir que ce que l’on vit et ce que l’on fait est juste et le prouver dans toutes nos actions de la vie. La conviction est une certitude profonde qui vient de l’intérieur de soi-même et pas de l’environnement extérieur. La vraie conviction provient d’un lien profond avec soi-même, implique un véritable dialogue intérieur et une réflexion et méditation sur les connaissances et informations que nous détenons.

 

La philosophie hindoue reconnaît deux formes d’ignorance : agniana et avidya. La première est l’ignorance par manque de connaissances. Elle peut se corriger par l’enseignement. La seconde est l’ignorance par manque de réflexion qui se transforme en faux concept. C’est un manque de sagesse, de bons sens et de discernement plutôt que d’un manque de connaissances. Elle ne se corrige qu’en développant la réflexion, le discernement, l’intuition pour pénétrer dans la profondeur de toutes choses. Cela amène progressivement à voir avec clarté, au-delà des apparences et permet de faire naître en soi l’intime conviction, qui devient alors un véritable moteur de vie et permet d’affronter toutes les adversités. L’Histoire nous enseigne que les civilisations entrent en décadence chaque fois qu’elles perdent leurs convictions. La morosité s’installe d’abord ainsi que le repli sur soi. On se querelle pour des vanités pendant que la société s’effondre. Il est urgent de reprendre le chemin de nos convictions. Attention ! Bien que la conviction soit une force mentale et une vertu propre à l’intelligence qui s’exprime à travers de multiples valeurs, certains d’entre nous font un terrible raccourci pour se protéger, vivant dans le confort de certaines convictions.

 

La conviction peut paradoxalement naître à partir de l’irrationalité et du fanatisme, comme l’a expliqué Délia Steinberg Guzman (1) à l’occasion d’un entretien : «L’irrationalité est la partie la plus obscure du mental qui se conjugue avec les émotions incontrôlées. C’est là qu’on trouve de vieilles opinions instables qui n’ont jamais mûri et sont devenus des idées rigides et inflexibles. Le fanatisme admet quelques idées peu nombreuses et les affirme de manière fixe ; il ne peut raisonner parce qu’il est incapable de dialogue, il n’accepte pas les nuances ni les différences parce qu’il est fondamentalement intolérant. Le fanatique croit qu’il a des convictions mais en réalité il n’a que des passions, dont il ne sait jusqu’où elles peuvent le conduire.»

 

Ne nous laissons pas attraper par les fanatismes de tous bords qui simplifient les réalités aux degrés les plus primaires, sans la moindre réflexion. Nos sociétés ont besoin de convictions portées par des individus qui ont accepté le défis d’apprendre à penser par eux-mêmes et d’élever leurs âmes vers des aspirations autres que leurs simples besoins personnels.

 

(1) Présidente de l’association internationale Nouvelle Acropole et auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie.