Mai 2011

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Transformons les catastrophes en opportunités

Depuis plus d’un siècle, l’Occident a réussi à imposer son modèle à la planète, s’affirmant comme le souligne très bien Stéphane Foucart (1) «comme étant la civilisation techno-scientifique par excellence, proposant ou imposant au reste du monde un mode de développement fondé sur l’innovation technologique comme principal moteur de croissance économique… Le progrès technique prime sur toute autre considération politique, sociale, morale». Cette fabuleuse promesse de domination de la Nature et de la maîtrise du monde finira par séduire tous les peuples de la Terre. Mais un accident de civilisation est intervenu : Fukushima. Il a réveillé partout la peur de voir sa promesse non tenue et propage la crainte que les créatures des techno-scientifiques n’échappent à leur contrôle. La créature a pris une vie autonome. Les maîtres de l’atome ne savent même pas ce qui se passe dans son cœur car personne ne peut s’en approcher sans périr. C’est le mythe du progrès et de la sécurité qui s’effondre avec son lot de peurs irrationnelles et de fatalité.

 

Les hommes commencent à prendre conscience que le plus grand danger auquel il faut faire face vient d’eux-mêmes, comme le montrent les changements climatiques, les crises financières, le 11 septembre… Le nucléaire n’a fait que cristalliser ces éléments. Mais cette prise de conscience collective peut être aussi une opportunité pour remettre à plat nos fondamentaux et récupérer le goût de la vie. La course effrénée de l’individualisme est probablement la source de la grande tension nerveuse que vit notre société : 40 % des Français se sentent «abandonnés».

 

Elle pourrait peut-être nous conduire à sortir du chacun pour soi pour embrasser l’idée de vivre ensemble. Comme le disait le Général de Gaulle «Quand les Français croient en la grandeur de la France, ils font de grandes choses ; quand ils se sentent abandonnés, ils font de petites choses».

 

Il y a quelques mois, Jean-Paul Delevoye, dernier médiateur de la République, a remis son rapport annuel. Face au constat de la société française qui se fragmente et où selon lui, on devient de plus en plus consommateur de République plutôt que citoyen, il sonne l’alarme sur la nécessité de retrouver le goût de mieux vivre ensemble. Il constate que notre système administratif global échoue sur sa capacité d’inclusion et devient une machine à exclure. Il n’est plus capable d’aider au bon moment, devenant complice de l’instauration d’une spirale de fatalisme. «Les politiques, aujourd’hui, suivent l’opinion plus qu’ils ne la guident, tandis que les opinions, soumises aux émotions plus qu’aux convictions, sont volatiles…» (2) On croirait lire Platon dans La République lorsqu’il dit «Il faut éduquer un peuple, non par la satisfaction de ses désirs mais par des responsabilités. Notre société doit retrouver le chemin des valeurs, sinon ses tensions internes seront suicidaires». Il insiste sur le fait, qu’il faut quitter la culture du conflit qui ne fait qu’accroître nos faiblesses, instaurer le dialogue, et proposer un projet soutenu par des valeurs qui méritent l’engagement. Construire sur un socle de conviction et non bâtir sur le sable des émotions. Le courage de Jean-Paul Delevoye est pour nous une note d’encouragement et chacun d’entre nous doit exercer sa lucidité pour déceler des pistes créatrices et enthousiasmantes pour l’avenir et le futur que nous voulons construire ensemble. Le modèle du citoyen philosophe n’est plus une utopie mais une inspiration à suivre pour se libérer de la fatalité.

 

(1) Fukushima, un accident de civilisation, Le journal Le monde du 10 avril 2011

(2) S’indigner c’est une bonne chose mais se mobiliser c’est encore mieux, Jean-Paul Delevoye, émission de France Inter, 24 mars 2011