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Août 2010

Éditorial par Fernand Schwarz, Président fondateur de Nouvelle Acropole en France

 

Un nouvel humanisme pour éviter de devenir des bourreaux en puissance

 

En 1961, Stanley Milgram (1) réalise son expérience de torture en direct. Il s’agissait de solliciter quarante volontaires de différentes couches sociales (ouvriers, femmes au foyer, travailleurs sociaux, professeurs…) et de leur demander d’aider un individu à améliorer sa mémoire par des exercices. En cas d’échec, celui-ci recevait une sanction sous la forme d’une décharge électrique allant progressivement de 20 à 450 volts. 62,5 % des participants ont infligé aux candidats les chocs les plus élevés. En dépit de leur effroi et face aux supplications de leurs victimes (qui n’étaient pas réellement branchées), les volontaires ont obéi aux injonctions d’un professeur qu’ils ne connaissaient même pas (2) ! Ainsi, des honnêtes gens ont démontré que dans certaines conditions, quand l’individu est face à lui-même et à une autorité «supérieure» (dans ce cas scientifique), nous pouvons tous devenir des tortionnaires ! Hannah Arendt a fait le même constat lorsqu’elle a étudié le cas du tortionnaire nazi de la seconde guerre mondiale, Adolf Eichmann, à son procès, qui eut lieu à la même époque. Elle conclut : on se trouve devant un homme «effroyablement normal»  qui n’a pas le sentiment de faire le mal. C’est un exécuteur… des directives…

 

Le  17 mars 2010, la chaîne de télévision France 2 transpose cette expérience dans un documentaire qui simule une émission de télé réalité. Cette fois-ci quatre-vingt personnes participent à l’expérience, recevant leurs ordres directement de l’animatrice de la télévision. 80 % d’entre eux vont jusqu’au bout, envoyant des décharges de 460 volts. Ils furent ainsi plus nombreux que lors que de l’expérience de Stanley Milgram. Heureusement, certains ont décidé de ne pas aller jusqu’au bout. Mais dans le meilleur des cas, les décharges ont atteint 180 volts ! À aucun moment le public présent n’a dissuadé les participants d’infliger des sanctions. Au contraire, il les a plutôt encouragé à continuer !

 

Comme l’explique le psychologue Boris Cyrulnik, dans toutes ces expériences, il y a toujours d’une part une machine qui s’interpose entre les «bourreaux» et leurs «victimes», ce qui a pour effet de mettre une distance entre eux et d’arrêter l’empathie. D’autre part, ce qui est prescrit, l’est pour le «bien» de l’autre. Nous devons tenir compte également de l’importance qui est donnée par les individus du contrat réalisé avec une autorité morale (scientifique, télévision…) et le besoin de montrer qu’on joue le jeu et qu’on est bon élève. C’est la raison pour laquelle le psychologue nous rappelle que plutôt que de mettre en cause la puissance de la télévision (sans nier celle-ci) il faudrait s’intéresser à l’école. Celle-ci  devrait normalement apprendre à penser par soi-même et à respecter les autres mais, en réalité, elle nous formate à la répétition et a perdu sa capacité à former des individus à penser par eux-mêmes.

 

Comme l’a souligné l’animatrice de l’émission Tania Young, la télévision doit apprendre à respecter les gens et elle devrait avoir un rôle capital dans ce sens. Une initiative courageuse de l’UNESCO va dans le même sens avec le lancement en 2010 de l’année internationale pour le rapprochement des cultures.

 

Il est temps en effet de mettre en place un nouvel humanisme  pour sauvegarder la cohésion sociale et la paix. Mieux connaître l’autre, c’est apprendre à se connaître soi-même et à forger ses propres valeurs qui, face à la pression des évènements, permettent de garder toujours son libre-arbitre.

 

(1) Auteur de Soumission à l’autorité, Calmann-Levy, 1974

(2) Robert-Vincent JOULE et Jean-Léon BEAUVOIS, Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Presses Universitaires de Grenoble, 2002