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La pensée chinoise

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.

 

 

La philosophie n’existe pas seulement sur les pourtours de la Méditerranée, et ne s’écrit pas seulement en grec, en latin, en anglais ou en allemand. Elle s’écrit dans d’autres langues, comme le sanskrit, le chinois ou en hiéroglyphes égyptiens.

Je ne reviendrai pas sur le processus de repli qui a conduit la philosophie à restreindre son champ au 19ème siècle et à considérer que la Grèce est la seule patrie originaire de la philosophie, d’où le recentrement de la philosophie sur le foyer grec, en ignorant d’autres foyers philosophiques, pour lesquels il y avait eu un engouement et une fascination extraordinaires. Vous avez vu le cas avec la philosophie indienne la semaine dernière.

Le cas chinois a des similitudes, mais aussi des différences avec le cas indien.

 

Le cas chinois : entre admiration et dérision

Les relations entre la Chine et l’Europe ont toujours été passionnelles.

C’est par le Livre des Merveilles du monde de Marco Polo que l’Europe découvre la Chine à la fin du XIIIème siècle. Alliant réalité et fiction, le livre raconte les aventures de ce jeune marchand vénitien, de son père et de son oncle dans l’Empire, alors inconnu, de Kubilaï Khan (1215-1294).

Certes, le royaume de Cathay, comme il l’appelle, n’a jamais été totalement ignoré du reste du monde. 2000 ans plus tôt, Rome commerçait déjà avec l’Empire de la soie. Et Marco Polo n’est pas non plus le premier Européen à parler de la Chine.

Guillaume de Rubrouck, vers 1220-1293, un franciscain dépêché par Louis IX, l’a précédé à la cour du grand khan. Certains chercheurs se demandent même si Marco Polo a vraiment mis les pieds en Chine. Mais en un sens, peu importe ! Car c’est bien ce Livre des Merveilles qui a fixé  pour la postérité l’image que l’Europe s’est faite de la Chine : un Empire puissant et immense, riche et ancien, où un souverain bienveillant règne sur une population policée aux mœurs raffinées. Cette vision « merveilleuse » de la Chine a suscité tout au long de l’histoire européenne des réactions d’admiration et de déception.

Aux 16ème et 17ème siècles, les Jésuites entreprennent de christianiser la Chine. Ils espèrent convertir l’empereur pour que le christianisme devienne religion de l’Empire. Ils infiltrent les hautes sphères du pouvoir, se font accepter des administrateurs publics, des lettrés, des mandarins, et troquent la soutane pour la tunique de soie.  Le plus illustre est le jésuite italien Matteo Ricci au 16ème siècle. Il fait traduire des ouvrages scientifiques occidentaux comme les Eléments d’Euclide, et traduit des ouvrages chinois en latin, pour montrer que la morale de Confucius est compatible avec le christianisme !

Il faut s’imaginer l’enthousiasme que suscite la découverte de cet « autre globe », comme dira le philosophe et sinophile Leibniz (1646-1716).

Les Dominicains et les Franciscains s’inquiètent de cet enthousiasme et ne tardent pas à riposter : les Chinois vénèrent l’empereur comme un dieu, et vouent un culte à Confucius et aux ancêtres ? C’est qu’ils sont idolâtres.

Non, rétorquent les Jésuites, car il y a méprise : ces coutumes chinoises ont un caractère essentiellement civil et non religieux. Mais les Jésuites sont-ils crédibles ? Ne sont-ils pas compromis avec le pouvoir impérial chinois ? Dans ce qu’on appellera la « querelle des rites », les Jésuites finissent par perdre leur cause : les rites chinois seront définitivement condamnés par le Pape en 1742.

Mais loin de ces débats, l’Europe mondaine a déjà succombé à la mode des « chinoiseries ». On s’habille comme à Pékin, on fait des jardins aux courbes sinueuses, on construit de fausses pagodes, on décore tout de papier doré. Et si c’était cela au fond la Chine ? un univers de dorures, du toc, du faux. C’est ce que laissent entendre de nombreux récits de voyage en Chine. Le mythe s’effondre, les mœurs chinoises sont ridiculisées.

Dans De l’esprit des Lois (1748), livre phare de la philosophie politique, Montesquieu (1689-1755) écrit : « La Chine est donc un Etat despotique, dont le principe est la crainte ». Marco Polo et les Jésuites se sont trompés.

Voltaire (1664-1746), par contre, est un grand sinophile. Il se demande ce qui pousse les Européens à porter « au bout du monde leurs préjugés et leurs contentieux. » Voltaire se moque des Jésuites qui veulent donner des leçons de morale à l’empereur. Dans ses écrits sur l’histoire, Voltaire veut rétablir les faits : la Chine a une histoire, et elle n’est pas chrétienne. Ceci lui permet de relativiser les traditions européennes. Il n’en voit sûrement pas toutes les conséquences. Entre autres, c’est que la Chine va resurgir sur la scène un siècle après Voltaire comme l’Autre absolu.

L’Autre, c’est d’abord celui qu’on ne comprend pas et dont on doit se méfier. On commence donc, vers la fin du 19ème siècle, à parler du fameux « péril jaune ». Les Chinois sont nombreux, ils pullulent, ils forment des fourmilières. Le chancelier allemand Bismarck (1815-1898) disait que les chameaux des Jaunes finiraient par s’abreuver dans le Rhin ….

L’Autre, c’est aussi l’insaisissable, l’exotisme. La Chine devient la nation la plus incompréhensible, et devient le « Dehors » qui permet de mieux penser les fondements de nos propres traditions occidentales. On développe alors le comparatisme. Le philosophe et sinologue François Jullien s’inscrit par exemple dans cet héritage. Ses ouvrages séduisent et sont traduits dans le monde entier. Avec le risque de ne plus comprendre la Chine du dedans. C’est un reproche que de nombreux sinologues lui adressent….

On peut parler de querelles d’experts, mais il est clair que lorsque l’Europe pense à la Chine, elle remet en cause son rapport  au reste du monde, c’est pourquoi j’ai parlé de rapport passionnel. Et on reste presque aussi ignorant de la pensée chinoise qu’il y a plusieurs siècles, comme on l’a vu aussi pour la philosophie indienne, qui reste très méconnue.

 

 

Le constat, c’est que malgré le travail effectué par les missionnaires chrétiens aux 17ème et 18ème siècles, malgré les connaissances apportées par la discipline sinologique constituée au début du 19ème siècle, l’ignorance et les préjugés restent dominants, à une époque où la Chine, figée dans une sorte d’altérité exotique ou exclue du cercle des nations policées et démocratiques, devient subitement un pôle d’attention et d’attraction dans un monde globalisé.

 

La pensée chinoise

Il faut rappeler que nous parlons d’une réalité spatio-temporelle immense et complexe.

Les premières sources textuelles auxquelles se réfère la tradition ultérieure remontent au moins à 3000 ans. Elles sont donc contemporaines des civilisations connues les plus anciennes : babylonienne, égyptienne, hébraïque, indienne.

Concernant l’espace, nous parlons d’un pays qui équivaut à l’Europe tout entière, sans compter l’influence qu’ont exercée la culture chinoise et son écriture pendant au moins tout le deuxième millénaire de l’ère chrétienne sur la Corée, le Japon, le Viêtnam…

Ce qui frappe donc au premier abord, c’est la remarquable continuité et vitalité de la pensée chinoise, malgré une histoire pleine de vicissitudes et de ruptures.

D’où le premier trait que je vais développer, c’est l’importance de la transmission, de l’interprétation de Textes fondamentaux, classiques, et fondateurs, qu’on va même appeler « les Classiques ».

L’écriture apparaît très tôt en Chine, vers 2000 avant J.C. , et elle va devenir prépondérante à partir des 3ème et 2ème siècles avant JC, avec l’instauration de l’Empire, et le développement d’une bureaucratie spécialisée dans la chose écrite pour répondre à des besoins grandissants de transmission.

Dans l’antiquité pré-impériale, il semble que la transmission orale, y compris de textes considérés plus tard comme fondamentaux, ait été une pratique courante.

Les quelques siècles qui précèdent l’instauration de l’ordre impérial, notamment la période des Printemps et Automnes (8ème – 5ème siècle avant JC) et  la période des Royaumes Combattants (5ème – 3ème siècle avant JC) ont connu une grande effervescence intellectuelle, un bouillonnement d’idées et de polémiques sans équivalent par la suite.

Ces siècles ont produit un vivier immense de textes philosophiques dans lequel les penseurs ultérieurs sont venus puiser, soit pour en proposer de nouvelles interprétations, soit pour y trouver les moyens de se ressourcer en temps de crise.

Confucius (551-479) ouvre en quelque sorte la voie à une tradition qui jouera un rôle prépondérant dans l’histoire impériale.

 

 

Confucius, compilateur des Classiques

Confucius est certainement le personnage le plus connu du public occidental, grâce notamment aux Jésuites. Ce n’est pas qu’il fait une irruption spectaculaire sur la scène de l’histoire au 6ème-5ème siècle, mais il introduit une forme d’humanisme et surtout une certaine conception de la culture humaine qui perdurent jusqu’à nos jours.

Quand il s’écrie, au moment où sa vie est en péril : « Après la mort du roi Wen, sa culture ne devait-elle pas vivre encore ici, en moi ? », il proclame une confiance immense dans la pérennité de la transmission, de génération en génération, de leçons d’humanité véhiculées par des textes dont il fait de fréquentes citations dans son enseignement : Le Livre des Odes, le Livre des Documents, Le Livre des Rites. Ces ouvrages, avec le Yi King, le Livre des Mutations, sont intégrés dans l’ensemble des textes confucéens considérés comme canoniques.

« Je n’ai rien créé, je n’ai fait que transmettre. » Entretiens VII, 1.

Confucius, que les Chinois ont révéré comme le Maitre par excellence, se reconnaît lui-même l’héritier d’une tradition. Cette tradition est celle d’une vision d’une monde dont Confucius va montrer qu’elle correspond aussi à une exigence intérieure : ainsi, à travers sa pratique morale, l’homme est capable de participer à l’harmonie du monde.

Si Confucius se montre si soucieux des exigences morales, c’est qu’elles sont  battues en brèche par les mœurs de son époque : l’exacerbation des rapports de force, la poursuite de l’intérêt individuel, l’oubli des liens harmonieux qui doivent régner entre les hommes ; les mots eux-mêmes ont dévié de leur sens et subissent une déformation qui fait perdre le respect des normes et le contrôle de la réalité.

Le retour à la rectitude est prôné par Confucius. Cette rectitude repose sur l’accord des paroles et des actes et se traduit, vis-à-vis des autres, par un rapport de confiance et de bienveillance qui fonde le lien social.

L’homme de bien, qui cultive le ren, demeure toujours inquiet de l’insuffisance de sa propre conduite. Sa principale vertu est la persévérance qui conduit à vouloir approfondir toujours davantage ce qu’on a appris et à se corriger.

La valeur de l’enseignement de Confucius tient à ce qu’il intègre la pensée et l’expérience. Il n’est pas figé dans des conceptions abstraites, figées, définitives, et intègre toujours la situation particulière dans laquelle celui qui parle est impliqué. Par exemple, lorsque ses disciples l’interrogent sur la notion centrale de ren, le sens de l’humain, de la relation humaine, Confucius répond toujours en fonction de son interlocuteur, en fonction de son tempérament et au stade où il est arrivé. Chaque question est susceptible d’une diversité d’approches. La parole doit demeurer vivante, la vertu est incitative.

 

Les textes Classiques n’apportent pas la révélation d’une quelconque parole divine, mais ils sont vénérés et sacralisés car ils sont censés contenir tout ce qu’un homme de bien doit connaître sur sa place dans le monde et dans la communauté humaine. On ne les lit pas comme de simples sources d’information, on les commente et on les interprète à l’infini. On les psalmodie et on les pratique jusqu’à s’imprégner de leur sagesse et s’approprier leur grandeur et leur beauté.

La production de textes fondamentaux ne s’est pas arrêtée à l’antiquité, et elle a reçu de nombreux apports de formes de pensée étrangères, comme le bouddhisme d’origine indienne dès le début de l’ère chrétienne, mais aussi de religions venues de Perse, ou du christianisme. C’est ainsi qu’apparaît par exemple le néo-confucianisme, aux environs de l’an 1000, de la fécondation du confucianisme ancien par le bouddhisme, ce qui a donné naissance à de nombreux textes qui ont nourri la réflexion pendant un millénaire.

La véritable rupture a lieu à l’ère moderne, vers la moitié du 19 siècle, au moment où sous la poussée des puissances occidentales, notamment lors des guerres de l’Opium, les élites lettrées chinoises doivent accepter la suprématie de leurs agresseurs. Confucius sera alors pris comme bouc émissaire des mouvements révolutionnaires.

Que pouvons-nous comprendre de la pensée chinoise à partir des Classiques remis au goût du jour par Confucius ?


1 . L’idéal d’une civilisation harmonieuse, fondée sur la notion de Grande Paix

Références : Le Classique des Odes, Le Classique des Documents, Le Classique des Rituels, Les Printemps et Automnes, Les Mémoires historiques de Seu Ma Tsien

Cosmologie chinoise : Pan’Kou, les 3 Auguste, puis apparaissent les Cinq Empereurs Célestes qui se nomment Houang-ti, Tchouan-Hiu, Kao-sin, Yao et Chouen (Shun). Ce sont des Empereurs mythiques. L’historien Sseu-ma-Ts’ien qui écrivit la première grande compilation d’histoire générale de la Chine au 2ème siècle avant J.C., prend ces Cinq Sages comme sujet du premier chapitre de ses Mémoires historiques.

 

Chacun est lié à un point cardinal, à une Vertu, à un Elément.

Témoins d’un certain Age d’or de l’humanité, ils sont médiateurs entre Ciel et Terre, garants de l’ordre cosmique. Pour les deux derniers , on indique parfois les dates de (2357-2258) et (2257-2208).

 

C’est alors que peut commencer l’Histoire. Un personnage très particulier fait la transition : YU LE GRAND, sorte de héros civilisateur. Il inaugure la première dynastie des Hia (2207-1766 avant J.C.) et est célèbre pour avoir mené à bien de grands travaux d’aménagement de la Chine, pour faire face aux inondations.

 

Le roi Wen souvent cité par Confucius est le roi fondateur de la dynastie des Zhou qui succèdera à cette première dynastie.

La notion de MANDAT CELESTE. Le Fils du Ciel. Il fait régner la paix et la solidarité par sa seule Vertu qui rayonne et qui irrigue la Terre entière. Quand il doit laisser le pouvoir, c’est la Nature qui le fait savoir (inondations, tremblements de terre, éclipses, 2 soleils dans le ciel).

 

2. L’énergie vitale, le mouvement, la culture de soi

Références : le Yi King, le Tao-Tö-King, textes du taoïsme primitif : L’œuvre intérieure, l’art de l’esprit, rendre limpide l’esprit.

. La notion de Tao, puissance originelle, informe, indicible et producteur de vie

. Le calme de l’esprit, l’absence de désirs et de points de vue, la libre circulation des souffles les plus purs

.  le refus d’une intervention coercitive sur le cours des choses, le fameux wu-wei, le « non –agir » .

Une notion fait le lien entre ces 3 plans : l’énergie vitale ou chi. Celle-ci se déploie dans des états tantôt bruts, tantôt raffinés. A son stade le plus fin, elle emplit le Ciel et la Terre, claire et dynamique, et engendre la vie et le changement. A son stade le plus grossier, elle tend à se figer dans des corps, expliquant la diversité des êtres, des organes et des fonctions.

Le travail sur soi consiste essentiellement à recueillir, à amasser et à faire advenir en soi cette énergie primordiale et pure en la centrant dans le cœur, organe de la pensée et des émotions. Cette puissance énergétique rayonnante met l’accent sur le vide, les vertus de la tranquillité et de l’équanimité. Cette méditation sans objet, cet exercice de recueillement confère à la personne une efficace qui fait d’elle un sage et le souverain légitime.

Les énergies, quand elles sont raffinées, irriguent les organes des sens, permettent de se défaire des désirs qui bloquent la circulation des influx vitaux et les empêchent de circuler ou de répondre efficacement aux sollicitations extérieures.

C’est le taoïsme qui va surtout être l’héritier de cet enseignement, qui va développer la science des exercices spirituels et respiratoires.

Deux expressions servent à traduire cette « culture de soi » : il s’agit de « raffiner le corps » dans sa totalité, cad la personne physique et morale. L’autre expression est « nourrir la vie », à maintenir active en soi la part vivante et génératrice.

L’étude du Yi King, l’art du Feng Shui, la pratique de la médecine, de l’astrologie, du Qi Gong ou des arts martiaux, l’intuition créatrice de la poésie et de la peinture renvoient  tous aux mêmes fondamentaux : le Tao, le Yin et le Yang, les Cinq Eléments ou Mouvements et à ces extraordinaires réseaux de correspondance dont les Chinois ont développé l’art jusqu’à l’extrême.

 

Le symbole chinois du yin et du yang entrelacés est un des symboles les plus connus aujourd’hui en Occident. Dans une sphère figurant l’origine de l’univers, la partie yang, blanche et lumineuse, se love autour de la partie yin, noire et ténébreuse.

 

Le yin, c’est l’ombre, la nuit, la terre, l’obscurité, le froid, la réceptivité, le principe féminin.

Le yang, c’est la lumière, le jour, le ciel, la chaleur, l’activité, le don, le principe masculin.

 

Chacune des deux moitiés porte en son milieu la trace de l’autre, car il n’est pas de yin sans yang, ni de yang sans yin.  La ligne qui les sépare dessine un « S » qui les resserre l’un sur l’autre : où le yang grossit, il comprime le yin ; où le yin se gonfle, il repousse le yang. Cette courbe indique le mouvement de rotation qui anime cette sphère, car le yin et le yang ne sont pas des états statiques, mais des principes dynamiques qui maintiennent l’homme et l’univers en dynamique et en vie.

 

 

Un texte nous dit qu’à l’origine du monde, lorsque la fission première scinde en deux le chaos primordial, le yang léger monte et forme le Ciel ; le yin lourd descend et forme la Terre. Mais pareil au soleil, le yang, lorsqu’il atteint son apogée, commence à redescendre. Lors de sa descente, il enfante le yin qu’il portait en son sein. De même, tout en bas, sous la terre, le yin à son extrême donne naissance au yang. Et voilà comment le yang au terme de sa course ascendante descend en portant un yin qui croît en son milieu, tandis que le yin reflue vers les cieux à partir des abîmes, abritant un yang dans son giron. Tout comme les jours qui grandissent au plus profond de l’hiver.

 

Ainsi se croisent constamment le yin et le yang. Le yin qui monte est brume et nuages, le yin qui descend est pluie féconde. Le yang qui monte est le soleil ardent, le yang au fond de la terre est comme l’or au creux des montagnes. Lorsque l’on dit que la nuit ou l’obscurité est Yin alors que le jour ou la lumière est Yang, on n’évoque pas seulement le passage de la nuit au jour ou inversement, mais plus profondément, le cycle constant du changement lorsque chaque chose se transforme inexorablement de l’une en l’autre.

 

A tout instant, la qualité insaisissable du Yin ou du Yang peut être perçue dans tout ce que nous vivons. Yin, c’est la réceptivité, la capacité de nourrir et de donner la vie. Yang, c’est l’activité, l’extériorisation, la force. Yin et Yang marquent simplement deux bornes, à un moment donné, dans la transformation incessante de l’énergie. Rien n’est absolument Yin ou absolument Yang. Tout est une combinaison fluctuante de ces deux facettes de l’énergie Une, appelée Chi.

 

«Le Tao donna naissance à l’Un. L’Un donna naissance aux Deux. Les Deux donnèrent naissance aux Trois. Les Trois donnèrent naissance aux dix mille êtres.» Tao Te King, chapitre 42

 

Les 5 Eléments ou plutôt les 5 mouvements énergétiques

 

L’énergie se déplace selon cinq mouvements fondamentaux : vers l’extérieur ou vers l’intérieur, vers le haut ou vers le bas ou encore en rotation. L’étude de ces mouvements constitue la base d’un des systèmes les plus célèbres de la sagesse chinoise, connu communément sous le nom de «Théorie des Cinq Eléments».

 

Les cinq mouvements d’énergie sont associés aux 5 Eléments : Feu, Terre, Métal, Eau et Bois.

 

. L’énergie du Feu se dirige vers le haut. Elle correspond à l’été du cycle annuel, à la phase de la pleine lune, brillante et épanouie. Elle correspond au point culminant de l’activité.

 

. L’énergie de l’Eau descend. Elle correspond au maximum de concentration et de repos. C’est l’hiver du cycle annuel et la période de la nouvelle lune.

 

. L’énergie du Bois se déploie de l’intérieur vers l’extérieur, dans toutes les directions. C’est la phase du cycle où les choses commencent à croître, le pouvoir de donner naissance, le mouvement centrifuge. C’est le printemps et la lune croissante.

 

. L’énergie du Métal, au contraire, symbolise le repli de l’énergie de l’extérieur vers l’intérieur. C’est l’énergie la plus dense et la plus condensée, le mouvement centripète. C’est l’automne et la lune décroissante.

 

. L’énergie de la Terre se meut horizontalement, en rotation autour de son propre axe. (rotation horizontale).  C’est l’énergie centrale, effectuant la transition entre les saisons et tout particulièrement entre la fin de l’été et le début de l’automne, soit entre le Feu et le Métal.

 

L’énergie se déploie vers l’extérieur au printemps (Bois), atteint son point culminant en été (Feu), commence à se condenser à l’automne (Métal) et prend son mouvement descendant en hiver (Eau). Et le cycle recommence avec un nouveau printemps.

 

Ces cinq Energies ou Eléments sont mis en correspondance avec les saisons, les aliments, les directions de l’espace, les nombres, les organes etc. C’est pourquoi ce système est aussi utilisé en médecine, pour le diagnostic et pour le traitement des pathologies.

 

- les cycles de succession et de domination

 

Chacune de ces cinq Energies (Eléments ou Mouvements) s’engendre l’une l’autre, sans pouvoir déterminer laquelle est apparue en premier. C’est une boucle. C’est ce qu’on appelle le cycle de succession ou d’engendrement.

 

La lecture du cercle extérieur donne l’ordre de succession suivant :

 

. le Métal engendre l’Eau : le métal se change en liquide sous l’effet de la chaleur ;

. l’Eau engendre le Bois : la pluie et la rosée permettent l’épanouissement de la vie végétale ;

. le Bois engendre le Feu : le feu peut être produit par le frottement de deux morceaux de bois ;

. le Feu engendre la Terre : le feu réduit tout en cendres qui se réincorporent à la terre ;

. la Terre engendre le Métal : c’est au cœur de la terre que résident les métaux d’où ils sont extraits. Et ainsi de suite …

 

En outre, chacune des cinq Energies est dominée par une autre, sans pouvoir déterminer laquelle est la plus forte. C’est ce qu’on appelle le cycle de domination ou de contrôle.

 

La lecture des flèches à l’intérieur du cercle donne l’ordre de domination suivant :

 

. le Métal est contrôlé par le Feu : le feu ramollit le métal qui peut ainsi être forgé ;

. le Feu est contrôlé par l’Eau : l’eau permet d’éteindre un incendie ;

. l’Eau est contrôlée par la Terre : la terre permet d’endiguer l’eau et de la canaliser ;

. la Terre est contrôlée par le Bois : les arbres maintiennent la terre par leurs racines ;

. le Bois est contrôlé par le Métal : même le plus grand arbre peut être abattu au moyen d’une hache en métal. Et ainsi de suite ….

 

3. les mutations, les correspondances

Référence : le Yi King.

C’est donc le nombre Cinq qui va régir tant l’univers que l’homme : les 5 directions de l’espace, les 5 saisons, les 5 organes, les 5 sens …. autant de combinaisons de yin et de yang.

 

L’homme comprend cinq viscères principaux : le foie, le cœur, la rate, les poumons et les reins, qui sont étroitement associés aux cinq Eléments qui président à la marche de l’univers. Le foie correspond au Bois, le cœur au Feu, la rate à la Terre, les poumons au Métal et les reins à l’Eau.

 

Comme nous le montrent les tableaux de correspondance, les éléments du corps humain entrent dans ce vaste réseau de relations que les Chinois ont élaboré, incluant l’espace, le temps, les sons, les sens, les couleurs, les émotions, les planètes etc.

 

 

Eléments

Bois

Feu

Terre

Métal

Eau

Directions

est

sud

centre

ouest

nord

Saisons

printemps

été

fin été

automne

hiver

Couleurs

bleu-vert

rouge

jaune

blanc

noir

Moments du jour

aube

midi

après-midi

soir

minuit

Climats

vent

chaleur

humidité

sécheresse

froid

Planètes

Jupiter

Mars

Saturne

Vénus

Mercure

Mutations

engendrer

croître

transformer

collecter

conserver

Animaux domestiques

coq

mouton

bœuf

cheval

porc

Animaux symboliques

dragon

phénix

serpent

tigre

tortue

Saveurs

acide

amer

doux

piquant

salé

 

 

 

Eléments

Bois

Feu

Terre

Métal

Eau

Organes

foie

cœur

rate

poumons

reins

Entrailles

vésicule biliaire

Intestin grêle

estomac

gros intestin

vessie

Organes des sens

yeux

langue

bouche

nez

oreilles

Structures

tendons

vaisseaux

chair

peau et poils

os

Emotions positives

gentillesse

Joie/courage

tolérance

sérieux

aisance

Emotions négatives

colère

haine

instabilité

tristesse

peur

Sons

cri

rire

chant

sanglot

soupir, plainte

Réactions

contraction

accablement

éructation

toux

frisson

 

Quelques correspondances entre l’homme et l’univers

 

4. La politique au cœur de la philosophie chinoise, le rôle médiateur de l’homme

La crise des institutions à l’époque des Printemps et Automnes, puis à celle des Royaumes Combattants a suscité de multiples discussions et polémiques entre ce qu’on appelle les « Cent Ecoles de pensée ». Le penseur chinois est presque toujours un conseiller politique ou un fonctionnaire dans l’administration impériale. En un sens, on peut dire que les penseurs chinois sont politiquement engagés.

Mais c’est aussi pour une raison philosophique que la politique est au cœur de la pensée chinoise : les penseurs accordent une place fondamentale à l’homme dans le monde. Dans la tradition chinoise, l’homme n’est pas considéré comme écrasé par une divinité qui décide de son destin, ni comme impuissant face à des éléments qui le dépassent. Au contraire, l’être humain est largement maître de son sort, et joue un rôle fondamental dans la bonne marche du monde. Il participe de manière décisive à l’harmonie universelle. Un bon gouvernement garantit la stabilité sociale, mais contribue aussi largement à l’équilibre du cosmos.

A la bonne politique du souverain, répondent des rythmes saisonniers réguliers et de bonnes récoltes. A l’inverse, un mauvais gouvernement entraîne des troubles sociaux, avec des dérèglements dans les rythmes naturels et la famine.

Même si l’histoire chinoise a été aussi brutale et violente que celle de l’Occident, on ne peut nier l’importance de l’harmonie en tant que thème de réflexion dans la Chine ancienne.

Ceci s’explique peut-être par le fait que le moindre désordre peut avoir des conséquences catastrophiques dans un monde très peuplé à l’équilibre alimentaire précaire. Au moment de l’unification impériale, à la fin du 3ème siècle avant JC, la Chine compte déjà plus de 40 M ha.

Une 2ème idée centrale de la vision politique chinoise est celle d’interaction entre les êtres. L’harmonie présuppose une vision globale des choses : plutôt que les parties, on privilégie le tout dont chacun dépend et auquel chacun contribue. Les parties se définissent moins en tant que telles que par rapport aux autres parties et au tout. On a souvent résumé cela en disant : le collectif prime sur l’individu.

Les personnes sont moins des individus que des sortes d’entités dans le monde et dans la société, des carrefours dans le réseau multiple et changeant des relations.

Le Chinois se définit autant par sa place dans l’ensemble que par ses caractéristiques propres. Il n’existe pas sans le groupe, qui lui donne sa place dans l’ensemble.

Ceci explique les devoirs de réciprocité : on est redevable envers ses parents, on doit respect et fidélité au souverain qui protège. Le rôle des rites. Ils ont pu se transformer en une étiquette, un protocole très figé au cours des siècles.