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La pensée de l'Egypte ancienne

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


Peut-on parler de philosophie égyptienne ?

Les philosophes Grecs eux-mêmes se sont posé la question d’une origine « barbare » de la philosophie, en pensant  notamment à la pensée égyptienne. Elle est posée dès Hérodote et Platon. Certains Grecs verront dans les prêtres égyptiens d’authentiques philosophes et dans leurs doctrines de véritables philosophies.

 

Quelles sont les grandes caractéristiques de la pensée égyptienne ?

 

1. L’Egypte est le pays de l’union des contraires

Le Nil, qui coule du Sud vers le Nord, divise les terres en deux parties, l’une orientale, l’autre occidentale.

Le Nil est un axe absolu. Le lieu d’où il vient est le commencement du monde, en fonction duquel on s’oriente. Quelle qu’en soit la direction réelle, son cours est le méridien qui sépare l’est de l’ouest.

La rive orientale est la rive des vivants, où se trouvent les temples, les villages. La rive occidentale est la rive des morts, lieux des tombeaux et des nécropoles, des villages d’artisans.

 

Il existe aussi une distinction entre les terres hautes et étroites de la vallée du Nil au Sud : la Haute Egypte ; et les terres basses et étendues du Nord, le delta du Nil, la Basse Egypte, le pays immergé.

 

Le symbole de l’union des Deux Terres est le SEMA TAOUI (sema : réunion et Taoui : les deux terres). Autour du hiéroglyphe Sema, représenté par le poumon et la trachée symbolisant le souffle vital, on trouve les deux génies du Nil qui nouent les deux plantes héraldiques de la Haute et de la Basse Egypte, le lys et le papyrus.

 

L’Egypte est d’ailleurs placée sous l’égide de deux déesses tutélaires du Nord et du Sud, Ouadjet, la terre, la déesse cobra de la Basse Egypte, et Nekhbet, le ciel, la déesse vautour de la Haute Egypte. Elles sont placées sur le front de Pharaon pour rappeler cette union. Le Pharaon porte d’ailleurs une double couronne, le pschent, car il est le garant de l’union des deux terres, une couronne blanche pour la Haute Egypte, et une rouge pour la Basse Egypte.

 

Le Sud est plus guerrier, lié au désert. Il est sous la tutelle du dieu chacal Seth, dieu du chaos et du désordre, alors que le Nord est plus marchand, placé sous la tutelle du dieu faucon Horus, le garant de l’ordre.

 

 

. L’Egypte est le pays où se croisent les axes de la lumière et de l’eau :

L’axe du Nil est croisé chaque jour par le parcours du soleil d’est en ouest. Le dieu soleil, celui du monde visible, porte le nom de Rê. Il et représenté par le phénix Bennou, qui incarne le renouveau spirituel et matériel.

L’ouest reçoit le soleil dans sa vieillesse. Sur la rive occidentale, il change de barque, et sous le nom du dieu Atoum, entame d’ouest en est le chemin du retour. Grâce à sa détermination, il récupère son éternelle jeunesse pour renaître à l’horizon oriental, engendrant ainsi un jour nouveau. L’axe du soleil est donc perpendiculaire à l’axe du Nil. Atoum est le dieu Soleil du monde invisible, souterrain, représenté par le scarabée qui a le pouvoir de s’autocréer à partir d’une boule d’excréments.

Cette croix spatiale sert pour l’orientation de tous les édifices : chaque point cardinal a un sens symbolique = l’est, la naissance, l’ouest la mort et la régénération, le nord, la gestation et le sud la fécondité.

 

L’Egypte relie le visible et l’invisible, des concepts métaphysiques à des notions concrètes grâce à la puissance des symboles.


2. Une vision métaphysique

Le réel ne se limite pas à la seule création. Dans la pensée égyptienne, la création ne supprime pas ce qui l’a précédé : outre la somme de tout ce qui existe, il subsiste quelque chose d’éternel qui ne viendra jamais à l’existence. Par exemple, les dieux se manifestent dans la création mais ils ne sont pas absorbés par elle.

 

Il n’existe d’ailleurs pas de mot en Egypte pour dire dieu, mais un terme qui désigne la présence du divin ou du sacré. C’est le terme NETER, représenté sous la forme d’un pieu portant un drapeau, qui signale le lieu d’émergence du sacré.

Certains textes parlent de « celui qui est enterré » ou d’un mât qui indique l’émergence de la divinité, venue d’un autre plan du réel, probablement le NOUN, l’océan primordial.

 

A la création du monde, le NOUN est refoulé à la périphérie de notre univers, mais il n’en demeure pas moins présent.

« Après avoir été le milieu chaotique des formes en attente, jadis le Noun, endigué et canalisé sous forme de Nil, est la réserve permanente des forces vitales, où peuvent se régénérer tous les êtres déclinants. Noun est le grand océan qui entoure la Terre et s’étend dans le monde inférieur comme dans le ciel bleu » Sauneron et Yoyotte.

 

Tout dieu égyptien présente toujours 3 caractéristiques, à travers lesquelles il exprime sa puissance. Chaque dieu est une unité multiple, exprime une complexité, est porteur d’un réseau de correspondances. Il se charge d’innombrables significations. C’est pourquoi il est si difficile de comprendre ces dieux qui constituent un réseau de réalités symboliques. Par exemple, la déesse Sekmet, à tête de lionne, est la déesse de la guerre, mais aussi celle des médecins, de la transmutation, Dame de miséricorde. Osiris symbolise la mort, mais aussi la fertilité, la fécondité.

 

 

Les 3 caractéristiques d’un dieu sont les suivantes :

. un nom, porteur de son identité, de son principe, de sa loi. Le nom exprime la volonté de … créer, renaître, écrire, aimer…..

. une fonction : mode d’action du dieu, une énergie qui canalise la volonté

. une forme d’apparition ou apparence, qui est l’élément le plus visible, le plus manifeste.

 

Nom, fonction et forme ne sont pas des attributs statiques ; ils peuvent être partagés ou échangés entre les dieux. Une pensée dynamique et multiforme.

 

Par exemple, la forme Faucon est partagée par Horus qui a la fonction de dieu du Ciel à Edfou, Rê-Harakhtès qui a la fonction de dieu solaire à Héliopolis, Sokar qui a la fonction de dieu souterrain à Memphis, Montou qui a la fonction de dieu de la guerre à Thèbes.

De même, des dieux peuvent partager une fonction commune et avoir des noms et des formes différents. C’est le cas des dieux funéraires : Osiris, momiforme à Abydos et Anubis, qui revêt la forme d’un chacal.

 

Chaque dieu est une réalité une et multiple qui exprime l’ordre du monde, une réalité dynamique, insaisissable, que l’on ne peut figer. Les animaux ne sont pas les dieux eux-mêmes, mais une simple représentation symbolique en résonance avec la fonction du dieu.

 

MAAT ou la Vérité-Justice

Concept clé de la société égyptienne depuis le début de l’Ancien Empire, le concept de Maât s’est matérialisé sous forme d’une déesse, fille du dieu soleil Rê, reconnaissable à la plume d’autruche qui est fixée sur sa tête.

 

Son nom dérive de la racine maâ dont la signification recouvre les notions de vérité, de réalité, de rectitude, d’ordre et de justice.

 

Le concept de Maât englobe toutes les fins et tous les moyens de l’harmonie universelle qui doit présider au fonctionnement de l’univers et au monde des hommes.

 

Le concept qui lui est contraire est celui d’ISFET, le chaos, le désordre, l’injustice.

Les Egyptologues considèrent qu’elle n’est pas une déesse au sens classique du terme, mais un principe métaphysique. Elle est la condition nécessaire à l’existence de la justice, de la vérité et de la solidarité. Elle est la clé de voûte métaphysique de la civilisation égyptienne.

 

Dès l’Ancien Empire, la Maât désigne l’ordre cosmique dont Pharaon est le garant. Car cet ordre, cette harmonie peut toujours se dérégler et amener au chaos.

 

Dans les Textes des Pyramides, on lit que le roi a dit la Maât, que le roi a accompli la Maât, qu’il a remplacé l’Isfet par Maât. Pharaon doit faire l’offrande de la Maât tous les jours, dans le temple, ainsi que l’offrande de l’œil Oudjat.

 

HEKA ou la magie

A la fois visible et invisible, l’énergie de Hêka permet aux choses d’être ce qu’elles sont. Hêka personnifie la qualité qui distingue les êtres et les différencie. Elle représente le pouvoir de chaque chose, mais aussi l’idée selon laquelle tout est relié par un fluide universel, le Ka. Ainsi, rien n’est isolé, chaque partie participe de l’ensemble selon des correspondances et des analogies. C’est Hêka qui anime et pénètre les choses.

« Hêka représente le « fluide » par lequel tout être selon ses prérogatives – dieu, roi, fonctionnaire, prêtre, homme, voire animal ou matière, telle que la pierre, agit sur les autres. C’est par exemple, la solidité du firmament ou la cohésion de la pierre ».

 

3. Les grands symboles de l’Egypte ancienne

On retrouve les grands symboles égyptiens sculptés dans la pierre, peints dans les tombeaux, ou sur les papyrus. Ils étaient aussi utilisés comme amulettes que la personne portait, vivante ou morte, afin d’être protégée.

 

Quelques Symboles de protection

• l’Œil d’Horus Oudjat

Le mot « Oudjat » veut dire littéralement œil, cependant ce n’était pas n’importe quel œil mais celui du faucon, l’oiseau qui symbolisait le démiurge créateur associé à Rê et à Horus. Il conférait la santé et la force pour être à l’abri de tous les dangers.

 

Il était associé au combat qui opposa le fils d’Osiris, Horus, à son oncle, l’usurpateur, Seth. Cf. le mythe d’Osiris, combat contre Osiris et Seth, la revanche d’Horus.

Pendant l’un des combats, Seth, qui représentait les forces de la déstabilisation et du chaos, fit éclater l’œil d’Horus en soixante-quatre fragments. Le dieu de la sagesse, Thot, le secourut et grâce à sa magie reconstitua l’œil aveugle et lui donna une nouvelle puissance.

 

Ainsi, l’Oudjat se transforme en symbole de victoire, mais aussi de connaissance des lois intimes de l’univers. Ses fragments étaient, en réalité, les parties qui composaient l’univers et leur réunion en une nouvelle totalité signifiait la connaissance.

 

L’Oudjat était généralement peint sur la partie antérieure des sarcophages et des barques sacrées pour pouvoir voir dans l’invisible, dans l’au-delà. Les deux Oudjat, gauche et droit, représentaient respectivement l’œil du Soleil et de la Lune.

 

 

• Le Cartouche royal

C’est l’enveloppe protectrice du nom, qui servait à garder et à prolonger la vie de celui dont le nom était inscrit à l’intérieur.  C’est un  allongement du hiéroglyphe qui représente le disque solaire, le cycle du temps éternel. C’est une sorte de nœud magique.

 

• Le Ka

Le Ka est la force vitale génératrice et affective qui relie chaque être à la force universelle qui anime le cosmos. Son hiéroglyphe était formé par deux bras levés en geste d’adoration ou d’étreinte. Le Ka était le symbole de l’offrande et de la protection.

 

Lorsque le dieu potier Khnoum fabrique avec de l’argile le premier corps, il crée en même temps le Ka, le double psycho-énergétique du corps physique qui en réalité est sa matrice invisible. Sans le Ka, il n’y a pas de vie. Mourir, pour les Égyptiens, c’était séparer le corps du Ka, rendre son Ka.  Le Ka passait la fausse porte de la tombe.

 

Le KA peut désigner le pouvoir de la création que possède la divinité ou netjer : mais aussi, les forces d’entretien qui animaient l’ordre universel, Maât.

 

Quelques Symboles de pouvoir

 

• Le sceptre Ouas

Il est le symbole du pouvoir, l’insigne magique que portaient certains prêtres. Ce bâton possède une tête d’animal semblable au chien-chacal Seth, et se termine par une espèce de fourche dans sa partie inférieure. C’est le sceptre du pouvoir divin, le bâton de pouvoir.

 

• Le pilier Djed

C’est une représentation de la colonne vertébrale d’Osiris (et plus particulièrement de 4 vertèbres) et elle conférait au défunt la capacité d’être redressé, par conséquent vivant. Il octroie la stabilité et la durée. Symbole de la résurrection d’Osiris, il représente la rénovation et l’accroissement du potentiel. Il est associé à l’Axe du Monde, l’axe vertical qui relie la Terre au monde Céleste.

 

• La croix de vie Ankh

Elle est le symbole de vie, portée par les dieux et les Pharaons. Elle est constituée par deux éléments différents : les deux bras de la croix en forme de « T » et un nœud en forme d’anse. La partie supérieure, circulaire, est en relation avec le rythme vital de la vie éternelle.

La croix en forme de « T » est un symbole de la génération dans la temporalité.

L’Ankh réunit l’éternité avec la vie temporelle ; non seulement elle est la vie mais elle donne la vie.

 

Les signes Ankh, Djed et Ouas, ensemble, composaient un emblème qui symbolisait les conditions de vie, de stabilité et de santé qui caractérisaient les attributs de Pharaon.

 

• Le scarabée Khépri

Il est associé à l’image du scarabée portant sa boule, symbole du dieu Rê, le Soleil, Seigneur de la Création. Dans les textes sur l’au-delà (Douat), on lui attribuait la faculté de déplacer le disque solaire à travers le firmament en le faisant rouler entre ses deux pattes  postérieures.

Il représentait le principe de la résurrection des défunts ; son nom lui-même indiquait devenir, se transformer, arriver à être.

Sur sa partie plane, on écrivait différentes formules ou événements d’un règne, des noms de dieux et de rois. Le Soleil, à l’aube, prenait la forme du scarabée, la lumière renaissante.

 

 

• le cobra Uræus

C’était le Cobra royal appelé dans la langue hiéroglyphique Iaret, le serpent par excellence, celui qui se trouvait aux origines de la vie. Le cobra et le serpent, par extension, étaient associés au concept d’une vie qui adoptait toutes les formes. Cycliquement, il changeait sa vieille peau et une nouvelle vie émergeait.

Dressé sur le front du Pharaon, on l’appelait l’œil de Rê qui étreint. Son rôle était de détruire les ennemis de l’Égypte et tous ceux qui menaçaient la Maât, la justice et l’ordre. Il symbolisait l’immobilité et l’attention, le Pharaon était « le cobra » de l’Égypte.

 

La plume de Maât

Cette plume d’autruche était le symbole de la justice, de la vérité et de la solidarité. Son hiéroglyphe désignait la présence de la déesse Maât, qui représentait la condition pour qu’existe l’ordre intelligent dans l’univers. Elle inspirait la loi et veillait à ce que l’équilibre pré-établi par le démiurge, son père, Rê, ne soit pas mis en danger.

Elle personnifiait l’équilibre cosmique, incarnait l’harmonie et les moyens de la mettre en pratique. Elle était garante de l’ordre universel et de la régularité des phénomènes. Elle symbolisait l’état idéal des choses que le souverain s’efforçait d’atteindre et de maintenir.  Elle était la direction qui donnait son sens à la vie de chacun ; chaque homme devait la produire dans ses actes.

 

La plume était généralement représentée sur l’un des plateaux de la Balance, face au cœur-conscience du défunt, lors de la psychostasie, la pesée de l’âme. Si le cœur avait agi selon la Maât sur Terre, la plume et l’âme du défunt souverain avaient le droit de passer dans le royaume d’Osiris.

 

 

Le sphinx

L’image du Sphinx exprime l’âme de l’Égypte. Les Grecs ont vu dans cette image un personnage menaçant, c’est pourquoi en grec le mot sphinx vient de étrangler, étouffer. Mais les Égyptiens l’appelèrent shesep ank, image vivante.

Cette épithète était attribuée uniquement au grand Sphinx de Gizeh, qui réunissait en lui quatre dieux ou forces liées au soleil : à l’aube, au milieu du jour, au couchant, à l’horizon.

 

Le sphinx était une image du roi ou de certains dieux qui servait de réceptacle à leurs émanations. Les forces bénéfiques qu’il contenait et agissaient à travers lui conféraient leurs qualités à leurs formes matérielles.

 

 

4. Les sagesses de l’Egypte, un enseignement éthique de savoir vivre

 

La plus ancienne des sagesses égyptiennes connues remonte à l’Ancien Empire (2700-2200 avant Jésus-Christ), plus précisément à la Vème dynastie, et les plus récentes datent de l’époque romaine.

 

On connaît mieux les textes religieux, les textes funéraires, les mythes cosmogoniques que ces textes de sagesse quotidienne et ils méritent d’être mieux connus. Les sagesses égyptiennes ont acquis une grande notoriété dans tout le Proche Orient.

 

Ce genre littéraire est connu surtout sous les noms de sagesse. Les Egyptiens utilisaient le mot sebayt, qui signifie exactement « ce qui est enseigné » ou encore plus simplement « enseignement ».

 

Cette littérature n’était pas destinée exclusivement à une petite minorité de lettrés puisque des copies sur ostraca ont été retrouvées. Les ostraca sont les tessons de poterie sur lesquels les écoliers faisaient leurs exercices d’écriture (le papyrus étant coûteux).

 

Des hommes, parvenus en leur grand âge, ont aimé laisser à leur fils, sous forme d’enseignement, l’expérience qu’ils ont rassemblée au cours de leur longue vie. Expérience héritée pour une part de celle de leurs ancêtres et fruit, d’autre part, de leur propre réflexion. Tradition et démarche personnelle se mêlent. La grande humanité de ces Préceptes, leur variété et leurs nuances, sont tout à fait remarquables.

 

 

Ces conseils peuvent être des recommandations matérielles de conduite en société, ou des directives intellectuelles et morales, d’une haute valeur spirituelle. Ils constituent des traités de morale qui valent pour les hommes de tous les temps.

 

Les textes les plus connus sont les suivants  :

Enseignement d’Amenemopé à son fils Kanakht

Ani

Enseignements du Vizir Ptahhotep, « le plus vieux livre du monde »

Pétosiris

Amenemhat

Maximes du scribe Anty à son fils

Khety

Merikarê

 

 

Les Egyptiens avaient détecté trois obstacles majeurs qui pouvaient empêcher de vivre la Maât : la paresse, la surdité mentale et l’avidité.

 

Il n’y a pas d’hier pour le paresseux

Pas d’ami pour celui qui est sourd à la Maât

Pas de jour de fête pour l’avide.

L’Oasien ou les plaintes du paysan – Moyen Empire

 

La paresse :

Pour éviter la paresse dont l’inaction est le trait le plus saillant, les textes conseillent de ne jamais rompre le lien entre l’action et ses conséquences, d’agir l’un pour l’autre, de cultiver la réciprocité et la solidarité active qui développe les qualités de service et d’autonomie. Pour sortir de l’inertie, les Egyptiens préconisent de faire de l’action une offrande.

Les scènes d’offrande sont innombrables dans les représentations égyptiennes.

La source de la paresse est la perte de mémoire qui fait que l’individu oublie la finalité de ses actes, le sens à donner à sa vie. Il est alors happé par les besoins du moment. Il oublie ses engagements, il perd la notion de restitution. Il n’agit qu’en fonction de ses besoins à court terme.

 

Agir, c’est s’insérer dans l’ordre du monde, en ayant conscience d’où l’on vient et où l’on va, en ayant conscience d’être intégré dans cet ordre et en étant solidaire de tout ce qui est vivant.

 

La surdité mentale :

Pour l’Egyptien, la sagesse va de pair avec le silence. Ecouter et contempler correspondent à une démarche d’intériorisation. Intimité de la relation de l’homme avec l’image de Dieu.

 

La surdité mentale pose le problème de la solidarité dans la communication.

L’écoute mutuelle permet l’accord réciproque. Avant de juger, il faut toujours écouter.

 

C’est par l’écoute que le sens pénètre dans l’homme, le forme et le transforme en un être sensible… La surdité envers la Maât, c’est l’insensibilité.

Quant à l’insensé qui n’écoute pas, il n’y a personne qui agisse pour lui. Il n’attache pas plus de prix à la connaissance qu’à l’ignorance, à l’utile qu’au nuisible… Son mauvais caractère est connu des grands. Il vit comme s’il était mort chaque jour… Si l’écoute est bonne, la parole est bonne. Ptahotep

 

L’avidité :

 

L’avidité est la maladie la plus grave car elle est le moteur de l’égoïsme et de la séparativité.

L’homme avide s’identifie à ses possessions et à ses désirs plutôt qu’à ce qu’il est.

La source de l’avidité est la crainte qui empêche de dépasser l’instinct de survie. L’homme avide connaîtra la dissolution dans l’au-delà.

 

Garde-toi d’un acte d’avidité,

Car c’est là une maladie grave et incurable,

Qui ne peut faire place à l’intimité ;

Elle avilit les pères et les mères,

Comme les frères d’une même mère,

Elle rend aigre la douceur de l’amitié,

Elle éloigne du maître un ami,

Elle sépare l’épouse de l’époux.

Mais il durera l’homme qui se conforme à la Maât,

Il pourra faire un testament à cause de cela.

Mais l’avide n’a pas de tombe.

Maxime de Ptahotep

 

Vaincre les trois obstacles à Maât conduit au détachement, rend le cœur léger.

 

Les moyens de vaincre ces trois obstacles sont la purification, l’illumination et la transmutation. Ces enseignements étaient délivrés dans les Maisons de Vie et les épreuves correspondantes se passaient dans les annexes des temples.

 

La purification : l’objectif est de se débarrasser de tout obstacle ou souillure susceptible de pervertir l’action. La formule de purification, appelée confession négative, que récitait le prêtre lorsqu’il entrait dans la cour du Temple ou le défunt lorsqu’il pénétrait dans la Salle de la Balance, illustre ce que les Egyptiens entendaient par l’état de pureté mentale et psychique à atteindre :

Je n’ai pas affamé. Je n’ai pas fait pleurer. Je n’ai pas tué. Je n’ai pas ordonné de tuer. Je n’ai affligé personne…

 

Suivaient ensuite des ablutions physiques avec l’eau lustrale, symbole des eaux du Noun, l’océan primordial.

 

Est pur celui qui a agi justement, en respectant les lois, les hommes et les dieux.

 

L’illumination : c'est une compréhension d’ordre intellectuel qui permet de se dégager des apparences pour voir la réalité telle qu’elle est. Et aussi une aptitude concrète à voir au-delà des apparences.

 

Dans la salle de la révélation ou de l’illumination (akh-menou), était exposé un ensemble d’images de dieux qui permettaient de comprendre les multiples visages du démiurge.

 

Entrer en communication et union avec l’invisible. Symbole de l’œil oudjat.

 

La transmutation : l’être humain devient alors un et multiple à la fois. Il est l’incarnation de Maât et a chassé Isfet de lui-même.

 

Livre des Morts : Je suis hier, je suis aujourd’hui, je suis demain.

Accès à l’entière liberté, symbolisée par le Scarabée, dont le nom kepher signifie devenir, parvenir à être.