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La philosophie de la Renaissance

Nous avions vu, la semaine dernière, certaines caractéristiques de la philosophie médiévale en quelques grandes étapes :

. le christianisme se situe sur le terrain de la philosophie antique dès l'époque des Pères de l'Eglise, l'époque patristique des premiers siècles de l'ère chrétienne, qui jette le discrédit sur l'éthique vécue des philosophes antiques.

 

. d'abord présenté comme une continuité ou un accomplissement de la philosophie antique, le christianisme se démarque peu à peu de l'antiquité, avec une interprétation toute particulière des textes, et la philosophie est ravalée au rang de discipline préparatoire, comme les arts libéraux, pour comprendre la Révélation chrétienne.

 

. du 8ème au 13ème siècle, la création des universités, les nouvelles traductions d'Aristote, l'influence des philosophies arabe et  juive transforment la philosophie en science exclusivement théorique et intellectuelle, au service de la théologie. Rupture entre la philosophie et l'éthique concrète. C'est l'apogée de la Scolastique aristotélicienne du XIIIème siècle.

 

. d'autres courants non-scolastiques continuent de s'exprimer aux XIIè et XIIIème siècle, notamment dans les monastères et avec certains courants restés fidèles à l'idée de pratique de la philosophie. Ces courants annoncent l'âge de la Renaissance.



1. Qu'est-ce que la Renaissance ?

Commençons par un paradoxe : la Renaissance, avec son R majuscule, est une invention assez récente. C'est aux alentours de 1840, à l'occasion d'un cours au Collège de France, que Jules Michelet érige la Renaissance en période historique et dote le mot d'une majuscule. Il a l'audace d'inventer une entité nouvelle ; elle se déploie selon lui de Christophe Colomb qui découvre l'Amérique en 1492 à Galilée, qui pose aux débuts du XVII ème siècle les fondements de la science moderne.

Au milieu du 19ème siècle, il est courant d'opposer la lumière de la Renaissance à un Moyen Age crépusculaire, voire obscurantiste. C'est une vision séduisante, mais trompeuse, car c'est ignorer les lumières médiévales et les faces sombres de la Renaissance, et c'est méconnaître les liens qui unissent les deux époques.

 

Avec le Moyen Age et la Renaissance, il est possible de penser ensemble la continuité et la rupture.

Si l'on n'enferme pas la Renaissance dans une stricte chronologie et dans un espace trop réduit, elle apparaît comme un mouvement diversifié, une dynamique, une véritable aventure, qui voit ses commencements déjà au 14ème siècle et se termine au début du 17ème siècle, donc environ trois siècles.

 

Les acteurs de la Renaissance ne se donnaient donc pas ce nom, et pourtant ils avaient depuis Pétrarque la conscience de re-naître à une autre vision. Du XIVème au XVIème siècle, d'une extrémité de l'Europe à l'autre, des intellectuels et des artistes, des mécènes et des princes acquièrent la conviction de vivre un âge nouveau : "réveil, régénération, résurgence, restauration", autant de termes, ou de métaphores,  par lesquels des élites européennes, italiennes au premier rang, formulent un grand projet, celui de réactiver les temps anciens pour ouvrir des temps modernes, de regarder en arrière pour bondir en avant.

 

Se mettre à l'école des Anciens, et pas seulement latins et grecs, en les prenant pour modèles d'une imitation créatrice.

"Pillons-les, disait Pierre de Ronsard, mais pour les surpasser."

Voilà qui a permis que ressuscitent les arts ; ou selon Marsile Ficin et les poètes, que resurgisse le vieil âge d'or. Le projet ne peut être qualifié ni de régressif ni de progressiste. La Renaissance n'est pas un simple retour à Cicéron et à Platon, comme le suggèrent trop de manuels scolaires. C'est une révolution culturelle qui touche tous les pans de la culture : religieux, politique, scientifique, artistique. Elle est porteuse d'une autre vision de l'homme et du monde, certes inspirée de l'Antiquité mais à laquelle elle va ajouter des éléments totalement nouveaux.

Face à l'Antiquité, les esprits de la Renaissance se tiennent à la fois dans la familiarité et la distance.

 

Rupture : vivre dans un monde plus vaste

L'Italie est le premier laboratoire de cette expérience de la Renaissance, avec une volonté farouche de combler le gouffre entre la patrie romaine et la patrie contemporaine.

 

Chaque ville italienne, du XI ème au XIII ème siècles, se veut une Rome municipale, se dote d'un forum, d'un sénat où renaissent l'éloquence, la délibération politique, mais aussi le commerce et l'économie.  A côté de la cathédrale, des couvents, des anciennes tours médiévales, grandissent les organes d'une vie urbaine laïque, avec ses bourgeois, ses marchands et banquiers. Les fils des marchands italiens, financiers de l'Europe, sont les grands innovateurs de l'époque.

Partie des villes italiennes, cette révolution gagne peu à peu l'Europe.

En 1439-1443, un tournant essentiel se passe.

Florence est alors le siège d'un concile réunissant  l'élite religieuse et culturelle byzantine, et les théologiens et humanistes latins. C'est alors que la Renaissance latine devient aussi une Renaissance grecque.

Florence devient la capitale du néoplatonisme occidental et une ville-Académie, sous l'influence de Gémiste Pléthon, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole,  aidés par les banquiers et mécènes Médicis (Côme de Médicis, Laurent).

 

Les artistes, protégés et payés par ces mêmes mécènes, renouent avec l'art antique et ses génies. Michel-Ange, Raphaël, Botticelli, Léonard de Vinci font revivre les dieux et héros de l'antiquité gréco-romaine. Le néoplatonisme florentin féconde la peinture et la sculpture italienne.

 

Après 1450, on assiste à un formidable essor démographique, qui fait suite à une période de catastrophes. L'Europe passe de 60 à 80 millions d'habitants. Spectaculaire développement des villes, des échanges, des voyages. Circulation accrue des biens. Un monde puissamment agrandi par Colomb, Vespucci et Magellan, dont les découvertes ont pour conséquence de faire affluer l'or, de développer le commerce, et de déplacer le centre du monde connu de la Méditerranée vers l'Atlantique. Elles bouleversent aussi l'imaginaire et affectent profondément l'esprit moderne.

 

"Je suis né dans ce siècle où la Terre a été découverte, écrit en 1576 le savant italien Jérôme Cardan, alors que les Anciens n'en connaissaient guère plus du tiers. Les connaissances se sont étendues. Qu'y a-t-il de plus merveilleux que l'artillerie, cette foudre des mortels bien plus dangereuse que celle des dieux ? Ajoutons-y l'invention de l'imprimerie, qui peut rivaliser avec les miracles divins. Que nous manque-t-il encore, sinon, de prendre possession du ciel ? "

 

On entrevoit ici le rêve et l'ambition de ce qu'on appelle l'esprit de la Renaissance : s'il entend revaloriser le langage et les langues, restaurer les disciplines classiques, c'est aussi pour asseoir la dignité de l'homme. Parfois aussi pour rivaliser avec le divin. Il s'agit de tirer de l'Antiquité assez d'énergie intellectuelle et morale pour régénérer la civilisation et l'arracher à la barbarie ou à la décadence. Le projet est d'offrir à l'homme un modèle de vie complet, par quoi il se dépasserait lui-même. Modèle de l'homme universel, uomo universale.

La littérature scientifique grecque, rapportée de Byzance, Archimède, Ptolémée, Euclide …. est commentée, traduite, publiée par les humanistes italiens. Ceci fait faire un bond en avant considérable à la science européenne. Copernic, Képler, Galilée.

Le statut de la philosophie change radicalement par rapport à la scolastique médiévale.

 

1. Le retour des exemples des philosophes de l'antiquité : Pétrarque, Boccace et Erasme

Pétrarque 1304-1374

Commençons par Pétrarque, bien qu'il n'occupe pas beaucoup de place dans les manuels d'histoire de la philosophie. Ses contemporains voyaient en lui non seulement un poète, mais aussi un philosophe, un sage des plus authentiques.

Dans son ouvrage De sa propre ignorance et de celle de tant d'autres, contre Averroès, Pétrarque attaque l'éthique "scientiste" d'Aristote, en se servant du sens socratique de l'ignorance :

"J'ai lu tous les livres moraux d'Aristote, j'ai suivi quelques cours qui leur étaient consacrés. Avant que mon ignorance ne me soit apparue, il me semblait que j'en avais compris quelque chose, et que j'étais devenu plus sage. Mais, contrairement à ce qu'il aurait fallu, je ne me sentais pas intérieurement meilleur après la lecture et je me plaignais souvent à moi-même et parfois aux autres de ne pas accomplir en réalité ce qu'Aristote avait dit au début de son deuxième livre de l'Ethique, à savoir qu'il fallait apprendre ce domaine de la philosophie  non pas pour savoir mais pour devenir meilleur."

 

L'analyse aristotélicienne des vertus semble infructueuse, continue Pétrarque, tandis que l'analyse des vices engendre des penchants pour ceux-ci. En revanche, ce sont les auteurs latins, tels Cicéron, Sénèque, Horace, les nostri, qui nous aident à devenir meilleurs. Ils ne se préoccupent pas des définitions exactes ou des divisions des vertus, mais ils savent inciter à celles-ci par le pittoresque de leur description et la force de leurs exhortations, en influant autant sur l'intellect que sur les sentiments. A ceux-là, Pétrarque joint Socrate pour son intérêt pour la morale.

 

En résumé, Pétrarque rejette le savoir éthique purement descriptif, privé de tout élément personnel et émotionnel, et prêche pour une éthique réalisable et réalisée de différente manière par des gens vivants et concrets. C'est le retour de l'exhortation enflammée, de la parole enthousiaste.

 

La formule de Pétrarque : "melior fieri" = être meilleur

"Il est plus important de vouloir le bien que de connaître la vérité".

 

"Je n'appelle pas philosophes ceux à qui on donna, à juste titre, le nom "d'hommes de la chaire" (cathedrarios). Car ils philosophent en chaire, alors que dans  leurs actions ils sont insensés ; ils donnent des préceptes aux autres et ils sont les premiers à s'opposer à leurs propres recommandations, à supprimer leurs propres lois. (…) Ce n'est donc pas de ceux-ci que je parle, mais des vrais philosophes qui, toujours peu nombreux, maintenant peut-être complètement disparus, confirment par leurs actes ce qu'ils prêchent : l'amour et le souci de la sagesse." De vita solitaria

 

Eloge que Boccace fait de Pétrarque, son contemporain  : Pétrarque y est glorifié justement en tant que philosophe :

"Et comme tout le champ de la philosophie est ouvert pour lui, dit Boccace, il se distingue par une telle dignité de mœurs, une telle douceur de style, une telle élégance et harmonie qu'on pourrait dire de lui ce que le philosophe Sénèque dit de Socrate : que ses élèves avaient appris plus de ses mœurs que de ses paroles."

 

C'est le même système de valeurs que l'on retrouve chez la plupart des penseurs du début de la Renaissance. Le vécu est réhabilité au détriment du seul savoir intellectuel.

 

Au XV ème siècle, diverses recherches sur l'héritage littéraire de l'Antiquité et surtout les traductions en latin des œuvres biographiques grecques, font qu'on s'intéresse à la personnalité des philosophes.

On étudie les Vies des philosophes de Diogène Laërce, les Vies parallèles de Plutarque, des textes d'Epictète sur la pratique de la philosophie. Et c'est Socrate dont on étudie assidûment la vie et la personnalité.

 

Leonardo Bruni est le premier à mettre en relief l'importance des Lettres de Platon pour mieux le connaître. Il dédie à Cosme de Médicis la traduction qu'il fait du Banquet de Platon, contenant l'éloge de Socrate par Alcibiade.

 

On écrit des biographies comparatives de Socrate et de Sénèque, où l'on s'intéresse surtout à l'activité politique de ces philosophes. C'est un aspect important de cette mouvance qualifiée par certains historiens "d'humanisme civil ou civique" et qui préconise l'engagement de l'homme de culture dans la vie de la cité, en rupture avec la vision dominante du Moyen Age.

 

Marsile Ficin (1433-1499) écrit aussi deux portraits de philosophes ; l'un de Socrate, l'autre de Platon. Recréation de l'Académie platonicienne à Florence, dans la villa Careggi donnée par Cosme de Médicis, vers 1460.

 

On étudie aussi la personnalité mystérieuse de Pythagore, qui redevient une source d'inspiration.

 

Au début du XVIème siècle, on le retrouve chez Erasme de Rotterdam (1469-1536), qui évoque Cicéron, Virgile, et autres "saints païens", parmi lesquels Socrate, Diogène le Cynique, Epictète, occupent une position toute particulière. Erasme les oppose tous aux scolastiques aristotélisants :

 

"Cela ne veut pas dire que je réprouve totalement ces derniers, mais je sens que grâce aux écrits de ceux-là je deviens meilleur, alors qu'après la lecture des scolastiques, je me lève plus indifférent à l'égard de la vraie vertu et plus incité à la colère. "

Pour Erasme, le vrai philosophe n'est pas un érudit savourant toutes les finesses de la philosophie, mais celui qui vit de manière philosophique.

 

En résumé, l'humanisme de la Renaissance renoue avec l'aspect pratique d'une éthique réalisée par les philosophes antiques. Il met un terme au discrédit et à l'évaluation négative, patristique et médiévale, de ces philosophes de l'antiquité.


2. L'ouverture à d'autres traditions philosophiques et d'autres langues

Les Italiens redécouvrent la beauté des textes grecs, ceux de Platon notamment, et se mettent aussi à étudier les autres langues anciennes : l'hébreu, l'arabe, et le chaldéen.

De Pétrarque à Montaigne, les humanistes de la Renaissance sont formés à cette école, même s'ils écrivent aussi en langue vulgaire.

 

Concernant l'hébreu : considérée comme la langue parfaite, car la langue d'origine de l'Ancien Testament. A supposer que l'hébreu ait été la langue d'Adam, son étude pourrait éclairer les mystères de la Création.

 

C'est ainsi que Pic de la Mirandole s'initie à la Kabbale et qu'il tente de découvrir d'éventuelles anagrammes et autres mystères cryptés dans les Ecritures. Certains auteurs comme Agrippa sont fascinés par les caractères hébraïques auxquels ils prêtent des vertus magiques. D'autres s'interrogent sur le rapport entre l'hébreu et les langues vulgaires.

 

On redécouvre l'ancienne sagesse du Moyen Orient et de la Perse, le zoroastrisme, les Oracles chaldaïques, le rôle des mages dans la transmission de cette sagesse.

 

On s'enthousiasme pour l'hermétisme, pour les textes hermétiques, la Table d'Emeraude, le Poimandres.

Cette ouverture à d'autres horizons renoue avec une vision magique et mystique de l'existence

Par exemple, on ne comprend pas la Renaissance si on ignore le rôle qu'ont pu jouer l'alchimie et la magie dans le processus de l'humanisme.

 

Les esprits de la Renaissance ont été fascinés par la magie, l'astrologie, l'alchimie et l'ésotérisme, c'est-à-dire l'existence d'une science sacrée, courant au cœur du réel comme une rivière souterraine. Ils ont cru qu'il existait dans les profondeurs de la réalité un langage délivrant une connaissance surnaturelle à qui en possédait la clé. Cette idée n'est pas neuve. Elle renvoie à l'idée d'une âme du monde que l'on trouve déjà chez Platon. Sauf que la Renaissance va lui redonner de l'éclat en l'envisageant sous la forme d'un réseau d'analogies parcourant le monde afin d'y tresser des liens mystérieux.

 

Tout est un jeu subtil de correspondances.  Marsile Ficin renoue avec la vision platonicienne de l'âme, Pic de la Mirandole  parle de la dignité de l'homme dans sa capacité à choisir l'ascension spirituelle.

 

Johannes ECKHART (1260 – 1327), le Maître du mouvement mystique rhénan

C'est un des plus puissants théologiens, philosophes et mystiques prédicateurs de la fin du Moyen Age, qui annonce la mystique de la Renaissance.

 

Sa vision est imprégnée de néo-platonisme, notamment de Denys l’Aréopagite et de sa fameuse théologie négative. Toute son œuvre est une parfaite osmose entre la plus haute philosophie spéculative et l’expérience mystique. Elle fut la source de cette « mystique spéculative » désignée par l’histoire sous le nom d’ « école rhénane ».

 

C’est au plus profond de son âme que l’homme trouve le principe grâce auquel il participe de Dieu : dans la petite flamme de l’âme.

Parmi la postérité célèbre de Maître Eckhart, nous pouvons citer Nicolas de Cues.

 

Le retour du mystère et de l'infini

 

En défendant que le monde est infini, Nicolas de Cues et Giordano Bruno ouvrent un nouveau rapport au monde.

 

Nicolas DE CUES (1401 – 1464)

Comme bon nombre d'esprits de son époque, le cardinal Nicolas de Cues réagit contre la scolastique. Il trouve que ses raisonnements formels sont pesants. Le caractère tatillon, voire inquisiteur de la théologie lui pèse. Si les hommes avaient su pratiquer une théologie vivante, vécue de l'intérieur, ils ne se seraient pas égarés dans une théologie scolaire vécue de l'extérieur. Il importe donc de changer de perspective.

 

La Nature et l'homme ont beau être une image de Dieu, ils ont quelque chose d'insondable. Ils sont un mystère. Dieu, la Nature et l'homme communiquent d'une façon singulière, sur ce qu'ils ont en commun d'irréductible. Analogie et impossibilité de tout comprendre et de tout savoir. D'où la notion de docte ignorance, proche du concept de Socrate. Il ne faut pas avoir peur de passer par l'infini. Ne pas hésiter à voir Dieu comme un infini, la Nature et l'homme aussi. Oser dire que l'homme et la Nature sont libres, ouverts.

De retour de Constantinople vers Rome, il reçoit une sorte d’illumination intellectuelle et conçoit sa méthode de la coïncidence des opposés, fondée sur un dépassement de la logique aristotélicienne.

 

Giordano BRUNO (1548-1600)

Il s'inspire de la pensée de Nicolas de Cues et opère trois bouleversements majeurs :

. l'homme n'est pas un animal doté de langage et de raison, comme le dit Aristote. C'est un héros, car ce sont le courage, la force et finalement la vie qui font l'homme et son humanité.

 

. Une nouvelle conception de Dieu : chez Aristote, Dieu est pensé comme le Premier Moteur qui meut l'univers. Dans le christianisme, il est pensé comme le créateur du monde. Dans les deux cas, Dieu est une cause étrangère au monde.  Or, Dieu est une cause rapprochée du monde. Dieu est le principe continu de création. Dieu est dans la Nature. Un nouveau visage de la Nature, libre, créatrice. On l'a accusé de confondre Dieu et la Nature, et même de mettre la Nature au-dessus de Dieu.

 

. Il conçoit l’idée d’une infinie pluralité de mondes.

L’Univers serait constitué par un nombre infini d’autres mondes semblables à la terre et qui pourraient être peuplés comme elle. La raison en est que le Dieu infini n’a pu créer que quelque chose d’infini :

« Nous savons avec certitude que cet espace comme effet et résultat d’une cause infinie et d’un principe infini doit être infini d’une manière infinie. »

 

Même les scientifiques Copernic et Képler sont ancrés dans la vision pythagoricienne et platonicienne (harmonie des sphères, polyèdres platoniciens, relation entre astronomie et musique). Kepler étudie d’abord l'éthique,  la dialectique,  la rhétorique, le grec et l'hébreu, l’astronomie et la physique, puis la théologie et les sciences humaines.

 

Paracelse (1493-1541), le médecin alchimique

 

Pour lui, l'homme et l'univers se composent de trois principes ; le soufre, le sel et le mercure. Tout être minéral, végétal ou animal, possède une analogie ou correspondance avec les astres du ciel. Le médecin qui connaît ces correspondances et qui manipule ces substances par l'expérimentation peut trouver de bonnes thérapies pour son patient. Par exemple, une préparation alchimique à base de fer, substance liée à la planète Mars et riche en soufre, est le remède analogue du sang, qui est en harmonie avec cette planète. Il aura une forte influence sur le mode de production des médicaments.

Cette démarche analogique, basée sur les correspondances est typique de la Renaissance, qui revient à l'antique correspondance microcosme-macrocosme.

 

3. Le retour du Politique

La Renaissance a changé la vision du monde, y compris dans le domaine politique.

Au Moyen Age, à l'image d'un univers allant de la Nature à Dieu, en passant par tous les degrés de la vie et de l'intelligence, la société est hiérarchisée, des sujets au roi, en passant par tous les degrés de l'échelle sociale.

 

On se met à douter de l'existence d'un seul ordre dans la Nature, et en particulier d'un ordre hiérarchique. Faut-il subordonner le pouvoir politique au pouvoir religieux ?

Il n'est pas sûr que ce soit un facteur d'ordre et de salut. Voir expérience de Savonarole en Italie qui a déclenché une guerre civile.

 

C'est la raison pour laquelle Machiavel propose de distinguer le plan des hommes du plan de Dieu, en pensant la politique autrement. Par le choix d'un nouveau point de départ. Il faut partir des hommes tels qu'ils sont, passionnés, égoïstes, et non des hommes tels qu'ils devraient être. Envisager la politique comme on fait la guerre, en s'inscrivant intelligemment dans une logique de rapports de forces, maîtrisés et calculés.

Faut-il renoncer à tout idéal d'amélioration des hommes ?

 

La Boétie (1530-1563) propose une autre voie, entre le réalisme de Machiavel et l'utopie de Thomas More, basée sur la notion de responsabilité. A ce titre, on a les gouvernements que l'on mérite. Si l'on s'accomodait moins de la violence et de la tyrannie, en pratiquant une forme de servitude volontaire, peut-être le monde serait-il autre.

 

4. Une période de passion et d'enthousiasme mais aussi de scepticisme et inquiétude.

 

La Renaissance est une période de passion et d'enthousiasme. Mais elle engendre aussi du scepticisme et de l'inquiétude.

L'homme est devenu familier et étranger, soumis à des contradictions, des paradoxes…..

Montaigne (1533-1592) part de l'homme pour comprendre le monde. Mais l'homme est divers. Sa vérité est de ne pas avoir de vérité. Son unité est de ne pas avoir d'unité. Son identité est de pas avoir d'identité. La diversité des hommes frappe les esprits de l'époque, avec la découverte de nouveaux continents. Sur quoi peut-on se fonder ? Où est le centre ?

Si tout est divers, relatif, y a-t-il encore une vérité possible ?

Scepticisme, prudence, doute …. Permet d'être en accord avec un monde toujours mouvant.

Nous amène à l'époque moderne, qui veut repenser le monde et l'homme sur de nouvelles bases.