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Les enjeux de la philosophie moderne

La philosophie moderne en Occident s'étend essentiellement sur deux siècles, le 17ème siècle et le 18ème siècle, appelé aussi le Siècle des Lumières.

Deux siècles de transition encadrent cette période : le 16ème siècle d'une part, avec la fin de la Renaissance, et le 19ème siècle où vont apparaître les fameux philosophes du soupçon qui vont faire basculer la philosophie dans la période contemporaine.

Les philosophes de l'époque moderne, comme Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant ou Hume connaissent les philosophes qui les ont précédés et leur empruntent une partie de leur vocabulaire. Mais, ils conçoivent leur travail comme un dépassement de ce que les philosophes des siècles précédents ont accompli.

Fin 16ème siècle : une cassure religieuse et politique essentielle. L'édit de Nantes promulgué en 1598 par Henri IV met fin aux guerres de Religion et la monarchie s'installe, avec un royaume de France renforcé.

Descartes naît en 1596.

Ce sont deux dates emblématiques de la rupture qui marque le début de la philosophie moderne.

La philosophie moderne est donc un grand mouvement de pensée qui va de  Descartes (1596-1650) à Hegel (1770-1831) en passant par Spinoza, Leibniz et Kant.


Elle se caractérise par le désir de se libérer du savoir hérité des penseurs du passé, et de juger les choses par soi-même, d'une façon libre et personnelle, afin de connaître le monde et de diriger sa vie.

Rebelle aux préjugés, aux habitudes et au conformisme. Bien entendu, son parcours n'est pas simple, il est jalonné de crises, de combats et de ruptures.

Pourquoi dit-on que la philosophie moderne commence avec Descartes ?

Parce que Descartes entreprend de repenser les fondements de la connaissance en jugeant des choses par lui-même, après avoir constaté que son éducation imprégnée par la pensée scolastique ne conduisait qu'à répéter le savoir acquis.

Ce désir de penser résolument par soi-même est un geste moderne par excellence ; il refuse la répétition, il se veut audacieux, nouveau, original.

Hegel a dit de Descartes qu'il était "le héros de la modernité", pour son courage et son audace.

 

Avec le recul, on voit que trois principales directions seront adoptées par les penseurs du XVIIème siècle, puis, par ceux des Lumières :

 

. le rationalisme, surtout en France et en Allemagne. Ses principaux représentants posent la possibilité de connaître la structure de la réalité à partir des purs principes de la pensée. L’ordre logique du monde rend possible sa connaissance déductive. Le modèle en est la méthode des mathématiques qui déduit à partir de quelques axiomes sûrs. La réalité consiste en deux (Descartes), une (Spinoza) ou plusieurs (Leibniz) substances et est entièrement réglée par Dieu.

 

. l’empirisme, surtout en Angleterre. De Francis Bacon en passant par Hobbes, Locke, Berkeley, jusqu’à Hume, il considère que le fondement de la connaissance se trouve dans l’expérience sensible. Ne sont réels que les objets singuliers et les phénomènes. Le juste usage de la raison peut les ordonner et en tirer inductivement des conclusions.

 

. l’idéalisme allemand avec Kant, Fichte, Schelling, Hegel. Kant propose de repenser toute la philosophie afin de se délivrer d’un certain nombre d’illusions, mais surtout de faire progresser la métaphysique, en la refondant sur de nouvelles bases. Sentiment de finitude de la raison, sans tomber dans le scepticisme empiriste.

Kant hérite de Descartes un état d’esprit visant à l'émancipation, à l'affranchissement intellectuel et moral par rapport à toutes les opinions reçues.

 

QUELQUES GRANDS TRAITS DE LA PHILOSOPHIE MODERNE

 

1. la séparation de la philosophie et de la religion

 

A la suite de la découverte de la relativité des cultures, de l'infiniment grand et de l'infiniment petit, une question ne cesse de préoccuper les esprits de cette fin de 16ème siècle : y a-t-il un point fixe et stable dans le monde sur lequel on puisse s'assurer ?

Descartes n'est pas effrayé par cette vision du monde relativisant tout. Il salue le doute comme une manière efficace de purifier son esprit et de revenir à un certain nombre d'évidences.

 

Descartes et le cogito

On peut douter de tout sauf du fait que l'on pense, puisque pour douter, il faut penser. Il existe donc un point fixe en l'homme, un pilier intérieur, qui est la conscience de soi. Descartes a pensé que l'homme possède en lui une conscience que rien ne peut réduire.

 

Il n'a pas pu inventer l'idée de Dieu. Seul un être infini et parfait, Dieu, a pu mettre en l'homme l'idée du parfait et de l'infini. Dieu est un autre élément fixe et stable, mais situé en dehors de l'homme. C'est le pilier extérieur.

 

La philosophie, étude de la conscience humaine, retrouve son indépendance face à la théologie. Les philosophes modernes ne sont plus des théologiens comme au Moyen Age, et même à la Renaissance. Ils écrivent de plus en plus en langue vulgaire même si le latin conserve encore sa valeur de langue internationale.

 

A la question posée par Montaigne, "Que sais-je ?", Descartes répond : "Je sais ce que je comprends".

La philosophie est redevenue majeure et n'a plus besoin de tutelle.

Cette indépendance prend des formes diverses : chez Descartes, on a vu les deux piliers, l’un intérieur et l’autre extérieur à l’homme. Kant relègue la religion dans la philosophie pratique, en niant ses fondements dans la raison pure. Le courant positiviste du 18ème siècle ne donne à la religion d'autre valeur que celle d'un poème subjectif.

 

Le point commun de tous les philosophes modernes : ils refusent de reconnaître à la religion, et donc à la théologie, une autorité sur la philosophie. Ce n'est pas un rejet de la métaphysique en tant que telle, mais de ses conséquences dans les religions, sources de fanatisme et d'intolérance. Les philosophes modernes ne rejettent pas tant la métaphysique que le statut qu'elle usurpe dès lors qu'elle prétend accéder à des vérités démontrables et universelles.

 

2. la contestation de la tradition philosophique

Il est impossible d'admettre que l'esprit humain ait erré jusqu'à l'avènement des idées nouvelles. Et pourtant il faut donner une raison de cet aveuglement. Le plus simple est de dire que les Anciens n'ont pas examiné avec soin les bases mêmes de la connaissance et qu'ils en ont méconnu les limites.

 

Comment pouvait-on affirmer autrefois comme certaines des choses que nous jugeons aujourd'hui fausses, si ce n'est parce que l’on a manqué de méthode et qu'on n'a pas reconnu le vrai critère et les vraies conditions de la certitude.

La philosophie moderne commence par une révision de la faculté de connaître.

 

Descartes conçoit le projet de rebâtir à lui seul la philosophie, en se passant de tout ce qui a été fait avant lui. Il cherche dans sa propre conscience les fondements de la philosophie.

C’est donc une défiance des philosophes modernes à l'égard des anciens et la confiance qu'ils ont en leurs forces personnelles. Chacun souhaite élaborer une vision la plus complète que possible du monde et de l’homme.

Son système contient une morale, une philosophie de la nature, une psychologie, une méthode scientifique de connaissance, une métaphysique.

Spinoza s'inspire de la méthode inventée par Descartes, mais s’élève contre le fait de placer l’homme au centre de tout. Dieu est une capacité infinie de création et l’homme, par son Ethique, peut vivre de manière libre et joyeuse s’il se tourne vers la nécessité que l’on trouve dans la nature et en Dieu.

Leibniz cherche à concilier les deux visions précédentes, et demeure le grand philosophe de l’harmonie. Il a placé de l’individualité partout sous la forme de différences ou de monades.

Kant : les hommes, en particulier les philosophes, ont tendance à vouloir se prendre pour Dieu en cherchant à tout comprendre. Or la connaissance humaine a des limites. En faisant de la responsabilité la clé de la raison, il montre que la véritable raison est d’abord pratique. L’homme a un devoir envers l’homme et ce devoir est d’amener à un monde plus humain.

Hegel applique la leçon de Kant à l’histoire entière et voit dans l’Histoire un vaste mouvement de l’humanité pour réaliser l’humanité. Hegel conçoit un système complet où prennent place toutes les disciplines du savoir.

 

Le questionnement incessant du monde, l'extension infinie des savoirs pourraient définir à eux seuls la dynamique de la philosophie moderne. Montesquieu affirme dans la préface de l'Esprit des lois : « J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité des lois et des mœurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J'ai posé les principes, et j'ai vu les cas particuliers s'y plier comme d'eux-mêmes, les histoires des nations n'en être que les suites, et chaque loi particulière liée à une autre loi, ou dépendre d'une autre plus générale. »

 

Les Lumières représentent un effort inouï de connaissance et de classification dont témoignent, entre autres, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1751-1772), l'Histoire naturelle de Buffon (1749-1767), l'Essai sur les mœurs (1756) de Voltaire.

 

3. le rôle majeur de la science

 

Le 17 ème siècle est le siècle du développement de la science et de la méthode scientifique. Face aux dogmatismes qui s'affrontent, la méthode mathématique semble seule capable de déchiffrer le monde. La modernité de Descartes est aussi d'appliquer le modèle mathématique au raisonnement philosophique.


Les philosophes du 17ème siècle sont tous des savants et leurs méthodes s’inspirent de celles des sciences ou des mathématiques. Descartes, Leibniz, Spinoza, Diderot, sont des savants.

 

Exemples :

Descartes étudie les météores, l'optique, la géométrie analytique, la lumière. Il a réformé les notations mathématiques. Il découvre la loi de la réfraction en physique. Il étudie l'anatomie du système sanguin, la structure des nerfs ….

Spinoza : l'optique

Leibniz : grand mathématicien, invente le calcul infinitésimal etc.

 

Kant est le premier philosophe à enseigner la philosophie.

Les philosophes du 17ème siècle privilégient plutôt les mathématiques et la physique, alors que les philosophes du 18ème se tournent davantage vers la biologie.

La mesure, l’expérimentation devient le fondement de la connaissance

 

Éloignée de la théologie et de la métaphysique, la philosophie des Lumières se donne naturellement comme objets le monde et l'homme. Pour le monde, on substitue à la vision cartésienne le modèle de Newton. Du coup, on cesse de s'interroger sur le pourquoi des choses : seul importe leur comment, immédiatement mesurable.

 

Connaître, dans une telle optique, c'est observer et mesurer. La mesure est à l'œuvre dans tous les domaines : les méridiens, les espèces animales, l'homme, le temps de l'histoire, la chaleur et le froid.... C’est au 18ème siècle que naissent la démographie, l'économétrie et que les mathématiques connaissent des avancées spectaculaires avec Condorcet. Dans l'Entretien avec d'Alembert (1769), Diderot définit aussi la matière par l'étendue, donc le mesurable.

Que comprend exactement Voltaire à ce qu'il appelle les Éléments de philosophie de Newton ; quel intérêt scientifique possèdent les travaux sur le feu qu'il mène avec Madame du Châtelet ? Toutes ces tentatives, ces légitimations par des références empruntées aux sciences illustrent la méfiance éprouvée envers toute spéculation coupée du réel. Pour l'homme des Lumières, le cabinet du philosophe se confond avec le laboratoire du savant. Cette union constitue une défense contre les dérives abstraites de la philosophie.

Le progrès dans la maîtrise de la nature fonde chez les Lumières la foi dans le progrès.

 

4. la politique au cœur de la philosophie

Nous en avions vu les précurseurs au 16ème siècle, avec Machiavel, La Boétie. Les 17ème et 18ème siècles renouvellent profondément la philosophie politique.

Machiavel ou Hobbes veulent fonder la philosophie politique comme science, en la séparant nettement de l’éthique, alors que cette dernière et la politique étaient inséparables chez les grands penseurs de l'Antiquité comme Platon et Aristote. En outre, ils cherchent à fonder la philosophie politique sur l'étude de l'homme tel qu'il est — et non de ce qu'il devrait être comme le faisaient les Anciens.

On définit les fondements philosophiques des droits de l’individu face à l’Etat et ses concitoyens. En Angleterre, d’importants textes de loi sont mis au point pour garantir ces libertés ; par exemple, l’Habeas Corpus en 1679 et la Déclaration des Droits en 1689.

 

Au 18ème siècle, avec Locke, Rousseau, Diderot, Voltaire, le mot "Philosophe" y prend le sens nouveau de « membre du parti philosophique » au fur et à mesure que se dessine une philosophie politique qui privilégie la tolérance, la souveraineté du peuple, la démocratie, que ce soit dans le Traité théologico-politique de Spinoza, le Contrat social de Rousseau.

Le Concept d’Etat

La transcendance abstraite de l'État, l'Etat abstrait centralisé, avec la Constitution, et le statut de l'individu, sous le signe de la propriété privée, définissent la structure politique de la modernité. La rationalité de l'État et celle de l'intérêt privé se répondent dans la même abstraction. Cette dualité marque la fin de tous les systèmes antérieurs, où la vie politique se définissait comme une hiérarchie de relations personnelles.

L'homme comme être social

À l’homme de nature décrit par Rousseau, on préfère l'homme social, plus aisément observable. C'est à partir de cet homme social que se construit une réflexion sur la liberté politique, dont on définit la nature, les modes d'existence avant de la revendiquer comme un droit (Du contrat social, 1762).

 

Ainsi, les valeurs que prônent et défendent activement les philosophes modernes se déduisent directement ou en empruntant des détours, de ce socle :  Ainsi la liberté conçue comme un droit, la perfectibilité de l'homme qui implique la nécessité de l'éducation, le rejet des superstitions et des églises et le bonheur comme finalité du destin humain.


LES GRANDS SPECIFICITES DE LA PHILOSOPHIE MODERNE

Pendant les 17ème et 18ème siècles se mettent en place les fondements philosophiques et politiques de la modernité : la pensée individualiste et rationaliste ; l'État monarchique centralisé, avec ses techniques administratives, succédant au système féodal ; les bases d'une science physique et naturelle, qui entraînent les premiers effets d'une technologie appliquée, avec l'Encyclopédie. Culturellement, c'est la période de la sécularisation totale des arts et des sciences. La querelle des Anciens et des Modernes, qui traverse toute cette période, dégage une loi de progrès de l'esprit humain, dégagée de toute « Renaissance » ou imitation. La modernité devient une idée, indissociable de celle de progrès.

 

1. un sens héroïque de la pensée :

La philosophie moderne commence au XVIIème siècle avec Descartes, lorsque celui-ci entreprend de repenser les fondements de la connaissance en jugeant des choses par lui-même, après avoir constaté que son éducation imprégnée par la pensée scolastique ne conduisait qu'à une pensée peu créatrice se bornant à répéter le savoir acquis. Ce geste de penser résolument par soi-même en faisant table rase du passé est un geste moderne par excellence, car il refuse la répétition, la tradition, les habitudes et le conformisme, il se veut plein d'audace, de nouveauté et d'originalité. Se confronter à la solitude, quitter le confort des opinions admises. Descartes et les autres philosophes ont pris de véritables risques. C'est la raison pour laquelle Hegel a dit de Descartes qu'il était le "héros de la modernité".

 

Une pensée dynamique, ouverte, non figée. Attitude liée à la liberté. La philosophie devient une pensée héroïque, pour faire reculer l'ignorance ou les limites de la connaissance.

2. l'ordre de la raison :

 

Chez les Anciens, la raison, le Logos, est liée au sens de la mesure, à un juste rapport à soi, à la juste proportion en toutes choses. La raison est le lien entre microcosme et macrocosme. La raison chez les Stoïciens, c’est l’harmonie divine, dans laquelle est inclus l'homme.

 

Avec Descartes, la notion de raison change. Elle est associée à la notion de conscience et de la connaissance que chacun, en tant qu'individu, peut avoir des choses. L'homme est assuré de pouvoir connaître, et on connaît quand on peut s'assurer personnellement des choses. La raison est ce par quoi nous perçons les secrets de la nature.

 

Pour Descartes, la raison est « la chose du monde le mieux partagée ». C'est par elle que nous pouvons comprendre et expliquer. Aucun domaine ne lui est interdit : ni la politique, ni l'histoire, ni la croyance. À cette fonction explicative, les Lumières ajoutent une dimension critique et démystificatrice. C'est par elle que peut s'exercer, par une mise à distance, la critique du philosophe, qui lutte contre les préjugés, discute les autorités, n'accepte rien sans examen. Elle est à la fois faculté pour expliquer et comprendre et moyen de se désaliéner, d'être et de demeurer un esprit libre, tel que Kant le définit.

Ceci annonce la toute puissance de la raison.

Il existe un ordre humain ou physique et la raison peut le mettre au jour. L'univers physique et humain n'est pas un chaos. L'histoire, comme l'affirme Montesquieu, n'est pas régie par le hasard. Elle obéit à une nécessité, et connaît des lois. Il existe une raison d'être des lois civiles, aussi contradictoires qu'elles puissent nous apparaître. Dans l'Essai sur les mœurs, Voltaire avance que l'histoire humaine a un sens puisqu'elle conduit l'humanité vers son accomplissement par la civilisation, selon une perspective bien évidemment européo-centriste.

 

3. l'homme agissant :

La pensée antique a envisagé l'univers comme un cosmos, c'est-à-dire comme un ordre intelligent créé par les dieux. Une œuvre d'art à laquelle il est inutile d'ajouter quoi que ce soit.

 

La révélation chrétienne brise le caractère divin de la nature et enseigne que la perfection se trouve au-delà de la nature, en Dieu. Le monde prend l'allure d'une réalité non plus faite, mais à faire. Il importe de le transformer.

Avec la Renaissance et l'apparition du protestantisme, cette ouverture à l'action se précise. Luther rappelle que la foi passe par la création d'œuvres. L'homme rend grâce à Dieu en exploitant les talents qu'il a reçus de lui. La modernité met l'accent sur l'homme agissant. Le travail, l'action, l'initiative humaine deviennent des valeurs de premier plan. Il faut que l'homme s'engage, c'est son devoir.

Changer le monde, laisser son empreinte sur le monde, et non plus être un simple médiateur entre ciel et terre, un microcosme dans un vaste macrocosme.

La philosophie moderne, c’est aussi l’émergence de l'individu, avec son statut de conscience autonome, sa psychologie et ses conflits personnels, son intérêt privé, voire son inconscient.

 

4. la liberté contre une triple oppression :

Encore un chemin ouvert par la Renaissance ; mais là aussi, la notion change. La liberté affirmée par la modernité consiste avant tout dans cet élan qui va triompher à travers la Révolution Française afin de libérer l'humanité de la triple oppression : misère, servitude et ignorance, qui l'empêche d'exercer son droit à pouvoir être elle-même.

C’est un travail sur l'homme pour qu'il épanouisse ses potentialités, qu'il ose être lui-même.

Kant définit les Lumières comme un usage adulte et libéré de l'esprit humain dans un très beau texte « Qu’est-ce que les Lumières ? »

La vraie patrie des Lumières, c'est l'Europe. La France, et surtout Paris, est la caisse de résonance qui permet aux idées  nées en Allemagne, en Italie, en Angleterre, de se répandre partout.

L'idée d'autonomie : la possibilité de se libérer de la tutelle qui impose à chacun une seule manière de penser et de sentir. Cette recherche d'autonomie concerne tous les domaines de l'existence. Aussi bien individuelle que collective. Le peuple souverain.

 

5. Une nouvelle vision du temps

Le temps moderne est en rupture avec l’ancienne vision.

. L'aspect chronométrique : le temps qui se mesure et auquel on mesure ses activités, celui qui scande la division du travail et la vie sociale, ce temps abstrait qui s'est substitué au rythme des travaux et des fêtes, est celui de la contrainte productive.

 

. L'aspect linéaire : le temps « moderne » n'est plus cyclique, il se développe selon une ligne passé-présent-avenir, selon une origine et une fin supposées. La modernité est tendue vers l'avenir, et rejette le passé dans l'obscurité. Demain sera forcément meilleur.

 

. L'aspect historique : surtout depuis Hegel, l'histoire est devenue l'instance dominante de la modernité. À la fois comme devenir réel de la société et comme référence transcendante qui laisse entrevoir son accomplissement final.

 

Mesurable, irréversible, succession chronométrique, la modernité a engendré une vision du temps tout à fait nouvelle. Après avoir d'abord privilégié la dimension du progrès et de l'avenir, elle semble se confondre aujourd'hui de plus en plus avec l'actualité, l'immédiateté, la quotidienneté.

 

6. L'image du philosophe des Lumières

 

À partir de ce socle, on peut comprendre comment s'est constituée l'image du philosophe des Lumières. Un homme à la curiosité toujours en éveil, qui refuse d'être un étranger dans la cité, réfugié dans le silence de son cabinet, il se veut un observateur scrupuleux de la société, passionné mais distant, capable de dépasser les préjugés et de percevoir l'ordre réel et la raison d'être des choses. Et cela sans que l'engagement dans des actions précises en soit la conséquence nécessaire.

Le philosophe moderne est engagé dans les idées, dans le savoir, mais pas forcément dans les actes. C'est là aussi une rupture essentielle où l'on ne demande pas au philosophe de vivre conformément à ses pensées. On est bien loin du modèle antique où le discours philosophique justifiait un choix de vie, un mode de vie.

Le modèle du philosophe engagé n'est qu'une généralisation abusive du portrait de Voltaire. Mais Descartes ira se réfugier aux Pays Bas, Rousseau s'exile et refuse de publier ses œuvres, Diderot, qui a goûté à la prison, deviendra très prudent…..

Le philosophe moderne est un détenteur privilégié de connaissances, qu’il cherche à diffuser et divulguer largement. Loin des épais traités en latin et du discours magistral, elles recourent volontiers aux formes de la sociabilité, adoptent le ton de la conversation, utilisent des formes littéraires faites pour amuser et plaire, usent de l'ironie et de la parodie, mettent en scène l'échange philosophique dialogué. Le lecteur doit se faire à son tour philosophe.

C'est ainsi, grâce à un double effort de pédagogie incitative et de vulgarisation, que les Lumières œuvrent à la constitution d'un espace public de débat, avec une ampleur jusqu'alors inconnue.