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Agenda

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  • Concepts philosophiques essentiels. La volonté chez Schopenhauer
    jeudi 21 octobre 2021 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Philosophie et Littérature. Tolstoï : Résurrection
    jeudi 25 novembre 2021 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Philosophie et Littérature. Franz Kafka : La Métamorphose
    jeudi 2 décembre 2021 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

 

Agir avec philosophie, la réponse de la science

Bernard Guevorts

«On ne naît pas humain, on le devient.» (Erasme)

 

Grâce au développement des neurosciences, nous en savons un peu plus sur le cerveau et les différentes zones impliquées dans nos actions comportementales et cognitives. Comment agir de façon philosophique ? La réponse se trouve quelque part dans le cerveau…

 

 

Le mystère du fonctionnement du cerveau nous ramène à des connaissances très anciennes qui proposent des approches de la maîtrise du corps, de l’esprit et de la psyché. Aujourd’hui, les moyens d’exploration scientifique des neurosciences démontrent de manière claire, l’utilité de ces pratiques.

 

 

Les trois cerveaux

 

Les nouvelles techniques d’imageries fonctionnelles permettent depuis les années 80-90 de visualiser les zones du cerveau impliquées lors de diverses activités comportementales ou cognitives. Deux livres publiés récemment (1), (2), font l’état des travaux récents menés par les neuroscientifiques. Dans les années 1970, le neurochirugien Paul Mac Lean a découvert l’existence de trois cerveaux (reptilien, limbique et néocortex). Aujourd’hui, on évoque la possibilité de quatre cerveaux.

 

 

Les quatre cerveaux

 

Le cerveau reptilien reste la base la plus ancienne. Son rôle est la gestion inconsciente des fonctions vitales physiologiques. Il assure la survie biologique et en particulier la cascade du stress des trois états d’urgence de l’instinct (fuite, lutte, inhibition). Viennent ensuite les territoires paléo-limbiques (la partie la plus ancienne du cerveau limbique) situés en dessous du corps calleux qui gèrent les rapports de force de la vie en collectivité. Le cortex automatique regroupe le vieux cortex néo-limbique et le cortex sensori-moteur. Comme son nom l’indique, cette partie, siège de la «conscience noyau», selon le professeur Antonio Damasio (3) gère de manière automatique le connu, le quotidien, en fonction des habitudes, de l’expérience et des émotions. On peut aussi parler de moi animal. Le néocortex préfrontal, quant à lui, permet de gérer le nouveau, l’inconnu, la complexité. Il est le sommet de l’intelligence humaine mais contrairement au cortex automatique, son utilisation demande un effort conscient. Il est cependant en relation avec tout le cerveau et est capable de tout coordonner.

 

 

La gestion du stress par le cerveau

 

Les chercheurs de l’Institut de Médecine Environnementale de Paris ont publié plusieurs ouvrages de vulgarisation de psychologie cognitive et de neurosciences appliqués au management. Le dernier en date (2) nous parle de l’implication des modes mentaux dans la gestion du stress. Quand le stress est externe, notre cerveau reptilien est programmé pour réagir rapidement et efficacement. Dans le cas d’un stress interne (qui représente 90 % du stress), induit par nos émotions, nos croyances… la réponse inconsciente et automatique du cerveau n’est pas adaptée. Le problème est que le mode automatique inconscient ne semble pas vouloir céder volontiers la place au préfrontal qui peut lui, gérer cette situation en prenant de la hauteur, en se détachant des émotions, en réfléchissant, en innovant. Les chercheurs proposent une action des modes mentaux favorisant l’implication de la zone préfrontale du cerveau.

 

 

Cultiver le bon état d’esprit

 

Ces découvertes confirment ce que la psychologie (depuis quelques décennies) et la philosophie classique (depuis des siècles) ont constaté sur la difficulté à prendre du recul par rapport aux événements. La démarche philosophique - par la réflexion et la mise en pratique qu’elle sous-entend - serait une méthode efficace pour permettre à l’humain de prendre le contrôle de sa machine biologique, conduite en mode automatique la plupart du temps, ainsi qu’un moyen d’amener sa conscience en mode préfrontal. Cela permettrait à l’individu d’innover, de créer et de se sentir plus serein.

 

 

La méditation, une influence sur le cerveau ?

 

Prenons l’exemple de la méditation, pratique millénaire du bouddhisme. En 1987 le Dalaï lama et quelques scientifiques ont créé le Mind & Life Institute pour comprendre les rapports entre le corps et l’esprit. Chaque année, de nombreux scientifiques de renom (Francesco Varela, Antonio Damasio, Daniel Goleman, Richard Davidson, Matthieu Ricard...) participent à ces rencontres. En 2000, ils ont commencé à étudier la réaction du cerveau quand des moines méditent et à observer l’impact de cette pratique sur les comportements et sur la physiologie. Des articles sont publiés régulièrement dans des revues scientifiques (4).

 

 

La méditation, un effet bénéfique sur la santé ?

 

Matthieu Ricard nous en décrit quelques résultats  :

«Ces travaux donnent des résultats significatifs sur le renforcement du système immunitaire, la diminution de l’anxiété, de la colère, de la tendance à la dépression, pour ne citer que cela, et puis sur de nombreux aspects cliniques, comme l’accélération de la guérison du psoriasis ou encore la baisse de la tension artérielle.» (5) La méditation peut induire une neuroplasticité, c’est-à-dire des changements dans le cerveau (nouveaux neurones, nouvelles connexions). Les auteurs observent notamment que la concentration peut s’améliorer par la pratique et l’entraînement mental et que les cerveaux de moines entraînés ou novices ont des zones actives différentes (6).

 

 

Réconcilier science et philosophie

 

Tous ces travaux prouvent que le cerveau, et en particulier la zone préfrontale, serait l’outil à maîtriser et à utiliser pour unifier et équilibrer l’ensemble de notre fonctionnement interne (comportemental, psychologique et mental).

Depuis des millénaires, des sages nous disent que c’est à l’intérieur de nous que se trouve la clé de notre pouvoir d’être libre. Mais pour la plupart d’entre nous, cela n’est pas naturel et doit s’apprendre jour après jour. Alors, exerçons-nous à suivre leurs enseignements afin de gagner en maîtrise de nous-mêmes.

 

 

(1) L’Art de la méditation, Matthieu Ricard, Nil Editions 2008

(2) L’intelligence du stress, Jacques Fradin, Ed. Eyrolles 2008

(3) Voir article L’esprit peut-il guérir le corps ? dans revue 205, page 24

(4) Voir sur Internet les articles en anglais de R. Davidson : brainimaging.waisman.wisc.edu/publications/publications.htm

(5) Démystifier la méditation, journal Le Monde du 21.10.08

(6) Buddha’s Brain : Neuroplasticity and Meditation, R. Davidson and A. Lutz. Ieee Signal Processing magazine n° 176 sept 2007