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Notre existence a-t-elle un sens ?

par Jean Staune, philosophe des sciences, fondateur de l'Université Interdisciplinaire de Paris

 

Le monde actuel vit dans le désenchantement causé par la disparition du lien entre l’Homme et l’Univers au profit d’une approche réductionniste de la réalité. Cependant, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, une mutation se produit dans les sciences, remettant en question cette vision et permettant de retrouver une certaine profondeur du réel, un certain sens du mystère, en phase avec les intuitions des grandes traditions. Ainsi l’homme du XXIe siècle peut il espérer combler le fossé entre les deux cultures dont parlait C.P. Snow, entre notre culture scientifique et les traditions de l’humanité.

 

Les grandes traditions religieuses et spirituelles mentionnent l’impossibilité pour l’homme de comprendre le monde à partir de lui-même. Il est nécessaire de faire appel à un autre niveau de réalité, dont on ne sait presque rien sauf qu’il existe, et que l’esprit humain peut rentrer en contact avec lui, en recevoir  des intuitions ou des révélations. Mais l’arrivée du monde moderne et notamment de l’ère industrielle a fait passer de telles conceptions pour des  illusion, entraînant un désenchantement du monde dont certains philosophes comme Max Weber (1) s’en firent l’écho dès 1890 et plus récemment Marcel Gauchet (2). Sigmund Freud lui-même s’en félicita en parlant des trois «humiliations» vécues par l’homme : Avec Copernic, l’homme n’est plus au centre du monde mais sur une étoile de banlieue, qui fait partie d’une galaxie banale, elle-même n’étant qu’une des milliards de galaxies qui constituent l’Univers. Avec Darwin, l’homme n’est plus au centre de la Nature, il est un singe un peu amélioré. Avec Freud, l’homme n’est plus au centre de lui-même parce que son inconscient est plus important que son conscient.

 

Réductionnisme et déterminisme

 

En dernière analyse la force de la modernité repose sur deux concepts : le réductionnisme et le déterminisme.

Le réductionnisme consiste à découper la réalité ultime en ses constituants de base : un objet est composé de molécules, dans les molécules on trouve des atomes, dans les atomes, des particules…

Le déterminisme consiste à considérer l’Univers comme une mécanique dont tous les rouages sont parfaitement huilés et tous les événement parfaitement prédictibles et calculables. Il n’y aucune marge de manœuvre ou de liberté. Selon Pierre-Simon de Laplace (1749- 1827), mathématicien, astronome et physicien français, si on connaît la vitesse de toutes les particules, si on en connaît toutes ses lois, on peut déterminer le futur de l’univers. «Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la compose embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’Univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux.»

Selon Darwin, les mutations et la sélection naturelle peuvent expliquer parfaitement l’apparition et l’évolution de la vie. Toute la créativité de la nature viendrait des mutations et de la sélection naturelle. La conscience et l’imagination peuvent également s’expliquer comme des processus chimiques et algorithmiques. La pensée serait sécrétée par le cerveau et la conscience ne serait que des calculs complexes effectués par des neurones en interaction. Les laboratoires d’intelligence artificielle vont même jusqu’à affirmer qu’un jour des robots complètement artificiels pourraient remplacer l’homme, car ce qui fait l’homme humain serait réductible à du calcul.

 

La crise de sens de l'humanité

 

La maladie, la souffrance et la mort ont toujours existé mais les civilisations traditionnelles leur donnaient un sens. Notre civilisation moderne est la première à avoir perdu ce sens, et cette perte de sens s’est répercutée dans tous les domaines (philosophie, art, littérature…) notamment avec l’apparition de la philosophie de l’absurde. Jacques Monod (1910-1976), biologiste et biochimiste, prix Nobel, auteur du Hasard et la nécessité (3) écrivit en 1971 : «L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. À lui de choisir entre le royaume et les ténèbres.»

Bien évidemment, la perte de sens a également affecté le domaine de l’éthique. Si les hommes ne sont qu’un agrégat de molécules, pourquoi devrait-on s’interdire de les manipuler génétiquement pour les améliorer ? Cela amène à une vision eugéniste (ensemble des méthodes et pratiques visant à transformer le patrimoine génétique de l’espèce humaine dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé) et à des monstruosités, comme le nazisme et la volonté des staliniens de créer un homme nouveau.

Dans les années 40, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), avait bien perçu le problème lorsqu’il écrivit : «L’homme de ma civilisation ne se définit pas à partir des hommes, ce sont les hommes qui se définissent par lui. Il est en lui comme en tout être, quelque chose que n’expliquent pas les matériaux qui le composent. Une cathédrale est bien autre chose qu’une somme de pierres. Elle est géométrie et architecture. Ce ne sont pas les pierres qui la définissent, c’est elle qui enrichit les pierres de sa propre signification. […] On ne dit rien d’essentiel sur la cathédrale, si l’on ne parle que des pierres. On ne dit rien d’essentiel sur l’Homme, si l’on cherche à le définir par des qualités d’homme. L’Humanisme (matérialiste) a ainsi travaillé dans une direction barrée d’avance».[…] Nous avons glissé, faute de méthode efficace, de l’humanité qui reposait sur l’Homme, vers cette termitière qui repose sur la somme des individus» […] Qu’avions nous à opposer aux religions de l’État ou de la masse ? Qu’était devenue notre grande image de l’Homme née de Dieu ? […] Si notre société pouvait encore paraître souhaitable, si l’Homme y conservait quelques prestige, c’est dans la mesure où la civilisation véritable, que nous trahissons par notre ignorance, prolongeait encore sur nous son rayonnement condamné, et nous sauvait malgré nous-mêmes».

En 1987, des images d’une explosion d’étoile, une super nova, ont été observé  dans le petit nuage de Magellan (galaxie naine, satellite de la Voie lactée). C’était une étoile qui avait explosé cent mille ans auparavant, mais le petit nuage de Magellan  étant à cent mille années-lumière de nous, l’image de cette explosion  ne pouvait  nous  parvenir plus tot. C’est identique pour les valeurs de notre civilisation. Nous avions une civilisation judéo-chrétienne, dont les valeurs dominantes ne forgent plus l’État et la société, mais le problème c’est que ces valeurs  sont encore à la base de notre éthique et de nos droits. Qu’en sera-t-il demain si une vision nouvelle du monde, porteuse de sens, ne prend pas le relais ? Quelles peuvent être les bases sur lesquelles édifier une telle vision?

 

Un Univers changeant et en évolution

 

Les Anciens comme Aristote pensaient que l’Univers ne changeait pas. Cette vision a été profondément remise en question par les observations des astrophysiciens actuels qui ont confirmées la théorie du Big Bang, conséquence de la théorie de la relativité d’Albert Einstein.  Le Temps et l’Espace n’ont pas toujours existé. Il y a 13,7 milliards d’années, l’Univers était chaud, dense et lumineux. En plus de ces trois différences (actuellement un univers moins chaud, peu dense, moins lumineux), il en est une qui est fondamentale : l’Univers  à l’origine n’est pas structuré, il est chaotique, alors qu’aujourd’hui il est organisé en atomes, molécules, organismes vivants, étoiles, planètes, galaxies … Il a gravi progressivement les échelons d’une pyramide de la complexité. Mais comment cela a t-il été possible ?  Comme nous l’explique un astrophysicien tel que Trinh Xuan Thuan (4), si l’on simule sur un ordinateur l’évolution de l’Univers qui est basé sur 4 forces et 15 constantes  fondamentales (la force gravitationnelle, la force électromagnétique, la force nucléaire forte et la force nucléaire faible, la vitesse de la lumière, la charge et la masse de l’électron et du proton, la constance de Planck qui détermine la taille des atomes, la vitesse d’expansion, Si on change un paramètre, même d’une seule décimale, l’Univers ne peut exister sous sa forme actuelle et il ne peut abriter aucune forme de vie. Par exemple, si on augmente la vitesse d’expansion, la force de gravitation est dominée par elle, les galaxies, les étoiles ne pourront pas se former et l’Univers se diluera dans le néant. Si on diminue la vitesse d’expansion, la force de gravitation reprendra le dessus et l’Univers s’effondra sur lui-même dans un Big Crunch. Si on diminue la force nucléaire faible, aucune étoile ne s’allumera. L’univers sera stérile. On peut ainsi changer chacune de ces quinze constantes, le résultat sera à chaque fois le même : un Univers qui ne possède pas les conditions nécessaires pour que la complexité se développe.

Que peut-on en conclure ? L’Univers est-il le fruit du hasard ou de la nécessité ? Si l’Univers est le fruit du hasard, alors c’est qu’il existe une infinité d’univers parallèles dans lesquels les constantes seraient toutes différentes et où seul notre Univers disposerait de la combinaison gagnante. Car le réglage est si précis (1/1060) que cela correspond  à la précision nécessaire à un archer pour toucher une cible de 1 cm2, située à l’autre bout de l’Univers, en tirant au hasard une seule flèche. C’est pour cela que si il n’y a qu’un seul univers, il faut postuler un principe créateur à l’origine de ce réglage.

Les deux solutions sont possibles et la science n’arrive pas à choisir l’une ou l’autre. Il y a, un peu à la façon de Blaise Pascal, la nécessité de parier sur l’une ou l’autre. Mais ce qu’il faut retenir c’est que la question de l‘existence d’un créateur (pas la réponse) se pose désormais au cœur même de la science.

 

Le principe d'incertitude d'Heisenberg

 

En 1926, Heisenberg (1901-1976), physicien allemand, l’un des fondateurs de la mécanique quantique et prix Nobel de physique, définit le principe d’incertitude. Si on connaît la position d’une particule, on ne pourra pas connaître sa vitesse. Si on connaît sa vitesse, on ne pourra pas connaître sa position au même moment. Cela détruit le rêve de Laplace qui pensait, qu’en théorie au moins, on pourrait tout prédire. Albert Einstein en raison de son adage : «Dieu ne joue pas aux dés» et n’admettait pas le principe d’incertitude. Il proposa de lancer deux particules A et B en même temps dans deux directions opposées avec la même vitesse et de mesurer la vitesse de A pour pouvoir en déduire la vitesse de B puisque se sont les mêmes. Et en mesurant la position de B on peut en déduire celle de A car elles sont symétriques  par rapport à leur point de départ. Avec ces deux particules jumelles, on peut ainsi connaître les vitesses et les positions des deux particules au même moment.

Mais il reste un problème. Imaginons que quand on mesure A, il y ait un mystérieux signal (une onde) qui parte de A vers B, qui touche B et change l’état de B. Le B mesuré, appelons le B’, le sera après la mesure sur A. On ne peut pas déduire de ce B’ la position de A. La solution est donc d’écarter suffisamment B de A. Aucun signal ne pourra aller de A à B pour modifier l’état de B, à cause de la relativité qui nous dit  que rien ne peut aller plus vite que la vitesse de la lumière. Einstein pensait ainsi pouvoir prendre en défaut le principe d’incertitude de Heisenberg. Mais l’expérience va lui donner tort.

 

Le concept de non séparabilité

 

Pour deux particules A et B séparées de 12 mètres, il faut 20 milliardièmes de seconde pour parcourir la distance à la vitesse de la lumière. Or on peut faire des tests sur  ces particules en un milliardième de seconde - vingt fois plus vite que la vitesse de la lumière pour aller de l’une a l’autre -,  et montrer que la mesure faite sur l’une a déjà eu un impact sur l’autre. Si on place les particules à 10 km voire à 144 km de distance,  le résultat est le même.

A et B sont ainsi un seul et même objet, quelle que soit la distance qui les sépare. A et B ne sont donc pas séparables. L’ensemble A + B est supérieur à la somme de A et B.  Car il y a A, B et le lien qui les unit. C’est un soutient à une conception non réductionniste du Monde.

 

Le réel voilé ou le retour du sens du Mystère

 

Pour Bernard d’Espagnat (physicien français, professeur de l’université Paris Orsay), cette expérience met en évidence une «réalité voilée», qui est au-delà de l’énergie, du Temps et de l’Espace. Dans les civilisations traditionnelles et jusqu’à l’arrivée de l’ère industrielle, l’homme était en lien et en harmonie avec la Nature.. Il y avait toujours quelque chose qui venait de l’au-delà, qui lui donnait le sentiment d’un mystère du monde, d’une profondeur du réel.

Aujourd’hui, nos contemporains sont en relation exclusivement avec des objets fabriqués et dépourvus de mystère. D’une façon générale, la notion de mystère est en train de se perdre, mais voilà que venue du cœur de la Science elle même, cette expérience permet de la retrouver. Il y a plus important encore.

Etant avant Newton un grand astronome comme Johannes Kepler (5) ne savait pas pourquoi les planètes tournaient autour du soleil. Il avait donc imaginé que des anges actionnaient des manivelles pour faire tourner celles-ci autour du Soleil.

Mais chaque fois que l’on avait postulé qu’une cause extérieure au monde agissait sur le monde, on s’était trompé… jusqu’à la découverte de la non séparabilité. C’est l’idée que notre monde s’explique intégralement par lui même que cette expérience fait voler en éclat.

 

La conscience, processus de calcul ?

 

Le débat autour des neurosciences n’est pas seulement un débat académique, technique mais un débat culturel et central. Est-ce que l’homme est strictement réductible à un ensemble de processus formalisables, mécanisables et reproductibles dans des machines ? Si c’est le cas, l’homme pourra être un jour remplacé par des machines. Raymond C. Kurzweil, informaticien américain et théoricien de l’intelligence artificielle, avec son concept de «singularité technologique» ou «singularité», a imaginé dans son livre La singularité est proche (6), le moment où l’être humain, avec toutes ses capacités émotionnelles, artistiques et intellectuelles, pourra être acheté pour un dollar. Alors, toutes les religions, les civilisations, l’humanisme, seront happés dans un trou noir. C’est le cauchemar  de Matrix (film de science-fiction sorti en 1999 dans lequel le héros tente de libérer l’humanité de l’univers virtuel et illusoire dans lequel elle vit) qui deviendrait réalité. Mais une telle vision a t’elle une base scientifique ?

 

L'homme neuronal ?

 

Une expérience a été menée pour observer la zone du cerveau qui déclenche le processus de décision par rapport à une action. Un homme, équipé d’un encéphalogramme devait appuyer sur un bouton quand il le voulait. Sur un écran, on mit un point noir, tournant à une vitesse de 2 tours par seconde. L’homme devait regarder ce point noir. On constata que une seconde avant d’appuyer sur le bouton,  la zone correspondant à la main dans son cerveau s’activait. Or l’homme disait décider d’appuyer sur le bouton quand le point noir était sur une position correspondant à  un moment situé 0,2 seconde avant l’acte. Notre cerveau débute donc le mouvement 0,8 secondes avant que nous en prenions conscience. Cette expérience pourrait faire croire que le libre-arbitre est une illusion. Mais à d’autres moments, dans la même expérience, on trouve les mêmes tracés … mais pas de mouvement, le sujet n’ayant pas appuyé sur le bouton.  Lorsqu’on demande au sujet ce qui s’est passé à ce moment-là, il rapporte l’impression d’avoir failli appuyer sur le bouton et puis finalement, de s’y être opposé. Or, le moment où il dit avoir changé d’avis correspond au sommet du potentiel de préparation motrice, le moment situé 0,2 seconde avant l’acte, dans le cas où le sujet appuie sur le bouton et où le sujet dit qu’il décide. Donc il se passe bien quelque chose de fondamental 0,2 seconde avant l’acte. C’est le moment où le « Je », le « Moi », a le choix de laisser courir ou de stopper des processus qui ont été initiés sans lui.

Cela correspond bien à notre expérience quotidienne. Nous faisons toute une série de mouvements sans en être vraiment conscients ; c’est le cas par exemple, du mouvements de nos mains au cours d’une discussion agitée. Mais nous pouvons à tout moment « reprendre le contrôle » de notre corps en croisant les bras et en ne bougeant plus nos mains.

Donc le libre-arbitre n’est pas une illusion. Mais il est plus limité que prévu : il prend la forme d’un droit de veto sur des actes potentiels que nous n’avons pas initiés.

Une autre expérience a été menée avec un moine tibétain en méditation. On lui envoie pendant vingt millième de seconde, un flash dans les yeux. Le tracé semble indiquer qu’il est dans le coma alors qu’il est parfaitement conscient. Il n’y a donc pas identité entre l’état mental et l’état neuronal. On ne peut déduire l’état mental de la connaissance de l’état neuronal. Voilà de quoi déconstruire la position de Jean-Pierre Changeux, neurobiologiste français auteur de l’Homme neuronal, paru aux éditions Fayard en 1983 et partisan du réductionnisme  qui a dit : «L’homme n’a plus rien à faire de l’esprit, il lui suffit d’être un homme neuronal».

 

La vie : le hasard est-il canalisé ?

 

Christian de Duve, biochimiste, professeur à l’Université de Louvain (Belgique) et l’Université de Rockfeller New York (États-Unis), prix Nobel de médecine dit : «Dieu joue aux dés parce qu’il est sûr de gagner.» Il ajoute :«Les lois de la biochimie produisent des contraintes si strictes que le hasard est canalisé et que l’apparition de la vie et même de la pensée consciente devient une obligation dans l’Univers et cela en de nombreuses occasions.» Imaginons que nous lancions des billes en haut d’un monticule. Certaines d’entre elles vont rebondir en cataracte à certains endroits, là où des sillons sont préalablement creusés. Il y a du hasard dans ce processus mais ce hasard est canalisé. C’est pareil pour l’évolution des espèces.

Simon Conway Morris, paléontologiste britannique et professeur à l’Université de Cambridge dit : «Pour les darwiniens classiques, il est très improbable que les occupants d’une planète puissent ressembler à ceux d’une autre planète.» Car pour les darwiniens l’évolution n’est pas canalisée.

 

L’œil humain, avec la notion de focus, caméra (cristallin/rétine) existe également chez le calamar, l’escargot, une forme d’araignée, une méduse (qui n’a même pas de cerveau) mais l’ancêtre commun de tous ces animaux (une bactérie) n’a pas d’œil du tout ! Beaucoup de chemins ont conduit à la structure très complexe qu’est l’œil. C’est la preuve que la vie est canalisée sur Terre et si elle l’est sur Terre, elle doit l’être dans tout l’Univers et inscrite dans les lois de la Nature. Le paléontologiste rajoute : «Le phénomène de la convergence évolutionniste indique que le nombre des alternatives est strictement limité […]. Un tel programme de recherche pourrait révéler un niveau plus profond de la biologie dans lequel l’évolution darwinienne resterait un concept central, mais où les formes fonctionnelles possibles sont prédéterminées depuis le Big Bang.»

Il semblerait qu’il y ait une logique de construction dans l’évolution de la vie. Si l’on regarde les cristaux. Ils ont tous une forme différente mais ils ont tous la même structure : six branches. C’est la même chose pour tous les organismes. Il y a quelque chose qui pousse un certain nombre d’organismes à adopter la même structure. Il y a une logique de construction.

Ces approches donnent une crédibilité nouvelle à la conception platonicienne selon laquelle les grandes familles d’êtres vivants sont inscrites dans les lois de la nature comme la structure des cristaux de neige ou les structures des protéines.

Nous avons parcouru l’infiniment petit, l’infiniment grand, la vie et la conscience.

L’évolution des sciences décrite ici constitue un changement de paradigme sans précédent.

Depuis des siècles, toutes les religions énoncent qu’il existe un autre niveau de réalité au-delà de l’Espace, du Temps et de la matière et que l’esprit de l’homme est relié à cet autre niveau.

La modernité a rendu absurde une telle conception : il n’existe rien d’autre que le monde matériel. Le nouveau paradigme scientifique redonne de façon inattendue une crédibilité à ce qui constitue l’intuition majeure de toutes les traditions : la réalité ne se limite pas à notre monde observable.

Ainsi, une nouvelle synthèse entre Science et Spiritualité est possible : elle conduit à un ré-enchantement du monde. Il semble qu’il y ait un espoir pour le XXIe siècle, celui de combler le fossé entre les deux cultures (scientifiques et traditionnelles), en bénéficiant du souffle que donne la transcendance et de la solidité que donne la raison.

«L’invisible est essentiel pur les yeux parce qu’on ne voit bien qu’avec le cœur» dit Antoine Saint Exupéry.

 

(1) Sociologue et économiste allemand (1864-1920), l’un des fondateurs de la sociologie moderne

(2) Historien français né en 1946, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et rédacteur en chef de la revue intellectuelle Le Débat

(3) Le hasard et la nécessité, Éditions Seuil, 1973, 244 pages

(4) Voir article de Trinh Xuan Thuan, L’univers, hasard ou nécessité ? page … de la revue acropolis

(5) Astronome allemand (1571-1630) ayant étudié la thèse héliocentrique de Nicolas Copernic et découvert les trajectoires elliptiques des planètes

(6)  Raymond Kurzweil est l’auteur de The singularity is near : when humans transcend biology, traduit en français par Adeline Mesmin sous le nom de Humanité 2.0 : la bible du changement, éditions M21, 2007, 647 pages