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D'où viennent les idées ?

 

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.

 

 

Dans un dialogue très célèbre de Platon, le Ménon, Socrate discute avec un esclave ignorant et parvient à lui faire énoncer par lui-même, grâce à plusieurs questions-réponses, un théorème de géométrie assez complexe, une application du fameux théorème de Pythagore.

 

Comment l’esclave y est-il parvenu ? C’est l’occasion pour Platon d’expliquer sa théorie de la réminiscence. Si l’esclave est arrivé à cette connaissance, c’est qu’il s’est rappelé une connaissance que son âme avait contemplée dans une vie antérieure. En effet, l’âme humaine étant immortelle, elle aurait contemplé des vérités éternelles avant de s’incarner dans une forme physique.

Le questionnement de Socrate a donc simplement permis à l’esclave d’accoucher de connaissances qu’il possédait déjà en lui-même, mais qu’il avait oublié. C’est le fondement de la maïeutique, cet art de l’accouchement des âmes que pratiquait Socrate. Une autre manière de le dire est donnée par Platon lui-même :  savoir, c’est se souvenir.

Depuis l’époque de Platon, de nombreux philosophes, pour ne pas dire tous, se sont demandés où se situe la pensée, d’où viennent les Idées, soit en reprenant la conception de Platon soit en s’y opposant. De manière très schématique, deux grandes orientations se dessinent, l’orientation  idéaliste et l’orientation empiriste. Et entre les deux, il existe de très nombreuses prises de position intermédiaires.

 

L'orientation idéaliste

surtout développée par les philosophes allemands, Kant en est un des plus représentatifs, et dans sa Critique de la raison pure, il explique qu’il existe un cadre a priori dans lequel les objets nous sont originairement donnés et qui permet leur représentation. C’est ce qu’il nomme l’intuition pure,

a priori, c’est-à-dire non mêlée d’expérience. Selon Kant, même si on enlève à un objet toutes ses caractéristiques extérieures (sa couleur, sa dureté, sa divisibilité), il en reste toujours quelque chose : l’étendue et la figure, qui constituent la forme pure d’un objet, indépendante de toute expérience et de toute sensation. Ce cadre a priori de l’intuition, c’est ce qu’il nomme les formes a priori de la sensibilité, l’espace et le temps. L’existence de ces formes pures de l’intuition est une condition nécessaire pour que l’être humain puisse se constituer des connaissances synthétiques a priori. Kant justifie ainsi que l’esclave de Ménon ait pu trouver la connaissance géométrique en question dans le dialogue de Platon, car elle ferait partie de son entendement, depuis sa naissance. L’argument de Kant s’applique tout particulièrement aux notions géométriques, mais pas à l’ensemble des idées, comme chez Platon.

 

L'orientation empiriste

particulièrement développée par les philosophes anglais, elle prétend que l’expérience est la source de nos connaissances et que la nature humaine est instinct, sensation, expérience, plus que raison. La raison investigatrice elle-même est une sorte d’instinct qui pousse l’homme à faire la lumière sur ce qu’il accepte ou croit de façon instinctive. David Hume, peut-être le plus célèbre, explique que toutes les perceptions humaines se divisent en deux classes qui se distinguent par le degré de force et d’intensité avec lequel elles impressionnent l’esprit. D’abord, les impressions entrent dans la conscience avec le plus de force et de netteté, ce sont les sensations, les émotions et les passions au moment même où nous les expérimentons. Ensuite, les images affaiblies de ces impressions s’appellent les idées ou pensées. La différence entre l’impression et l’idée est semblable à celle qui existe entre un fait concret et le souvenir que nous en gardons. D’où la primauté de l’impression sur l’idée, puisque toute idée est une impression affaiblie, comme un reflet. Tout comme Locke et Berkeley ses prédécesseurs, David Hume nie l’existence des idées abstraites : seules existent les idées particulières que l’on utilise comme signes généraux d’autres idées particulières semblables aux premières. Pour expliquer ce processus, Hume recourt à un principe qui se répète plusieurs fois dans son analyse : l’habitude. C’est l’habitude qui nous pousse à considérer comme unies des idées différentes désignées par un seul nom. Ce seul et même nom suscitera non seulement une de ces idées mais l’habitude que nous avons de les voir reliées.

 

 

Si nous revenons à l’exemple de l’esclave du Ménon à la lumière des empiristes, l’esclave pourrait comparer des carrés de différentes tailles à partir d’expériences concrètes de formes géométriques qu’il aurait eues au préalable, et Socrate aurait seulement facilité son travail en lui proposant des associations d’idées. Cette explication suppose que l’esclave a pu au préalable avoir des expériences suffisamment fortes de la ligne droite, du carré, de la surface, pour que ses sens les aient gardé en mémoire et restitué avec le moins de déformations possibles. Or l’on sait que nos sens sont limités et nous trompent. Alors, la question du Ménon reste ouverte…