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L'ACADÉMIE de Platon

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


Avant d'étudier l'Académie de Platon, il nous faut parler de la figure de Socrate.

Socrate (469-399) a eu une influence décisive sur la définition de la philosophie et du philosophe. Il provoque une rupture par rapport à la vision antérieure, et ceci est très clairement exprimé par Platon dans le Banquet, avec l'image de la situation paradoxale du philosophe au milieu des hommes.

 

Socrate a inspiré à la fois Antisthène, le fondateur de l'Ecole Cynique, qui prônait l'austérité et le refus des conventions sociales, et qui devait influencer profondément le stoïcisme. Mais aussi Aristippe, le fondateur de l'école de Cyrène, qui goûtait la détente et le plaisir, et devait influencer l'épicurisme. Mais il a aussi inspiré Euclide, le fondateur de l'école de Mégare, célèbre pour sa dialectique.

 

Le plus connu de ses disciples est néanmoins Platon, car Platon a su donner à ses dialogues une valeur philosophique inestimable, et aussi parce que l'Ecole qu'il a fondé a survécu pendant de nombreux siècles (de 387 à 529), soit presque un millénaire !

 

En tout cas, un point semble commun à toutes ces écoles : la philosophie est conçue comme un certain discours lié à un mode de vie et comme un mode de vie lié à un certain discours.

 

La rupture qu'apporte Socrate est que le philosophe ne sait rien, mais qu'il est conscient de son non-savoir.

 

La mission de Socrate, qui lui a été confiée par le dieu Apollon, est de faire prendre conscience aux autres hommes de leur non-savoir, de leur non-sagesse. Socrate prend lui-même l'attitude de quelqu'un qui ne sait rien, fameuse ironie socratique. Une sorte d'humour qui refuse de prendre totalement au sérieux aussi bien les autres que soi-même, parce que tout ce qui est humain, et même tout ce qui est philosophique, est chose bien peu assurée, dont on ne peut guère s'enorgueillir.

 

Il s'agit d'une révolution dans la conception du savoir. Le savoir n'est pas un objet fabriqué, un contenu achevé, transmissible directement par l'écriture ou par le discours.

Quand Socrate prétend qu'il ne sait qu'une seule chose, à savoir qu'il ne sait rien, c'est qu'il refuse la conception traditionnelle du savoir. Sa méthode philosophique va consister, non pas à transmettre un savoir, ce qui reviendrait à répondre aux questions des disciples, mais au contraire, à interroger les disciples, parce que lui-même n'a rien à leur dire, rien à leur apprendre, en fait de contenu théorique de savoir.

 

Cette critique du savoir a une double signification :

 

. le savoir et la vérité ne peuvent être reçus tout faits, mais ils doivent être engendrés par l'individu lui-même. C'est pourquoi Socrate affirme, dans le Théétète, qu'il se contente dans la discussion avec autrui de jouer le rôle d'un accoucheur. Ce sont ses questions, ses interrogations qui aident les interlocuteurs à accoucher de leur vérité.

 

Une telle image laisse entendre que c'est dans l'âme elle-même que se trouve le savoir et c'est à l'individu lui-même de le découvrir.

 

Dans la perspective de sa propre pensée, Platon exprimera cette idée en disant que toute connaissance est réminiscence d'une vision que l'âme a eue dans une existence antérieure. Il faut apprendre à se souvenir.

 

. Chez Socrate, la perspective est différente : le dialogue socratique est fait pour aboutir à une aporie, à l'impossibilité de formuler un savoir.

 

C'est parce que l'interlocuteur découvre la vanité de son savoir qu'il passe du savoir à lui-même et il commence à se mettre lui-même en question.

 

Autrement dit, dans le dialogue socratique, la vraie question qui est en jeu n'est pas ce dont on parle, mais celui qui parle.

Socrate amène donc ses interlocuteurs à s'examiner, à prendre conscience d'eux-mêmes.

 

Il s'agit donc moins d'une mise en question du savoir apparent que l'on croit posséder que d'une mise en question de soi-même et des valeurs qui dirigent sa propre vie. Car après avoir discuté avec Socrate, l'interlocuteur ne sait plus pourquoi il agit. Il peut prendre conscience de ses contradictions, et changer sa manière d'être.

 

Le vrai problème n'est donc pas de savoir ceci ou cela, mais d'être de telle ou telle manière.

Savoir et non-savoir chez Socrate

Le non-savoir et le savoir ne portent pas sur des concepts, mais sur des valeurs.

"Ce que je sais au contraire, c'est qu'il est mauvais et honteux de commettre l'injustice et de désobéir à meilleur que soi, qu'il soit dieu ou homme. "  Apologie de Socrate

 

L'action morale, la valeur morale dépend de son propre choix, de sa propre décision, de son propre engagement. Le savoir est un savoir-vivre. Ici encore, il n'y a donc de savoir que dans une découverte personnelle qui vient de l'intérieur. Cette intériorité s'exprime chez Socrate par ce fameux daimôn, voix divine qui le retient de faire certaines choses. Figure de ce qu'on appellera plus tard la conscience morale.

 

Socrate admet implicitement qu'il existe chez tous les hommes un désir inné du bien. Faire découvrir à ses interlocuteurs leurs possibilités intérieures.

"Nul n'est méchant volontairement." "La vertu est savoir". "Mieux vaut subir l'injustice que la commettre".

 

Au fond du savoir socratique, il y a l'amour du bien. Il  n'y a qu'un seul bien, une seule valeur, c'est la volonté de faire le bien. Ce qui suppose que l'on ne refuse pas d'examiner sans cesse rigoureusement sa manière de vivre, afin de voir si elle est toujours dirigée et inspirée par cette volonté de faire le bien.

 

"Une vie qui ne se met pas elle-même à l'épreuve ne mérite pas d'être vécue." Apologie de Socrate

 

Ce savoir n'est jamais acquis. La pureté de l'intention morale doit sans cesse être renouvelée et rétablie. La transformation de soi exige une perpétuelle reconquête.

 

L’ACADÉMIE DE PLATON

 

Lorsque Platon crée l'Académie, en 387 avant J.-C., il a un peu plus de 40 ans. Il installe son école dans une propriété avec jardin située non loin de la ville, le gymnase d'Academos. Il y enseignera pendant 40 ans.

 

Une intention politique

L'intention initiale de Platon est politique : il croit à la possibilité de changer la vie politique par l'éducation philosophique des hommes qui sont influents dans la cité. Platon donne un témoignage autobiographique dans la fameuse Lettre VII : il y raconte comment, dans sa jeunesse, il voulait, comme les autres jeunes gens qu'il côtoyait, s'occuper des affaires de la cité, comment il découvrit alors, par la mort de Socrate, que les cités existant à son époque avaient un mauvais régime politique.

 

C'est pourquoi, dit-il, " je fus irrésistiblement amené à louer la vraie philosophie et à proclamer que, à sa lumière seule, on peut reconnaître où est la justice dans la vie publique et dans la vie privée".

 

Pour Platon, sa "tâche de philosophe" consiste à agir. S'il essaie de jouer un rôle politique à Syracuse, c'est pour ne pas passer à ses propres yeux "pour un beau parleur" incapable d'agir.

 

Et effectivement, de nombreux élèves de l'Académie ont joué un rôle politique en différentes cités, soit comme conseillers de souverains, soit comme législateurs, soit comme opposants à la tyrannie.

 

Platon veut doter les jeunes gens d'un savoir supérieur à ce que les Sophistes pouvaient leur fournir, un savoir qui, d'une part, sera fondé sur une méthode rationnelle rigoureuse et qui, d'autre part, selon la vision socratique, sera inséparable de l'amour du bien et de la transformation intérieure de l'homme.

 

Il ne veut pas seulement former d'habiles hommes d'Etat, mais des hommes.

Pour réaliser son intention politique, Platon crée une institution, l'Académie, une communauté intellectuelle et spirituelle chargée de former des hommes. C'est un détour où les intentions politiques risquent d'ailleurs d'être oubliées, et ceci explique que dans la République, dans l'allégorie de la Caverne, il explique qu'il faudra forcer  les philosophes à être rois.

 

On retrouve chez Platon cette conception socratique de l'éducation par le contact vivant entre les  hommes et par l'amour, mais Platon l'a en quelque sorte institutionnalisé dans son Ecole.

 

 

LE FONCTIONNEMENT DE L’ACADÉMIE

 

Nous connaissons peu de chose sur le fonctionnement institutionnel de l’Académie. Il y avait, semble-t-il deux catégories de membres, d’une part les plus âgés, chercheurs et enseignants, d’autre part, les plus jeunes, les étudiants.

 

Les membres plus âgés étaient associés à Platon dans la recherche et dans l'enseignement. Nous en connaissons un certain nombre ; Speusippe, Xénocrate, Eudoxe de Cnide, Héraclide du Pont, Aristote. Ce sont des philosophes et des savants, des astronomes et des mathématiciens de tout premier rang, comme Eudoxe et Théétète.

 

Dans l'Antiquité, on regardait comme significatif le fait que deux femmes, Axiothea et Lastheneia, aient été les élèves de Platon.

La géométrie et les autres sciences mathématiques jouaient un rôle de premier plan dans la formation. Mais elles ne représentaient qu’une première étape dans la formation du futur philosophe.

 

Elles étaient pratiquées dans l’école de Platon d’une manière totalement désintéressée, sans aucune considération d’utilité, mais destinées à purifier l’esprit des représentations sensibles. Elles avaient donc aussi une finalité éthique.

 

C’est d’ailleurs dans l’Académie que les mathématiques ont connu leur véritable naissance. C’est là qu’ont été découvertes les notions de principes, axiomes, définitions, postulats. Tous ces travaux aboutiront, un demi-siècle plus tard, à la rédaction par Euclide de ses fameux Eléments.

 

Des exercices dialectiques avaient leur place dans l’enseignement de l’Académie. La dialectique était, à l’époque de Platon, une technique de discussion soumise à des règles précises.

 

Une proposition interrogative du type : la vertu peut-elle s’enseigner ? était le point de départ. Un des deux interlocuteurs attaquait la thèse et l’autre la défendait. Le premier attaquait en interrogeant, c’est-à-dire en posant au défenseur de la thèse des questions habilement choisies pour l’obliger à des réponses telles qu’il soit amené à admettre le contraire de la thèse qu’il voulait défendre.

 

La formation à la dialectique était absolument nécessaire, dans la mesure où les disciples de Platon étaient destinés à jouer leur rôle dans la cité. Mais la dialectique platonicienne n’est pas un exercice purement logique.

 

La dialectique est plutôt un exercice spirituel qui exige des interlocuteurs une ascèse, une transformation d’eux-mêmes. Il s’agit d’un effort mené en commun par deux interlocuteurs qui veulent s’accorder avec les exigences rationnelles du discours sensé, du logos. Grâce à leur effort sincère, les interlocuteurs découvrent par eux-mêmes, et en eux-mêmes, une vérité indépendante d’eux. Le discours implique une exigence de rationalité et d’universalité.

 

Ce logos ne représente pas une sorte de savoir  absolu ; il s'agit en fait de l'accord qui s'établit entre des interlocuteurs qui sont amenés à admettre en commun certaines positions, accord dans lequel ceux-ci dépassent leurs points de vue particuliers.

 

Platon concevait d'ailleurs la pensée comme un dialogue :

 

« Pensée et discours, c’est la même chose, sauf que c’est le dialogue intérieur et silencieux de l’âme avec elle-même que nous avons appelé pensée. » Platon Sophiste 263 e4

 

C'est donc cette éthique du dialogue qui explique la liberté de pensée qui régnait dans l'Académie. Ces controverses qui furent intenses entre les membres de l'Ecole ont laissé des traces, non seulement dans les dialogues de Platon, ou chez Aristote, mais dans toute la philosophie hellénistique.

 

Comme le dit Pierre Hadot : nous pouvons en conclure que l'Académie était un lieu de libre discussion et qu'il n'y existait pas d'orthodoxie d'école, ni de dogmatisme.

 

Le choix de vie platonicien

 

S'il en est ainsi, on peut se demander sur quoi pouvait se fonder l'unité de l'Académie.

On peut dire que si Platon et les autres enseignants de l'Académie étaient en désaccord sur des points de doctrine, ils admettaient tous néanmoins à des degrés divers le choix du mode de vie, de la forme de vie proposé par Platon.

 

Pour reprendre l'expression de Luc Brisson, il s'agissait surtout d'"apprendre à vivre de façon philosophique", dans une volonté commune de pratiquer une recherche désintéressée.

 

Vivre de façon philosophique, c'est surtout se tourner vers la vie intellectuelle et spirituelle, réaliser une conversion qui met en jeu toute l'âme, c'est-à-dire toute la vie morale.

 

On peut penser qu’il existait dans l’Académie une commune conception de la science, comme formation de l’homme, comme lente et difficile éducation du caractère, comme développement harmonieux de toute la personnalité humaine, finalement comme mode de vie, destiné à assurer une vie bonne.

Aux yeux de Platon, le choix du mode de vie philosophique était la chose la plus essentielle.

C'est ce qu'atteste notamment la narration d'Er le Pamphylien qui clôt la République.

 

Les Exercices spirituels

 

Dans sa Lettre VII, Platon déclare que si l'on n'adopte pas ce mode de vie, la vie ne vaut pas la peine d'être vécue et c'est pourquoi il faut se décider sur-le-champ à suivre cette voie, cette "voie merveilleuse". Ce genre de vie suppose un effort, qu'il faut renouveler chaque jour.

 

Il semble que certaines pratiques spirituelles, dont nous retrouvons la trace dans plusieurs passages des dialogues, aient été en usage dans l'Académie.

 

Quelques exemples :

 

. la "préparation au sommeil" : Platon évoque les pulsions inconscientes que nous révèlent les rêves, par exemple ces désirs "terribles et sauvages" de viol et de meurtre qui sont en nous. Pour ne pas avoir de tels rêves, il faut se préparer le soir en s'efforçant d'éveiller la partie raisonnable de l'âme par des discours intérieurs et des recherches portant sur des sujets élevés, en s'adonnant à la méditation, et en calmant ainsi le désir et la colère. Réf : République

 

. un autre exercice consiste à savoir conserver son calme dans le malheur, sans se révolter, en utilisant pour cela des maximes capables de changer nos dispositions intérieures. On se dira ainsi que l'on ne sait pas ce qui est bon et ce qui est mauvais dans ces accidents, que cela ne sert à rien de s'indigner, qu'il faut tenir compte des choses telles qu'elles sont et agir en conséquence. Réf : Criton

 

. la plus célèbre pratique est l'exercice de la mort, auquel Platon fait allusion dans le Phédon, qui raconte précisément la mort de Socrate.

 

Socrate y déclare qu'un homme qui a passé sa vie dans la philosophie a nécessairement du courage pour mourir, puisque la philosophie n'est rien d'autre qu'un exercice de la mort. Et elle est un exercice de la mort, puisque la mort est la séparation de l'âme et du corps et que le philosophe s'emploie à détacher son âme de son corps.

 

Le corps, en effet, nous cause mille tracas, à cause des passions qu'il engendre, des besoins qu'il nous impose. Il faut donc que le philosophe se purifie, c'est-à-dire qu'il s'efforce de concentrer et ramasser l'âme, de la délivrer de la dispersion et de la distraction que lui impose le corps.

On pensera ici aux longues concentrations de Socrate évoquées dans le Banquet, pendant lesquelles il reste immobile, sans bouger et sans manger.

Cet exercice signifie ascèse du corps et de la pensée, dépouillement  des passions pour accéder à la pureté de l'intelligence.

 

. Le dialogue est, en un certain sens, aussi un exercice de la mort : le "moi" qui doit mourir se transcende dans un "moi" désormais étranger à la mort, parce qu'il s'est identifié au logos et à la pensée.

 

C'est ce que laisse entendre Socrate à la fin du Phédon :

 

" Mes amis, je n'arrive pas à convaincre Criton que je suis, moi, ce Socrate qui s'entretient avec vous en cet instant même et qui dispose en ordre tous ses arguments. Il croit que moi, c'est cet autre qu'il verra tout à l'heure, ce cadavre. "

 

Si dans le Phédon, cet exercice est présenté comme un exercice de la mort, qui précisément libère l'âme de la crainte de la mort, dans la République, il apparaît comme une sorte de vol de l'âme ou de regard d'en haut porté sur la réalité :

 

"La petitesse d'esprit est incompatible avec une âme qui doit tendre sans cesse à embrasser l'ensemble et l'universalité du divin et de l'humain. (…) Mais l'âme à laquelle appartient l'élévation de pensée et la contemplation de la totalité du temps et de l'être, crois-tu qu'elle regardera la mort comme une chose à craindre ? "

 

La grandeur d'âme se révèle ainsi comme le fruit de l'universalité de la pensée.

 

. L'éthique du dialogue est, chez Platon, l'exercice spirituel par excellence et il est lié à une autre démarche fondamentale, la sublimation de l'amour.

 

Selon le mythe de la préexistence des âmes, l'âme a vu, lorsqu'elle n'était pas encore descendue dans le corps, les Formes, les Idées transcendantes. Tombée dans le monde sensible, elle les a oubliées, elle ne peut même plus les reconnaître intuitivement dans des images qui se trouveraient dans le monde sensible.

 

Seule la Forme de la Beauté a le privilège d'apparaître encore dans ces images d'elle-même que sont les beaux corps. L'émotion amoureuse que l'âme ressent devant tel beau corps est provoquée par le ressouvenir inconscient de la vision que l'âme a eue de la beauté transcendante dans son existence antérieure.

 

Comme le dit Diotime dans le Banquet, sous l'effet de l'attraction inconsciente de la Forme de la Beauté, l'expérience de l'Amour s'élèvera de la beauté des corps à celle qui est dans les âmes,  puis dans les actions et dans les sciences, jusqu'à la vision soudaine d'une beauté merveilleuse et éternelle, vision analogue à celle dont l'initié jouit dans les mystères d'Eleusis, vision qui dépasse toute énonciation, tout discours, mais engendre la vertu dans l'âme.

 

 

Les Formes ou Idées

 

Ce sont surtout des valeurs morales qui fondent nos jugements sur les choses de la vie humaine. Une triade de valeurs apparaît d'un bout à l'autre des dialogues : ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est juste, et le Bien qui les chapeaute.

 

Le savoir platonicien, comme le savoir socratique, est avant tout un savoir des valeurs.

 

Ce modèle socratico-platonicien de la philosophie a joué un rôle capital. Tout au long de l'histoire de la philosophie antique, nous allons retrouver ces deux pôles de l'activité philosophique :

 

. d'une part, le choix et la pratique d'un mode de vie

 

. d'autre part, un discours philosophique qui est à la fois partie intégrante de ce mode de vie, et explicite les présupposés théoriques impliqués dans ce mode de vie.

 

Un discours qui apparaît finalement comme incapable d'exprimer ce qui est l'essentiel, les Formes, le Bien, c'est-à-dire ce que l'on expérimente, dans le désir et le dialogue.