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Le JARDIN d'Epicure

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


Epicure (environ 342-271) fonde en 306 avant J.C. à Athènes une école qui resta vivante dans cette ville au moins jusqu’au IIe siècle de notre ère, donc au moins cinq siècles.

 

Il y a une grande similitude avec les dates du Portique stoïcien, fondé vers l'an 300. Les deux Ecoles sont appelées "hellénistiques", car leur création a lieu durant cette période qu'on appelle hellénistique, qui succède à la période classique, et qui va de la mort d'Alexandre le Grand (323 avant J.C), proche de celle d'Aristote (322 avant J.C) jusqu'à la bataille d'Actium (31 avant J.C) qui voit la domination romaine sur la Méditerranée.

 

Le poème de Lucrèce, De la nature, ou les grandes inscriptions que l'épicurien Diogène a fait graver pour faire connaître les écrits et la doctrine d'Epicure à ses concitoyens, témoignent de la ferveur quasi missionnaire avec laquelle ses disciples, même lointains, s'efforçaient de diffuser son message.

 

Une expérience et un choix

Au point de départ de l'épicurisme, il y a une expérience et un choix.

Une expérience, celle du corps :

 

"Voix de la chair, ne pas avoir faim, ne pas avoir soif, ne pas avoir froid ; celui qui dispose de cela, et a l'espoir d'en disposer à l'avenir, peut lutter même avec Zeus pour le bonheur."

 

La "chair" ici mentionnée n'est pas une partie anatomique du corps, mais dans un sens nouveau en philosophie, semble-t-il, le sujet de la douleur et du plaisir, c'est-à-dire l'individu.

 

Pour parler de son expérience, Epicure devait parler de "souffrance", de "plaisir" et de "chair" :

 

" (…) il n'y avait pas d'autre moyen d'atteindre et de montrer du doigt l'homme dans  la pure et simple historicité de son être dans le monde, et de découvrir enfin ce que nous appelons "individu", cet individu sans lequel on ne peut parler de personne humaine. Car c'est seulement dans la "chair" qui souffre ou s'apaise, que notre "moi", notre âme, émerge et se révèle à lui-même et à autrui. " C. Diano

 

La "chair" n'est d'ailleurs pas séparée de l'âme, puisqu'il n'y a pas de plaisir ou de souffrance, sans que l'on en ait conscience et que l'état de la conscience se répercute à son tour dans la chair.

 

C'est aussi un choix : ce qui compte avant tout, c'est de délivrer la chair de sa souffrance, donc lui permettre d'atteindre le plaisir.

Pour Epicure, le choix de Socrate, de Platon, mais aussi des Stoïciens en faveur de l'amour du Bien est une illusion. En réalité, l'individu n'est mû que par la recherche de son plaisir et de son intérêt.

 

Mais le rôle de la philosophie consistera à savoir rechercher le plaisir d'une manière raisonnable, c'est-à-dire en fait à rechercher le seul plaisir véritable, le pur plaisir d'exister. Tout le malheur, toute la peine des hommes, vient de ce qu'ils ignorent le véritable plaisir.

 

Recherchant le plaisir, ils sont incapables de l'atteindre, parce qu'ils ne peuvent se satisfaire de ce qu'ils ont, ou parce qu'ils recherchent ce qui est hors de leur portée, ou parce qu'ils gâchent ce plaisir en craignant sans cesse de le perdre. La mission de la philosophie, la mission d'Epicure sera donc avant tout thérapeutique. Il faut soigner la maladie de l'âme et apprendre à l'homme à vivre le plaisir.

 

Cette expérience du corps et cette étude des plaisirs sont à l'origine du contre-sens sur l'adjectif épicurien.

 

L'éthique d'Epicure

 

Ce choix fondamental est justifié dans un discours théorique sur l'éthique qui propose une définition du véritable plaisir et une ascèse des désirs.

Cette réflexion épicurienne sur le plaisir n'est pas entièrement nouvelle :  les historiens de la philosophie rappellent des discussions sur le plaisir qui ont déjà eu lieu dans l'Académie de Platon, dont témoignent le dialogue de Platon intitulé le Philèbe, et le Xème livre de l'Ethique à Nicomaque d'Aristote.

 

Selon Epicure, il y a des plaisirs "en mouvement", "doux et flatteurs", qui, se propageant dans la chair, provoquent une excitation violente et éphémère. C'est en recherchant uniquement ces plaisirs que les hommes trouvent l'insatisfaction et la douleur, parce que ces plaisirs sont insatiables, et que, parvenus à un certain degré d'intensité, ils redeviennent des souffrances. Il faut vraiment distinguer de ces plaisirs mobiles le plaisir stable, le plaisir en repos comme "état d'équilibre". C'est l'état du corps apaisé et sans souffrance, qui consiste à ne pas avoir faim, ne pas avoir soif, ne pas avoir froid :

 

"Ce pour quoi nous faisons toutes choses, c'est ne pas souffrir et ne pas être dans l'effroi ; et une fois que cela se réalise en nous, se dissipe toute la tempête de l'âme, puisque le vivant n'a plus à se diriger vers quelque chose, comme si cela lui manquait, ni à en chercher une autre qui permettrait au bien de l'âme et à celui du corps d'atteindre leur plénitude : en effet, c'est à ce moment que nous avons besoin d'un plaisir, lorsque nous souffrons par suite de l'absence du plaisir ; mais lorsque nous n'en souffrons pas, nous n'avons plus besoin du plaisir." Lettre à Ménécée

 

De ce point de vue, le plaisir, comme suppression de la souffrance, est un bien absolu, c'est-à-dire qui ne peut croître, auquel ne peut s'ajouter un nouveau plaisir, "de même qu'un ciel serein n'est pas susceptible d'une clarté plus vive" Sénèque, Lettre à Lucilius.

 

Ce plaisir stable est d'une autre nature que les plaisirs mobiles, comme ce qui est hors du temps s'oppose à ce qui est temporel.

 

On peut s'étonner de voir attribuer une telle transcendance à la simple suppression de la faim ou de la soif et à la satisfaction des besoins vitaux. Mais on peut penser que cet état de suppression de la souffrance du corps, cet état d'équilibre, ouvre à la conscience un sentiment général d'existence, appelé parfois "cénesthésique".

 

Tout se passe comme si, en supprimant l'état d'insatisfaction qui l'absorbe dans la recherche d'un objet particulier, l'homme est enfin libre de pouvoir prendre conscience de quelque chose d'extraordinaire, qui est déjà présent en lui mais de manière inconsciente, le plaisir de son existence, de l'identité de la pure existence.

 

Cet état de plaisir stable et d'équilibre correspond à un état de tranquillité de l'âme et d'absence de trouble, la fameuse ataraxie, que l'on a trouvé aussi chez les Stoïciens (Sénèque) mais qui, chez eux, avait une autre source : l'eudaimonia, le bonheur, indépendant des circonstances extérieures, ne dépendant que de ce qui dépend de soi.

 

Pour Epicure, la méthode pour atteindre ce plaisir stable consiste dans une ascèse des désirs. Si les hommes sont malheureux, c'est qu'ils sont torturés par des désirs "immenses et creux", la richesse, la luxure, la domination.

 

L'ascèse des désirs se fonde sur la distinction entre trois types de désirs :

. les désirs vides, qui ne sont ni naturels, ni nécessaires, les désirs sans limites de la richesse, de la gloire ou de l'immortalité ; ils apportent plus de douleurs que de plaisirs.

 

. les désirs naturels sans être nécessaires comme le désir de nourritures recherchées, ou encore le désir sexuel.

 

. les désirs naturels et nécessaires, comme manger à sa faim, boire à sa soif, se protéger des intempéries, aspirer au bonheur par la philosophie et l’amitié.

 

Epicure ne retient que les plaisirs naturels et nécessaires. Quelle chose admirable que le pain et l'eau dans le temps de la faim et de la soif, disait-il. Le sage épicurien est celui qui apprend à limiter ses désirs. Un peu d'eau et de pain lui suffit. Un petit pot de lait caillé constitue à ses yeux le comble du luxe : "Envoie-moi, écrivait Epicure à un ami, un petit pot de lait caillé, que je puisse faire bombance quand j'en aurai envie".

 

Une sentence épicurienne résume bien cette division des désirs :

 

"Grâces soient rendues à la bienheureuse Nature qui a fait que les choses nécessaires soient faciles à atteindre et que les choses difficiles à atteindre ne soient pas nécessaires."

 

La physique d'Epicure

Une grave menace pèse sur le bonheur de l'homme, c'est la crainte de la mort et des décisions divines. C'est pour guérir l'homme de ces terreurs qu'Epicure propose son discours théorique concernant la physique.

 

Les épicuriens sont hostiles à l'idée d'une science étudiée pour elle-même. La science doit répondre aux interrogations des hommes.

 

Epicure le dit très clairement :

 

"Si nous n'avions pas de trouble à cause de nos appréhensions au sujet des phénomènes célestes et de la mort, craignant que cette dernière soit quelque chose pour nous, à cause de notre ignorance des limites de la douleur et des désirs, nous n'aurions pas besoin de l'étude de la nature.

On ne peut se libérer de la crainte à propos des choses les plus essentielles si l'on ne sait pas exactement quelle est la nature de l'univers, mais qu'on attribue quelque soupçon de vérité aux récits mythologiques, en sorte que sans l'étude de la nature, il n'est pas possible d'obtenir nos plaisirs à l'état pur.

Il n'y a pas d'autre fruit à tirer de la connaissance des phénomènes célestes que la paix de l'âme et une ferme assurance, comme c'est le but également de toutes autres recherches." Maximes capitales et Lettre à Pythoclès.

 

Il y a deux domaines bien distincts dans la recherche sur les phénomènes physiques :

 

. le noyau systématique indiscutable, qui justifie l'option existentielle, par exemple, la représentation d'un univers éternel constitué par les atomes et le vide dans lequel les dieux n'interviennent pas ;

 

. les recherches sur des problèmes d'importance secondaire, par exemple, sur les phénomènes célestes, météorologiques, qui ne comportent pas la même rigueur et admettent une pluralité d'explications.

 

Dans les deux domaines, les recherches ne sont menées que pour assurer la paix de l'âme, soit grâce aux dogmes fondamentaux qui éliminent la crainte des dieux et de la mort, soit, dans le cas des problèmes secondaires, grâce à une ou plusieurs explications qui, en montrant que ces phénomènes sont purement physiques, suppriment le trouble de l'esprit.

 

Il s'agit donc de supprimer la crainte des dieux et de la mort. Pour cela, Epicure, surtout dans les Lettres à Hérodote et à Pythoclès, va montrer d'une part que les dieux n'ont rien à voir avec la production de l'univers, qu'ils ne se soucient pas de la conduite du monde et des hommes, et d'autre part, que la mort n'est rien pour nous.

 

Dans ce but, Epicure propose une explication du monde qui emprunte aux théories des présocratiques, tout spécialement à celle de Démocrite : le Tout n'a pas besoin d'être créé par une puissance divine, car il est éternel. Cet univers éternel est constitué par les corps et l'espace, c'est-à-dire le vide dans lequel ils se meuvent.

 

Les corps que nous voyons, les corps des êtres vivants, mais aussi les corps de la terre et des astres, sont constitués par des corps insécables et immuables, en nombre infini, les atomes. Les atomes tombent à égale vitesse en ligne droite par leur poids, dans le vide infini, mais dès qu'ils dévient de manière infime de leur trajectoire, ils se rencontrent et composent les corps composés. C'est le processus appelé clinamen dans la physique épicurienne.

 

Les corps et les mondes naissent donc, mais aussi se désagrègent, par suite du mouvement continuel des atomes. Dans l'infinité du vide et du temps, il y a une infinité de mondes qui apparaissent et disparaissent. Notre univers n'est que l'un d'entre eux.

 

La notion de déviation des atomes (clinamen) a une double finalité :

. expliquer la formation des corps, qui ne pourraient pas se constituer si les atomes se contentaient de tomber en ligne droite à une vitesse égale,

. introduire la notion de hasard et ainsi donner un fondement à la liberté humaine.

 

Ici encore, il semble que la physique ait été élaborée en fonction du choix de vie épicurien.

D'une part, l'homme doit être maître de ses désirs : pour pouvoir atteindre le plaisir stable, il faut qu'il soit libre. Mais d'autre part, si son âme et son intellect sont formés d'atomes mus d'un mouvement toujours prévisible, comment l'homme pourrait-il être libre ?

 

La solution consiste précisément à admettre que c'est dans les atomes mêmes que se situe un principe de spontanéité interne, qui n'est autre que cette possibilité de dévier de leur trajectoire, qui donne ainsi un fondement à la liberté du vouloir et la rend possible.

 

C'est une vision physique totalement opposée à celle des Stoïciens, où Dieu est omniprésent, intégré dans la Nature, sous forme de Raison (l'image du miel qui coule dans les rayons….)

Chez les Epicuriens, si les corps sont formés d'agrégats d'atomes, ils ne forment pas une véritable unité et l'univers n'est qu'une juxtaposition d'éléments qui ne se fondent pas ensemble : chaque être est une individualité, en quelque sorte atomisée, isolée, par rapport aux autres ; tout est en dehors de tout et tout arrive par hasard : dans le vide infini se forme une infinité de mondes.

 

Exercices pratiqués

"Tous ces enseignements, médite-les donc jour et nuit . Ainsi tu n'éprouveras de trouble ni en songe, ni dans la veille, mais tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Habitue-toi à vivre dans cette pensée que la mort n'est rien pour nous". Lettre à Ménécée.

 

La concentration des enseignements dans des résumés ou des sentences courtes est destinée à les rendre plus persuasifs et à faciliter leur mémorisation.

 

Le tetrapharmakon, le quadruple remède formulé par Epicure :

 

Il n'y a rien à craindre des dieux

Il n'y a rien à craindre de la mort

On peut supporter la douleur

On peut atteindre le bonheur.

 

- La crainte des dieux :

 

Epicure croit aux dieux de la cité et nourrit un sincère sentiment religieux. Pour lui, les dieux existent et jouissent d'une parfaite félicité. Grâce à cette béatitude, ils sont absolument exempts de toutes les affections humaines propres aux êtres faibles qui manifestent leur besoin des autres par des sentiments de colère, haine, bienveillance ou amour. Les dieux ne se soucient donc point des hommes et les opinions que la plupart se forment sur les dieux sont absolument fausses quand ils voient en eux quelqu'un qui se préoccupe de gouverner le monde et de faire connaître aux hommes sa volonté par des oracles ou autrement.

 

Qu'étaient donc les dieux pour Epicure ? Leur corps devait être plus subtil que celui des hommes. Il fallait donc soustraire complètement les dieux aux lois du monde sublunaire : Epicure leur assignait une place dans les métacosmes", espace de l'univers séparant les mondes.

 

Là, les dieux comblés de tous les biens par l'éternité, sachant que ces biens ne viendront jamais à leur manquer éprouvent au plus haut degré, par vertu naturelle, les joies que l'homme ne conquiert qu'après un long et quotidien apprentissage de la sagesse : doux souvenir des biens passés, jouissance des biens présents, certitude confiante des biens futurs. L'homme n'a rien de mauvais à redouter d'une telle divinité mais il ne doit rien en attendre non plus. Il doit cependant contempler la joie éternelle des dieux lors de toute cérémonie comme un idéal à atteindre.

 

En bref, nulle raison de craindre les dieux car ils n'interviennent pas dans les affaires des hommes. Les dieux existent, mais ils sont souverainement indifférents à l'homme. La science nous purifie de la terreur qu'inspirent des dieux mystérieux et puissants.

 

- la crainte de la mort :

 

tant que nous sommes là, la mort ne s'y trouve pas ; quand la mort est là, nous n'y sommes plus. Ajoutons à cela que le plaisir est parfait à tout instant où on le goûte et que l’infinité du temps ne saurait rien ajouter à la plénitude d'un instant.

 

La mort n'est qu'un vain fantôme puisque l'âme, composée d'atomes matériels particulièrement subtils, se désagrège au moment du trépas et ne peut donc être punie des châtiments infernaux qui épouvantent les âmes non philosophiques. Unie au corps, l'âme meurt en même temps que lui. La mort n'est donc rien.

 

Vivant, elle ne me concerne pas. Mort, elle n'est plus à craindre. Je n'éprouve nulle angoisse devant l’infıni du temps qui a précédé mon existence. Pourquoi craindrais-je de ne point être dans l'infıni du temps à venir ?

 

- La crainte de la douleur :

 

Quand la douleur est très forte, elle est également très courte car elle entraîne la mort. Elle cesse ou elle nous tue. Si elle dure longtemps, les sens s'émoussent et on ne la sent plus.

 

"Toute douleur doit être traitée avec dédain ; celle qui nous fatigue à l'extrême ne dure que peu de temps, et celle qui persiste longtemps dans la chair ne produit qu'une peine légère" (Diogène Laërce X,).

 

La douleur ne persiste pas, longtemps dans la chair ; celle qui est aigüe dure très peu de temps. "Les grandes souffrances qui amènent le néant de la mort sont toujours courtes et les souffrances qui durent longtemps ne sont jamais grandes " (Diogène Laërce, X)

 

Epicure dit : "Pendant ma maladie, mes entretiens ne portaient jamais sur mes souffrances physiques et, avec mes visiteurs, je poursuivais l'étude des questions naturelles qui m’occupaient précédemment et je m'appliquais à ce point particulier : comment l'intelligence, tout en subissant le contrecoup de ces mouvements qui agitent le corps, se maintient-elle exempte de troubles, tout en veillant à son bien propre". Marc-Aurèle (Pensées, IX, 41) :

 

 

L'âme peut se détacher des douleurs en évoquant par le souvenir d'autres représentations. Le témoignage le plus frappant de cette doctrine est la lettre qu'Epicure, sur son lit de mort, écrivit à Idoménée. Aux douleurs du corps qui ne pouvaient être plus grandes, il oppose la béatitude de l'âme que le souvenir ramène aux conversations avec les amis.

 

 

- L'atteinte du bonheur :

 

Dans ce monde délivré par Epicure des superstitions angoissantes, de l'angoisse de la mort et de la peur des dieux, une authentique sagesse se dessine, sagesse fondée sur la vérité du corps et de la chair, sagesse du plaisir d'ici-bas. Le bonheur est la fin de l'action et sa recherche est le but de la vie.

 

Le sage ainsi défini ne participe évidemment pas à la vie politique. Il fuit l'engagement social pour se retirer dans sa tour d'ivoire. "Pour vivre heureux, vivons cachés."

. L'ascèse ou la discipline des désirs consiste à savoir se contenter de ce qui est facile à atteindre, de ce qui satisfait les besoins fondamentaux de l’être et renoncer à ce qui est superflu. Se contenter de mets simples, de vêtements simples, renoncer aux richesses, aux honneurs, aux charges publiques, vivre retiré.

 

Pourtant, ces méditations et cette ascèse ne peuvent être pratiquées dans la solitude.

 

L’amitié est, dans l’école épicurienne, le moyen, le chemin privilégié, pour parvenir à la transformation de soi-même. Maîtres et disciples s’y entraident étroitement pour atteindre la guérison de leurs âmes. Dans cette atmosphère d’amitié, Epicure lui-même assume le rôle d’un directeur de conscience et, comme Socrate et Platon, il connaît bien le rôle thérapeutique de la parole. Cette direction spirituelle n’a de sens que si elle est un rapport d’individu à individu :

 

« Ces choses, ce n’est pas à la foule que je les dis, mais à toi. Chacun de nous est un auditoire assez vaste pour l’autre. »

L’examen de conscience, la correction fraternelle sont des exercices indispensables pour parvenir à la guérison de l’âme. Confiance et ouverture règne entre maîtres et disciples et entre les disciples. S’exprimer librement, c’est, pour le maître, ne pas craindre de faire des reproches, c’est pour le disciple, ne pas hésiter à avouer ses fautes ou même ne pas avoir peur de faire connaître à ses amis leurs propres erreurs. Une des principales activités de l’école consistait donc dans un dialogue correcteur et formateur.

 

La personnalité d’Epicure y jouait d’ailleurs un rôle de premier plan. Il apparaissait à ses disciples comme l’incarnation de la sagesse, le modèle qu’il fallait imiter.

 

« Epicure dit de l'amitié que, de toutes les choses que la sagesse nous procure pour vivre heureux, il n'y a rien de supérieur, de plus fécond, de plus agréable que l'amitié. Et il ne s'est pas borné seulement à le déclarer, il l'a confirmé dans sa vie, par ses actes comme par ses mœurs. Dans la seule maison d’Epicure, une toute petite maison, quelle troupe d’amis rassemblés par lui, unis de sentiments par quelle conspiration d’amour ! » Cicéron

 

Plaisir d’une vie en commun qui accepte les esclaves et les femmes, comme c'était le cas de l'Ecole stoïcienne.

Les femmes, déjà admises dans l’école de Platon, font partie désormais de la communauté, non seulement des femmes mariées mais aussi des courtisanes.

 

 

. Plaisir de prendre conscience de ce qu'il y a de merveilleux dans l'existence. Se représenter de préférence les choses agréables, ressusciter le souvenir des plaisirs du passé et jouir des plaisirs du présent, choisir délibérément la détente et la sérénité, vivre dans une gratitude profonde envers la nature et la vie qui nous offrent sans cesse, si nous savons les trouver, le plaisir et la joie.

 

. La méditation sur la mort sert à éveiller dans l'âme une immense gratitude pour le don merveilleux de l'existence :

 

" Persuade-toi que chaque jour nouveau qui se lève sera pour toi le dernier. C'est alors avec gratitude que tu recevras chaque heure inespérée. "

 

 

On peut ainsi résumer l'Essence du choix épicurien :

"L'existence doit d'abord être considérée comme un pur hasard, pour pouvoir ensuite être vécue totalement comme une merveille unique."