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L'Ecole néo-platonicienne

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


Pendant la période hellénistique et au début de la conquête romaine, les écoles de philosophie sont encore concentrées principalement à Athènes.

 

Mais à partir du 1er siècle avant J.C, on voit s'ouvrir des écoles de philosophie dans de nombreuses villes de l'Empire romain, surtout à Alexandrie ou à Rome.

Il en est résulté une transformation profonde des méthodes d'enseignement de la philosophie.

 

Il n'existe toujours que quatre grandes écoles, le platonisme, l'aristotélisme, le stoïcisme et l'épicurisme, accompagnées de deux autres courants, le scepticisme et le cynisme.

 

A partir du 3ème et du 4ème siècle, stoïcisme, épicurisme et scepticisme vont d'ailleurs peu à peu disparaître presque totalement, pour laisser la place à ce qu'on appelle le néo-platonisme qui est, en un certain sens, une fusion de l'aristotélisme et du platonisme, mais pas seulement ….

 

Les grands noms de ce néo-platonisme, outre le mystérieux inspirateur Ammonios Saccas d'Alexandrie, sont Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus et Damascius.

 

Quelle est la nouveauté de cette période qui suit la période hellénistique ?  On rentre dans l'ère du commentaire.

 

. L'enseignement des doctrines philosophiques n'est plus dispensé dans des institutions qui gardent la continuité avec leur fondateur. Dans chaque ville importante, il existe des institutions dans lesquelles on peut apprendre ce qu'est le platonisme, ou l'aristotélisme, ou le stoïcisme ou l'épicurisme.

 

. Un processus de fonctionnarisation de l'enseignement de la philosophie se poursuit, qui a vu le jour à la fin de l'époque hellénistique. Les philosophes participent au service public et certains étaient rétribués par la cité.

 

Par exemple, ce mouvement trouve son apogée et sa consécration lorsque l'empereur Marc Aurèle fonde en 176 après J.C quatre chaires impériales, rétribuées par le Trésor impérial, où sont enseignées les quatre doctrines traditionnelles.

 

C'était, de la part de l'empereur, une tentative pour faire à nouveau d'Athènes un centre de culture philosophique, mais les chaires ainsi créées n'avaient aucun lien de continuité avec les anciennes écoles athéniennes. Et de fait, les étudiants vont de nouveau affluer à Athènes.

 

. A côté de ces fonctionnaires municipaux ou impériaux, il y a des professeurs de philosophie privés, qui ouvrent des écoles, parfois sans successeurs.

 

Ce phénomène de dispersion des écoles de philosophie a eu des conséquences sur l'enseignement lui-même : on peut parler sans doute d'une sorte de démocratisation. Où que l'on se trouve dans l'Empire, il n'est plus nécessaire de voyager très loin pour s'initier à telle ou telle philosophie.

Mais ces écoles multiples ne sont plus, pour la plupart, en continuité vivante avec les fondateurs. Leurs bibliothèques ne contiennent plus les textes des leçons et des discussions des différents chefs d'école, et il n'y a plus de chaîne ininterrompue des chefs d'école.

 

Le besoin se fait donc sentir de devoir revenir aux sources.

 

. Et donc, l'enseignement va consister désormais à expliquer, à commenter les textes des "autorités", par exemple, les dialogues de Platon, les traités d'Aristote, les œuvres de Chrysippe …

 

Alors qu'à l'époque précédente, l'activité des écoles consistait avant tout à former les élèves à des méthodes de pensée et d'argumentation, et que les membres importants de l'école avaient souvent des opinions différentes, à cette époque plus tardive, l'enseignement d'une orthodoxie d'école devient essentiel. La liberté de discussion demeure, mais désormais plus restreinte.

 

. La discussion ou le commentaire de texte devient une partie essentielle de l'enseignement.

 

Il faut dire aussi qu'avec le recul des siècles, les textes des fondateurs des écoles étaient devenus difficiles à comprendre pour les apprentis philosophes. On se représente donc désormais la vérité comme la fidélité à la tradition issue des "autorités".

 

. La philosophie continue malgré tout à être conçue comme un effort, comme un moyen de transformation intérieure, même si certains y voient un perfectionnement de leur culture générale, plus qu'un choix de vie existentiel.

 

Il faut quand même préciser que le genre littéraire du commentaire philosophique est ancien. Par exemple, le platonicien Crantor compose vers 300 avant J.C un commentaire sur le Timée de Platon.

 

Mais, le changement radical s'opère aux environs du 1 er siècle avant J.C et consiste dans le fait que c'est l'enseignement même de la philosophie qui prend, pour l'essentiel, la forme d'un commentaire de texte.

 

Au cours du néoplatonicien Plotin, la leçon commence par la lecture des commentateurs d'Aristote et de Platon, puis Plotin propose à son tour son exégèse du texte commenté.

 

Dans la période précédente, l'enseignement se transmettait presque totalement de manière orale, maîtres et disciples dialoguaient. On peut dire qu'on apprenait à vivre en apprenant à dialoguer.

Désormais, on apprend la philosophie par la lecture des textes, mais il ne s'agit pas d'une lecture solitaire : les cours de philosophie consistent dans des exercices oraux d'explication de textes écrits.

 

A partir du 3ème siècle après JC, les œuvres philosophiques sont, presque toutes, la mise par écrit, soit par le maître, soit par le disciple, d'un commentaire oral de texte, ou au moins, comme de nombreux traités de Plotin, des dissertations sur des questions posées par le texte de Platon.

 

Désormais, on ne discute plus des problèmes eux-mêmes, on ne parle plus directement des choses, mais de ce que Platon, Aristote, Chrysippe ou Epicure disent des problèmes et des choses, ou même de ce qu'en disent leurs commentateurs.

 

A la question : Le monde est-il éternel ?, se substitue la question : Peut-on admettre que Platon considère le monde comme éternel, s'il admet un Artisan du monde dans le Timée ?

 

L'essentiel est de prendre toujours son point de départ dans un texte.

Et si on définit la scolastique médiévale comme " une forme rationnelle de pensée qui s'élabore consciemment et volontairement à partir d'un texte estimé comme faisant autorité", on peut dire que le discours philosophique commence à devenir une scolastique et que la scolastique du Moyen Age en sera l'héritière. C'est aussi l'époque des manuels et des résumés…

 

Malgré tout, le choix de vie est toujours là

En commentant les textes, le philosophe veut toujours devenir meilleur et plus tempérant.

Donc, même en lisant et commentant les textes, il apprend un mode de vie et le pratique.

 

Le commentaire de texte est considéré comme un exercice formateur, car c'est un exercice de la raison, une invitation à la modestie, un élément de la vie contemplative, une transformation de la vie.

 

Comme le dit Epictète :

"Plutôt que de me vanter, quand on me demande de commenter Chrysippe, je rougis, si je ne peux pas montrer une conduite qui ressemble à ses enseignements et qui s'accorde avec eux".  Entretiens, III, 21-23

 

A partir du 2ème siècle après J.C, la philosophie est parfois conçue comme un itinéraire spirituel ascendant, correspondant à une hiérarchie des parties de la philosophie :

 

. l'éthique assure la purification initiale de l'âme

. la physique invite à rechercher les causes transcendantes ou incorporelles de l'univers

. la métaphysique est le terme final de l'initiation et permet la contemplation de Dieu.

Et donc, dans le cadre de cet itinéraire, il faut lire les textes à commenter dans un certain ordre.

 

Pour ce qui est de Platon, on commençait par Alcibiade (la connaissance de soi), puis Phédon (l'immortalité de l'âme), Timée (la création de l'univers), puis Parménide, Philèbe, pour découvrir l'Un et le Bien.

 

C'est pourquoi lorsque Porphyre, le disciple de Plotin, édite les traités de son maître, il ne les présente  pas selon leur ordre chronologique de parution, mais selon les étapes du progrès spirituel :

. la première Ennéade, les 9 premiers traités, rassemble les écrits qui ont un caractère éthique

. Les deuxième et troisième Ennéades se rapportent au monde sensible

. Les quatrième, cinquième et sixième Ennéades ont pour objet les choses divines : l'Ame, l'Intellect et l'Un.

 

Ainsi, la vision de Plotin est à la fois l'épanouissement authentique du platonisme et à partir de celui-ci, une véritable création. C'est pourquoi on emploie ce terme de néo-platonicien qui est récent (18ème ou 19ème siècle). Car les néo-platoniciens se considèrent platoniciens.

 

 

L'école néo-platonicienne

 

On désigne sous ce nom de néo-platonisme une école de philosophie qui se réclame de Platon et dont le fondateur est Plotin (205 - 270 après J.C.).

 

On ne sait que peu de choses de la vie de Plotin. Selon Porphyre, son disciple, Plotin n'accordait aucune importance à son corps ; pour cette raison, il ne voulait pas que l’on fasse son portrait et tenait cachés son lieu de naissance et sa généalogie, tout ce qui se rapportait à sa vie physique.

 

Il serait né en Egypte, à Lycopolis (Assouan en Haute Egypte), de parents romains. A 28 ans, attiré par la philosophie, il suit des cours à l’Ecole d’Alexandrie. Il étudie la philosophie auprès d'Ammonios Saccas qui nourrissait, dit-on, une vive admiration pour les brahmanes et transmit à son disciple cette admiration pour les philosophes hindous.

 

Plotin, désireux de connaître la philosophie des Perses et des Hindous participe à une campagne de Gordien III contre les Perses. Après la défaite de Gordien, il se réfugie d’abord à Antioche puis à Rome où il enseigne pendant de nombreuses années.

 

Son enseignement était ouvert à tous. Plotin apparaît comme directeur spirituel. Les premiers écrits de Plotin datent de 253. En 263, arrive à Rome un élève athénien, Porphyre, auquel nous devons la transmission de son œuvre. En 268, sa santé devient très faible et son état est aggravé par une ascèse rigoureuse. En 269, il quitte Rome et va s’installer chez un ami en Campanie. C’est là qu’il meurt, solitaire, l’année suivante.

 

Il laisse le souvenir d’un homme d’une bonté extrême, d’une infinie douceur, d’une droiture sans égale, ainsi que d’une intelligence supérieure.

 

Son école se développa pendant les deux siècles suivants et continua à vivre à Alexandrie, même après la fermeture de I'école d'Athènes par Justinien en 529.

 

Le mode de vie préconisé dans l'école de Plotin et Porphyre est celui de "vivre selon l'esprit", comme c'était le cas dans l'école d'Aristote, c'est-à-dire selon la partie la plus haute de nous-mêmes qui est l'intellect.

 

Porphyre reprend le thème d'Aristote : il ne suffit pas d'acquérir des connaissances, mais il faut que ces connaissances "deviennent nature en nous", "qu'elles croissent avec nous".

Il n'y a contemplation, dit Porphyre, que lorsque nos connaissances deviennent en nous "vie" et "nature". La contemplation n'est donc pas connaissance abstraite, mais transformation de soi.

 

"Si le bonheur s'obtenait en enregistrant des discours, il serait possible d'atteindre cette fin sans avoir le souci de choisir sa nourriture ou d'accomplir certains actes. Mais  puisqu'il faut changer notre vie actuelle pour une autre vie, en nous purifiant à la fois par des discours et par des actions, examinons quels discours et quelles actions nous disposent à cette autre vie. " Porphyre, de l'abstinence

 

Porphyre va donc décrire le mode de vie propre au philosophe : se détacher de la sensation, des passions, ne donner au corps que le strict nécessaire, se retirer de l'agitation de la foule. La vie contemplative implique donc une vie ascétique.

 

Mais cette vie ascétique a aussi sa valeur en elle-même. Cette ascèse est destinée surtout à empêcher la partie inférieure de l'âme de détourner vers elle l'attention qui doit être orientée vers l'esprit. Le mode de vie ascétique est destiné à permettre une discipline de l'attention, qui est tout aussi stricte chez Plotin que chez les stoïciens.

 

Comme Porphyre le note dans sa Vie de Plotin :

"Son attention à lui-même ne se relâchait jamais, sinon pendant son sommeil, qu'empêchaient d'ailleurs la maigre chère qu'il faisait (souvent il ne prenait même pas de pain) et la continuelle orientation de sa pensée vers l'Esprit."

Ce qui n'empêche pas Plotin de s'occuper d'autrui. Il est le tuteur de nombreux enfants que des membres de l'aristocratie romaine lui confient à leur mort, et il s'occupe de leur éducation.

 

Il apparaît ici que la vie contemplative n'abolit pas le souci pour autrui.

'Il était présent tout à la fois à lui-même et aux autres."

A lui-même signifie à l'Intellect.

 

Remonter les étapes de l'Emanation vers les origines

 

Vivre selon l'esprit, selon l'intellect, peut s'écrire avec une minuscule et une majuscule, parce qu'il s'agit à la fois de notre intelligence et de l'Intelligence divine, à laquelle notre intelligence participe.

 

La finalité : vivre l'expérience de l'union à Dieu, à l'Un

Le Dieu suprême est supérieur à l'Intellect, parce que, comme le dit Porphyre, il est établi au-dessus de l'Intellect et de l'intelligible.

 

Porphyre précise que Plotin atteignit ce but de l'union au Dieu suprême quatre fois, durant les six ans pendant lesquels il fréquenta l'école de Plotin et que lui-même y est parvenu une fois, dans toute sa vie, alors qu'il avait 68 ans. Il parle donc d'expériences très rares, que l'on peut qualifier de "mystiques". Ces instants privilégiés et exceptionnels se détachent en quelque sorte sur le fond d'une activité continuellement tournée vers l'Intellect.

 

Si ces expériences sont rares, elles n'en donnent pas moins sa tonalité fondamentale au mode de vie plotinien. Il est comme l'attente du surgissement imprévisible de ces moments privilégiés qui donnent tout leur sens à la vie.

 

Ces expériences, Plotin en fait la description en plusieurs endroits de ses récits.

On y trouve une tonalité et une atmosphère nouvelles dans l'histoire de la philosophie antique.

Ici, le discours philosophique ne sert plus qu'à montrer sans l'exprimer ce qui le dépasse, une expérience dans laquelle tout discours s'anéantit, dans laquelle il n'y a plus de conscience du soi individuel, mais seulement un sentiment de joie et de présence.

 

Cette expérience s'inscrit néanmoins dans une tradition qui remonte au moins au Banquet de Platon, qui parle de la vision soudaine d'une "beauté d'une nature merveilleuse", qui n'est autre que le Beau en lui-même, vision que Platon assimile à celle qui apparaît aux yeux de l'initié dans les mystères d'Eleusis. Et d'ailleurs, si l'expérience "mystique" s'est appelée mystique, c'est bien à cause des "mystères", c'est-à-dire des visions secrètes d'Eleusis, qui se présentaient aussi comme une vision soudaine.

 

Avec l'expérience mystique développée par les néo-platoniciens, nous sommes en présence d'un autre aspect de la vie philosophique. Ce n'est plus seulement le choix d'un mode de vie, mais au-delà de tout discours, l'expérience indicible qui envahit l'individu et bouleverse toute la conscience du moi, par un sentiment de présence inexprimable.

 

Les différents niveaux de conscience et les limites du discours philosophique

On peut extraire des 54 traités de Plotin (6 Ennéades)  une théorie qui explique la genèse de la réalité à partir d'une unité primordiale, l'Un ou le Bien, par l'apparition de niveaux de réalité de plus en plus inférieurs et entachés de multiplicité : L'Intellect, puis l'âme, puis les choses sensibles.

C'est ce qu'on appelle la théorie de l'Emanation.

 

En fait, comme Aristote et Platon, Plotin n'a pas écrit pour exposer un système, mais pour résoudre des questions particulières, posées par les auditeurs à propos de son enseignement.

 

Cela ne signifie pas que Plotin n'ait pas une vision unifiée de la réalité, mais ses œuvres sont des écrits de circonstance, qui ont aussi pour but d'exhorter le lecteur ou l'auditeur à adopter ce mode de vie.

 

La vraie connaissance est liée à une expérience intérieure par laquelle le philosophe s'élève vers la réalité suprême en atteignant progressivement des niveaux de plus en plus élevés et de plus en plus intérieurs de la conscience de soi.

 

La philosophie de Plotin révèle l'esprit du platonisme, l'unité du savoir et de la vertu. Il n'y a de savoir que dans et par la progression dans la direction du Bien.

 

 

La 1ère étape de l'ascension :

L'âme raisonnable se sépare de ce qui n'est pas elle, c'est-à-dire les plaisirs, les peines qui résultent de la vie dans le corps.

"Retranche et examine-toi"

"Enlève ce qui est superflu, ne cesse pas de sculpter ta propre statue"

 

L'âme choisit le sentier de la Venus Ourania, âme céleste, et pas celui de Venus Pandemos, l'âme terrestre.

 

Mais, l'âme ne peut raisonner et penser s'il n'y a avant elle une Pensée qui fonde la possibilité de raisonner et de connaître. De cette pensée, de cet Intellect, l'âme reconnaît les traces en elle, sous la forme des principes qui lui permettent de raisonner.

L'âme raisonnable est éclairée par l'Intellect et elle fonctionne si l'âme se tourne vers, contemple l'Intellect.

L'activité de l'âme raisonnable = raisonnements philosophiques, pratique des vertus.

 

La 2ème étape de l'ascension :

 

Là, il y a deux formes de connaissance :

. une connaissance de soi comme âme raisonnable dépendant de l'Intellect, mais restant au plan de la raison

. une connaissance de soi comme devenant soi-même l'Intellect. Plotin la décrit ainsi :

"Alors se connaître soi-même, c'est se connaître non plus comme un homme, mais comme devenu totalement autre, en s'étant arraché soi-même en haut, pour n'entraîner que le meilleur de l'âme."

 

"Souvent je m'éveille à moi-même en m’échappant de mon corps ; étranger à tout autre chose, dans l’intimité de moi-même, je vois une beauté aussi merveilleuse que possible. Je suis convaincu, surtout alors, que j’ai une destinée supérieure ; mon activité est le plus haut degré de la vie ; je suis uni à l’être divin, et, arrivé à cette activité, je me fixe en lui au-dessus des autres êtres intelligibles. Mais après ce repos dans l’être divin, redescendu de l’intelligence à la pensée réfléchie, je me demande comment j’opère actuellement cette descente, et comment l’âme a jamais pu venir dans les corps ..." (Ennéade. IV,8, 1)

 

En résumé : la conscience, après s'être identifié à l'âme raisonnable, s'identifie maintenant à l'Intellect, devient Intellect.

Que veut dire Devenir Intellect ?

L'Intellect contient toutes les Formes, toutes les Idées. Chaque Forme est, à sa manière, la totalité des Formes. C'est donc se penser dans la perspective de la totalité ; c'est se penser, non plus comme individu, mais comme pensée de la totalité. Eprouver la concentration, l'intériorité, l'accord profond.

C'est atteindre un état de parfaite transparence dans la relation à soi-même, seule l'intériorité pure de la pensée, comme une lumière qui se verrait elle-même et par elle-même. On redevient le Tout.

 

Mais l'Intellect dans laquelle nous sommes plongés est comme une vague qui, en se gonflant, nous soulève vers une nouvelle vision.

 

 

La 3ème étape de l'ascension :

 

Au-delà de l'Intellect, existe une unité absolue et première.

Mais là, nous arrivons à la limite du discours philosophique. Il  ne peut exprimer ce qu'est l'Unité absolue. De lui, on ne peut dire que ce qu'il n'est pas. Car rattacher un attribut ou un complément à l'Un est impossible.

Le seul accès à cette réalité transcendante est une expérience unitive, non discursive.

 

C'est une nouvelle expérience de la conscience, qui se perd, puisqu'elle éprouve l'impression de n'être plus elle-même.

En même temps, cet état d'annihilation de l'identité personnelle est perçu comme "un épanouissement de soi", une "intensification de soi".

 

On trouve la Présence qui est au fond de toutes choses et de soi, antérieure à toute détermination et individuation.

 

Cette expérience est indicible et Plotin ne décrit que l'état subjectif de celui qui l'éprouve. C'est une expérience qui conduit à l'Un.

 

La théologie, qui ne peut être que discursive, nous procure un enseignement au sujet du Bien et de l'Un, mais ce qui nous mène à l'Un, c'est la vertu, la purification de l'âme, l'effort pour vivre de la vie de l'Esprit.

 

Le discours philosophique réapparaît pour expliquer comment ce retour à l'Un est possible :

 

L'Intellect émane de l'Un comme un rayonnement, une surabondance, et se trouve en contact immédiat avec lui. Par suite de ce toucher de l'Un, l'Intellect est "épris d'amour", "ivre de nectar", "il s'épanouit dans la jouissance".
L'Intellect est Pensant, mais aussi Aimant.

Le même processus d'émanation ou de rayonnement se produit avec l'Ame qui est issue de l'Intellect.

 

C'est ainsi que l'âme humaine peut gravir les étapes à l'inverse du processus d'émanation, pour réintégrer les origines, si elle contemple et aime ce dont elle est issue.

 

 

Plotin distingue trois niveaux de vertus. Il y a d’abord les vertus civiques : modération, courage, sagesse et justice (les vertus cardinales de Platon). Puis, viennent les vertus purificatrices qui, par le détachement des choses d’ici-bas, préparent l’âme à la contemplation.  Viennent enfin les vertus de l’âme vraiment purifiée qui est assimilation de l’âme avec son principe divin, l’Intellect, et qui peut même, culminer dans l’union avec l’Un.

 

La contemplation devient, en conséquence, transformation de soi, retour au véritable moi qui n'est autre que l'Esprit en nous : "Le retour ne se fait à rien d'autre qu'à notre véritable moi et l'assimilation ne nous assimile à rien d’autre qu'à notre véritable moi. Notre véritable moi, c'est l'esprit, et la fin que nous recherchons, c'est vivre selon l'esprit " (De l'abstinence. 1, 29, 4).

 

 

Le néoplatonisme postérieur à Plotin, avec Porphyre (Rome), Jamblique (Syrie), Proclus (Athènes) et Damascius (Athènes) se caractérise par un gigantesque effort de synthèse entre les différents courants philosophiques et la tradition religieuse de l'antiquité. Orientation  nettement théurgique, avec Jamblique qui intègre des éléments religieux et rituels du Moyen Orient, de l'Egypte, de la Perse (Oracles Chaldaïques) ….

 

Damascius est le dernier successeur de Platon à la tête de l’Académie, au moment de la fermeture de l’école d’Athènes par Justinien en 529, lorsque Justinien interdit l’enseignement aux hérétiques, aux Juifs et aux païens. Il fut le dernier des Grecs. Ensuite, l'école néo-platonicienne continue quelque temps à Alexandrie.