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La dialectique, enjeu d'aujourd'hui

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


La dialectique, chez Socrate et Platon, est avant tout la discussion par voie de dialogue, permettant de parcourir un chemin ascendant menant des opinions particulières aux Idées universelles. Mais, au cours de l’histoire, le mot dialectique prend diverses acceptions en fonction des différents systèmes philosophiques qui l’ont employé.

 

Chez Hegel, considéré comme le maître de la dialectique moderne, le concept de dialectique concerne la genèse du réel par intégration (synthèse) d’une thèse et de son opposé (antithèse). Dans les sciences humaines, par référence au sens donné par Hegel et Marx, le nom recouvre toute méthode d’investigation qui repose sur le principe d’opposition et de dépassement de l’opposition.

 

Avec Hegel, la dialectique est promue au rang de méthode absolue du penser pur. Elle devient abstraite, une lutte de concepts, et c’est comme si, peu à peu, la dialectique chasse le contexte concret dans lequel cette opposition doit s’exprimer, c’est-à-dire le dialogue entre deux intelligences, entre deux groupes humains, entre deux êtres humains. L’Autre a été chassé de la dialectique, ou tout au moins, il a été déshumanisé, réduit à l’état désincarné de concept. L’Occident a oublié et délaissé l’art du dialogue vivant, tel que Socrate l’avait enseigné.

 

La dialectique est devenue recherche de totalité, point d’aboutissement logique d’une philosophie tournée vers une tentative de synthèse universelle, une réduction de toute l’expérience à une totalité où la conscience embrasse le monde, ne laisse rien d’autre hors d’elle, et devient La pensée absolue. Une pensée qui exclut l’Autre.

 

Cette aspiration à la totalité est comme une maladie, une perversion de la conscience qui croit qu’elle n’a jamais rien à apprendre de l’extérieur. Une conscience qui a peur de l’Autre, et désire éviter la blessure d’une extériorité perçue comme une menace. C’est dans cet égocentrisme totalisant, voire totalitaire, où le moi engloutit tout, que le singulier n’est plus respecté dans son altérité ni dans son originalité irréductible.

 

Et c’est pourquoi il nous faut revenir à la dialectique platonicienne, en redonnant ses lettres de noblesse au véritable dialogue vivant, entre deux êtres humains, où Autrui a toute sa place et n’est jamais réductible au Même. Cette dialectique se déploie entre des interlocuteurs qui ne sont pas des adversaires mais des amis, se considérant mutuellement comme semblables et égaux. Animés par une volonté de dialoguer et non pas de se réfuter, ils cherchent  à discerner la vérité en parvenant à un accord. Comme le dit si bien le philosophe Emmanuel Lévinas, Autrui, qui se présente à moi, dépasse toujours l’idée que je peux m’en faire. L’Autre et son mystère est la condition même du dialogue, et le «visage d’autrui» est ce qui m’échappe, même si je peux avoir l’impression de pouvoir l’emprisonner dans l’image que je m’en fais.