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Les philosophes stoïciens

 

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


La philosophie hellénistique se développe après la philosophie classique : on appelle généralement la période hellénistique la période qui va de la mort d’Alexandre le Grand ( 323 avant JC) à la bataille d’Actium en 31 avant JC qui voit la domination romaine. Une des périodes les plus troublées de l’histoire grecque, ce qui explique un développement de philosophies moins métaphysiques, plus concrètes, cherchant un bonheur indépendant des circonstances extérieures et visant à atteindre un équilibre moral et spirituel que rien ne puisse troubler.

 

Les deux plus grandes philosophies de cette période sont le stoïcisme et l’épicurisme.

 

Le mouvement stoïcien s'étend sur près de six siècles car, né en Grèce, il trouve en Rome une terre d'élection propice à la continuité de l'école. Comme les autres Ecoles hellénistiques, il est né d'un besoin de paix et de certitude.

 

Epicurisme : fondé par Epicure né en 341 avant JC . Un de ses grands représentants est Lucrèce, né en 98 avant JC.



Sénèque, Epictète et Marc Aurèle comptent parmi les grands Stoïciens de l'époque romaine.

 

 

Sénèque (4 avant J.-C. - 65 après J.-C.)

 

Précepteur et ministre de Néron, Sénèque apparaît comme très fidèle à la tradition de l'Ancien Stoïcisme mais s'inspire aussi de la philosophie latine à travers Cicéron. Sénèque est magistrat comme Cicéron et non philosophe de profession. Né au début du siècle, espagnol d'origine, c'est un citoyen du monde mais il est étroitement attaché à la famille impériale des Julio-Claudiens. Agrippine le fit revenir de Corse où Claude l'avait exilé. Néron le consulta avant de tuer Agrippine. Sénèque fut donc d'abord le sénateur loyal de Néron dont il avait été le maître de rhétorique et de philosophie. C'est surtout à cette époque, de 48 à 65, qu'il écrivit son œuvre, tandis que croissait puis déclinait son influence sur Néron qui l'obligea finalement à se suicider.

 

Dans le De Clementia de Sénèque, on voit clairement qu'à l'idée d'un gouvernement par l'équilibre social  basé sur le consensus, il substitue celle d'une direction de conscience. Il prône moins l'équité et la justice, comme Cicéron jadis, que la clémence et la douceur. La clémence ou inclinaison à la bonté est la première qualité du sage stoïcien puisqu'elle est l'expression même de la solidarité qui lie entre eux les individus, tous parts d'un même univers dont ils sont également solidaires organiquement. Si l'autre possède comme moi une part de logos divin, alors de l'idée de solidarité entre les hommes, membres d'un monde en perpétuel transformation où chacun a son rôle a jouer, sa dignitas, on parvient à la nécessité de la clémence, comme règle essentielle dans la gestion des rapports humains. La miséricorde conduisant à la pitié est une affection chez les Stoïciens alors que la clémence, valeur toute positive, est une vertu.

 

Vint un jour où Sénèque rendit à Néron ses cadeaux et déclara préférer la retraite et la pauvreté. Tacite décrit cette scène comme une conversion. Sénèque compare sans cesse le philosophe au soldat, montre que le sage n'a droit au repos que quand il a épuisé toutes les chances de l'action, quand il a tout fait pour les autres hommes assiégés par le mal, quand il a conduit leur sortie et couvert leur retraite. Ainsi se trouve réprimée la tendance à l'indifférence qui pourrait naître de la liberté intérieure.

 

Il a su se préparer à la mort. les Stoïciens de ce temps ont tous médité sur le suicide. En 63-64, Sénèque rédige les Lettres à Lucilius, un de ses protégés, menacé comme lui. Il éprouve et décrit de manière originale ce sentiment de faiblesse, d'insatisfaction qui conduit l'homme à une sensation métaphysique : être perdu dans un "tunnel", le dégoût de vivre. Car il n'est rien sans la sagesse et il sait qu'il n'est pas sage.

 

Peu de philosophes ont médité autant que Sénèque sur la situation de celui qui tend vers la vertu sans la posséder. A l'orgueil stoïcien vient se mêler une joie plus profonde, la résignation. Il fut, avant Epictète, I'un des plus grands maîtres de ce qu’on appelle "I'humanisme tragique".

 

 

Epictète (vers 50-130 après J.-C.)

 

Né en Phrygie vers 50, esclave d'un affranchi de Néron, affranchi à son tour, il passe le reste de sa vie à Nicopolis en Epire. Cet esclave phrygien fut l'un des plus éminents penseurs de l'Empire. Son passé servile explique probablement l'exceptionnelle universalité de son enseignement, en même temps que son efficacité immédiate. Nul philosophe n'a été aussi absolument réduit à lui même, aussi ramené à sa pure humanité.

 

Il se rallie à Chrysippe, maître de l'Ancien Stoïcisme et admet que les représentations peuvent être vraies, fausses ou douteuses. Notre âme est naturellement capable de distinguer les représentations compréhensives, de leur donner son assentiment, de juger. Tout le problème est d'accomplir correctement cette application des prénotions. L'on y parvient par l'éducation dont Epictète souligne avec force la nécessité, tant celle de la dialectique qui permet de conduire correctement sa pensée mais aussi celle de l'ascèse, entraînement moral qui purifie l'âme des passions, car celles-ci constituent des sources d'erreur.

 

Epictète est conduit par sa conception des notions communes, à une simplification de la philosophie qui tend à exclure les fausses querelles. Sa morale se fonde sur ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. En fait ne dépend de l'homme que le bon usage des représentations. Toute notre liberté consiste à dire : les choses sont ce qu'elles sont. Dès lors, la liberté se confond avec une acceptation totale de l'être. En conséquence, il réduit la religion à la notion commune de Providence d'un dieu unique, le logos des Stoïciens, qui donne à tout l'univers un ordre dans lequel nous sommes guidés par nos démons. La notion politique romaine de l'Etat-Providence trouve ainsi sa base philosophique. Dieu est pour lui le seul être vraiment libre puisqu'il n'a rien qui le limite et que tout est en sa dépendance. La tâche du philosophe consiste uniquement à être son témoin : "Que peut faire un vieux boiteux comme moi sinon chanter Dieu" .

 

Cette doctrine favorise une morale de l'acceptation, écho de la résignation de Sénèque sur la fin de sa vie. Il ne s'agit pas de changer l'être mais de lui donner assentiment. De là, une série de préceptes insistants sur la valeur de l'effort, par l'ascèse et protection de l'âme contre les passions par le biais de I'exercice. L'exercice est l'art de créer les bonnes habitudes qui s'opposent aux habitudes mauvaises des passions. Puisque les passions entraînent des jugements faux, I'ascèse a donc valeur éducative. S'ajoute au goût de l'effort et de l'ascèse, la volonté de détachement.

 

Acceptation, ascèse, détachement, sont les trois données fondamentales que dégage l'enseignement d'Epictète poussant dans leurs plus ultimes retranchements les théories du Stoïcisme ancien.

 

Toute son œuvre est fondée sur l'exercice de la grandeur d'âme, de la volonté, du courage, c’est-à-dire des vertus héroïques.

 

 

Marc-Aurèle  (121-180 après J.-C.)

 

Après l'esclave philosophe, I'empereur stoïcien en une période où l'empire passe de l'offensive à la défensive. Marc Aurèle aura à mener de rudes campagnes contre les Parthes mais aussi contre les peuples du Danube, les Quades et les Marcomans.

 

L'un des messages les plus constants de son œuvre écrite tourne autour de cette notion commune à Cicéron et à Sénèque, I'idée de caritas chez Cicéron à laquelle fait écho la clemencia de Sénèque.

 

La clémence aide à surmonter bien des tentations : la colère d'abord. "Si un homme est séparé d'un homme, il est séparé de la société" ; "si tu le peux, instruis-le, et si tu ne peux l'instruire, souviens toi que la bienveillance a été donnée à l'homme pour ce cas". De là au Livre Xl, l'exercice au cours duquel Marc Aurèle énumère en neuf points toutes les raisons pour lesquelles on ne peut condamner autrui : celui-ci croit agir pour le bien ; nous pouvons aussi nous tromper ; son action n’atteint en nous que l’opinion que nous en avons ; il est mortel. Neuvièmement, la douceur est invincible si elle est véritable.

 

Une clémence qui se fonde ainsi sur une sorte d'autocritique écarte évidemment l'orgueil. Du même coup, il condamne tous les abus du sentiment de supériorité, d'ailleurs contraire à l'idée stoïcienne selon laquelle tout homme a une dignitas. Marc Aurèle développe dans ses écrits (Pensées pour moi-même) toute une première philosophie de la tolérance. S'il juge les hommes, I'homme doit être le premier à se juger lui-même. C'est parmi tous les philosophes antiques celui qui a éprouvé le plus fortement la présence et la dignité de l'autre. Le respect de Marc Aurèle envers la dignité des autres ressort à chaque page de ses Pensés pour moi-même. Si cet ouvrage d’éthique ne fait pas pleinement de Marc Aurèle un philosophe, elle fait cependant de lui un humaniste, témoin de son temps et de la marche de la civilisation romaine vers un humanisme tempérant son autoritarisme naturel.

 

Conclusion

 

On remarque donc l'éclectisme des penseurs romains, les philosophes passant d'un sujet à l'autre et mariant les doctrines entre elles. Une dominante se dégage cependant. Rome réussit dans la réalisation d'un empire universel et le stoïcisme par son aspiration à I'universel, fut de fait la doctrine d'avenir en cette époque où Rome montait en puissance. On avait besoin d'une philosophie de type universel et le stoïcisme répondait pleinement aux aspirations philosophiques de l'époque ayant trouvé en Rome un peuple dont les valeurs anciennes étaient naturellement stoïciennes : morale du courage et de l'accomplissement des devoirs dans le respect de la nature de l'univers et de la nature de l'autre, le stoïcisme trouva à Rome un sens nouveau qui l'orienta vers un humanisme dont héritera la pensée chrétienne : humanitas, caritas, amor, clementia.