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Agenda

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Sénèque (4 avt J.-C. - 65 après J.-C.)

Sénèque, homme d’Etat, philosophe stoïcien, auteur de tragédies, précepteur de l’empereur Néron, représente, par la variété même des aspects de son activité, une des figures les plus intéressantes de l’époque impériale romaine. Il est parfois appelé Sénèque le Philosophe pour mieux le distinguer de son père, Sénèque le Rhéteur. Sa vocation et son œuvre de pédagogue a exercé une influence capitale sur la formation de la pensée occidentale. Vocation pédagogique prise dans un sens large de formation humaine comme tâche primordiale du philosophe et pas uniquement pour l’éducation des enfants. Elle enthousiasma le Moyen Age et la Renaissance, tout spécialement Saint Thomas d’Aquin, Saint Bonaventure, Montaigne, Jean-Jacques Rousseau. Dans le monde moderne, l’intérêt pour la morale de Sénèque a beaucoup diminué. Pourtant, son œuvre est extrêmement riche et n’a rien perdu de son actualité.

 

Né à Cordoue, fils de Sénèque le Rhéteur, il fréquente à Rome l’Ecole stoïcienne. Son père, craignant la répression contre les philosophes menée par l’empereur Tibère, l’oriente vers l’étude de l’éloquence. Après un séjour en Egypte, devient questeur sous Caligula ; mais sa santé fragile, jointe aux intrigues politiques, l’incite à se convertir à la philosophie. Accusé d’adultère et d’outrage, sous le règne de l’empereur Claude, il est exilé en Corse de 41 à 49. Rappelé par Agrippine, Sénèque compose le traité De la brièveté de la vie et devient précepteur de Néron. Ministre de Néron de 54 à 59, il fait paraître plusieurs traités : De la tranquillité de l’âme, De la clémence, De la constance du sage, De la vie heureuse. Après l’assassinat d’Agrippine en 59, Sénèque renonce par étapes à sa fortune et à ses fonctions. Il écrit alors les traités Des bienfaits et De l’oisiveté, et s’affirme durant les trois dernières années de sa vie comme un directeur de conscience exemplaire : Lettres à Lucilius, De la Providence. Accusé injustement d’avoir pris part à une conjuration, Néron lui donne ordre de se suicider en 65.

 

Sénèque apparaît comme très fidèle à la tradition de l'ancien Stoïcisme mais s'inspire aussi de la philosophie latine à travers Cicéron. Sénèque est magistrat comme Cicéron et non philosophe de profession. Il représente la tendance la plus agissante du stoïcisme bien que l'influence des Cyniques soit très forte sur son œuvre : on voit Sénèque se défier à la fin de sa vie de la civilisation, du progrès technique, des sciences et des arts.

 

Mais c’est sa philosophie de l’éducation, c’est-à-dire le fondement philosophique dont il nourrit toute activité formative, qui constitue son apport le plus important.

 

La pensée pédagogique de Sénèque

 

Le point de départ de sa pensée est le drame de l’existence humaine. Le propre de l’homme est l’âme et la parfaite raison que l’âme abrite. Néanmoins, pour la plupart des êtres humains, âme et raison demeurent assujetties au corps, au point que la vie entière se met au service du corps et de ses besoins, en transformant l’homme en un esclave de ce qui est, en lui, l’élément inférieur. Le drame de son existence découle donc, en premier lieu, de ce manque total de liberté, accepté par la grande majorité. Si ce concept de l’esclavage s’avère important pour Sénèque, un autre est non moins expressif : celui de la maladie. La pensée stoïcienne, point de départ de sa philosophie et de sa pédagogie, considère les passions comme des maladies de l’âme. Sénèque montre qu’il s’agit de maladies dont l’existence même est niée par l’homme, ce qui rend particulièrement difficile le désir de rétablissement.

 

Cette situation d’esclavage et de maladie engendre un être vaincu, malheureux, qui a continuellement peur de la mort et de la douleur future.

 

Cette vision dramatique que Sénèque a de l’existence humaine n’est pas pour autant pessimiste. Au contraire, Sénèque est convaincu du fait que l’homme a tous les moyens nécessaires pour résoudre ses problèmes existentiels et il se propose de l’aider pour atteindre la victoire dans la lutte, la santé de l’âme et la liberté intérieure ou la maîtrise de soi.

 

La plupart de ces ressources, que le processus de formation doit savoir mettre en marche, s’enracinent sur le caractère rationnel de l’homme, sur sa capacité de réflexion. Atteindre la perfection humaine est donc tout à fait possible, car il s’agit surtout de vivre an accord avec la nature, la nature propre de l’homme, qui est essentiellement rationnelle.

 

Tout en suivant la tradition stoïcienne sur ce point, Sénèque ajoute une perspective beaucoup plus pédagogique, car il considère qu’on ne doit pas refouler les instincts irrationnels mais les éduquer, ce qui le mène à défendre la nécessité d’une éducation corporelle ou physique.

 

Mais cette perfection humaine a beau être accessible, elle est loin d’être facile. Il faut, selon Sénèque, un effort permanent d’auto-éducation, assisté par la philosophie, discipline fondamentale de la formation humaine et identifiée en grande partie à la pédagogie.

 

Aux dires de Sénèque, la philosophie « forme et modèle l’âme, ordonne la vie, gouverne les actions, montre ce qu’il faut faire et ce qu’il faut éviter, elle tient le gouvernail et montre le chemin entre les doutes et les fluctuations de la vie. »

 

Malgré l’estime que Sénèque voue à l’autoformation, il ne la conçoit pas comme un effort isolé, mais suivant les bons conseils et préceptes dispensés par quelqu’un, capable de conjuguer dans son action l’exemple avec la sagesse.

 

L’éducation est ainsi conçue comme une activité qui n’est ni tout à fait livresque ni nécessairement liée à l’école, mais plutôt comme un effort de conquête personnelle. Elle doit s’acheminer vers des objectifs tels que la liberté, le bonheur, la vertu et la sagesse.

 

En premier lieu, la liberté entendue comme liberté intérieure, libération des propres attachements (liberté face au corps, face aux passions, aux émotions négatives), Les luttes menées dans cette direction permettront à l’homme de trouver le bonheur, un bonheur qui n’est pas le plaisir ou la somme des plaisirs, mais la réalisation de soi. Le bonheur est très lié à la vertu, à laquelle Sénèque consacre beaucoup de ses réflexions et qu’il définit souvent comme la « concorde de l’âme », car, à son avis, les vertus se trouvent là où il y a concorde et unité, tandis que la dissidence est le propre des vices.

 

Le but fondamental, celui qui dans une certaine mesure, résume et systématise toutes les perfections, est la sagesse. Il s’agit surtout d’une connaissance profonde de la vie, d’une réflexion sur les problèmes de l’existence humaine.

 

Si Sénèque considère que la fin de l’éducation est d’atteindre la perfection humaine, il ne croit pas qu’il s’agisse d’une activité centrée uniquement sur le progrès individuel de l’homme, de chaque homme. L’aspect le plus important de la pédagogie de Sénèque n’est pas son caractère individualiste, mais sa propension sociale. Il ne justifie pas la lutte pour la perfection en vue d’une vie transcendante au-delà de la réalité du monde. La raison principale de cette lutte est donc d’ordre social. Le fait de vouloir atteindre la perfection et la sagesse est le service que cela rend au bon ordre et au progrès de toute la société.

 

Le sage a pour Sénèque une dimension fondamentalement sociale, de service aux autres. Pour cela même, il est aussi le « pédagogue du genre humain » comme il l’écrit dans la Lettre 89.

 

Dans ses différents écrits, il montre une fine sensibilité psychologique et méthodologique.

 

Les vertus enseignées par Sénèque

 

Dans le traité De la Clémence, on voit clairement qu'à l'idée d'un gouvernement par l'équilibre social basé sur le consensus, il substitue celle d'une direction de conscience. Il prône moins l'équité et la justice, comme Cicéron jadis, que la clémence et la douceur. La clémence ou inclinaison à la bonté est la première qualité du sage stoïcien puisqu'elle est l'expression même de la solidarité qui lie entre eux les individus, tous parts d'un même univers dont ils sont également solidaires organiquement. Si l'autre possède comme moi une part de logos divin, alors de l'idée de solidarité entre les hommes, membres d'un monde en perpétuelle transformation où chacun a son rôle à jouer, sa dignitas, on parvient à la nécessité de la clémence, comme règle essentielle dans la gestion des rapports humains. La miséricorde conduisant à la pitié est une affection chez les Stoïciens alors que la clémence, valeur toute positive, est une vertu.

 

Vint un jour où Sénèque rendit à Néron ses cadeaux et déclara préférer la retraite et la pauvreté. Sénèque compare sans cesse le philosophe au soldat, montre que le sage n'a droit au repos que quand il a épuisé toutes les chances de l'action, quand il a tout fait pour les autres hommes. Ainsi se trouve réprimée la tendance à l'indifférence qui pourrait naître de la liberté intérieure.

 

Il a su se préparer à la mort. Les Stoïciens de ce temps ont tous médité sur le suicide. En 63-64, Sénèque rédige les Lettres à Lucilius, un de ses protégés, menacé comme lui. Il n'hésite pas dans ses trente premières lettres à utiliser les pensées d'Epicure qui lui paraissent en concordance avec le Stoïcisme. Ce rapprochement entre les deux doctrines est fondé sur une croyance très forte dans les données naturelles de la raison. Il développe l'introspection et une notion de vie intérieure proche de celle d'Epicure. Il éprouve et décrit de manière originale ce sentiment de faiblesse, d'insatisfaction qui conduit l'homme à une sensation métaphysique : être perdu dans un tunnel, le dégoût de vivre. Car il n'est rien sans la sagesse et il sait qu'il n'est pas sage.

 

Peu de philosophes ont médité autant que Sénèque sur la situation de celui qui tend vers la vertu sans la posséder. Il fut, avant Epictète, I'un des plus grands maîtres de ce qu’on appelle 'I'humanisme tragique".