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Philosophie indienne :  les lois du Dharma et du Karma

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


Dans les enseignements de l'Inde ancienne, se pose la question du sens, de la direction vers laquelle va la vie, vers laquelle vont les choses. Une façon de la comprendre est la double notion des lois du Dharma et du Karma.

 

Le Sanskrit et l'origine des mots

 

Le mot " Dharma " est un mot sanscrit. La langue sanscrite est une des plus vieilles langues du monde et elle est à l'origine de toutes les langues dites d'origine indo-européenne, le latin, le grec, le français qui en est dérivé... Elles ont des racines équivalentes au sanscrit. On pensait, il y a encore peu de temps, qu'elle était née vers le premier millénaire avant J.C., mais aujourd'hui les nouvelles études nous montrent que c'est une langue qui existait déjà entre le cinquième et le troisième millénaire, ce qui remet en question beaucoup d’éléments dans l'histoire de l'Inde et des pays environnants.

 

Nous nous trouvons donc devant une langue très ancienne qui porte déjà en elle-même une philosophie et une connaissance. C'est une vraie langue sacrée, très complexe et simple à la fois. Complexe car il existe beaucoup de mots pour des choses qui s'expriment avec un seul mot dans nos langues.

Par exemple, pour " amour " il y en a une bonne vingtaine. Quand une langue propose plusieurs mots pour exprimer une idée, elle dévoile déjà sa subtilité par rapport à cette idée.

 

Il est important de rappeler ceci car concernant les notions de Dharma/Karma, les gens pensent soit aux Bouddhistes soit aux Hindous actuels, alors que ce sont des notions très anciennes.

 

Il est donc toujours intéressant de revenir à l'étymologie des mots pour essayer de comprendre ceux qui les ont utilisés ou conçus. Le mot sanscrit " Dharma " vient de la racine  " dhr " qui signifie tenir, porter, transmettre, ce qui tient ensemble, ce qui supporte, ce qui soutient.

 

La loi du Dharma

 

Le Dharma, c'est l'ordre, la norme, la forme védique.

Védique vient du mot " véda ", qui sont les textes sacrés du deuxième millénaire avant JC, de la première religion connue en Inde qui est la religion du Véda. Le véda est un texte sacré, une sorte de révélation qui traite de la naissance du monde et de la flamme ou du feu. Véda vient d'une racine sanscrite qui est en rapport avec la notion de connaissance, de sagesse. C'est une révélation de la sagesse. Ce n'est pas la religion actuelle des hindous, mais elle contient déjà des éléments qui sont de la forme la plus pure que l'on connaisse.

 

Le Dharma se rapporte à la loi et à la coutume, il constitue l'un des quatre buts de l'existence, en tant que quête de la perfection morale.

 

Suivre le Dharma veut dire suivre la loi pour être en ordre, en harmonie. Le Dharma est la justice idéale rendue vivante, c'est le principe qui soutient chaque chose qui est manifestée. Nous pouvons également souligner que le Dharma est un peu l'équivalent de l'idée.

 

" Quelle est l'idée, quel est le principe, quel est l'archétype ? " revient à la question  " quel est le Dharma ?", ce qui est sous-jacent. Tout homme, tout objet privé de son Dharma est une absurdité car le Dharma est ce qui lui donne le sens.

 

Le Dharma peut revêtir plusieurs formes, l'ordre cosmique, l'ordre social, l'ensemble des lois civiles, l'ordre moral, une doctrine religieuse, le devoir. " Je fais mon Dharma " est une expression qui veut dire " je fais mon devoir ". Le Dharma peut être aussi la vertu de quelqu'un, sa qualité.

 

Le nom du Dharma s'applique aux textes qui définissent la constitution fondamentale de l'univers, la manière dont les principes se réalisent, existent et gèrent l'ordre.

 

Selon la philosophie du Véda, l'homme devrait avoir quatre buts dans la vie :

 

. le Dharma, qui donne la disposition sociale et psychologique de la personne, c'est-à-dire, la vertu de quelqu'un, ses qualités, son être. Le Dharma de quelqu'un est son être, ses qualités intrinsèques.

 

. Artha, la richesse, les intérêts, les moyens. C'est un des buts de la vie des gens que d'acquérir des moyens.

 

. Kâma, l'amour et les plaisirs.

 

. Moksha, la libération, le détachement.

 

C'est dans ce sens que le Dharma participe des buts de l'humanité, des hommes et de chaque chose. le Dharma, c’est l'être qui est au-delà du conditionnement temporel et qui est le véritable acteur.

 

Le Svadharma

 

Le Svadharma est le dharma propre à chacun, le devoir propre à chacun, la loi d’action propre à chacun. Une manière de traduire svadharma serait vocation, canal de réalisation ou d’accomplissement. On entend par devoir quelque chose qui n'est pas une contrainte externe mais une contrainte intérieure. Le devoir ne naît pas d'une obligation externe, le devoir est d'ordre moral et il est en rapport avec sa conscience, le devoir est un moteur intérieur. Si c'est vraiment sa conscience, et non pas un appétit ou une impulsion temporelle quelconque, on peut dire là que c'est son Dharma, sa loi d'action.

 

Il s’agit d'une exigence intérieure qui donne la tranquillité de conscience et d'existence. Etre en paix avec soi-même veut dire tout simplement qu'on est avec son Dharma, qu'on est dans son centre. L'intranquillité, l'angoisse, le stress viennent, d'un point de vue ésotérique, du fait que l'individu sait inconsciemment ou consciemment qu'il n'est pas dans son Dharma, il n'est pas en train d'être dans son Svadharma.

 

Le Yoga

 

Dès que l'on est en relation avec ce Svadharma, on est en union avec soi-même.

Lorsqu'on n'agit pas avec son Svadharma, on cesse d'être en union avec soi-même. C'est cet état d'union avec soi-même, c'est-à-dire avec son propre Svadharma ou sa loi intérieure qui s'appelle en sanskrit Yoga.

 

Les écoles de Yoga distinguent le Hatha-yoga et le Yoga lui-même. Le Hatha-yoga est une gymnastique préliminaire à la pratique du Yoga, une gymnastique mentale et physique pour réguler et harmoniser les différentes énergies qui nous traversent. En général, ce que la plupart des pratiquants de Yoga font est du Hatha -yoga, sous des formes diverses. C’est déjà la correcte utilisation de la dualité. On parlera ensuite d'unité, mais il faut d'abord que la dualité lune/soleil, jour/nuit, visible/invisible,..., circule et que l'on soit correctement dedans.

 

Le Karma-yoga est le premier des quatre Yoga. C'est le Yoga de l'action, savoir agir. C'est lui qui ouvre la porte à tous les Yoga supérieurs, car si l'on ne sait pas agir, toute action que l'on fera ira vers un non-sens ou un échec. Il faut apprendre à agir pour aller plus loin, c'est-à-dire faire un Yoga plus dévotionnel, ou plus mental, car on monte dans les paliers de la constitution septénaire. Le Karma-yoga permet d'agir dans le plan du concret pour que les choses soient claires, ensuite on apprendra par rapport aux émotions et par rapport au mental.

 

Le Karma-yoga, c'est l'habileté dans les oeuvres. Etre habile dans toutes les oeuvres que l'on fait est déjà tout un programme car c'est exigeant. On pourrait traduire cela par la maîtrise de soi.

 

L'idée centrale du Yoga c'est l'union avec son Svadharma, puis ensuite avec le Dharma du monde. C'est une lente mais inexorable progression de réunification, de réintégration de la structure cosmique, en commençant par la réintégration avec soi-même. On part de la base que le fait de ne pas être relié à son Dharma produit un éclatement de l'individu et un tiraillement, donc une fragmentation de la conscience. Si l'individu se relie à son Svadharma et s'il l'accomplit, il s'unifie à lui-même donc il est en état de Yoga, en état d'union. S'il peut être relié à lui-même, il pourra se relier aux autres sans se perdre dans les autres, et se relier à l’univers tout entier sans s’y fondre.

 

A chacun son Svadharma

 

"Mieux vaut pour chacun sa propre loi d'action, même imparfaite, que la loi d'autrui, même bien appliquée. Mieux vaut périr dans sa propre loi ; il est périlleux de suivre la loi d'autrui." Bhagavad Gîta, ch. III, sloka 35

 

Le devoir propre à chacun n'est donc pas une conversion externe mais une découverte de ce qu’il est réellement. Comme le dit la Bhagavad-Gîtâ, il y a ceux qui sont guerriers, ceux qui sont prêtres, ceux qui sont artisans et ceux qui sont commerçants. Ce sont des états intérieurs et il n'y a pas à juger des lois d'action d'autrui, car que pouvons-nous savoir de la loi d'action d'autrui, surtout si ce n'est pas la nôtre ? Alors mieux vaut s'occuper de ce qui est la nôtre.

Le fait que ce soit un devoir intérieur ne veut nullement dire qu'il n'y a pas d'effort à faire. Il faut faire des efforts pour apprendre quelque chose, mais c'est un effort librement consenti car on se rend compte qu'il nous est bénéfique. Il peut même y avoir sacrifice pour arriver à faire cette chose, mais il nous épanouit, il nous renforce et on se sent meilleur. Ce n'est pas l'idée de facilité qui permet de trouver son Dharma, mais l'épanouissement. Il y a parfois des choses qui nous sont faciles mais qui ne sont pas notre Dharma. Il ne faut pas associer facilité à Dharma.

 

La grande loi universelle

 

Pour résumer, le Dharma est la grande loi universelle, qui inclut les lois particulières qui sont les applications de cette loi universelle aux voies particulières. C'est le sens de la vie, le Dharma est une direction. Essayer de découvrir ce qui pour eux vaut vraiment la peine,   au sujet de quoi ils se battraient. Il ne s'agit pas de ce qu'ils désirent ni de ce qui leur fait plaisir. Les gens ont en eux-mêmes leur sentier d'évolution.

Cette loi, en général, n'est pas seulement humaine. Elle est aussi pour la vie Une, pour toute la manifestation. Tout est sous le Dharma, rien n'échappe à la loi. Tout bouge par des principes, l'univers est en mouvement à travers des lois et des principes, déjà d'un point de vue physique tout simplement. Il y a des lois physiques, des lois biologiques, des lois affectives et des lois mentales.

 

Il y a les lois des matériaux, quand on veut travailler le bois, on ne peut pas utiliser les mêmes techniques que pour le métal, on est obligé de tenir compte de la nature des choses donc de leurs lois. Le bois pose sa loi comme la pierre impose la sienne à celui qui veut la travailler. Si l'on se dit bêtement que c'est nous qui allons imposer notre loi à la pierre ou au bois, alors on l'abîme et la seule chose à laquelle on arrivera est de détruire le bois ou la pierre. On n'obtiendra rien de valable ou de durable.

 

Il faut donc rentrer en relation avec les choses par rapport à leur loi. On ne peut pas faire la loi. Par contre, il est capital d'interpréter et de sentir les lois des choses. C'est dans le sens de mieux comprendre les lois que le Dharma est l'une des finalités de nous tous. Il n'est pas question là de jurisprudence ou de législation, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas en tenir compte, mais parfois le plus important est le Dharma de sa conscience sans quoi on ne pourrait pas se révolter contre une injustice.

 

Le Dharma est comme un sentier tracé dans l'infini et dans l'espace-temps, avec une direction définie.

 

 

La loi du Karma ou l'explication des causes et des effets

 

Après le Dharma, il y a un deuxième concept qui est aussi important et qui en découle : c'est le Karma. C'est un mot d'emploi plus courant, mais en général on l'associe au destin, c'est en fait beaucoup plus large. Le mot vient de la racine sanscrite " kr " qui signifie " faire " au sens le plus large du terme. Il signifie n'importe quel acte et surtout tout acte rituel accompli selon les prescriptions des textes sacrés. Puisque tous les êtres sont contraints à l'action, l'enchaînement de leurs actes et leurs résultats donneront les états qu'ils connaîtront par la suite. Tout acte, toute action entraîne une réaction, toute cause implique un effet. Cet enchaînement des causalités, des causes-effets, est le Karma.

 

L'harmonie des enchaînements

 

Le Dharma donne la loi d'existence, le Karma est la façon dont cette loi se met en marche.

Il s'agit d'un principe qui va réguler les échanges. Puisque chaque action en entraîne une autre, il s'agit d'échanges. Si les échanges sont harmonieux, ils exprimeront le Dharma, c'est-à-dire la loi de la chose, le principe. Si les échanges se heurtent, s'il n'y a pas d'habileté dans l'oeuvre, la réaction produite sera contraire à la cause première.

 

Par exemple, si je veux remplir mon verre et que je verse à côté, je ne fais pas le Dharma de la question, je n'ai pas fait un bon enchaînement, et cela crée une perturbation. Cette perturbation n'est pas la faute du Karma,   tout simplement le Karma l'exprime. Il l'exprime pour rappeler qu'on est sorti de l'échange harmonieux.

 

Le Karma est tout simplement là pour provoquer les enchaînements et provoquer des effets qui peuvent indiquer que ces enchaînements ont été bons ou mauvais. Si l'on prête attention aux résultats de nos enchaînements, il y a toujours un moment où l'on fait mal les choses, où l'on fait une bêtise. C'est le bon moment d'être philosophe et de se dire : " Par rapport au Dharma, à la loi d'action, au principe, où me suis-je trompé ? quelle maladresse ai-je faite ? quel manque d'enchaînement ai-je commis ?

 

Le Karma est là pour dire qu'il faut apprendre de ce que l'on fait.

 

Le Karma peut être dur car il nous rend responsable. On ne peut plus dire que c'est la faute de l'autre. On est responsable de regarder ce que l'on fait, on est responsable de comprendre que même si quelque chose de mal arrive, c'est qu'il y a une raison qui est due à un enchaînement des causes et effets que l'on a raté quelque part et ce mal est en train de nous indiquer ce qu'il faudrait que l'on fasse pour faire bien. Cela donne une signification à la douleur, qu'elle soit physique ou affective. On a une douleur dans le corps, dans le coeur, dans la tête,..., cela veut dire que le Karma est en train de nous dire que l'on a déséquilibré quelque chose quelque part, on est soumis à un déséquilibre. Il faut donc retrouver l'équilibre.

 

Comment retrouver l'équilibre ? Par le Dharma. Si nous connaissons notre loi d'action, c'est elle qui va nous donner la réponse pour retrouver l'équilibre. Les moyens pour trouver une régulation qui ramène à l'équilibre, c'est le Svadharma.

 

Il y a les grands principes, mais le Karma représente les causes/effets, cette voie double dans laquelle c'est l'enchaînement qui est important. La meilleure façon d'illustrer le Karma pourrait être la danse. Dans la danse, on est obligé d'utiliser tout le corps ainsi que le rythme. Si l'on se trompe d'un pas, on trébuche ou le geste est inharmonieux. Par contre, si l'on est dans la danse, on peut entretenir l'énergie beaucoup plus que si l'on n'y est pas, c'est alors le symbole par excellence du mouvement réussi. Il est beau, il est réussi. Quand les enchaînements sont mauvais, la danse n'est plus une danse. C'est un exemple qui serait valable pour n'importe quel art de l'enchaînement.

 

On dit que les actes effectués par le corps, la parole et l'esprit produisent des résultats internes et externes qui, en se combinant avec les fruits d'autres actes, deviennent l'écho d'autres résultats dont beaucoup retombent sur l'auteur de l'action.

 

Le Karma, énergie de causalité, mène ainsi à des enchaînements d'actions et de réactions qui se prolongent de vies en vies, disent les Orientaux, d'incarnations en incarnations, et gouvernent les circonstances de chacun.

 

Le Karma n'indique pas une fatalité du destin, contrairement à ce que certains pensent. Le Karma est simplement un indicateur. Si un thermomètre indique qu'il fait froid ou qu'il fait chaud, lui n'y est pour rien. Le Karma est un indicateur de tendance et de situation mais ce n'est pas une fatalité. On fait des bêtises, mais on fait aussi des actions pour les transcender, sinon tout est mécanique. S'affronter soi-même, c'est affronter son Karma. Ne pas vouloir s'affronter soi-même, ne pas vouloir se voir en face, c'est nier son Karma, c'est nier ce que l'on a fait, nier la façon dont on oeuvre. C'est cela qui nous déstabilise.

 

Si on commence à nier notre Karma, on n'intègre pas nos actions, alors on n'est plus responsable et l'on se dit que ce n'est pas sa faute, on a alors tendance à rejeter la faute sur les autres. Le mécanisme naturel dans l'homme, c'est la projection dans autrui de ce que l'on ne veut pas voir chez soi, c'est se considérer non responsable mais victime des circonstances et des autres, de trouver toujours quelqu'un qui fait écran pour se projeter. Il ne faut pas croire qu'assumer son Karma est le lot quotidien de tout le monde. Même les grands personnages ont des difficultés à assumer le Karma. Les politiques, par exemple, ne nous disent pas qu'ils vont assumer le Karma du pays, la faute appartient toujours au gouvernement passé. Il faut pouvoir intégrer ce que les autres ont fait avant soi.

 

La tolérance à l'imperfection

 

La tolérance à l'imperfection est la plus grande tolérance à développer. Tout le monde pense à la tolérance des idées, des croyances … mais il faut commencer par la tolérance à l'imperfection. Il est difficile de trouver des choses parfaites, un Karma parfait, une causalité enchaînée parfaite.

 

Nous ne pouvons nous-mêmes pas être parfaits, il faut donc une très grande tolérance vis-à-vis de l'imperfection. Ne la justifions pas pour faire les choses de n'importe quelle manière, mais tolérons car c'est la meilleure façon de pouvoir se perfectionner. Si l'on n'est pas tolérants devant l'imperfection, on ne peut pas obtenir la qualité par la suite.

 

Nous sommes tellement habitués à appuyer sur un bouton pour que les choses marchent, que tout semble facile et on se demande alors pourquoi être tolérant et être patient. Tolérer l'imperfection, c'est être capable de faire preuve de patience, mais dans un monde stressé, la patience n'est pas le fort. Cela donne donc un Karma dans le sens d'un effacement des enchaînements réels. Il est difficile dans cette situation de promouvoir le Dharma.

 

Dans la mesure où l'on parvient davantage à maîtriser les enchaînements, on peut mieux exprimer le Dharma et, de ce fait, arriver à une meilleure maîtrise de soi et des choses. Ainsi, la circulation, ou la dynamique, des choses commence à mieux se dérouler, ou au moins se sent-on mieux. Dire que l'on se sent davantage maître de son destin ne veut pas dire que l'on fait ce que l'on veut mais que l'on commence à comprendre comment faire pour rester équilibré et ne pas trop déraper dans son équilibre.

La notion d'équilibre est une notion relative, celui des uns n'est pas celui des autres. Par exemple, pour équilibrer leur sommeil, il y a des gens qui ont besoin de dormir huit heures, d'autres six heures, puis certains autres quatre et encore d'autres douze. Quel est l'équilibre ? C'est celui qui permet d'équilibrer et de se tenir debout. Il y a des gens qui fonctionnent mieux la nuit, d'autres mieux le jour. Il y a aussi des gens qui comprennent mieux par les images, d'autres par les mots. On ne peut pas dire que l'un est mieux ou pire que l'autre, c'est une autre loi d'action. Ce type de notion devrait rendre les gens plus tolérants, mais pas moins exigeants. La tolérance n'est pas une faiblesse, c'est une énorme force. Il faut être fort pour être tolérant, sinon on devient permissif, ce qui n'est pas la même chose.

 

Marcher dans son chemin

 

Quand le Dharma s'exprime dans le monde manifesté, il butte sur la matière, sur la réalité, donc il se manifeste comme une loi double. Cette loi double cause/effet s'appelle Karma. Le Karma est donc l'application du Dharma dans le monde manifesté. Chaque fois que l'on s'éloigne de son chemin, de son Dharma, de son devoir intérieur, nous nous cognons contre les choses.

 

On poursuit le Karma-Yoga, l'habileté dans les oeuvres, c'est-à-dire que l'on fait ce qu'il faut pour se cogner le moins possible et rester dans le chemin. Etant imparfaits, il est sûr que nous déraperons à un moment donné, mais dérapons sans trop d'extase afin de nous cogner un petit peu moins et de rester un petit peu plus dans le centre.

 

Samsara et Nirvâna

 

Tout ce circuit dynamique s'appelle la roue du Samsara, c'est une sorte de cycle, le cercle de l'existence. On peut sortir de cette cyclicité par la maîtrise de son Karma, par le Yoga. Cela peut donner de petits moments où l'on sort la tête de l'eau, c'est le Nirvâna. On sort du conditionnement du Karma que l'on produit soi-même.

 

Nirvâna veut dire sortir de la forêt. Ce n'est pas l'annihilation de quelque chose, mais cela signifie que l'on sort de la forêt, dans le sens où l'on n'y voit pas le chemin. Quand on est au coeur d'une vraie forêt, trouver l'orientation n'est pas simple car il y a peu de clairières. Le Nirvâna, c'est sortir du cercle infernal des enchaînements mal enchaînés. La colère, l'ignorance, l'orgueil ou l'avidité sont les causes fondamentales du Samsara, ce sont les moteurs qui enclenchent la passion dérapante.

 

L'ignorance, c'est ne pas connaître la loi, ne pas s'en rendre compte. La colère nous sort de nous, donc nous ne sommes plus nous-mêmes. La colère a l'étrange capacité de faire que l'on n'est plus ce que l'on est. On le regrette par la suite, car on sait instinctivement que l'être n'est pas ça mais seulement l'ego. L'orgueil est cette idée que l'on est au centre du monde et que rien d'autre n'existe ou que l'on est totalement séparé des choses. La séparativité de l'orgueil, l'égoïsme, est aussi une caractéristique qui nous déporte. En tenant compte de ces sources qui peuvent être mentales ou affectives, le schéma Dharma/Karma est compréhensible et cela donne une connaissance des lois profondes de l'existence et en même temps une certaine voie morale d'action qui est pratique. Il faut être un peu moins ignorant, un peu moins coléreux et aussi moins égocentré pour se guérir de la fatalité. La fatalité n'est pas le Karma, c'est le fait de persister à être tout le temps dans le même état, c'est ne pas vouloir apprendre de la douleur, des échecs, du Karma. Nous créons la fatalité quand on ne veut pas apprendre de ce que l'on fait.

 

C'est donc ainsi que les Orientaux disent que tant que l'on engendre du Karma et que l'on ne parvient pas à rester dans le Dharma, on continue de naître. Le fondement de la réincarnation, d'un point de vue philosophique, c'est tout simplement l'incapacité des individus, lors d'une vie, de maîtriser la relation Karma/Dharma.

 

Par contre, lorsqu'ils la maîtrisent, ils ne se réincarnent plus, ils passent à un autre plan d'immortalité de l'existence qui s'appelle le Nirvâna Le but est de ne plus renaître, quitter ce plan et arriver au Dharma, c'est-à-dire être au niveau du principe plutôt que de l'impermanence ou de l'assujettissement au conditionnement. Nous ne sommes pas tous doués pour pouvoir le faire en une seule vie, donc on a plusieurs vies pour pouvoir y arriver, mais le but n'est pas de renaître mais bien de se libérer de la condition humaine.

 

 

La notion indienne de la réincarnation

 

Le but est toujours le même, se détacher du conditionnement spatio-temporel, se libérer du conditionnement pour pouvoir avoir accès directement, et non pas indirectement, à une réalité autre de l'existence.

 

" Comme l'âme passe physiquement à travers enfance et jeunesse et vieillesse, ainsi passe-t-elle à travers les changements de corps. Cela ne saurait troubler ni aveugler l'homme qui trouve en soi sa paix. (…) L'âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf. " Bhagavad Gîta, ch. II, slokas 13 et 22

Etre responsable de nos actes car nous engendrons nos vies. Pour la vision orientale, nous avons choisi nos parents. Si nous croyons à cette idée du Karma, nous naissons avec un certain destin, un certain Karma, un certain nombre d'actions engendrées et pour vivre un certain Dharma. Par rapport à l'état que nous avons acquis, ou le cumul d'expériences, afin de pouvoir vivre notre Dharma, nous aurons besoin d'un scénario karmique le plus adéquat pour pouvoir éveiller, développer, épanouir davantage le Dharma.

 

Le scénario karmique est donné par le sang familial. On naît dans un pays, dans une famille, dans une maison… Il ne conditionne pas la vie mais apporte les épreuves pour que le Dharma s'exprime. Donc, même si l'on naît dans des conditions terribles, si on arrive à exprimer le Dharma que l'on porte, on vient de passer une grande épreuve qui permet de faire une acquisition d'une nouvelle forme d'enchaînements qui nous rend plus subtils, plus efficaces, et encore plus équilibrés qu'avant. Le positionnement mental est aux antipodes de l'Occident mais il n'est pas question de fatalité, c'est une toute autre façon d'interpréter le sens de l'existence. Elle peut apporter aux gens beaucoup plus d'éléments positifs pour assumer leur existence. Il n'y a pas de châtiment, il n'y a que des opportunités même dans les pires situations.

 

Ceci donne à l'individu une stabilité morale et intérieure supérieure, car on n'attend pas de miracle, nous sommes les miracles. une responsabilité devant la vie, une capacité d'assumer des choses qui sont très dures. Il y a des gens qui présentent à peu près le même scénario karmique mais qui ne développent pas la même puissance. Certains s'effondrent et d'autres en sortent des choses incroyables. La misère n'a pas fait que des pauvres, les pires scénarios karmiques peuvent être des opportunités de grandes transformations intérieures. Si on ne voit pas les choses comme cela, on part déjà très affaiblis car on fera dépendre de l'environnement extérieur ce qui dépendra de nous-mêmes.