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Les cycles historiques dans l'hindouisme : les quatre yugas

 

Pourquoi la tradition indienne ? Parce que c'est dans cette tradition que le mythe de la répétition éternelle a trouvé sa formule la plus audacieuse. La croyance dans la destruction et la création périodique de l'Univers se trouve déjà dans les Veda.

Presque partout les théories du “Grand Temps” se rencontrent en compagnie du mythe des âges successifs, “l'âge d'or” se trouvant au commencement du cycle, près de l'illud Tempus paradigmatique. Dans les deux doctrines: celle du temps -cyclique infini- et celle du temps --- cyclique limité --- cet âge d'or est recouvrable, en d'autres termes, il est répétable une infinité de fois dans la première doctrine, une seule fois dans l'autre.

 

La théorie hindoue de la création de l'univers

 

Le monde a été créé en forme d'oeuf (brahmanda, "l'oeuf de Brahmâ". La moitié supérieure de l'oeuf cosmique se divise en sept zones : les trois premières, terre, air et ciel, forment ensemble le triloka ("trois mondes") et sont surmontées par quatre régions célestes constituant la demeure des dieux ; la dernière d'entre elles, et donc la plus haute, est le brahmaloka.

 

La moitié inférieure de l'oeuf cosmique comprend sept régions infernales (patala), qui forment des étages et sont habitées par des démons et des serpents [naga, animaux particulièrement sacrés]. Au-dessous de l'oeuf cosmique se trouve l'Océan primitif, formé par sept autres zones infernales.

 

La Terre est divisée en sept mers. Le centre est occupé par le continent de Jambudvipa, au centre duquel se trouve le mont Méru. Sur cette montagne, qui constitue l'axe cosmique, pousse l'arbre énorme de jambu, dont dériverait le nom du continent. Autour du mont Méru tournent les étoiles et les planètes. Six chaînes de montagnes divisent le Jambudvipa en sept zones (varsa), dont l'Inde (Bharatavarsa) occupe le centre.

Tandis que sur les six autres continents et dans les six zones du Jambudvipa règne un bonheur immuable et constant, dans la septième zone (Bharatavarsa) alternent sur un mode dynamique, dans un ordre décroissant de bonheur et de pureté.

 

Tandis que la naissance, la durée et la disparition des mondes ne cessent jamais, éternellement cycliques, l'Absolu situé au coeur des choses, le brahman (mot neutre), sans début ni fin, demeure, immuable. Cet Absolu impersonnel engendre, au moment de la création, la multiplicité divisible, c'est-à-dire le monde des apparences, qui a un nom et est destiné à se transformer et à périr. Ce monde perceptible est mâyâ (illusion, dans un sens négatif, ou dans un sens positif, Magie, ou neutre : Art...).

 

Comme par enchantement, la mâyâ, qui prend n'importe quelle forme, fait apparaître un monde qui n'a pas de réalité permanente.

 

Le rapport entre la mâyâ et le brahman [le brahman comprend la mâyâ, étant l'"Absolu"] qui l'engendre est semblable au rapport qui existe entre la chaleur et le feu, le premier ne pouvant exister sans le second qui l'irradie. Au bout d'un certain temps, le monde des apparences retourne à ses origines, au brahman, pour être ensuite récréé et commences un nouveau cycle dans lequel les êtres renaîtront sous la forme dictée par la loi du karma, c'est-à-dire sur les bases des actions accomplies dans les Yuga précédents, et qui constituera leur svadharma, leur "destin" ou dharma personnel. Dès les Upanishad (partie spéculative du Véda), ce brahman s'identifie avec l'âtman, l'âme, le soi-même, essence de l'être.

 

L'univers lui-même s'inscrit dans la ronde. Dès le début de cette période d'assimilation, les textes attestent une nouvelle conviction : celle qui se rapporte aux créations et aux destructions cosmiques alternées.

 

Les âges du monde ou cycles cosmiques

 

La théorie des âges du monde, inconnue à l'époque védique, prend forme dans le Mahabharata et un autre texte, qui s'appelle les Lois de Manu.

 

L'éternité des Veda, proclamée par les plus anciennes autorités, s'opposait à la relativité de l'univers. Toutefois, le mécanisme des apparitions et disparitions de celui-ci n'est vraiment explicité que dans les ouvrages proches du début de l'hindouisme, Lois de Manu ou certains textes de l'Épopée du Mahabharata.

 

Le fait n'a rien d'une création ex nihilo, mais se produit par étapes à partir d'un principe primordial mis en mouvement soit par l'action de Brahmā, soit par la danse rythmée de Siva.

 

Les notions de Kalpa, Manvantara, Yuga

 

Le mot sanskrit kalpa signifie d'abord "agencement" et équivaut, dans les Védas, à rita (rta) qui désigne à la fois l'ordre cosmique, le rite et l'art grâce auxquels les hommes parviennent à l'harmonie avec l'énergie universelle. Kalpa se réfère aussi à la liturgie en tant qu'elle est la mise en scène, sur le plan humain, du drame cosmique vécu par les dieux. Progressivement, c'est la notion d'agencement du temps qui prévaut et finalement dans les trois religions de l'Inde, l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, kalpa désigne l'agencement de la durée, le cycle cosmique.

 

Elles s'accordent pour appeler kalpa, la grande année universelle, divisée en périodes de temps que l'hindouisme nomme manu-antara, "intervalle de temps régi par un manu".

Chaque manvantara (ou maha-yuga) se subdivise en 4 yugas.

 

A la fin de chaque manvantara, une catastrophe cosmique, soit déluge, soit incendie, détruit le monde terrestre pour réapparaître après une période de Pralaya (sommeil de l'univers), équivalente à celle du Manvantara.

 

Un kalpa serait constitué de 14 manvantaras. A la fin d'un kalpa, c'est l'univers tout entier et pas seulement notre terre qui disparaît. Toute forme d'existence se résorbe en Brahman avant de se déployer de nouveau à l'aube d'un nouveau kalpa, et ainsi de suite.

 

Un kalpa est parfois appelé un jour de Brahma et la période de dissolution une nuit de Brahma.

En effet, la spéculation indienne amplifie et orchestre les rythmes, qui commandent la périodicité des créations et des destructions cosmiques. L'unité de mesure du cycle le plus petit est le yuga “ l'âge”. Un yuga est précédé d'une “ aurore” et suivi d'un “ crépuscule” qui relient les “âges” entre eux.
Un cycle complet ou mahaayuga se compose de quatre âges d'inégale durée, le plus long apparaissant au début du cycle et le plus court à sa conclusion.

 

"La durée relative de chaque âge est respectivement 4,3,2,1. Chaque âge est précédé d'une période d'aurore et suivi d'une période de crépuscule. Ces périodes de transition au début et à la fin de chaque Uga durent 1/10 de la durée du Yuga.

"La durée limite de la vie pour les hommes est de 120 ans, celle des dieux est de 12 000 ans. Le cycle de la vie des dieux est donc de 360 x 12 000 = 4 320 000 années humaines." Linga Purana


Kali signifie: querelle, conflit; ne pas confondre avec Kaalii, la puissance du temps kaala (temps humain, durée)

 

Les quatre Yugas

 

Quatre âges ou yuga empruntent leur nom à quatre faces d'un dé :

krita, la face qui présente quatre points,

trétâ, celle qui en présente trois

dvâpara, celle qui en présente deux,

et enfin kali, la face qui présente un point.

 

Selon les Purâna et le Mahâbhârata, le Krita Yuga est l'âge d'or dans lequel tous les hommes sont vertueux et heureux ; comme on y vit heureux, le besoin d'échapper au cycle des réincarnations ne se fait pas vraiment sentir. C'est l'âge de l'accomplissement et de la sagesse, de la pureté, de la plénitude, de la satisfaction. Dans ce premier âge, règnent la justice, le bonheur, la fécondité. Les hommes, tous vertueux, vivent très longtemps. La mort est un passage parfaitement conscient d'une condition à une autre. Le roi de cette période est le mythique Prithu, né du feu, qui trait " la Vache qui exauce  les désirs", la Vache divine qui nourrit tous les êtres.

 

Dans le Trétâ Yuga se font sentir les premiers signes de déclin progressif des valeurs spirituelles, avec l'irruption de la cupidité et le désir de possession de biens matériels. C'est l'âge des trois feux rituels, qui voit le développement des civilisations sédentaires, agricoles et urbaines. Les hommes sont soumis à la mort, dans le sens actuel du mot, au fait de souffrir, de travailler, de prier les dieux ; la communion naturelle avec le monde divin commence à se perdre. La notion du Dharma commence à s'estomper (ordre cosmique, lois de la nature).

 

Le Dvâpara Yuga est caractérisée par l'avidité, la vice et la fraude. C'est l'âge du doute qui voit naître les religions et les philosophies qui questionnent. L'homme perd le sens de la réalité divine du monde et s'éloigne encore plus du Dharma. Le taureau du dharma ne marche plus que sur deux pattes.

 

Enfin, le Kali Yuga, l'"âge des conflits",  l'époque actuelle, âge funeste et obscur. Tout est décadence et douleur, la souffrance au sein du Samsara y est à son maximum. Ainsi que la soif de délivrance. Le Kali Yuga débute avec la mort de Krishna, en 3102 av. J.-C., et s'achèvera quand une nouvelle descente de Vishnou, un nouvel avatar, dans environ 427 000 ans, ramènera l'ordre et le bonheur sur terre (Krita Yuga).

 

A noter que cette date de 3000 avant JC est fortement présente dans l'histoire humaine, comme une date butoir dans la mémoire collective. Quelques exemples :

. début du calendrier maya (3113 avant JC)

. règne du Pharaon Ménès, unificateur de l'Egypte, première dynastie de l'Ancien Empire

. Premières écritures à Sumer, dans le bassin de l'Indus, en Egypte

. Mythe du déluge en Mésopotamie, repris par la Bible

. Civilisation minoenne en Crète

 

Ces quatre ères cosmiques forment le Mahâ-Yuga ("grande époque") et se répartissent de la manière suivante :

 

Krita Yuga :         4800 années divines =          1 728 000 années humaines

Trétâ Yuga :         3600 années divines =          1 296 000 années humaines

Dvâpara Yuga :     2400 années divines =          864 000 années humaines

Kali Yuga :           1200 années divines = 432 000 ans années humaines

Mahâ-Yuga :        12 000 années divines = 4 320 000 années humaines


Aux diminutions progressives de la durée de chaque nouveau yuga correspond sur le plan humain une diminution de la durée de la vie accompagnée d'un relâchement des moeurs et d'un déclin de l'intelligence.

 

Cette décadence continue sur tous les plans biologique, intellectuel, éthique, social, etc et prend plus particulièrement du relief dans les textes puraaniques. Le passage d'un yuga à l'autre a lieu, comme nous l'avons vu, au cours d'un crépuscule qui marque un decrescendo même à l'intérieur de chaque yuga, chacun d'eux se termine par une étape de ténèbres. A mesure que l'on s'approche de la fin du cycle, c'est-à-dire du quatrième et dernier yuga, les ténèbres s’épaississent. Le kali-yuga, celui dans lequel nous nous trouvons actuellement, est considéré d'ailleurs comme “ l'âge des ténèbres”. Le cycle complet se termine par un pralaya: dissolution, qui se répète d'une manière radicale, et le 1000ième cycle se termine par le mahaapralaya: la grande dissolution.

 

Les Puranas décrivent largement les caractéristiques du Kali yuga :

 

"Les gens choisissent de préférence les idées fausses. Ils n'hésitent pas à persécuter les sages. L'envie les tourmente. Il y aura de graves sécheresses. Les différentes régions des pays s'opposent les unes aux autres. Les livres sacrés ne sont plus respectés. Dans l'âge de Kali, se répandent de fausses doctrines et des écrits trompeurs. Les gens ont peur car ils négligent ls règles enseignées par les sages et n'accomplissent plus correctement les rites. Les chefs d'Etat ne protégeront plus le peuple, mais, au moyen des impôts, s'approprieront toutes les richesses. Les agriculteurs abandonneront leurs travaux de labours et de moissons pour devenir des ouvriers non spécialisés et prendront les mœurs des hors-castes. Beaucoup seront vêtus de haillons, sans travail, dormant par terre, vivant comme des miséreux. Les gens accepteront comme articles de foi des théories promulguées par n'importe qui. On vénèrera de faux dieux dans de faux ashrams. Les gens prendront leur nourriture sans s'être lavés. Ils ne vénèreront ni le feu domestique ni les hôtes. Ils seront sans joies et sans plaisirs. Beaucoup se suicideront. Souffrant de famine et de misère, tristes et désespérés, beaucoup émigreront vers les pays où poussent le blé ou le seigle."

 

D'après le Linga Purana, "dans le crépuscule qui termine le Kali Yuga, un justicier viendra pour tuer les hommes vils. Son nom est Guerre (Samiti). Il errera sur toute la terre avec une vaste armée. Il tuera des millions d'hommes et la terre sera rasée. Les gens s'entre-tueront furieusement. A la fin, il restera çà et là des groupes de gens qui s'entre-tueront pour se voler mutuellement. Ils seront sans éducation, sans lois, sans honte, sans amour. Ils abandonneront leurs champs pour émigrer hors des frontières de leur pays. Ils auront faim, seront malades et connaîtront le désespoir. C'est alors que quelques-uns commenceront à réfléchir."

 

 

QUELQUES REMARQUES SUR LA DOCTRINE DES CYCLES COSMIQUES

 

Cette division quaternaire d'un cycle est susceptible d'applications multiples, et qu'elle se retrouve en fait dans beaucoup de cycles d'ordre plus particulier : on peut citer comme exemples les quatre saisons de l'année, les quatre semaines du mois lunaire, les quatre âges de la vie humaine; ici encore, il y a correspondance avec un symbolisme spatial, rapporté principalement en ce cas aux quatre points cardinaux.

 

D'autre part, on a souvent remarqué l'équivalence manifeste des quatre Yugas avec les quatre âges d'or, d'argent, d'airain et de fer, tels qu'ils étaient connus de l'antiquité gréco-latine : de part et d'autre, chaque période est également marquée par une dégénérescence par rapport à celle qui l'a précédée; et ceci, qui s'oppose directement à l'idée de « progrès » telle que le conçoivent les modernes, s'explique très simplement par le fait que tout développement cyclique, c'est-à-dire en somme, tout processus de manifestation, impliquant nécessairement un éloignement graduel du principe, constitue bien véritablement en effet, une « descente », ce qui est d'ailleurs aussi le sens réel de la « chute » dans la tradition judéo-chrétienne.

D'un Yuga à l'autre, la dégénérescence s'accompagne d'une décroissance de la durée, qui est d'ailleurs considérée comme influençant la longueur de la vie humaine; et ce qui importe avant tout à cet égard, c'est le rapport qui existe entre les durées respectives de ces différentes périodes.

 

Si la durée totale du Manvantara est représentée par 10, celle du Krita-Yuga le sera par 4, celle du Trêtâ-Yuga par 3, celle du Dwâpara Yuga par 2, et celle du Kali-Yuga par 1 ; ces nombres sont aussi ceux des pieds du taureau symbolique de Dharma qui sont figurés comme reposant sur la terre pendant les mêmes périodes.

 

La division du Manvantara s'effectue donc suivant la formule 10 = 4+3+2+1, qui est, en sens inverse, celle de la Tétraktys pythagoricienne : 1+2+3+4=10 ; problème inverse de la « quadrature du cercle », qui exprime précisément le rapport de la fin du cycle à son commencement, c'est-à-dire, l'intégration de son développement total; il y a là tout un symbolisme à la fois arithmétique et géométrique.


Quant aux chiffres indiqués dans divers textes pour la durée du Manvantara, et par suite pour celle des Yugas, il doit être bien entendu qu'il ne faut nullement les regarder comme constituant une « chronologie » au sens ordinaire de ce mot, nous voulons dire comme exprimant des nombres d'années devant être pris à la lettre; c'est d'ailleurs pourquoi certaines variations apparentes dans ces données n'impliquent au fond aucune contradiction réelle.

 

Ce qui est à considérer dans ces chiffres, d'une façon générale, c'est seulement le nombre 4.320, pour la raison que nous allons expliquer par la suite, et non point les zéros plus ou moins nombreux dont il est suivi, et qui peuvent même être surtout destinés à égarer ceux qui voudraient se livrer à certains calculs.

 

Cette précaution peut sembler étrange à première vue, mais elle est cependant facile à expliquer : si la durée réelle du Manvantara était connue, et si en outre, son point de départ était déterminé avec exactitude, chacun pourrait sans difficulté en tirer des déductions permettant de prévoir certains événements futurs; or, aucune tradition orthodoxe n'a jamais encouragé les recherches au moyen desquelles l'homme peut arriver à connaître l'avenir dans une mesure plus ou moins étendue, cette connaissance présentant pratiquement beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages véritables. C'est pourquoi le point de départ et la durée du Manvantara ont toujours été dissimulés plus ou moins soigneusement, soit en ajoutant ou en retranchant un nombre déterminé d'années aux dates réelles, soit en multipliant ou divisant les durées des périodes cycliques de façon à conserver seulement leurs proportions exactes; et nous ajouterons que certaines correspondances ont parfois aussi été interverties pour des motifs similaires.

 

Le rôle des Manu

 

Les périodes de manifestation s'appellent donc Manvantara. On y retrouve le substantif sanscrit manu, qui signifie homme , racine man qu'on trouve en anglais, en allemand…

Manu, comme nom de personne, est celui de l'homme par excellence, le premier être humain. A chaque nouveau surgissement du monde, le premier homme apparu porte le nom de Manu, et son rôle est de procréer l'humanité, soit par lui-même, soit indirectement, et aussi d'émettre les lois qui doivent régler les relations à l'intérieur de la société.

 

Chaque kalpa comporte donc 14 créations de l'univers et 14 Manu.

Des 14 Manu du présent kalpa, six ont déjà disparu ; nous vivons sous le signe du 7ème, Manu Vaivasvata. Tous portent le nom fonctionnel de Manu, mais se différencient grâce à un second terme qu'on y adjoint, signifiant issu de tel ou tel.

Ils sont tous des manifestations du Brahman.

Le premier Manu est Manu Svayambhuva, fils de Svayanbhu,  l'autonome, celui qui existe par soi, l'auto créé.  Une légende raconte qu'il se scinda en deux éléments, l'un mâle, l'autre femelle. De l'union des deux, descend Manu, qui, lui-même, donne naissance aux forces créatrices, qui vont engendrer les créatures.

 

Le 2ème : né de celui qui est lumineux par soi-même

3ème : fils du Principe suprême

4ème : enfant des Ténèbres, état indistinct, indifférencié

5ème : Le Brillant, le fils du Soleil

6ème : né de ce qui se rapporte à l'œil (Brahma issu de l'œil de l'Homme cosmique, Purusha)

7ème : fils de Vaivasvant, le Brillant, le Soleil.

 

Les 7  Manus à venir, seront fils de Brahma, ou de Rudra-Shiva. Toujours image de luminosité.

 

Il existe de nombreuses légendes à propos du 7ème, le Manu actuel. L'une des plus célèbres est en lien avec le déluge. On la trouve dans les Brahmana, textes rédigés entre le XIIème et le VIIIème siècle avant J.C.

Manu a protégé un très petit poisson, et le déplace de bassin en bassin jusqu'à ce qu'il parvienne à l'état adulte. En remerciement, le poisson révèle à son bienfaiteur qu'un déluge est imminent et lui ordonne de construire un vaisseau ; lorsque les flots enflent, le bateau attaché à une nageoire du poisson est conduit en lieu sûr, avec ses occupants, au sommet d'une montagne. Dans les textes les plus anciens, le poisson n'est autre que Brahma ; plus tardivement, on le donnera comme le premier avatara de Vishnu.

 

Vaivasvata engendre 60 fils, dont le plus célèbre est Rama, le héros du Ramayana, aussi considéré comme le 7ème avatara de Vishnu.

 

Les ressemblances avec la vision grecque (Hésiode puis Platon)

 

Les Athéniens ont perdu la mémoire du passé parce qu’ils ont été victimes des destructions périodiques du monde. Quand la catastrophe prend la forme d’un déluge, seuls les habitants des montagnes sont épargnés. Comme ceux-ci sont frustes et ne connaissent pas l’écriture, ils perdent inévitablement la mémoire du passé, dont ne survivent que quelques noms. Les Athéniens ont ainsi uniquement quelques vagues souvenirs du déluge de Deucalion. Quand la catastrophe prend la forme d’une déflagration et d’anéantissement par le feu (ekpyrôsis), les villes sont épargnées et les montagnards périssent. Ainsi s’explique le fait que les Athéniens ont conservé la mémoire de l’ekpyrôsis la plus récente, celle de Phaéton.

 

Platon et le Timée

Par ce récit nous rejoignons deux types de préoccupations chères à Platon comme aux Grecs de son temps.

 

Une réflexion sur la fin du monde

 

Du point de vue de l’anthropologue, tous les peuples de la terre ont posé une fin du monde en vertu des phénomènes de vie et de mort, de jeunesse et de vieillesse qu’ils observent en eux et autour d’eux. Mais cette fin du monde peut être envisagée de deux façons différentes.

 

Soit il s’agit d’une fin voulue par les dieux ou par un Dieu pour mettre fin à leur expérience créatrice et mener leur œuvre vers son aboutissement logique : le retour aux conditions paradisiaques des origines, c’est-à-dire à une vie harmonieuse que partagent la divinité et les hommes. C’est la conception qui prévaut chez les populations iraniennes (jugement d’Ormuzd dans le zoroastrisme), nordiques (le crépuscule des dieux), judaïques et chrétiennes (le paradis).

 

Soit la fin est inscrite dans une loi inhérente à l’univers lui-même, soumis à un devenir cyclique, à une alternance de mort et de recréation. On trouve cette vision de la fin chez les Suméro-Babyloniens, les Indiens, certains Iraniens, en Asie du Sud-Est et en Amérique pré-colombienne.

 

Dans l’une et l’autre conception, la fin sera marquée tantôt par un déluge, tantôt par une ekpyrôsis, tantôt par les deux à la fois. Déluge et embrasement sont, eux aussi, universellement attestés, car le feu et l’eau sont régulièrement associés à la mort et à la renaissance en vertu de leur pouvoir purificateur. La fin par le feu et la purification par le feu se retrouvent dans les cultures agraires, car elles évoquent les incendies des champs, qui se parent ensuite d’un manteau vert de nature vivante. Quant à l’eau, elle contient tous les germes de développement ; s’immerger dans les eaux, c’est retourner aux sources, y puiser une énergie nouvelle. Le déluge n’a d’ailleurs rien de définitif ; s’il détruit les formes usées et épuisées, il est toujours suivi d’une nouvelle humanité et d’une nouvelle histoire.

 

Tel est le sens du récit de la Bible, inspiré par l’épopée suméro-babylonienne Gilgamesh. Utnapishtim est sauvé par le dieu Ea, qui lui conseille de construire une arche pour sauver sa famille et quelques animaux. Après sept jours de pluie torrentielle, Utnapishtim lâche le huitième jour une colombe, puis une hirondelle, qui reviennent sur le bateau. Finalement, il lâche un corbeau, lequel ne revient pas. Utnapishtim débarque alors sur le mont Nishir et offre un sacrifice aux dieux, qui découvrent avec surprise que le genre humain n’a pas été totalement anéanti. Ceux-ci décident qu’Utnapishtim deviendra immortel et ils le transportent dans un pays fabuleux et inaccessible « aux bouches des fleuves », où il recevra la visite de Gilgamesh.

 

Selon le récit indien du déluge, Manu apprend l’imminence du déluge par un poisson qui lui conseille de construire un bateau. Au moment du cataclysme, le poisson tire le bateau vers le nord et l’arrête près d’une montagne. Manu y attend l’écoulement des eaux. A la suite d’un sacrifice, il obtient une épouse et de leur union descend un nouveau genre humain.

 

La version iranienne du mythe est légèrement différente. Lors d’une terrible fonte des neiges accumulées pendant un hiver particulièrement rigoureux, Ahura Mazdâ conseille à Yima, le premier homme qui est aussi le premier roi, de se retirer dans une forteresse. Yima prend avec lui les meilleurs parmi les hommes et différentes espèces d’animaux et de plantes. Ainsi s’achève l’âge d’or, qui ne connaissait ni la vieillesse ni la mort.

 

Le déluge connu par les Grecs est le déluge de Deucalion. Ce dernier est averti par Prométhée, son père, que Zeus a décidé l’anéantissement des hommes (de l’âge de bronze). Deucalion, ainsi que son épouse Pyrrha, survit au déluge dans une arche qu’ils ont construite. Ils recréeront ensuite une nouvelle humanité à partir de pierres (cf. Apollodore, Bibl. I, vii, 2).

 

Par ailleurs, dans plusieurs civilisations, les astronomes mettent assez rapidement en évidence des cycles au bout desquels le soleil, la lune et les cinq planètes alors connues Vénus, Mars, Jupiter, Mercure, Saturne) reprenaient les mêmes situations relatives. A partir de leurs observations, ils élaborent la théorie de l’éternel retour : au bout d’une « Grande Année », tous les phénomènes doivent se reproduire d’une façon identique et dans le même ordre, le passage d’un cycle au suivant étant marqué par des cataclysmes.

 

La durée de la « Grande Année » fait l’objet de nombreuses spéculations durant l’Antiquité, ce seront les Pythagoriciens qui en lancent l’idée, en parfait accord avec leurs conceptions philosophiques, et ce sera Platon qui lui donnera sa forme la plus élaborée.

 

Platon élabore son système autour de l’année « parfaite », qui est la durée de temps qui sépare deux conjonctions parfaites de toutes les révolutions des éléments constitutifs de l’univers : la terre, le soleil, la lune, Vénus, Mercure, Mars, Jupiter, Saturne. Platon va chiffrer cette durée de l’année parfaite selon une démarche que les commentateurs interprètent diversement.

 

L’année parfaite de Platon combine deux traditions indiennes. La première, attestée également chez les Iraniens, compte 25.920 années solaires, c’est-à-dire 72x360 ans ; ce chiffre s’accorde avec les harmonies prônées par Platon et offre à celui-ci la possibilité de les répartir entre quatre âges correspondant à des races humaines différentes, comme le font les Indiens.

 

La seconde tradition, qui est uniquement indienne, est indépendante de l’année parfaite et chiffre la durée du monde physique à 4.320.000 années solaires :

 

Platon combine les deux traditions en prenant comme total de l’année parfaite le chiffre « iranien » et en adoptant la répartition indienne de la durée des quatre âges, ce qui donne les résultats suivants :

 

Age d’or

10.368 années solaires

= 4/10

Age d’argent

7.776 années solaires

= 3/10

Age de bronze

5.184 années solaires

= 2/10

Age de fer

2.592 années solaires

= 1/10

Total :


25.920 années solaires

= 10/10

 

Le passage d’un cycle à un autre est marqué par ou déluge ou par un embrasement, en liaison avec des phénomènes astronomiques complexes. Ces catastrophes nettoient la terre et n’y laissent qu’un petit nombre de survivants. D’après ce que nous apprend Platon, le déluge de Deucalion dont notre humanité provient a marqué la séparation entre l’âge de bronze et l’âge de fer. L’embrasement de Phaéton qui lui est opposé ne peut dans la conception de l’année parfaite que séparer l’âge d’or de l’âge d’argent.