Aller à la page Formation aux Sagesses d'Orient et d'Occident

Agenda

Consulter l'agenda complet

  • Grandes oeuvres philosophiques. Propos sur l'éducation d'Alain
    jeudi 27 avril 2017 de 10h à 12h
    19 bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. La crise de la culture d'Hannah Arendt
    jeudi 4 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. Le phénomène humain de Teilhard de Chardin
    jeudi 11 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

Philosophie naturelle, philosophie ésotérique

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


Depuis toujours les hommes reconnus comme sages ont su lire dans le grand livre de la Nature les secrets de leur propre existence. La philosophie ou quête de la sagesse tend vers cette connaissance universelle dont la racine est pourtant en soi-même.

On ne saurait restreindre le concept de philosophie à son acception moderne de démarche spéculative. La philosophie, dont le terme est attribué à Pythagore, n’est pas née à l’université et ne prend son sens que dans une recherche vouée à l’application. La philosophie est bien l’art de vivre par excellence, le chemin ardu et ardent qui conduit de l’obscurité à la lumière, de la confusion et de la séparativité à l’unité.

 

Un monde désenchanté

 

La prise de conscience écologique met l’homme face à ses responsabilités pour remédier aux  dommages infligés à notre planète par l’ignorance et la cupidité d’un monde matérialiste.

Mais le philosophe ne limite pas sa relation à la nature aux seuls aspects visibles.

Sur un plan psychologique, la violence banalisée constitue une «pollution» de la nature humaine dont les effets pernicieux sapent les valeurs de dignité et de solidarité.

Avili et anesthésié par la société de consommation, génératrice de besoins artificiels, l’homme a perdu sa sensibilité au monde vivant qui l’entoure. Les mondes végétal et animal ne sont bien souvent considérés que comme une réserve alimentaire ou objets d’agrément dans un monde mort, sans âme, où le merveilleux s’est retranché dans les contes pour enfants et où les lois naturelles sont bafouées. Ainsi, la terre est forcée à produire en dehors de ses cycles naturels, et le fragile équilibre d’auto-régulation entre les règnes est rompu.

 

L’homme fait partie de la nature

 

Nous constatons que la nature est soumise à des lois : ainsi les vaches sont herbivores, les arbres fleurissent au printemps… Ces lois impliquent une modalité d’action inexorable, comme les mouvements de rotation de la terre. Elles ont un caractère universel : en n’importe quel point de notre planète, l’eau coule et le feu s’élève.

Et la nature de l’homme n’est-elle pas de «s’élever», comme nous le faisons avec nos enfants, pour relier les actes quotidiens de notre vie aux principes qui nous animent ?

Et les cycles d’une vie humaine avec ses flux et reflux sont-ils si étrangers au ballet des saisons, à l’alternance des jours et des nuits ?

 

L’amour de la sagesse ou la quête de l’unité

 

Il existe une philosophie appelée perennis ou naturelle réactualisée par l’humanisme de la Renaissance dont les éléments constitutifs placent l’homme au centre de toute recherche mais en tant que partie de cette complexité unitive que l’on appelle le vivant.

Cette position intermédiaire n’est ni celle du surhomme virtuel, produit de la technologie ni celle d’un homme impuissant assujetti à des forces aveugles.

Plus simplement, l’homme est celui qui chemine entre sa double nature terrestre et céleste, en quête de ses racines identitaires temporelles et atemporelles.

Mircea Eliade a écrit que ce qui différenciait fondamentalement l’homme de l’animal était sa perception du «Tout Autre», du sacré. C’est cette quête du lien, de la relation entre les choses, entre les plans du visible et de l’invisible qui caractérise la philosophie naturelle. (1)

 

L’ésotérisme ou la voie du dedans

 

Le terme ésotérisme fait partie de ces vocables fourre-tout dans lesquels la modernité a amalgamé toutes les pratiques plus ou moins douteuses de caractère irrationnel.

Par opposition à l’exotérisme, «ce qui est extérieur», l’ésotérisme s’interroge sur «ce qui est dedans», la cause première, et répond au pourquoi des événements. C’est un mode de pensée très rigoureux qui s’appuie sur un certain nombre de composants qui lui sont propres : (2)

- L’idée de correspondance entre le microcosme (l’homme) et le macrocosme (l’univers), reprenant le vieil adage hermétique «Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut», par exemple l’analogie structurelle entre un atome et un système solaire.

- L’idée de nature vivante dont le fil conducteur est l’échelle évolutive qui guide tous les règnes vers leur propre perfectionnement, de la pierre à l’étoile.

- L’homme dispose d’un outil de médiation qui est l’imagination créatrice, lui permettant  à travers les symboles de relier des plans de réalité contradictoires.

- L’intention évolutive de la nature qui implique la transmutation dont le caractère opérationnel passe par la transmission et l’initiation.

 

L’arbre de la connaissance, un symbole universel

 

L’arbre a été utilisé dans de nombreuses traditions (3) comme un symbole universel de la connaissance. De ses trois parties constitutives, deux seulement sont visibles. Les branches qui portent les fruits peuvent être analogiquement associées au savoir et à la culture ; le tronc, vecteur de transmission entre la frondaison et les racines, à la philosophie, et les racines enfouies sous terre sont liées au mystère et à l’ésotérique, c’est-à-dire aux causes fondamentales.

Notre appétit pour les fruits de l’arbre, (outre les conséquences malencontreuses pour l’humanité qu’il a pu susciter !), nous cantonne bien souvent dans une approche consumériste de la connaissance. Nous sommes éblouis par les mirages d’un savoir apparent, aussi fugace que les fleurs emportées par le vent ou les modes éphémères.

Mais quelle réalité aurait un arbre sans racines ? Quelle saveur d’authenticité auraient ces fruits qui n’auraient jamais touché la terre ?

Le développement des racines est le fruit d’un combat entre les forces de vie et de mort : c’est du sacrifice de la graine enfouie dans les profondeurs de la terre que l’arbre, contenu virtuellement tout entier dans cette graine, va forcer son chemin vers la lumière. Vitalisée par la sève, la jeune pousse va inlassablement s’élever puis se différencier, et boucler le cycle par la restitution de fruits porteurs de nouvelles graines.

Ainsi les racines sont à la fois le passé et le futur de l’arbre et il en va de même pour l’être humain.

Pratiquer la philosophie, c’est se tourner avec humilité vers ses racines terrestres et célestes en cherchant la convergence, les valeurs universelles qui les sous-tendent. Et le pont qui permet à l’homme de faire le grand écart, c’est le tronc de l’arbre, la philosophie.

 

La philosophie naturelle, un pont entre les choses

Si le rôle de l’ésotérisme est de relier à la dimension originelle (ainsi la genèse est un élément constitutif à la fois de la théologie et de l’ésotérisme), la philosophe naturelle ou ésotérique a pour finalité de relier l’homme à lui-même, aux autres et à l’univers.

 

Le philosophe classique a toujours été un «aiguillon» à la manière de Socrate qui disait ne rien enseigner mais suscitait par le jeu de la dialectique, le cheminement intérieur entre «l’homme extérieur» mû par les passions, désirs et autres égoïsmes et «l’homme intérieur» siège de nos idéaux. La voie de la rectitude à l’image du tronc de l’arbre, de l’authenticité liée aux racines, et l’idéal de service aux autres, exprimé dans la générosité des œuvres visibles, telle est la voie proposée aux philosophes de toujours.

Sentier de cohérence et d’appartenance, la philosophie ouvre les mystérieux chemins de l’âme et du savoir oublié.

 

«Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux»

Sagesse inscrite sur le fronton du temple de Delphes.

 

Sylviane Carrié

 

(1) Voir article dans revue N°187 : qu’est-ce que le naturel dans l’homme ?

(2) Article d’Antoine Faivre in revue Acropolis n°125 : L’ésotérisme hier et aujourd’hui.

(3) Yggdrasil, arbre-monde dans la mythologie nordique