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Plotin, le maître du néo-platonisme

 

Par Maria-Dolorès FIGARES, Journaliste, docteur en anthropologie et diplômée de l’université de Grenade, professeur de théorie de l’information. Elle collabore dans diverses publications apportant une approche philosophique sur les problèmes actuels de société.

 

 

Grand philosophe de pensée hellénistique, Plotin fut un des maîtres du néoplatonisme. Par sa doctrine de l’Un et sa conception du mouvement de l’âme, il contribua à la renaissance du platonisme. Il marqua de son empreinte la philosophie antique et celle de la Renaissance, ainsi que le vaste secteur de la spiritualité chrétienne.

 

Plotin naquit sans doute en 205 après J.-C. à Lycopolis en Égypte (l’actuelle Assiout) et mourut vers 270, à l’âge de soixante-six ans. Son origine nous est également inconnue : nous ne pensons pas qu’il fût égyptien, mais peut-être grec, langue dans laquelle il s’exprimait dans ses écrits, et il bénéficia également du statut de citoyen romain. Le peu d’éléments dont nous disposons sur lui se justifie, d’après son disciple et biographe Porphyre, par le fait «qu’il avait l’aspect de quelqu’un honteux de son corps», de sorte qu’il évitait de donner des détails sur sa vie personnelle et sur son passé. Il ne fêtait plus que les anniversaires de Socrate et de Platon et pour obtenir un portrait de lui, on dut recourir à un subterfuge en demandant à un peintre de mémoriser ses traits afin de les reproduire ensuite, sans que le Maître ne s’en aperçoive. À vingt-huit ans, il fut envahi d’une grande aspiration pour la philosophie et se rendit à Alexandrie.

 

Là, en plus d’écouter un grand nombre de philosophes des plus prestigieux, il fit la connaissance d’Ammonios, surnommé Saccas, savant mystérieux qui donnait ses leçons à cet endroit, et avec qui il demeura une dizaine d’années. Ammonios se consacrait à la formation d’un groupe important de disciples au sein d’une école philosophique de tendance éclectique qui recherchait la vérité en conciliant les disciplines et les courants de pensée et croyances, ce qui les fit nommer filaleteos : ceux qui aiment la vérité. L’identité et les origines de ce Maître, qui exerça une grande influence sur des disciples de tendances diverses, demeurent également une énigme. À trente-huit ans, Plotin, qui avait appris les mécanismes de pensée orientaux à l’école d’Amonnios, voyagea en Orient, participant au sacre impérial du jeune Gordien III, et à sa campagne de 242 contre le roi sassanide Sapor I. Il prétendait «expérimenter la philosophie qui se pratiquait chez les Perses et celle qui fleurissait chez les Hindous», d’après les dires de Porphyre. Par un concours de circonstances, il s’avera que, parmi la suite du roi perse Sapor, se trouvait Mani, réformateur de l’ancienne religion zoroastrienne et conseiller du roi.

 

La fondation d'une école philosophique

 

Une fois l’expédition achevée, Plotin arriva à Rome à l’âge de quarante ans, entamant ainsi une étape importante dans sa vie. Dans la spacieuse demeure de la veuve Gémina, il commença à donner ses leçons. Au fur et à mesure se forma autour de lui une école philosophique, constituée de disciples que Porphyre décrivit en détail et parmi lesquels se retrouvèrent des personnages influents de la cité : des sénateurs, jusqu’à l’empereur Gallien et son épouse Salonine, se sentirent attirés par ses enseignements. Cette amitié permit au philosophe de solliciter auprès de l’empereur la concession et la restauration des ruines d’une cité de philosophes que l’on disait avoir existé en Campanie, afin de fonder une cité similaire, régie par les lois platoniques, que l’on nommerait «Platonopolis». Mais les intrigues et rivalités politiques empêchèrent la réalisation de cette aspiration.

 

L’école de Plotin était toujours animée par la présence de nombreux jeunes auprès desquels il exerçait le rôle de tuteur ou de conseiller, et de toutes sortes de gens de la société romaine qui venaient le consulter, non seulement sur des sujets philosophiques, mais également sur des questions très quotidiennes comme la bonne administration de leurs biens et de leurs héritages. Les leçons étaient ouvertes à tous les publics, mais un cercle interne de disciples recevait une instruction orientée vers l’éveil de «l’homme intérieur» auquel se référait Platon et vers l’élévation de l’âme jusqu’à la contemplation et l’extase. Il avait pour habitude de se retirer en Campanie et ce fut là précisément qu’il vécut ses derniers jours, affligé d’une infirmité identifiée comme elephantiasis graecorum, ressemblant à la lèpre. Ses dernières paroles furent pour son médecin et fidèle disciple Eustochios : «Efforcez-vous de faire remonter le Dieu qui est en vous au divin qui est dans le Tout», véritable synthèse de sa vie et de sa doctrine. Nous étions en 270 et il avait soixante-six ans. À la mort du Maître, Porphyre, qui se trouvait en Sicile où Plotin lui avait conseillé de se rendre afin de surmonter une dépression, prit en charge l’École.

 

Le Maître du néoplatonisme

 

Plotin fut avant tout un maître, qui se consacra à enseigner à ses disciples une connaissance orientée vers l’expérience et l’élévation spirituelle. Au début, suite à l’engagement des disciples du sage grec de ne pas divulguer ses doctrines, Plotin n’écrivait pas ses leçons. Mais après une dizaine d’années d’activité de son école à Rome, ayant réuni ses notes écrites et les thèmes de ses cours, il demanda à Porphyre de systématiser ses écrits en un corpus cohérent, les Ennéades, oeuvre constituée de six livres de neuf traités chacun.

La philosophie de Plotin se fondait sur Platon, apportant une interprétation originale dans laquelle nous percevons les empreintes des systèmes de pensée orientaux. Plotin partit du problème original de la création, dans laquelle il établit trois niveaux : le Un, l’Intelligence et l’Âme. Le Un, comme Premier Principe, créa par l’émanation de sa surabondance comme une fontaine qui coule sans jamais se tarir. Il ne créait pas le monde directement, mais grâce à l’intelligible - les Idées de Platon - comme une lumière, comme l’image du Un : c’est Noüs, l’Esprit Universel. L’Esprit à son tour, à travers l’Âme du monde qui unifiait la pluralité des âmes, produisit le monde corporel ou sensible, le gouverna et l’ordonna. L’âme de l’homme provenait de la partie supérieure de l’Âme universelle. Dans l’âme se trouvent l’être et le non être, comme s’il s’agissait d’un plan intermédiaire. La matière avec sa pluralité, recevait les âmes et les enrobait, les emprisonnait et faisait qu’elles oubliaient leur origine.

Après une dizaine d’années d’activité de son école à Rome, ayant réuni ses notes écrites et les thèmes de ses cours, il demanda à Porphyre de systématiser ses écrits en un corpus cohérent, les Ennéades, oeuvre constituée de six livres de neuf traités chacun.

La mission de l’âme est de se libérer de la matière, réveillant en elle le désir de s’élever vers le Un, d’où elle provient en dernière instance. Il existe deux voies d’élévation. La première voie part du bas, et consiste à se rapprocher de l’intelligible, en se libérant du sensible à travers la science. La seconde voie est destinée à ceux qui ont déjà atteint l’intelligible et elle consiste elle-même en deux étapes : la musique, l’amour et la philosophie, conduisent à la première étape et la seconde atteint son apogée au moment de l’extase, à laquelle l’âme arrive par l’intériorisation, jusqu’à devenir semblable au Un. Ceci est le processus final de la philosophie selon Plotin : l’union de l’âme à Dieu, la libération de l’âme de ses entraves : «en se recentrant sur elle-même, sans rien voir, elle verra la lumière, non comme une chose en une autre chose, mais comme elle-même, par elle-même, pure, brillante, d’elle même», dit Plotin dans la cinquième Ennéade.

L’influence de la philosophie plotinienne fut vaste et longue, préfigurant le courant que nous connaissons comme néoplatonicien, avec de brillantes manifestations depuis saint Augustin, Scot Erigène, Nicolas de Cues, jusqu’à Leibniz, Spinoza ou Schelling. À la Renaissance, Marsile Ficin (1) fit de Plotin le maître inspirateur de l’Académie florentine de la Villa Careggi.

 

 

Notes

(1) Marsile Ficin (1433-1499), poète et philosophe italien humaniste, l’un des plus influents de la Première Renaissance italienne. Il dirigea l’Académie platonicienne de Florence, fondée par Cosme de Médicis en 1459 et il eut pour disciples et collègues de travail Jean Pic de la Mirandole, Ange Politien et Jérôme Benivieni. Il traduisit et commenta l’œuvre de Platon et de Plotin.