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Les trois visages de Socrate

 

Heureux les hommes libres au service de la sagesse ! Au-delà des siècles, Socrate continue de nous offrir trois visages énigmatiques, sous la plume de son disciple Platon : l’homme au service d’un dieu, le héros indomptable et l’initié aux mystères.

 

En tant que philosophe, Socrate cherche, toute sa vie durant, à comprendre, à examiner, à discerner, à définir. Mais ceci ne l’éloigne jamais du contact avec le merveilleux. Il vit le surnaturel en toute simplicité. Les songes, les visions peuplent son existence et lui en donnent l’orientation.

 

Socrate, au service du dieu Apollon

 

Bien que connaissant parfaitement les philosophes antiques, Socrate dit n’avoir aucun maître. Il possède un «daïmon» qui lui parle à l’oreille. Ce «daïmon» est comme un génie familier qui lui indique la décision juste, dans les moments délicats de choix. D’ailleurs, plutôt que de lui indiquer ce qu’il doit faire, le daïmon de Socrate le freine plutôt dans ses impulsions.

 

«Les débuts en remontent à mon enfance : c’est une voix qui se fait entendre de moi, et qui, chaque fois que cela arrive, me détourne de ce qu’éventuellement je suis sur le point de faire, mais qui jamais ne me pousse à l’action ». (1)

 

Socrate est au service de cette voix et du dieu qui s’exprime à travers elle. Le dieu de Socrate semble être le dieu Apollon, comme pour Orphée ou Pythagore, qui, dans certaines légendes, descendent de ce dieu.

 

«Socrate : (les cygnes) étant les oiseaux d’Apollon, ils sont devins et c’est parce qu’ils prévoient les biens dont on jouit dans l’Hadès, qu’ils chantent et se réjouissent ce jour-là plus qu’ils ne l’ont jamais fait pendant leur vie. Or je me persuade que je suis moi-même attaché au même service que les cygnes, que je suis consacré au même dieu, que je tiens de notre maître un don prophétique qui ne le cède pas au leur, et que je ne suis pas plus chagrin qu’eux de quitter la vie». (2)

 

Le dieu Apollon symbolise la clarté et la pureté de l’esprit. Il est présent dans ce qui est lumineux, beau et harmonieux. Il discerne, voit au-delà des apparences, guérit et élève la part la plus subtile en l’homme. Les neuf Muses composent son cortège. Maître de la Lyre, il charme hommes et dieux ; il inspire aux poètes mesure et lumière. Il veille au développement harmonieux des jeunes gens, à la santé de leur corps et de leur âme. Il est dieu de la divination par ses oracles rendus à Delphes.

 

Socrate se dit prédestiné, au service de ce dieu. Sa mission est d’interpréter au mieux le rôle que le dieu lui a confié.

 

«C’est le dieu qui m’a prescrit cette tâche par des oracles, par des songes et par tous les moyens dont un dieu quelconque peut user pour assigner à un homme une mission à remplir. (3) (…) Si en effet, vous me faites mourir, vous ne trouverez pas facilement un autre homme qui, comme moi, ait été littéralement, si ridicule que le mot puisse paraître, attaché à la ville par le dieu, comme un taon à un cheval grand et généreux, mais que sa grandeur même alourdit et qui a besoin d’être aiguillonné.» (4)

 

Socrate, le héros indomptable

 

Socrate est citoyen d’Athènes, amoureux de sa cité, respectueux de ses lois. Selon l’expression de Platon, il est «attaché au flanc» de cette cité. Héritier des héros de légende, il participe à trois guerres ; il est montré par Platon comme un combattant hors pair. S’il est envoyé par Apollon, il est aussi au service de la déesse Athéna. Il sauve Alcibiade au péril de sa vie, ne tourne jamais le dos même dans la retraite, ne se fatigue de rien, marche pieds nus dans la neige. Toujours joyeux, enjoué, mais aussi attentif, concentré, il est l’exemple des vertus guerrières. Comme un héros de Sophocle, il préfère mourir plutôt que de plier, de renoncer, ou de s’adapter par une compromission honteuse. Pour Platon, celui qui aime sa cité et qui est prêt à mourir pour elle, possède l’amour de la chose publique et doit être formé comme gardien et philosophe. Avant que d’être sage, il lui faut développer la vertu du courage propre aux héros. Socrate est cet homme d’honneur dont parle Platon, héritier des temps mycéniens. Socrate revêt donc aussi la figure du héros guerrier.

 

«Alcibiade : Or donc, en premier lieu, pour ce qui est de supporter les fatigues, ce n’est pas à moi seulement qu’il était supérieur, mais à tous les autres, sans exception. Toutes les fois que nous étions contraints à ne pas manger, alors, pour la résistance, les autres n’existaient pas comparés à lui. […] Ce n’est à personne d’autre qu’à lui que j’ai dû mon salut : j’étais blessé, il se refusa à m’abandonner ; mais, tout ensemble, il sauva mes armes et ma personne». (5-6)

 

Socrate, l’initié aux Mystères

 

La figure de Socrate décrite par Platon est celle d’un mystique, d’un être hors norme, capable, en plein terrain de combat, de tomber en contemplation des jours entiers. Socrate a hérité du dieu Apollon la capacité de contempler, de voir de manière directe les réalités célestes. La contemplation est un moyen de connaissance possible pour l’être humain libéré de l’esclavage du monde sensible, des désirs, des passions et des opinions. Elle désigne la vision directe, sans médiation, de la réalité ; elle est fusion du regard qui contemple et de la réalité contemplée. Pour pouvoir contempler, il faut une véritable purification de tout ce qui attache au plan de la matière. L’âme doit pouvoir circuler librement du monde des causes vers le monde de la matière. Dans les Mystères, une double mort est évoquée, la mort naturelle et celle de l’initiation.

 

«Depuis le petit jour, Socrate est là, debout, en train de méditer quelque chose !» Finalement, le soir venu, quelques-uns de ceux qui l’observaient, ayant, après leur dîner, transporté dehors leur couchage, joignant ainsi à l’agrément de dormir au frais la possibilité de surveiller Socrate, pour voir si, toute la nuit, il demeurerait ainsi en plan. Or, il resta planté de la sorte jusqu’à l’aurore et au lever du soleil. Ensuite, il s’en alla de là, après avoir fait au Soleil sa prière». (7)

 

À sa mort, Socrate devient l’initié aux Mystères, demandant au fidèle Criton, de sacrifier un coq à Asclépios. Il est le contact avec la réalité des dieux, interprétant leurs indications. Le songe et le rêve sont, pour lui, les canaux de l’expression du divin.

 

Socrate est un philosophe courageux, inspiré, ayant vaincu la peur de la mort. Il cherche sans relâche à faire partager cette connaissance par la quête infatigable de la vérité. L’initié, l’homme au service d’un destin, le guerrier courageux, s’unissent pour nous donner, sous la plume de Platon, cette figure inégalée à ce jour.

 

Philippe Guitton

 

(1) Platon, Apologie de Socrate, 31d, Gallimard, La Pléiade, tome 1, p. 168.

(2) Platon, Phédon, 85b, Garnier-Flammarion, p. 140.

(3) (4) Platon, Apologie de Socrate, 33c, 30 e, Garnier-Flammarion, pp. 46 et 43.

(5) (6) Platon, le Banquet, 220 a, Gallimard, La Pléiade, tome 1, 219e – 220e, pp. 759-760.

(7) Platon, le Banquet, 220c, Gallimard, La Pléiade, tome 1, p. 760.