Les courants ésotériques chrétiens (1ère partie)

 

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.


L’ésotérisme n’a pas toujours bonne presse dans les milieux chrétiens, et pourtant, l’ésotérisme chrétien n’a pas toujours été rejeté par l’Eglise. Par exemple, l’ésotérisme qui apparaît à la Renaissance puise à des sources plus anciennes, dont plusieurs étaient intégrées à la théologie et à la philosophie chrétiennes.

 

Plusieurs Pères de l’Eglise des premiers siècles, comme Clément d’Alexandrie ou Origène, ont affirmé l’existence d’un enseignement secret transmis par le Christ à ses apôtres, puis par ces derniers à d’autres, à l’intérieur de l’Eglise. Cet enseignement aurait porté sur certaines données concernant la personne du Christ, les mondes angéliques, la connaissance de Dieu ou le voyage de l’âme.

 

Cet enseignement appelé « secret » proposait une lecture des Ecritures à plusieurs degrés et volontiers symbolique, conduisant à une connaissance supérieure et transformatrice, la gnose, connaissance des mystères du christianisme vécus dans la foi.

 

Les Pères, comme saint Irénée de Lyon, distinguaient cette gnose conforme à la foi chrétienne, d’une fausse gnose hérétique, le gnosticisme, selon laquelle l’individu se sauverait lui-même, uniquement par la connaissance, sans que sa foi ou sa pratique morale n’interviennent. Nous verrons tout à l’heure la différence entre gnose et gnosticisme.

 

La pensée chrétienne des premiers siècles


1. Clément d’Alexandrie (vers 140-220 après J.C.), ou l’enseignement secret des apôtres. Importance de la gnose, une connaissance qui soutient la foi. L’importance des médiations.

 

Clément dirige l’Ecole Théologique d’Alexandrie pendant de nombreuses années et cherche à harmoniser la pensée grecque et le christianisme. En introduction à son œuvre Stromates, Clément écrit un texte qui ressemble à ce que Platon écrit sur l’oralité et l’écrit dans le Phèdre ou la Lettre VII !

Ce texte introduit Les Stromates, l’un des plus célèbres ouvrages de Clément d’Alexandrie. Stromates signifie Tapisseries ou Mélanges (de différents sujets). Clément y assure avoir reçu de ses maîtres la « vraie tradition », celle qui serait issue des apôtres les plus proches du Christ ainsi que de Paul.

 

Dans la deuxième Epitre aux Corinthiens, Paul ne raconte-t-il pas comment il fut ravi au troisième ciel où il entendit des « paroles ineffables qu’il n’est pas permis à un homme de redire » ?

 

D’après Clément, cette parole secrète tire son origine de l’enseignement du Christ aux apôtres. L’évangile selon Matthieu (13,1-35) atteste ainsi que Jésus a deux discours, l’un en clair pour les apôtres, et l’autre, en paraboles, pour la foule. C’est-à-dire qu’en fait Jésus explique aux apôtres le sens caché et profond des paraboles. Sens qui le plus souvent reste caché au plus grand nombre.

 

Origène, le disciple de Clément, affirme que « les Evangiles ont gardé cachée l’explication que Jésus donnait de la plupart des paraboles ». Cette connaissance « cachée » ou « secrète » n’enseigne pas des vérités différentes de celles des Ecritures, mais elle donne des clefs pour en approfondir la compréhension.

 

Voilà pour un aspect de cette gnose chrétienne, l’aspect caché ou interne. Mais ceci ne fait pas partie des 6 composants que nous avons posés comme caractéristiques de la forme de pensée ésotérique. Chez Clément, il y a clairement la notion des médiations, ou des mondes intermédiaires entre Dieu et les hommes.

 

Les mondes intermédiaires

Les sphères célestes ne représentent pas des lieux localisés dans l’espace, mais des formes d’existence qui correspondent à des états de connaissance. Les connaître implique d’y être introduit. L’enseignement est inséparable de la communication d’âme à âme. C’est pourquoi cette tradition est essentiellement orale, ce sur quoi insiste Clément.

 

Les sphères d’existence représentent aussi des degrés de perfection à travers lesquels l’âme, par un dépouillement progressif, recouvre sa ressemblance avec son créateur, jusqu'à ce que, lui étant devenue semblable, elle le connaisse pleinement.

Clément affirme que ces connaissances ne peuvent être profitables qu’à un certain stade de la vie spirituelle. D’où la nécessité de doser cet enseignement. Le but de celui qui le reçoit est la connaissance de Dieu qui trouve son achèvement dans la charité.

 

Cette gnose se situe dans la lignée du message apostolique qui est le Christ mort et ressuscité, mais comme l’écrit le cardinal Daniélou, « elle correspond à une explication de ce mystère en relation avec le monde céleste ». C’est-à-dire que le Christ revêt une signification symbolique plus vaste que la seule signification de son incarnation historique.

La perspective de Clément est concordiste : l’avènement du Christ est regardé comme l’aboutissement de deux courants parallèles, de deux « préparations évangéliques » aussi légitimes l’une que l’autre, à savoir la Loi juive et la philosophie grecque. Clément  ne craint pas de concevoir un prophétisme grec : « De même que, voulant sauver les Juifs, Dieu leur donna les prophètes, de même il suscita chez les Grecs les personnalités les plus éminentes pour être dans leur langue leurs prophètes propres, dans la mesure de leur capacité à recevoir le don de Dieu, et il les distingua du commun des hommes. » Stromates VI, 5, 42,3.  Homère fut favorisé d’un authentique don de prophétie ….

 

2. Origène (vers 185-254), un effort constant d’interprétation des textes de l’Ecriture. Les médiations. La quête du sens caché. La transmutation.


La vie d’Origène nous est connue par le récit bien documenté qu’en fit l’historien de l’Eglise ancienne, Eusèbe de Césarée. Origène d’Alexandrie élabore un système d’exégèse qui marquera la théologie pendant des siècles. La Bible est pour lui un « océan de mystères, trop grands pour trouver une expression humaine ou pour être entendus de l’oreille d’un mortel ».  Homélies sur Josué

Exemples : parabole de la brebis perdue, le symbolisme cosmique de la Croix.

Origène distingue trois sens, le sens littéral, le sens moral et le sens spirituel, correspondant à la distinction corps, âme, esprit.

 

L’homme simple se contente de la chair des Ecritures, le sens littéral. L’homme plus cultivé est sensible au sens moral, son âme. L’homme spirituel, celui qui a reçu la « sagesse de Dieu », peut déchiffrer le sens allégorique des Ecritures. Origène présente cette idée comme suit : l’homme s’élève graduellement du monde sensible vers le monde intelligible. Dans le monde intelligible, il y a le Logos, le Christ, qui, à partir de ce monde intelligible, nous aide à atteindre Dieu directement. Et lorsque tous les êtres humains pourront atteindre Dieu de façon directe, l’apocatastase se produira. Ce terme désigne la restauration finale de toutes choses en leur état d'origine. Cela signifie que tous, nous contemplerons Dieu, face à face, et tous nous serons unis à Dieu, à la fin des temps.

 

Origène rejette l’idée de Création qui, par la suite, fera partie de la doctrine chrétienne. Il nous parle d’une génération constante de vie. La création est éternelle. Elle n’est pas l’acte d’un moment qui ensuite prend fin. Dieu émet un flux permanent.

 

Origène n’admet pas non plus la résurrection de la chair car dans ce cas le sacrifice du Christ n’aurait pas de justification. Le sacrifice du Christ est destiné à susciter la lumière en l’homme, à provoquer l’éveil spirituel, et non la résurrection du corps. Le Christ souhaitait éveiller en chaque être humain son essence intelligible et spirituelle et l’amener à regarder Dieu face à face.

 

En résumé, pour cette gnose chrétienne, on a comme éléments essentiels : le rôle des médiations, l’expérience de la transmutation, la nécessité d’une transmission, et d’une interprétation des textes.

 

3. Gnose et gnosticisme

 

Il y a deux concepts importants : la gnose et le gnosticisme. Clarifions ces deux notions.

 

Gnose : du grec gnôsis, connaissance. A la différence de la connaissance scientifique ou rationnelle, la gnose est un savoir total, une saisie des rapports fondamentaux les moins apparents ou les moins évidents qui existeraient entre les divers niveaux de réalité, par exemple, entre Dieu, l’homme et l’univers.

Elle est soit ce savoir lui-même, soit l’intuition et la certitude de posséder une méthode permettant d’y accéder. La gnose est une vision unitaire de la réalité.

Elle abolit la distinction entre foi et connaissance. : la foi n’est plus autant nécessaire, dès lors que l’on sait. Elle contribue au salut individuel de celui qui la pratique.

 

Le mot « gnose » désigne aussi bien l’attitude spirituelle et intellectuelle elle-même, que les textes de référence qui l’illustrent. Les enseignements essentiels de la gnose suggèrent que la vie terrestre est une déchéance ; on y est jeté malgré soi ; on devient autre chose que ce qu’on était primordialement ; cette aliénation équivaut à une sorte de captivité, d’où l’on a besoin d’être racheté. Naître en ce monde de la génération conduit obligatoirement à la mort, à moins qu’on ne soit régénéré. L’agent de cette libération est avant tout la connaissance, associée au bain baptismal.

 

La gnose est donc une voie qui mène d’un point à un autre, d’un monde où l’âme est captive de la matière, jusqu’au Père qui a envoyé Jésus. L’itinéraire, à la fois spatial et exemplaire, parcourt en sens inverse les mondes, les mondes célestes et supra-célestes, que le Sauveur a traversés pour venir ici-bas.

 

L’idée dune origine divine de l’âme humaine et de son retour au séjour céleste n’est pas propre à la gnose. C’est initialement une conception chaldéenne adoptée par des mages iraniens émigrés qui propagent en Mésopotamie et en Asie Mineure une vision mazdéiste.

 

Lorsqu’ils rencontrent les Grecs en Ionie, ils transmettent la conviction que l’âme est immortelle et divine, comme les astres dont elle est issue. Développée dans le Phèdre de Platon, cette doctrine est devenue, au début de notre ère, une opinion commune.

 

Néanmoins, certains gnostiques lui impriment une marque spécifique ; et c’est ce qu’on appelle le gnosticisme, qui est un courant religieux apparu à l’intérieur du christianisme des premiers siècles avec comme principaux représentants : Basilide, Valentin, Marcion.

Selon eux, la chute de l’âme est antérieure à la création du cosmos. Elle remonte à une catastrophe primordiale survenue au sein du Plérôme, dans l’entourage même de Dieu. Le Plérôme, terme fort utilisé, signifie tout ce qui remplit ou complète, comme le contenu d’un vase. C’est aussi la plénitude.

 

Alors que les idées divines se constituent en entités spirituelles appelées « éons » (mondes supérieurs doués d’éternité), qui célèbrent éternellement la gloire du Premier Père, l’une d’entre elles, qui s’est détournée de son rôle, est exclue de la plénitude de l’être. Son affliction donne naissance à la matière, où elle enfante un Démiurge qui façonne le monde visible. La création de l’homme, capable d’intelligence et de gnose, est une ruse de la providence pour récupérer la lumière déchue.

 

Le thème commun de tous les auteurs gnostiques (et ils sont très nombreux …) est la description détaillée de la structure hiérarchisée de l’univers, avec le retour du connaissant vers l’unité. Ils vont de plus en plus développer la thématique du combat entre la Lumière et les Ténèbres, le Bien et le Mal, issu du zoroastrisme persan. D’où l’introduction d’une vision dualiste chez Marcion (le Mal est ontologiquement égal au Bien), ce que l’on retrouve dans le courant manichéen issu de Mani au IIIème siècle (prophète originaire de Mésopotamie).

 

D’où un certain pessimisme métaphysique (avec le rejet du monde créé) qui marque la pensée du gnosticisme, qui est aux sources du bogomilisme bulgare du Xème siècle, et partant, du catharisme. Cette vision dualiste sera vite considérée hérétique par les premières Pères de l’Eglise qui vont définir une vraie gnose, et une fausse gnose à combattre pour asseoir le dogme chrétien.

 

Mais en fait, tous ces auteurs et courants sont souvent appelés gnostiques, car l’accès à une connaissance salvatrice, la gnose, leur est commun à tous.


Basilide est un gnostique qui enseigne à Alexandrie au début du IIème siècle. Il a écrit sa propre version des Evangiles, des commentaires sur les Evangiles, en 24 volumes, l'Exegetica, et aurait enseigné un syncrétisme reprenant l'enseignement de saint Pierre et le dualisme. Il eut un grand nombre d'adeptes, les Basilidiens, jusqu'au IVème siècle.

Historiquement, on ne le connait que par les écrits de ses détracteurs chrétiens, Irénée, Clément d’Alexandrie et Hippolyte de Rome.

Il professait la transcendance absolue de Dieu, de qui la Pensée, puis la Parole, puis la Prudence, la Sagesse et la Force avaient émané. De là étaient sortis les anges et les puissances constituant le premier ciel, puis les 365 cieux qui finissent par le groupe des anges les plus modestes, qui créent le monde terrestre que nous connaissons.

Le salut était apporté par la Connaissance (gnôsis) révélée par le Christ et les maîtres inspirés.

 

Valentin fut le plus important des maîtres gnostiques. Il naquit en Égypte et fut éduqué à Alexandrie. Il enseigna à Rome entre 135 et 160.

 

Les découvertes de la Bibliothèque de Nag Hammadi, en Egypte, en 1945, ont permis de retrouver un extrait d'un des ouvrages de Valentin : l'Évangile de la vérité. Sa doctrine la plus élaborée est énoncé dans le livre Pistis Sophia.

Les thèses de Valentin n'ont été connues durant des siècles que par les Pères de l’Eglise qui les ont violemment combattues comme hérétiques, principalement Tertullien qui a consacré un ouvrage entier contre les valentiniens dont il était un contemporain.

Ses conceptions le firent excommunier. L’Evangile de Vérité, ainsi que d’autres textes découverts à Nag Hammadi, se rattachent à l’école de Valentin.

L'énergie des attaques des Pères de l'Église contre son œuvre (Tertullien, Irénée de Lyon) atteste que probablement, au second siècle, ses thèses avaient un certain succès.

La doctrine de Valentin est d'une particulière complexité, en ce sens où elle est une sorte de syncrétisme entre les différentes tendances de l'Égypte helléniste, et notamment à Alexandrie au début de notre ère. À une forme de la spiritualité juive, s'est greffée la pensée cosmologique grecque et la culture des « mystères » propre à l'Égypte ancienne. Les principaux concepts sont hellénistes dans leur formulation : Eons, (éternités), Sophia, Plérome, etc.

Il précise, dans sa doctrine, qu'il y a un Etre Premier, qu'il appelle le Père parfait, qui est immatériel, incréé, incorruptible, qu'il appelle aussi l'Éon Parfait. De ce Premier Principe émanent, en couples, les principes hypostases à travers lesquels on arrive à la manifestation complète. Il explique que de ce Premier Principe émanent quatre couples doubles (ce qui forme une ennéade), la Sagesse étant le dernier. Cette Sagesse regarde vers le haut et prétend escalader la pyramide pour arriver au Principe Premier. Étant beaucoup plus imparfaite que les Principes supérieurs elle n'y arrive pas et elle retombe mais dans sa chute elle saisit de nombreux éléments du monde supérieur auquel elle appartient. C'est de cette chute de la Sagesse que naît notre monde manifesté.

L'interprétation de l’histoire de Jésus est éclairée par des dialogues entre le « Jésus ressuscité » et ses disciples. C'est le cœur du récit de la Pistis Sophia. Nul doute que l'intellectualisation gnostique ne pouvait que susciter la condamnation des Pères de l'église qui mettaient en avant l'expérience de l'amour du Père créateur.

Comme les autres gnostiques, Valentin croit à l’âme, à son immortalité et à la transmigration des âmes.

 

Son successeur Marcion, lui aussi présent à Rome au second siècle, a fondé une Église, l'Église marcioniste, qui eut un grand retentissement dans tout l'empire avant le premier Concile de Nicée. Il développe une vision nettement dualiste.

 

La bibliothèque de Nag Hammadi est un ensemble de 13 codex composée de papyrus, reliés en cuir, du milieu du IVème siècle. Retrouvés en 1945 dans la ville de Nag Hammadi au nord-ouest de Louxor par des paysans égyptiens, ils sont désormais conservés au Musée copte du Caire.

On estime qu'il s'agissait vraisemblablement de documents provenant de la bibliothèque du Monastère de saint Pacôme cachés là à la fin du IVème siècle, après l'interdiction de la littérature gnostique par Athanase d’Alexandrie, et par les décrets de l'empereur Théodose 1er.

Ces codex contiennent une cinquantaine de traités en copte, traductions de textes écrits initialement en grec ancien. Ils datent vraisemblablement du IIème au IIIème siècle. La majorité sont des écrits gnostiques, dont les fameux Evangiles apocryphes, mais on trouve également trois textes de la tradition hermétique, dans la lignée du Corpus Hermeticum. La plupart de ces textes n'étaient pas connus par ailleurs, ou seulement de façon fragmentaire.

Le plus célèbre est sans doute l’Evangile selon Thomas, dont la bibliothèque de Nag Hammadi contient le seul exemplaire complet.

L'édition de la Pléiade reprend ces traductions en un seul volume et rend enfin ces textes accessibles au public francophone sous le titre : Ecrits gnostiques, en 1820 pages.

Le thème de la Révélation revient fréquemment : entre la Résurrection et l’Ascension, Jésus apparaît à ses disciples, soit avec l’un d’entre eux, soit devant tous et leur délivre un enseignement ésotérique qui devait rester secret au reste de la communauté. Un rôle particulier est dévolu à Marie-Madeleine.

Le point de départ de la Révélation est l’apparition du ressuscité (Marc 16, 9-20 ; Matthieu 28, 16-20 ; Luc 24, 36-53 et Actes des Apôtres 1, 1-14). D’après les apôtres, le Christ ressuscité s’entretient durant quarante jours avec ses disciples sur le Royaume de Dieu. De tels propos (avec Marie-Madeleine et deux autres disciples qui ne sont pas nommés) sont évoqués dans le texte de Marc.

On a vu que le gnosticisme a été considéré comme une fausse gnose par l’Eglise. Progressivement, la distinction entre la vraie et la fausse gnose a été oubliée et c’est tout l’ésotérisme gnostique qui a été rejeté, y compris les œuvres de Clément ou d’Origène.

 

Exemple de l’Evangile de Judas, texte gnostique

Découvert dans les années 70, en cours de restauration

Le texte présenterait une interprétation originale de la trahison de Jésus par Judas : Tu les surpasseras tous, car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle. En dénonçant Jésus, il aurait été le seul de ses disciples à avoir vraiment compris le message qu’il voulait véhiculer. Disciple bien aimé de Jésus, il aurait eu la plus difficile des missions à accomplir : le livrer aux Romains.  En agissant ainsi, il aurait donc suivi une demande de ce dernier, qui lui permit de faire le sacrifice ultime pour la rédemption du monde. Cette « justification » de Judas, dénoncée dès son origine par Irénée de Lyon, serait donc bien d'origine gnostique, et elle suscite toujours la violente hostilité des milieux orthodoxes et catholiques.

 

A partir des années 1940, les efforts de traduction des Pères de l’Eglise d’origine grecque ont permis de mieux apprécier le rôle des écrits gnostiques dans la théologie chrétienne.