Les courants ésotériques chrétiens (2ème partie)

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.

 

Nous continuons l’étude de l’ésotérisme chrétien des premiers siècles de l’ère chrétienne.

Après les Pères de l’Eglise Clément d’Alexandrie et Origène, qui représentent la gnose chrétienne, Basilide, Valentin et Marcion représentent le gnosticisme, ce courant religieux apparu au sein du christianisme, avec les apports du zoroastrisme et de Mani en ce qui concerne Marcion. L’adjectif gnostique recouvre l’ensemble de ces penseurs des premiers siècles de l’ère chrétienne.

 

Un grand nombre de textes gnostiques ont été redécouverts grâce à la Bibliothèque de Nag Hammadi, une cinquantaine de textes gnostiques dont des Evangiles apocryphes, celles de Thomas et de Philippe.

 

Pseudo-Denys l'Aréopagite : théologie négative et hiérarchie céleste

 

C’est un personnage mystérieux qui se présente symboliquement comme l’Athénien converti par Paul lors de son discours à l’Aréopage. Denys l’Aréopagite est un néo-platonicien converti au christianisme, et l’un des plus grands théologiens de son temps, les Vème et VIème siècles.

 

Le pseudo Denys, ou Denys l’Aréopagite, inspiré des idées de Proclus, écrit en grec au VIème siècle les livres intitulés Théologie mystique, Noms divins, Hiérarchie céleste, et tire de l’Ecriture une vision originale de la médiation, avec une triple triade d’entités angéliques.

 

Il insiste sur l’absolue transcendance de Dieu, irréductible à tout discours. La théologie la plus noble, et même les descriptions des Ecriture saintes, ne dévoilent pas tant la nature divine qu’elles la suggèrent, voire la déforment. Il vaut donc mieux dire ce que Dieu n’est pas qu’affirmer ce qu’il est : « Les négations, à propos des choses divines, sont vraies, tandis que les affirmations sont difformes ».

 

Il inaugure ainsi la tradition de la théologie négative, reprise notamment par Maître Eckhart au XIIIème siècle. Sa Hiérarchie céleste rappelle que c’est Dieu qui prend l’initiative de se révéler. Par pure bonté, il partage sa lumière avec les anges. Mais, de même qu’un rayon de lumière solaire illumine des matières plus ou moins translucides, les anges reçoivent les dons divins à proportion de leur capacité.

 

Ainsi distingués, ils s’échelonnent en une hiérarchie (en grec, ordre sacré), à fonction initiatique : les anges supérieurs préparent et initient les inférieurs à la lumière venant de Dieu.

 

. Les anges supérieurs (séraphins, chérubins et trônes) contemplent Dieu dans la louange. Ils illuminent le rang suivant, celui des dominations, des vertus et des puissances, qui figurent l’élévation vers Dieu, la persévérance et l’accueil de ses dons. Le troisième et dernier rang, les principautés, archanges, anges, a pour fonction de révéler les lumières d’en haut aux hommes, par les initiations religieuses.

 

Les œuvres de Denys sont associées à la théologie de la lumière ; elles ont une influence considérable sur les mystiques d’Orient et d’Occident, sur les théologiens (saint Thomas le cite autant que saint Augustin ou Aristote). Il est aujourd’hui redécouvert et de nouveau lu avec intérêt.

 

 

Jean Scot Erigène, au IXème siècle, est un moine venu d’Irlande, auteur du Periphiseon, (De la division de la Nature), l’un des édifices intellectuels les plus importants du Moyen Age. C’est un philosophe et théologien irlandais né autour de l’an 800 ; il meurt vers 876 sur le continent, comme nombre de moines celtes venus d'Irlande, « l'île des saints et des savants ».

 

Érigène vient en France, vers 845, appelé par Charles le Chauve, et il passe presque trente ans à la cour de ce prince. Il devient le philosophe officiel de ce petit-fils de Charlemagne. Jean Scot Érigène exalte le zèle religieux du souverain qui, au milieu de ses soucis politiques sait garder un intérêt pour les études des Pères grecs, et ne pas se contenter des Pères latins.

Il a une culture exceptionnelle pour son temps. Il est féru de grec, Il étudie Origène et saint Augustin. Il reste, encore aujourd'hui, reconnu pour avoir été un traducteur et commentateur brillant de Denys l’Aréopagite. C’est lui qui introduit la théologie négative de Denys dans le monde latin.

Mais il développe une pensée originale qui lui est propre. Il dépasse la notion d’affirmation ou de négation à cause de la transcendance de Dieu, et développe la notion d’immanence de Dieu à travers l’expérience de la théophanie : une proximité de l’homme avec Dieu s’instaure dans les modes théophaniques de la manifestation du divin. Ces « apparitions de Dieu » sont autant de « modes » par lesquels l’Invisible « se montre » et se rend visible à l’homme, alors que son concept le cantonne dans l’invisibilité de son Essence :

« Ce n’est pas seulement l’essence divine que connote le mot Dieu, mais ce mode sous lequel Dieu se montre à la créature intellectuelle et rationnelle (…) – qui est fréquemment aussi appelé Dieu par l’Écriture sainte. Les Grecs ont coutume d’appeler ce mode une théophanie, c’est-à-dire une apparition de Dieu. Voici un exemple de cette théophanie : “Je vis le Seigneur assis” [Is. 6,1], et d’autres formules analogues. » Jean Scot Érigène, Periphyseon.

 

Il développe une vision originale de la Nature dont le point de départ est Dieu et dont le terme aboutit à Dieu, donc comme un cercle qui part du Suprême et fait retour à lui. Tout part du Suprême et retourne au Suprême. Tous les êtres créés se résorbent ainsi en leur créateur.

Théologien émérite, il interprète l’Evangile selon Jean, analyse la pensée de saint Augustin, et prend part aux grandes querelles théologiques sur la nature divine. Il encourt les foudres de plusieurs conciles pour le panthéisme qui se dégage de ses œuvres. Jean Scot Erigène est lu et étudié pendant tout le Moyen Age.

 

Jean Scot est aussi une manifestation précieuse de la culture celte, avec son goût pour l'imaginaire conçu comme une force positive, une direction vers la lumière des Lumières.

Vers 865, il est dénoncé comme hérétique  par le pape Nicolas 1er. Au lieu de se retirer dans un couvent, il demeure en France, et meurt sur sa terre d'accueil vers 876.

Ses œuvres furent censurées par l'Église, puis réhabilitées par le pape Benoît XVI lors de l'Audience générale du 10 juin 2009.

 

 

Deux grandes figures du XIIème siècle

 

Le XIIème siècle redécouvre la Nature. Rendue accessible à l’Occident depuis peu, la science arabe a favorisé cette nouvelle sensibilité. C’est l’époque romane et à cette époque, les correspondances, l’imagination, les médiations, la Nature et les voies de transformation spirituelle tiennent une grande place. L’esprit franciscain, apparu au XIIIème siècle, vient, par son amour de la nature, renforcer cette tendance. Nous avons aussi l’Ecole de Chartres, avec notamment Guillaume de Conches. Et à la même époque, Alain de Lille et Hildegarde de Bingen.

 

Hildegarde de Bingen : 1098-1179


Hildegarde est une religieuse bénédictine, musicienne, médecin, et femme de lettres. A la fois ésotériste et mystique. En 2012, elle est canonisée par le pape Benoît XVI, qui la proclame également Docteur de l’Eglise, faisant d'elle la quatrième femme Docteur de l'Église après Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux. Cette reconnaissance, la plus haute de l’Eglise catholique, affirme l'exemplarité de la vie mais aussi des écrits d'Hildegarde.

La plupart de ses écrits mystiques sont réunis dans un grand livre (le Riesencodex) conservé en Allemagne. Bernard de Clairvaux lui-même lui a assuré que ses visions étaient des grâces du ciel.

Hildegarde a composé plus de soixante-dix chants liturgiques, dont certains ont fait l'objet d'enregistrements par des ensembles de musique médiévale. Elle a aussi composé un drame liturgique intitulé Ordo virtutum (Le jeu des vertus), qui comporte quatre-vingt-deux mélodies et met en scène les tiraillements de l’âme entre le démon et les vertus.

Hildegarde de Bingen est médecin, et l’un des plus renommés de son temps. Ses ouvrages pressentent les idées à venir sur la physiologie humaine. Elle a une grande connaissance de la pharmacopée et, utilise tout ce que la nature pouvait lui offrir en matière de traitements : les simples, bien sûr mais aussi les minéraux. Ainsi, par exemple elle écrit dans le langage imagé de son époque que :

" L'émeraude pousse tôt le matin, au lever du soleil, lorsque ce dernier devient puissant et amorce sa trajectoire dans le ciel. À cette heure, l'herbe est particulièrement verte et fraîche sur la terre, car l'air est encore frais et le soleil déjà chaud. Alors, les plantes aspirent si fortement la fraîcheur en elles comme un agneau le lait, en sorte que la chaleur du jour suffit à peine pour réchauffer et nourrir cette fraîcheur, pour qu'elle soit fécondatrice et puisse porter des fruits. C'est pourquoi l'émeraude est un remède efficace contre toutes les infirmités et maladies humaines, car elle est née du soleil et que sa matière jaillit de la fraîcheur de l'air".

Elle attribue ainsi des vertus protectrices, curatives, prédictives, purificatrices aux minéraux suivant en cela des pratiques antiques, issues des correspondances entre les planètes et le corps humain.

C’est une grande mystique, mais aussi ésotériste, par cette forme de pensée fondée sur la science des correspondances et la vision d’une Nature vivante.

 

Joachim de Flore  (1130 - 1202) : le millénarisme


Il porte le nom du monastère où il est enterré. Joachim est un moine cistercien d’origine calabraise et un théologien réputé. Dante place l'abbé de Flore dans son paradis, à côté de saint Bonaventure : « Auprès de moi, dit celui-ci, brille Joachim, abbé de Calabre, doué de l'esprit prophétique ».

Alors qu’il cherche à percer le sens caché du livre de l’Apocalypse de l’apôtre Jean, il reçoit une illumination spirituelle qui lui fait réexaminer les Ecritures selon de nouvelles règles d’interprétation, et réformer les scénarios de l’eschatologie traditionnelle (étude des fins dernières de l’homme et du monde).

 

Dans son livre Concorde des deux Testaments, il estime que les réalités écrites de l’Ancien et du Nouveau Testament entrent en concordance les unes avec les autres. L’histoire a donc un sens : l’existence de deux Testaments et de deux âges, celui du Père et celui du Fils, indique un troisième âge à venir, celui de l’Esprit, et un autre « évangile », (bonne nouvelle) que saint Jean qualifie d’éternel, l’Apocalypse (révélation, retrait du voile) qui apporterait une compréhension totale du monde et de l’histoire.

 

Selon un autre ouvrage de Joachim de Flore, l’Expositio, l’âge de l’Esprit serait d’une spiritualité intense, à rapprocher du fameux millenium de l’Apocalypse, où les fidèles règneront avec le Messie pendant « mille ans ».

Joachim annonce aussi que la transition vers l’âge de l’Esprit s’accompagnera de convulsions marquées par l’apparition de figures antagonistes.

 

Honoré et reconnu de son vivant par la papauté, Joachim fut après sa mort blâmé pour son désaccord avec Pierre Lombard, le théologien le plus réputé de la fin du XIIème siècle. Il est soupçonné de croire en l’existence de trois essences divines distinctes au sein de la Trinité. Il est aussi critiqué par Thomas d’Aquin. Il reste néanmoins très lu, chez les Dominicains et les Franciscains.

 

Sa vision millénariste a été reprise par des auteurs interprétant chacun à sa manière l’âge de l’Esprit : c’est la Réforme pour Hegel, le positivisme pour Auguste Comte, les sciences pour Renan etc.

 

La légende du Graal

 

Avec Perceval le Gallois (1180), Chrétien de Troyes introduit la notion du Graal au sein de la légende de la Table ronde. De nombreuses hypothèses ont été émises sur la source culturelle de ces écrits. La plupart des commentateurs y discernent la christianisation d’une tradition celtique. Le Graal est assimilé au calice ayant recueilli le sang du Christ.

L’idée d’une connaissance « réservée » et de la transmutation est manifeste dans les récits du Graal. Dans La Queste del saint Graal d’un auteur cistercien paru en 1220, Galaad dit avoir vu dans le saint vase des choses « dévoilées aux seuls ministres de Jésus-Christ ».

 

Il contemple l’origine et la cause des choses, objet par excellence de la gnose selon Clément d’Alexandrie. De même que dans les Stromates, cette connaissance est présentée comme redoutable pour celui qui n’est pas prêt à la recevoir.

 

Même Galaad, l’élu, se met à trembler quand « sa chair mortelle aperçoit les choses spirituelles ». Il voit à découvert « ce que cœur mortel ne peut penser ni langue d’homme terrestre exprimer ».

 

Dans les romans de la Table ronde, la chevalerie terrestre s’efface progressivement devant une chevalerie spirituelle, qui marque à la fois l’accomplissement et la disparition de l’univers du roi Arthur.

 

Le Graal est un secret d’unité, le Soi, symbole de transmutation et d’accomplissement.

Expérience de la transmutation dans une Nature vivante où les correspondances règnent en maîtres (la fée Viviane, Morgane, Merlin l’enchanteur ….)

 

Après avoir connu un succès considérable au Moyen Age, le thème du Graal tomba dans l’oubli. Il a fallu attendre le XIXème siècle pour qu’il soit remis au goût du jour et suscite un engouement important. Il a retenu l’attention de grands noms de la philosophie et de l’ésotérisme, comme Henry Corbin, Jung ou René Guénon, qui en a donné une interprétation dans les Lumières du Graal (1950).

 

Hermétisme, astrologie, alchimie

 

A partir du XIIème siècle, on relève aussi un grand intérêt pour l’hermétisme, l’astrologie, l’alchimie, et certaines formes de magie dite « naturelle », pour la distinguer d’une magie qui invoquerait des entités angéliques ou démoniaques.

 

Quand la pénétration des textes arabes dans le monde latin est pratiquement achevée, vers 1300, on assiste, dans la théologie chrétienne, au triomphe de la pensée de l’Arabe Averroès, interprète d’Aristote, au détriment de l’influence du Persan Avicenne.

 

Dans tout l’Occident, c’est l’averroïsme qui triomphe, ce qui entraine dans la théologie une quasi-disparition du monde imaginal et de ses intermédiaires, ainsi que de l’imagination active, au profit d’un rationalisme qui va finir par devenir la marque propre de l’esprit occidental.

 

Mais, l’hermétisme, l’astrologie, l’alchimie continuent à être transmis, au sein de l’Eglise parfois, et vont se développer notamment à la Renaissance.

 

L'astrologie

 

Pratiquée depuis l’Antiquité, l’astrologie est l’un des courants majeurs de l’ésotérisme. En lien étroit avec l’astronomie, science du mouvement des astres, l’astrologie étudie leur influence en s’appuyant sur la position du Soleil, de la Lune et des planètes dans les 12 constellations d’étoiles de la voûte céleste, le fameux Zodiaque (la roue des animaux).

 

Toutes les civilisations anciennes (l’Egypte, la Mésopotamie, la Chine, l’Inde, l’Amérique précolombienne) connaissent cette science. Les connaissances grecques en cette matière sont synthétisées dans le Tetrabiblos de l’astronome Ptolémée (140 de notre ère), véritable Bible des astrologues.

 

A partir du VIIIème siècle, le développement de l’astronomie arabe entraîne le développement de la science des correspondances entre les planètes, les métaux, et les autres règnes de la Nature.

 

Le Picatrix, ouvrage de magie arabe composé de connaissances en partie d’origine grecque, a une grande influence en Occident.

 

C’est à partir du XIIème siècle que l’on assiste à l’éclosion de l’astrologie en Europe. Suite aux traductions latines des textes arabes et à la redécouverte d’œuvres grecques. L’Eglise admet que les astres influent sur les événements terrestres, mais pas sur le destin des individus.

 

On retrouve sur de nombreuses églises et cathédrales les représentations des signes du Zodiaque, les tours du Soleil et de la Lune. De 1450 à 1650, l’astrologie savante se développe. Chaque souverain a dans sa cour un ou plusieurs astrologues. L’astrologie est même enseignée avec la médecine dans les universités européennes et bénéficie pour se diffuser des progrès de l’imprimerie.

 

Au XVIIème siècle, les progrès de l’astronomie vont faire perdre à l’astrologie tout crédit dans les milieux scientifiques qui l’associent aux arts occultes. Condamnée par l’Eglise, elle est finalement interdite en France en 1660 par Colbert et reste à l’index jusqu’à nos jours. On la retrouve vivante dans un certain nombre de courants ésotériques contemporains.

 

L'alchimie

 

C’est bien plus que l’art de fabriquer de l’or ou le simple précurseur historique de la chimie. Elle possède une dimension psychologique et spirituelle importante.

 

A travers symboles et allégories, elle établit des relations entre la vie des métaux et l’évolution de l’âme. La purification des matières premières, qui permet d’obtenir la pierre de la sagesse ou pierre philosophale, permet la transmutation des métaux non précieux en or et en argent, et correspond surtout à la purification de l’être, indispensable à la suprême connaissance. C’est l’art suprême de la transmutation, fondé sur la notion d’une Nature vivante.

 

L’alchimie comprend aussi bien la manipulation des éléments que la méditation, d’où la présence, à côté du laboratoire de l’alchimiste, d’un oratoire pour la prière.

 

L’origine de l’alchimie est encore incertaine. On la dit très ancienne. Peut-être une origine égyptienne, du pays de Kem, la terre noire d’Egypte, car l’alchimie y était pratiquée dans les anciens temples. Plus tard, elle serait liée à la dispersion des castes de « forgerons sacrés » des peuplades préhelléniques, en particulier des Cabires, habitants de l’île de Samothrace. Ces « fils du feu » ont eu une influence dominante sur les rites métallurgiques dont découlent les premières notions de l’alchimie ancienne.

 

L’alchimie se développe ensuite particulièrement à Alexandrie, ville carrefour des influences orientales et hellénistiques. Les Arabes ont également une influence importante, à partir du VIIème siècle. Le philosophe et médecin Avicenne au Xème siècle connaît bien l’alchimie.

 

L’âge d’or de l’alchimie en Europe se situe au Moyen Age, à partir du XIIème siècle. C’est l’Islam qui l’y introduit, par l’intermédiaire de l’Espagne. Au XVème siècle, elle est pratiquée dans presque toute l’Europe.

L’empereur Rodolphe II, fait de son palais de Prague le rendez-vous des alchimistes européens au XVIème siècle. La doctrine alchimique de l’époque, proche d’une science de la nature, n’est pas considérée alors comme incompatible avec la pensée chrétienne.

 

Le modèle de l’alchimiste est incarné par Nicolas Flamel (1330-1417). Mais aussi le médecin catalan Arnauld de Villeneuve (XIIIème), le mystique et philosophe catalan Raymond Lulle au XIIème siècle, qui accorde également une grande place à l’astrologie dans son Ars magna.

 

Ce n’est qu’au XVIème siècle que l’on trouve des alchimistes chrétiens affranchis de toute soumission à l’égard de l’Eglise. C’est le cas du médecin Paracelse et de son contemporain Agrippa.

 

Comme l’astrologie, l’alchimie est victime de la montée en puissance de l’esprit scientifique. L’essentiel des savants la rejettent à partir du XVIIème siècle. Elle ne survit aujourd’hui que dans quelques mouvements ésotériques.

 

Conclusion

Comme dans l’antiquité, les formes de pensée et courants ésotériques foisonnent dans le christianisme, des premiers siècles jusqu’à la Renaissance, en passant par le Moyen Age. Parfois jugés hérétiques ou en marge de l’Eglise, mais le plus souvent, ces connaissances et enseignements sont en phase avec la théologie chrétienne, une fois assis les fondements du dogme chrétien.

 

La rupture va s’opérer au XVIème siècle, avec un savoir ésotérique qui va devenir autonome par rapport à la religion officielle. C’est ce que nous verrons avec les courants ésotériques modernes.