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Le mandala des émotions

 

Dans un monde qui se disloque de plus en plus, nous ressentons le besoin de nous recentrer. Comme C. G. Jung l’a bien compris, construire un mandala c’est élaborer une image du monde qui harmonise les pôles opposés de notre existence et du monde.

 

Le terme sanscrit mandala signifie cercle et fait référence à la figure géométrique circulaire qui entoure toutes les autres et contient l’univers tout entier. L’ensemble des figures géométriques qui se trouvent à l’intérieur de ce cercle définissent les différentes réalités de l’univers. Le centre du cercle est à la fois l’origine et le lieu de convergence de toutes les directions de l’espace ainsi que l’origine du temps. Il est à la fois le centre et le sommet de la montagne sacrée. Le centre symbolise la semence renfermant toutes les virtualités, la graine d’où jaillit une puissance qui grandit et irradie dans les quatre directions de l’espace. C’est du centre qu’émerge la croix, signalée par les quatre portes du carré magique. De cette croix génératrice, émergent les quatre régions de l’univers, ou quatre continents, dont le centre ou cinquième est le mont Meru. Ce carré magique invisible contient un deuxième carré, visible celui-là, dont les diagonales forment quatre triangles convergeant vers le centre. À chacun de ces quatre triangles correspondent une couleur et des fonctions spécifiques.

La structure de base du mandala, composée du cercle, du carré et du triangle est immuable. Le mandala idéal contient l'ensemble de la création et les multiples mandalas particuliers décomposent cette réalité-une.

 

Assumer la dualité et la contradiction

 

Dans le mandala, apparaît toujours la dualité : lumière-ombre, positif-négatif, c’est-à-dire que le schéma idéal et la manifestation objective coexistent de manière paradoxale. Assumer la dualité du mandala permet de se libérer de ses contradictions puisque l’ombre reflète les caractéristiques de la lumière. La figure du mandala joue un rôle fondamental dans le Bouddhisme tibétain, comme représentation symbolique à la fois de l’évolution et de l’involution de l’univers et de la réintégration de l’homme à ces forces cosmiques.

 

Pour la psychologie contemporaine, comme l’a démontré Carl G. Jung, le mandala est une représentation universelle, qui répond à une tendance naturelle de l’espèce humaine, au-delà des formes culturelles de retrouver son propre centre et recréer son unité essentielle.

 

Un travail sur les émotions négatives

 

Lors d’un atelier théorique et pratique, nous découvrons le mandala comme «psycho-cosmogramme», image à la fois de l’âme et de l’univers. L’enseignement millénaire du mandala, image dynamique et centralisatrice peut nous apaiser et nous aider à progresser dans notre quête de sens et d’unité. En nous inspirant de la richesse de la construction de mandalas tibétains, nous apprenons à dessiner notre propre structure intérieure. Pour parvenir à l’éveil des cinq sagesses (1), on commence par placer les cinq émotions perturbatrices dans les quatre directions de l’espace et le centre.

 

Le bouddhisme, dans la quête constante d’œuvrer pour parfaire sa nature et se libérer de l’égoïsme aveugle enseigne à reconnaître, avant de les  maîtriser, les émotions négatives (klecha, ce qui fait pâtir) qui nous emprisonnent dans l’ignorance, la haine, la jalousie, l’avidité et l’orgueil. Seule la maîtrise du monde émotionnel nous rend libres, ce qui implique d’abord écouter et lâcher le contrôle. Car nos émotions nous annoncent des états d’alerte face à des situations déstabilisantes.

 

Lorsque nous acceptons que nos épreuves soient nos maîtres spirituels, nous pouvons reconnaître que l’origine de nos émotions est dans notre propre mental et là, nous apprenons à ne plus rejeter la cause des souffrances à l’extérieur de nous-mêmes. Nous devons prendre en charge la transformation de notre comportement. Identifier et purifier notre ignorance est le premier pas dans le sentier vers la Sagesse. Nous commençons par observer notre propre confusion, source des attitudes de protection de l’ego, (attraction et répulsion). Nous fuyons ce que nous craignons, nous nous attaquons à ce qui dérange et que l’on cherche à dominer par la force ou le dédain (orgueil, jalousie).

 

Dépasser les émotions

 

Nous identifions ces émotions-obstacles en nous-mêmes et nous cherchons les exemples de la nature dans des personnages connus ou fictifs et dans nos propres comportements pour remplir les espaces de notre palais intérieur. Une fois que nous avons accepté de les voir en face, comme partie de nous-mêmes, nous pouvons décider de les abandonner, de lâcher prise et de chercher des images révélatrices des cinq sagesses soit dans la nature soit dans les exemples d’êtres inspirateurs, pour pouvoir retourner la roue du samsara (2) et découvrir les sources de lumière dont nous ne voyons que les ombres, dans notre prison d’illusion et d’ignorance.

 

Les pratiques consistent à se recentrer pour aller chercher en soi-même les ressources et les images inspiratrices, pour transformer la «négativité» (peurs, doutes, émotions négatives) en qualités positives et créatrices (joie, générosité, lucidité, discernement, partage).

 

Il s’agit d’un travail de concentration et d’investigation, pour peu à peu identifier notre  aveuglement et trouver la manière de se frayer un chemin en nous-mêmes pour initier le voyage de retour. Une fois, l’âme étendue, ouverte vers le dehors, le temps arrive de faire ce retour sur soi et de commencer la lente ascension vers son propre centre-sommet.

 

Laura Winckler

 

(1) Les cinq sagesses sont : la sagesse semblable au miroir (colère), la sagesse de l’équanimité (orgueil), du discernement (avidité), la sagesse toute accomplissante (jalousie) et la sagesse de la réalité ultime (ignorance).

(2) Roue de renaissance dans l’illusion.