La Fête de Noël, mythe solaire chrétien



La symbolique de la fête de Noël

 

Toutes les civilisations ont célébré le soleil comme une figure divine primordiale donnant la vie, la chaleur, la lumière. Le Soleil est aussi considéré porteur d’une dynamique cyclique, celle du jour et de la nuit, celle des saisons, celle de la vie et de la mort.

 

Quelques grandes figures du soleil, parmi les plus connues, sont Shamash chez les Sumériens, Râ ou Ré en Egypte, Apollon ou Hélios en Grèce, le Cinquième Soleil chez les Aztèques, la déesse Amaterasu au Japon, pays du Soleil levant, sans compter les multiples visage du Soleil en Afrique.

 

Datant de l’époque préhistorique, nous connaissons les observatoires astronomiques de Stonehenge en Angleterre, les mégalithes de Carnac en Bretagne, certainement orientés par rapport à la course de l’astre solaire.

 

Dans la religion judéo-chrétienne, on pourrait penser qu’il n’y a plus de mythe solaire. Et pourtant ! Comme nous approchons de la fête de Noël, voyons un peu dans le calendrier chrétien ce qu’il a de solaire et plus particulièrement dans cette fin de l’année.

 

Le solstice, le moment où le soleil s’arrête

 

Le mot « solstice » vient du latin « sol stat », « sol stare », ce qui vient dire : le soleil s’arrête. Lors du Solstice d'été, le 21 juin, le Soleil atteint sa limite maximale Nord dans le Zodiaque (1). La vie arrive à son summum d'épanouissement, la nature mûrit. Le Soleil demeure pour un instant fixe dans le ciel, au jour le plus long et à la nuit la plus courte, avant de recommencer sa descente vers le sud. C'est l'entrée dans le Cancer, la fête de la Saint-Jean, l'incarnation rayonnante de la lumière, la plénitude de la vie.

 

Au Solstice d'hiver, le 22 décembre, le Soleil atteint l'extrême Sud céleste, et son point d'éloignement maximal de l'équateur céleste. Nous vivons la nuit la plus longue et au jour le plus court. C'est alors qu’est célébré le pacte du renouveau de la vie, le mystère de la renaissance. C'est à partir du plus profond de l'hiver que la vie commence progressivement sa remontée. Cet instant est associé au signe du Capricorne.

 

Le nom de Noël vient de « natalis solis », la naissance ou renaissance du soleil. Noël est une fête de la lumière, la fête de la renaissance de la lumière solaire, après avoir vaincu les ténèbres de l’hiver.  Pourquoi fêter Noël le 25 décembre ou plus précisément dans la nuit du 24 au 25 décembre ?

 

L’ancienne fête romaine de Mithra ou fête du Soleil invaincu

 

Le christianisme a repris un ancien culte, longtemps célébré à Rome et venant de plus loin en Orient, de Perse. Le 25 décembre, Rome célébrait la naissance du dieu Mithra, appelé « Sol invictus », le Soleil invaincu. Ce jeune dieu solaire surgit d’un rocher ou d’une grotte, le 25 décembre, sous la forme d’un enfant nouveau-né. Dieu d’origine perse, dont le nom existe dès le VIème siècle avant notre ère, Mithra est l’objet d’un culte qui se développe aux IVème et IIIème siècles, et qui connaît un grand succès à Rome. Mithra est le plus souvent représenté coiffé d’un bonnet phrygien, en train de tuer un taureau, symbole lunaire. Mithra rétablit la puissance de la lumière, du soleil contre les forces des ténèbres. Il est donc le soleil invaincu, dont la naissance était célébrée le 25 décembre, le jour de la nuit la plus longue. Le sang de taureau que Mithra fait couler fertilise la terre.

 

Le culte de Mithra passe de la Perse à Rome, puis en Gaule, avant de s’étendre à tout le bassin méditerranéen. Lorsque le christianisme devint la religion officielle de l’Empire au IVème siècle, la date du 25 décembre fut retenue en Occident pour célébrer la naissance de Jésus. En fait, la célébration de la Nativité a lieu au cours de la messe de Noël, le 24 décembre à minuit, pour bien marquer, dans le cycle journalier, le passage entre la fin de la descente dans les ténèbres de la nuit et le début de la remontée vers la lumière du jour.

 

La date du 25 décembre a été choisie par Rome comme la date symbolique de la naissance de l’empereur romain, et ce depuis le règne d’Aurélien, en 275. Après la refonte du calendrier du pape Grégoire XIII en 1582, les chrétiens orthodoxes d’Orient ont continué à utiliser le calendrier Julien pour fixer les dates de leurs fêtes religieuses. C’est pourquoi Noël continue d’être célébré dans ces pays le 25 décembre du calendrier Julien, qui correspond aujourd’hui au 6 Janvier du calendrier grégorien. (2)

 

Le jour du 6 Janvier a été choisi par l’Eglise chrétienne d’Occident pour célébrer la fête de l’Epiphanie (« epiphania » signifie apparition). On la consacre à l’Adoration des Rois-mages, qui sont aussi des Rois venus d’Orient, de là où le soleil se lève.

 

Les cérémonies de la fête de Noël sont officiellement codifiées par l’empereur Théodose en 425. Noël devient alors une fête exclusivement chrétienne. En 440, le pape Sixte III décide de célébrer la messe de Noël à minuit, dans une petite chapelle qu’il avait fait construire en forme de grotte. En 506, le concile d’Agde en fait une fête d’obligation et en 529, l’empereur Justinien en fait un jour chômé. La pratique romaine est appliquée dans tout l’Empire (Angleterre, Irlande, Suisse, Allemagne, pays scandinaves, pays slaves, Hongrie …). La pratique des Trois Messes est imposée par Charlemagne. C’est ainsi que s’est instituée chez les chrétiens la coutume de ne pas dormir durant cette nuit de Noël, que les païens pratiquaient depuis des temps immémoriaux.

 

Les deux fêtes du dieu Janus

Autre célébration païenne très importante que le christianisme va christianiser, ce sont les deux fêtes du dieu Janus, qui vont devenir les deux fêtes de la Saint Jean, liées aux deux solstices, la Saint Jean d’hiver et la Saint Jean d’été.

 

En effet, la dénomination de Janvier, du latin « januarius », premier mois de l’année, provient du nom du dieu romain Janus, lié au mot « Janua » qui signifie Porte. Janus était le dieu du passage d’une année à l’autre, d’un cycle à l’autre. Il est généralement représenté par un visage à double face, dont l’un regarde le passé et l’autre l’avenir. Il est le gardien des portes du cycle annuel. Ses attributs sont deux clés, qui sont associées aux deux solstices : une clé d’or et une clé d’argent.

 

Chez les Romains, ces clés étaient associés aux Mystères, petits Mystères associés au solstice d’été et grands Mystères liés au solstice d’hiver. Dans la tradition chrétienne, les deux clés d’argent et d’or sont respectivement celles du Paradis terrestre et du Paradis céleste ; ce sont les clés de Saint Pierre. Elles figurent d’ailleurs sur le drapeau du Vatican et constituent des emblèmes du Souverain Pontife. Les clés de Saint Pierre ouvrent les portes de l’histoire de la chrétienté. Saint Pierre est une christianisation de l’ « Aïon », dieu du temps et des cycles, tenant la roue du Zodiaque. Une magnifique mosaïque représentant Aïon se trouve au Musée des antiquités d’Arles.

 

Le 27 décembre, c’est la fête chrétienne de la Saint Jean d’hiver, de Saint Jean l’Evangéliste, et le 24 juin, c’est la fête de Saint Jean d’été, de Saint Jean Baptiste. Saint Jean Baptiste était un personnage très connu et populaire en Orient et en Palestine. Il s’efface devant le Christ. Mais sa fête demeure importante dans le calendrier, célèbre par les feux de la Saint Jean.

 

La Saint Jean d’été est une fête populaire, se déroulant à l’extérieur et célébrée dans la liesse. C’est la fête du Feu, de la lumière extérieure. Le bûcher de la Saint Jean d’été est une construction savante où les morceaux de bois sont empilés les uns sur les autres, pour former une pyramide tronquée. On chante, on danse en cercle autour du feu, comme pour faire une roue solaire et surtout on saute au-dessus du feu, en signe de purification. Et on conserve un tison du feu de la Saint Jean pour allumer la bûche de Noël. La Saint Jean d’hiver est une fête commémorée dans l’intimité du foyer. C’est celle du feu intérieur.

 

L’arbre et la bûche de Noël, symboles de lumière

La coutume de l’arbre de Noël trouve son origine probablement dans les pays scandinaves, et plus récemment, en Allemagne. Elle est entrée ensuite en Alsace et en Lorraine, avant de s’étendre à toute la France.

 

L’arbre de Noël est un arbre toujours vert, à une époque de l’année où les autres arbres ont perdu leur feuillage. C’est un pin, un épicéa, ou encore des branches de houx. Cet arbre de Noël est l’arbre de Vie que l’on trouve dans de nombreuses traditions, l’Arbre cosmique, l’Axe du monde qui relie le Ciel à la Terre. On y place des bougies (en principe allumées seulement à minuit), une guirlande, donc de la lumière, et des boules qui représentent les planètes. Elles forment toute une guirlande ascensionnelle, vers le sommet de l’arbre, où se trouve l’étoile, qui représente le pôle Nord, ou l’étoile polaire, pôle immobile du Ciel.

 

La lumière du sapin est celle du feu intérieur, celui qui demeure malgré les tempêtes et le froid extérieur. C’est la lumière qui survit dans les ténèbres et le froid. Elle est le symbole de la Vie que rien ne peut détruire.

 

La bûche de Noël, que l’on place dans la cheminée, est normalement un tronçon d’un arbre coupé en été. La bûche relie en fait les deux solstices. Selon une coutume d’origine celtique, la bûche était allumée avec un tison provenant du feu de la Saint-Jean de l’été précédent. La coutume consiste à laisser la bûche se consumer jusqu’à extinction. Elle symbolise la fin d’un cycle et le début d’un nouveau.

 

La crèche est beaucoup plus récente que la fête de Noël. Les premières représentations de la Nativité apparaissent en France au IVème siècle. Le Père Noël, quant à lui, semble avoir plusieurs origines : Saint Nicolas, au IVème siècle de notre ère, avec l’habit épiscopal violet, dispense la lumière, les bonnes paroles, mais aussi les gâteries, les bonbons aux enfants. Il était associé au père Fouettard. Le Père Noël est aussi le vieil homme qui vient du nord, avec son vêtement rouge, sa grande barbe blanche, le traîneau. Il représente aussi l’année finissante. Portant  la hotte comme une corne d’abondance, il passe par les cheminées, lien entre le Ciel et la Terre.

 

 

La galette solaire de l’Epiphanie

L’Epiphanie commémore l’annonce de la naissance du Christ aux Bergers et aux Rois-mages. Elle se célèbre donc le 6 Janvier, très précisément douze jours après le 25 décembre. Le jour du 31 décembre est situé au milieu de cette période de douze jours. Le 31 décembre, à minuit, Janus, le gardien des portes, peut voir simultanément l’ancienne et la nouvelle année. Le 1er janvier était déjà, chez les Romains, le Jour de l’An.

 

Ces douze jours qui relient le 25 décembre au 6 janvier sont en miniature le cycle des douze mois de l’année à venir. On dit parfois que ces douze jours préfigurent ce que seront les douze mois à venir : le 26 décembre préfigure le mois de janvier, le 27 décembre le mois de février etc.

 

Bien avant le christianisme, à Rome notamment, ces douze jours étaient symbole de passage, de temps nécessaire à la transformation. Toutes les forces étaient tendues dans l’attente du redémarrage de la nature. Toutes les activités humaines devaient s’arrêter : on arrêtait les roues, les moulins… tout ce qui rappelait la roue des mois.

 

C’était la période où se situait au Moyen Age la fête des Fous, fête chrétienne inspirée des Saturnales romaines, durant laquelle l’ordre social habituel était aboli. A la fin des Saturnales, les Romains avaient l’habitude d’offrir des cadeaux, en particulier aux enfants.  La fête de l’âne au Moyen Age se célébrait aussi aux alentours du 25 décembre.

 

La venue des Rois-mages est associée à l’offre des présents, l’or, l’encens et la myrrhe, et aussi au partage de la galette, ronde, couleur de soleil. Ainsi, la coutume d’offrir des cadeaux à l’Epiphanie, notamment dans les pays chrétiens du Sud, est en relation avec les présents des Rois-mages. La galette, de forme circulaire, est un symbole solaire. Elle est faite d’une pâte feuilletée, elle contient la fève ou l’amande, parfois symbolisée par le Christ, nouveau-né emmailloté.

 

Brigitte Boudon

 

Notes

 

(1) le Zodiaque est le bandeau circulaire de 17° de large, qui représente le trajet apparent du soleil autour de la Terre.

 

(2) Jusqu’en 1582, on utilisait, dans le monde chrétien, le calendrier julien, institué par Jules César, qui suppose que la durée de l’année est exactement de 365,25 jours. Mais sa durée réelle est de 365,24219 jours, si bien que les équinoxes et les solstices avançaient d’un jour tous les 128 ans : vers 1500, l’équinoxe de printemps tombait ainsi dix jours plus tôt que dans l’Antiquité, le 11 mars au lieu du 21 mars. De plus, le calcul de la date de Pâques, qui fait intervenir la Lune, était devenu complètement faux. Le concile de Trente chargea donc le pape Grégoire XIII de rétablir la situation. Il supprime dix jours dans un premier temps, si bien que le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 sera le vendredi 15 octobre. Puis il décide de supprimer trois années bissextiles en quatre siècles : seules les années séculaires dont le millésime est divisible par 400 resteront bissextiles ; ainsi, 1700, 1800 et 1900 ne furent pas bissextiles, tandis que 2000 le fut. Cette solution est satisfaisante, et le calendrier grégorien, qui ne sera pas immédiatement adopté par tous les pays, est aujourd’hui utilisé universellement, bien que certaines religions conservent un calendrier propre pour des raisons rituelles.