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Le symbolisme de la montagne

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.

 

"La montagne traduit le mieux, l'immortelle beauté de la création"- Turner

" Au-dessus de ma tête sont les Alpes, palais de la nature, dont les vastes remparts portent leurs créneaux blanchâtres jusque dans les nuages ; palais sublime d'une glace éternelle, où se forme l'avalanche, cette foudre de neige. Tout ce qui effraie et agrandit l'âme en même temps est réuni sur ces antiques sommets. Ils semblent montrer jusqu'à quel point la terre peut s'approcher du ciel et laisser au-dessous  l'homme  orgueilleux". Byron

 

La montagne a provoqué chez l'homme quantité de sentiments contradictoires.

Interdite, promise, refuge des ermites, siège des combats entre  les Titans et les Dieux, entre les Archanges et les Dragons, lieu de l'immortalité, colline de la pureté, centre et sommet du monde.

Génératrice de paniques comme d'exaltations, la montagne suscite depuis toujours le sentiment d'un univers qui échappe à l'échelle humaine.

Proche des cieux, éloignée de l'ordre humain, elle est le point de rencontre privilégié entre le Ciel et la Terre.  Elle est le lieu le plus bas pour les dieux et le plus élevé pour les hommes.

 

Sur ses sommets, Yahvé a dicté ses commandements à Moïse, le Bouddha a prêché la délivrance et le Christ s’est transfiguré face à ses disciples les plus proches. C'est aussi au pied d'une montagne, l'Hélicon, qu’ Hésiode a reçu l'inspiration des Muses pour écrire sa Théogonie, histoire sacrée des Dieux et de la Création.

Symbole universel,  la montagne revêt de multiples significations. De ses sommets médiateurs, elle relie les contraires dans de très nombreuses complémentarités.

 

La montagne est présente dans les mythes et légendes de tous les peuples. Des récits les plus anciens jusqu'aux œuvres les plus modernes, elle révèle les caractéristiques de la Création toute entière.

 

 

1. L’OROGENESE, LA NAISSANCE DES MONTAGNES

 

Ce sont des mouvements sismiques qui engendrent les océans et les montagnes, mouvements vibratoires du sol, de forte amplitude et de brève durée. La croûte terrestre n'étant pas homogène, elle présente des failles, à travers lesquelles la matière du centre de la Terre émerge vers la surface.

 

Ces gigantesques forces verticales dégagent en même temps, lors de leur ascension, des tensions horizontales qui régulent les mécanismes de communication entre les continents. Ces mouvements telluriques rapprochent ou écartent les masses continentales, De ces mouvements pluridimensionnels (émergence, écartement et contraction) naissent de nouveaux océans et les fondements de futures chaînes de montagnes.

 

C'est par des chaînes de montagnes, véritables épines dorsales de la planète, que communiquent et sont reliées la surface terrestre et celle du monde sous-marin.

L'équilibre entre terres émergées et immergées est tel qu'à chaque nouvelle chaîne de montagnes correspond une nouvelle configuration des eaux.

Les chaînes des montagnes se préparent (conception), se développent (croissance), s'achèvent (maturité) et puis s'érodent (vieillissement et mort), faisant de la montagne un être à quatre âges.

Nous connaissons aujourd'hui la durée approximative de ces quatre âges qui oscille entre 160 et 225 millions d'années, comme celle du cycle alpin. Mais, à leur mort, d'une certaine manière, les montagnes renaissent, puisque chaque nouvelle chaîne naît à la place des chaînes précédentes. C'est l'orientation qui change : le nouvel axe des chaînes distribue autrement le mouvement tellurique générateur, provoquant ainsi une nouvelle distribution des surfaces, un nouveau scénario de vie.

 

La montagne physique porte un  message symbolique qui la dépasse et la fait appartenir au domaine du "tout Autre", le sacré. Il s'agit du lieu hiérophanique par excellence.

 

2. LA MONTAGNE COSMIQUE, CENTRE DU MONDE

 

La montagne est dans chaque récit de création du monde. Une montagne devient montagne cosmique à partir du moment où elle incarne les fonctions de centre et sommet du monde, c'est-à-dire d'axe médiateur entre le Ciel et la Terre.

La montagne, centre-sommet et pente cosmique, apparaît comme la figure de choix symbolisant le lieu de la naissance du monde, le sommet d'où émerge la vie la première fois, source de toute réalité et radiance. La montagne cosmique est aussi l'axe qui relie les Cieux aux Enfers dont est composée toute Création mythique.

 

Exemples :

. Grèce : le Mont Olympe est le séjour des dieux.

C’est à Delphes, au flanc du Mont Parnasse, que les aigles de Zeus, lancés des antipodes du disque terrestre, se rencontrent, signalant le centre de la Grèce et du monde ; marqué par la pierre cosmique, l'omphalos, nombril du monde.

 

. Le Mont Tabor dans l'ancienne Palestine, pourrait bien être "Tabbur" et signifier "nombril"; quant au Mont Samaritain, Garizim, il est nommé dans la Bible (Juges 9, 37) le nombril de la Terre.

 

. Pour les Chrétiens, le Golgotha se trouvait au centre du monde. Il était à la fois la cime de la montagne cosmique, l'emplacement où Adam avait été créé et enterré et le lieu de la Passion du Christ, qui crucifié à son sommet, assume la fonction d'axe du monde. Le mont Ararat est le mont où s’échoue l’arche de Noé.

 

. Dans la cosmologie musulmane, Kaf est le nom donné à la montagne entourant le monde terrestre, elle est le piquet, le point d'appui qui soutient la Terre. Son fondement est une pierre faite d'une seule émeraude. Le Kaf symbolise la montagne Mère de toutes les montagnes. Celles-ci lui sont reliées par des ramifications et des veines souterraines ; et quand Dieu veut anéantir une contrée quelconque, il ordonne  (à partir du Kaf) de mettre en mouvement un de ses rameaux, provoquant ainsi un tremblement de terre.

 

. Selon la tradition hindoue des Puranas, notre Terre est sphérique et constituée de sept continents et de sept mers. Le continent central est lui-même divisé en sept parties, dont l'une est l'Inde, séparées par six montagnes et une montagne centrale. Au centre, se dresse la Montagne d'Or, le mont Meru.

 

L'eau de la vie se rassemble dans le bassin supérieur de la montagne cosmique, elle descend de sept Sages célestes ou sept Rishis de la Grande Ourse. Cette eau surnaturelle, née dans les étoiles, est la Ganga, ou Gange céleste, le fleuve de vie "qui coule de l'extrême Nord (la Polaire) vers la montagne des Dieux". La Ganga fait sept fois le tour du Meru, et va ensuite se diviser en quatre lacs placés sur les quatre hauteurs qui bornent la hauteur des origines.

 

. En Chine, l'Empire du Milieu, le coeur de son image du monde est aussi une montagne mythique, le K'ouen-Louen. Parsemé de jardins suspendus, il abrite un palais à l'envers, une pagode de neuf étages, symbole des étages du monde. Un fleuve d'eau rouge cinabre confère l'immortalité à ceux qui la boivent. De son sommet, quatre fleuves s'échappent vers les  quatre coins du monde.

 

. Henry Corbin nous révèle le rôle de la montagne dans la tradition mazdéenne en tant qu'espace visionnaire, source d'une psycho-géographie qui révèle les sentiers de transmutation cosmique de l'âme humaine.

 

LA MONTAGNE, L’ILE SECHE, pure et incorruptible

 

Le tertre initial ou la montagne-île est le thème commun à presque toutes les cosmogonies de l'Egypte ancienne. Première terre émergée. C’est une île exceptionnelle qui s'insère dans les Eaux primordiales du Noun, "quand ni le Ciel ni la Terre, ni le Monde inférieur n'existaient encore"".

C'est sur une première motte de limon, ou sur une première pierre que la Divinité émerge à la conscience, devient créatrice. Colline de sable, tertre haut, émergence, colline de l'embrassement. Tous ces termes désignent le premier pas de la création, le lieu du départ, le centre du monde manifesté.

 

3. LA MONTAGNE ET  L'ALCHIMIE DE LA CREATION

 

MASCULIN-FEMININ, la DOUBLE POLARITE DE LA MONTAGNE

 

La montagne possède une double nature, masculine et féminine.

Masculine par ses sommets et ses proéminences pointées vers le ciel, elle exprime le principe de l'extériorisation de la puissance masculine, l'extraversion des énergies du centre de la Terre.

Féminine, cachée, elle l'est par ses grottes humides et obscures, génératrices de formes mystérieuses.

C'est dans son cœur que réside le lit nuptial où le Roi et la Reine, le souffre et le mercure alchimique, conçoivent la matière première de l'Œuvre.

 

Généralement, le culte des sommets était réservé à des divinités essentiellement célestes (masculines), le culte des cavernes s'adressait à des divinités chtoniennes, agissant sous terre (féminines).

L'eau des sanctuaires souterrains n'est pas considérée comme un liquide profane, destiné à désaltérer, à laver ou à irriguer: C'est plutôt un fluide de vie, comparable au sang qui coule ou au lait maternel.

 

LA MONTAGNE ET LES QUATRE ELEMENTS

 

La montagne est souvent associée, par sa fonction de centre et de matrice de la Création, aux quatre éléments primordiaux ou plus particulièrement, à l'un d'entre eux.

Montagne-feu, elle est associée à la verticalité, à l'axis mundi, à la puissance sexuelle du Démiurge Créateur.

Montagne-air, elle est associée au lieu du combat, au tonnerre, aux dieux atmosphériques, à la hauteur, à l'étoile, au point de lumière qui oriente dans les ténèbres.

Montagne-eau, elle est liée aux sources de l'immortalité, à la croissance et à l'épanouissement ; elle attrape les nuages pour garantir le cycle de la circulation de la vie.

Montagne-terre, elle est vénérée en tant que mère gravide qui enfante, associée à la pierre et à la caverne.

 

Ceci explique l'origine des offrandes marines retrouvées sur les sommets des montagnes et la signification des pèlerinages indigènes (notamment dans les montagnes andines) qui vont durant les périodes de sécheresse recueillir l'eau de l'Océan, des coquillages et des plumes d'aigles de mer pour confectionner les offrandes qu'ils offrent aux cimes des coteaux symboles de fécondité. La coutume de dessiner des pistes et des figures rituelles afin de se relier à la montagne magique fut très répandue dans toute cette zone désertique.

 

4. LA MONTAGNE-TEMPLE, LIEU DU RITE

 

Dans les premiers sanctuaires naturels, les autels furent des pierres brutes, naturelles ou dressées de main d'homme qui, par leur proéminences, incarnaient les fonctions de la montagne cosmique, axe et centre du monde. Ils furent les premières représentations de la montagne sacrée à recevoir les sacrifices, les premiers rites.

"En un certain sens, dit Mircea Eliade, chaque temple reproduit la montagne cosmique, c'est-à-dire celle qu'on considère comme bâtie au centre du monde. Est centre tout espace consacré, orienté, c'est-à-dire chargé de sens, le lieu où peuvent avoir lieu les hiérophanies et les théophanies et où se vérifie une possibilité de rupture des niveaux entre le ciel et la terre".

 

Exemples :

 

. la ziggurat à Babylone : chaque cité se trouvait au centre du monde, Babylone était une "Porte des Dieux" et la ziggurat au cœur des cités représentait la Montagne Cosmique. Le ziggurat de Babylone était nommé Elemenanki, "maison des sept directions du ciel et de la terre".

 

. les pyramides mexicaines à degrés, semblent avoir épousé le même principe. La pyramide à neuf étages de Palenque, où est enterré le Roi-prêtre Pacal représente les neuf cieux de l'au-delà.

 

A Chichen Itza, au Yucatan, la pyramide appelée le Château est de treize étages, rappelant les cieux cosmiques. Elle est orientée de sorte à faire descendre magiquement sur terre, à l'équinoxe, Kukulkan, le Serpent à Plumes chargé d'eau précieuse, pour féconder les champs. Le jour de l'équinoxe de printemps, à l'aube, l'escalier projette sept triangles descendants sur la façade, donnant l'impression que le corps du serpent descend en ouvrant sa gueule sur la Terre.

 

. Au Pérou, sur le sommet de la cité sacrée des Incas, Machu Picchu, la "Vieille Montagne", se trouve l'Intihuatana, la "pierre qui accroche le Soleil", véritable horloge solaire.

 

. En Afrique, le système du monde des Dogons est représenté par un édifice en forme de pyramide tronquée, de base circulaire symbolisant le Soleil et avec un sommet carré qui rappelle le Ciel. On parvient au sommet par quatre escaliers de dix marches chacune, parfaitement orientés selon la croix cardinale. Sur la terrasse céleste, au centre, est figurée la Lune ainsi que l'axe du monde qui se dresse vers les Cieux. L'accès à l'intérieur de l'édifice se fait par le Nord, le lieu des Pléiades. C'est accès est comme la bouche et l'intérieur, le grenier, est comme le ventre, l'intérieur du monde.

 

. Les temples et les pyramides Egyptiens rappellent la symbolique de la montagne sacrée. La pyramide égyptienne évoque la colline primordiale d'où Atoum, le Démiurge, s'éléva au-dessus du Chaos. Symbole de l'Ascension, elle est assimilée à l'échelle céleste, grâce à laquelle le Pharaon défunt gagnait les hauteurs célestes.

 

. Inde : Le mont Meru, le mont Mandara et le mont Kaïlasa sont les trois premiers noms utilisés dans les anciens textes indiens pour décrire le temple.

Chacun de ces trois monts est censé être respectivement la demeure d'un des trois Dieux composant la Trinité brahmanique : Brahma, Vishnou et Shiva.

 

. Indonésie, à Borobudur, dans l’île de Java, se trouve le stupa mandala le plus connu.

Borobudur est dans sa forme même une montagne sacrée visible de par sa structure pyramidale.

Circumambulation le long des stupas renfermant les statues du Bouddha. Celle du sommet est vide.

 

. le mont Sinaï : une fois descendu du mont Sinaï avec le Décalogue, Moïse bâtit un autel au pied de la montagne et dressa douze stèles pour les douze tribus d'Israël. Le Sinaï devient alors montagne historique de la rencontre (entre le Ciel et la Terre) entre les hommes et Dieu mais aussi temple modèle revelé par Dieu à Moïse.

 

. L’Acropole d’Athènes élève ses temples au sommet d'un mont sacré et on y accède par le portique des Processions ; les chants des Panathénées y accompagnaient la marche des pèlerinages rituels."

 

La cité grecque était partagée en trois hauts lieux de la vie civique, la colline du pouvoir et du sacré, l'Acropole ; la place publique, centre de la vie sociale et de ses institutions, l'Agora et le cimetière national, l’Agros,  lieu de la mémoire, protecteur du seuil de la cité et image du monde souterrain.

 

Ainsi, le modèle de la ville-montagne grecque parvient à incarner les trois mondes dont est composée l'image mythique de la création : le ciel (Acropole), la surface (Agora) et le sous-terre (Cimetière).

 

. En Grèce, le mont Athos abrite une véritable cité sainte, peuplée exclusivement  d'hommes ayant prononcé des voeux monastiques.

 

. La ville de Lhassa, au Tibet, possède aussi son Acropole dans le mont Potala, qui veut dire "'montagne nombril", où était installé le palais-temple du Dalaï Lama. Le palais du Potala épouse la montagne sainte naturelle et incarne le Meru où les Tibétains voyaient la résidence du Bodhisatva Avalokiteshvara, l'architecte céleste, instaurateur du pouvoir royal, dont le dalaï Lama est une incarnation.

 

. Le Moyen Age chrétien a vu s'élever des cités spirituelles sur les sommets des montagnes, comme celle de la Grande Chartreuse. Des réseaux de monastères-montagnes ont relié toute l'Europe.

 

Quand la ville est construite dans un terrain plat, comme la capitale de l'Empire Khmer, Angkor Vat, on érigeait au cœur de la cité des temples-montagnes.

 

Lieu de contemplation et asiles pour les voyageurs, les montagnes sanctuaires pacifient les sommets et assurent ainsi des relais de pèlerinage à l'intérieur de soi-même.

 

5. L’ASCENSION DE LA MONTAGNE, SOURCE DE TRANSFIGURATION

Au début du XIXème siècle, la "quête des sommets" gagne l'Europe puis l'Amérique, l'Afrique et l'Asie, succédant aux traditionnels pèlerinages.

C'est le dépassement de soi qui est recherché et trouvé dans ces ascensions.

 

Ce n’est pas la seule notion d'altitude, mais surtout les dénivellements qui provoquent cette ascèse de l’ascension. C'est la rupture avec l'horizon qui toujours a exalté et frappé l'imagination, inspirant  à  l'homme ce sentiment ambigu de frayeur et d'admiration devant les montagnes.

Toute ascension culmine en ascèse et exaltation.

Gaston Rébuffat disait au sujet de ses premières ascensions  : " j'étais né une seconde fois". Maurice Herzog, parlant de ce qu'il éprouva au sommet de l'Annnapurna s'est exclamé : " je ne ressentais rien d'autre qu'une immense extase".

Curtis Casewit dans son livre "Montagnes du monde" rappelle à juste titre "que cette joie ineffable, pour beaucoup est provoquée moins par la conquête d'une montagne que par la victoire sur soi-même, et par le dépassement de ses propres limites."

Sans oublier le récit de Pétrarque de son ascension au Mont Ventoux, où il découvre l’Olympe et ses  mystères.

 

 

6. LA MONTAGNE SACREE  ET SES RAPPORTS AVEC L'AU-DELA

Dans la Divine Comédie, Dante introduit la notion du Purgatoire, symbolisé par une montagne, dont l'ascension est libératrice pour l'âme. Le rôle assigné à la montagne par les théologiens et penseurs de la fin du Moyen Age est celui d'intermédiaire dans l'au-delà entre les Enfers et le Paradis.

 

En Egypte, le mort est accueilli par la déesse mère Hathor devant la colline de l'Occident, avant d'effectuer son parcours en forme de chute et d'ascension dans un univers inversé où trône la salle de la Vérité-Justice où dans laquelle sera jugé son cœur.

 

Les pyramides, où se trouve le séjour du tombeau du Pharaon, comme on l'a déjà vu, servaient d'échelle entre la Terre et le Ciel, mais aussi de lieu de transfiguration, à l'image de la montagne de l'Occident. Pharaon se transfigurait dans son corps glorieux pour émerger au sommet du monde, rajeuni comme un enfant.

La montagne de l'au-delà assume alors les fonctions de la mort, jugement-résurrection. Elle est le lieu de passage par excellence entre deux états de l'être, le temporel et l'immortel.

Dans ce sens, la montagne de l'au-delà avec ses grottes et le labyrinthe de ses  chemins sert de modèle exemplaire à tout lieu d'initiation pour les vivants. La montagne de l'au-delà devient alors la montagne initiatique, séjour de sagesse et de transfiguration pour les vivants.

 

7. LA MONTAGNE INITIATIQUE


La montagne initiatique est avant tout un réseau d'épreuves, où l'âme est éprouvée dans la chute et l'ascension autour de l'axe du monde pour favoriser un changement ontologique, c'est-à-dire, la mort psychique de l'ancienne personnalité pour la naissance d'une nouvelle individualité transfigurée.

Comme on l'a déjà vu, la montagne caverne assume cette fonction déterminante pour les rites de la nouvelle naissance. Le voyage dans la caverne vise avant tout à faire recouvrer au candidat la situation de l'embryon. C'est-à-dire qu'il simule une nouvelle conception avant la naissance, symbolisée par la sortie de la grotte ou l'ascension au sommet de la montagne, lien entre la terre et le ciel.

La quête de la montagne initiatique ou celle de la montagne cosmique, réceptacle des forces du surnaturel, a fait toujours l'objet de pèlerinages.