Le symbolisme de l'oeuf

par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des ouvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symbolique de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.

 

L’œuf, considéré comme contenant le germe à partir duquel se développe la manifestation, est un symbole universel. La naissance du monde à partir d’un œuf est une idée commune aux Celtes, Grecs, Egyptiens, Phéniciens, Tibétains, Hindous, Chinois, populations sibériennes ….

 

Les quatre types de mythes de création selon Mircea Eliade :

 

L'historien des religions Mircea Éliade a montré qu'il existe en fait quatre variantes d'un même thème cosmogonique. Il s'agit de la conception d'un œuf cosmique, de la création par démembrement ou sacrifice d'un Etre primordial, du combat contre un monstre ou un Dragon, enfin du plongeon cosmogonique de la divinité créatrice.

 

Selon les récits mythologiques qui relatent la création du monde, les choses créées ne sont pas sorties du néant par l'action d'une divinité intemporelle. Les textes nous laissent deviner l'existence préalable d'un Chaos, d'un "monde antérieur", qui contenait déjà en lui, mais à l'état latent ou sous une disposition différente, toute la "matière première" qui va être mise en œuvre pour la création.

 

La création, quant à elle, jaillit d'une plénitude. Les Dieux, les démiurges créent par un excès de puissance, par un trop-plein d'énergie. Voilà pourquoi le mythe de création, qui raconte la manifestation d'une plénitude d'être, devient le modèle exemplaire de toutes les activités humaines.

 

Pour se représenter cet instant crucial de la Création, l'homme fait appel au monde matériel, concret, celui de l'"extension", mais il inclut également le monde non directement observable, le monde de l'imaginaire. Le mythe permet donc d'exprimer l'ÉTAT PARADOXAL dans lequel sont plongés l'univers et l'homme lui-même.

 

L'on s'explique mieux ainsi les contradictions apparentes qui surgissent dans les mythes de création. Si nous prenons par exemple, le Soleil, la Lune et les étoiles, nous les trouvons décrits en termes empruntés à la famille humaine et aux relations familiales, alors que l'homme n'est pas encore créé. Ce paradoxe apparent a pour origine une unité au-delà de toutes les distinctions, un point à partir duquel la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas, n'apparaissent pas comme contradictoires mais simultanés.

 

Dans le mythe de création, nous sommes hors du temps chronologique ; tout y est donc possible. Une chose peut être en même temps elle-même et son contraire. Une divinité féminine peut être simultanément épouse, mère et fille d'un Dieu masculin.

 

Le fait de retrouver les quatre scénarios mythiques partout dans le monde nous prouve que les structures mythiques sont indépendantes des réalités environnantes, géographiques, sociales ou politiques.

 

L’œuf est donc un des quatre modèles de mythes cosmogoniques.

 

Avec le symbolisme de l’œuf, on touche aux mystères de la création et de la vie. C’est le symbole le plus en rapport avec les mystères du vivant. Il nous fait aller dans une dimension très paradoxale, celle du passage entre le chaos et le monde différencié, quand les choses commencent à venir à l’existence, le moment où tout est encore possible. Passage de l’Un au multiple.

Le Zéro est à la fois avant le Un et après, et dans ce cas, c’est l’espace de la création.

Le paradoxe de la poule et de l’œuf n’a pas de solution si l’on se situe dans l’espace temps chronologique, mais pas si l’on se situe dans ce temps mythique, non chronologique, où les éléments coexistent.

 

Deux images se dégagent par rapport à la création :

. soit l’œuf est la forme que prend le Chaos, c’est alors la matrice qui contient tout à l’état virtuel, latent, potentiel …. Alors le symbole de l’œuf concerne la connaissance de ce qui est avant la création.

. soit l’œuf est la première forme d’organisation, avec sa structure ternaire : la coquille avec sa membrane, le blanc et le jaune.

 

Dans les deux cas, on parle d’œuf cosmique. Ces deux images sont soit séparées soit unies dans une même représentation.

 

1. l’œuf cosmique de la genèse, représentation du chaos

2. L’œuf, premier principe d’organisation

3. l’œuf alchimique

4. l’œuf et le serpent

5. la symbolique du Zéro

6. l’œuf de la renaissance (œuf de Pâques)

 

 

1. L’œuf, représentation du chaos

Le chaos représente la totalité parfaite, androgyne qui contient tout, mais où rien n’est différencié.

L’œuf est alors une réalité primordiale, qui contient en germe la multiplicité des êtres qui vont en sortir.

L’œuf apparaît souvent sur les eaux ou sur un tertre. Il résulte de l’action du Verbe créateur, le vent qui souffle sur les ténèbres, soit pondu par un oiseau.

- l’œuf de serpent chez les Celtes, figuré par l’oursin fossile

- L’œuf craché par le serpent en Egypte ou pondu par l’oiseau Bennou

- L’œuf craché par le dragon chinois

 

Tradition orphique

Théogonie orphique connue par Aristophane et Platon :

 

« A l’origine était le Vide, et la Nuit, et le noir Erèbe, et le large Tartare ; la Terre, l’air ni le ciel n’existaient pas encore. Mais dans les profondeurs infinies de l’Erèbe, la nuit aux ailes noires enfanta un œuf sans germe, d’où sortit, à la saison fixée, Eros le désirable, le dos resplendissant de deux ailes d’or, pareil aux tourbillons rapides comme le vent. S’étant uni de nuit au vide ailé, dans le large Tartare, il façonna notre race (à nous les oiseaux) et la fit surgir la première à la lumière. Celle des Immortels n’existait pas avant qu’Eros n’eût opéré l’union de toutes choses : du mélange progressif des éléments entre eux sortirent le Ciel, l’Océan, la Terre, et la race impérissable des dieux bienheureux. »

 

L’œuf est l’origine de tout, symbole de l’unité primordiale. Il est l’image du vivant achevé, représentant la plénitude de l’être, qui se dégrade peu à peu jusqu’au non-être de l’existence individuelle. La théogonie orphique va de l’être au non-être.

 

Sous les noms de Prôtogonos (« Premier-Né »), ou de Phanès (« Celui qui fait briller »), Éros est la puissance qui intègre et concilie les opposés et les contraires ; c’est la force primordiale qui permet d’unifier les aspects différenciés d’un monde déchiré par les tensions.

Eros, le plus ancien dieu grec, dieu de l’Amour et de la Nécessité, est donc mis en avant, en tant que premier-né qui intègre et concilie les contraires.

 

Les Orphiques  ne mangeaient pas d’œuf, sacré par excellence.

 

Inde :

L’œuf cosmique, né des eaux primordiales, couvé à leur surface par l’oiseau Hamsa en Inde, (l’esprit, le souffle divin), se sépare en deux moitiés pour donner naissance au Ciel et à la Terre.

 

Japon

L’œuf primordial du Shintô se sépare en une moitié légère le Ciel et une moitié dense la Terre

 

 

2. l’œuf, premier principe d’organisation

Naissance de l’Homme primordial d’un œuf : Prajâpati en Inde :

 

Chine

P’an kou, être cosmique

Des héros naissent d’œufs fécondés par le soleil…

 

Grèce

Dans la mythologie grecque, Léda, fille de Thestios (roi d'Étolie), est l'épouse de Tyndare (roi de Sparte) et la mère de Clytemnestre, d'Hélène et de Castor et Pollux.

 

Elle fut aimée par Zeus, qui prit la forme d'un cygne pour la séduire. De ses amours avec le dieu, elle conçut deux enfants (Hélène et Pollux), qui naquirent dans un œuf, alors que Clytemnestre et Castor, fils de Tyndare, naquirent dans un autre œuf (selon une autre version, c'est Némésis qui aurait pondu un œuf qui fut ensuite confié à Léda). Les récits varient cependant sur ce point, et les auteurs présentent parfois les Dioscures comme fils de Zeus tous deux, ou bien ne parlent que d'un seul œuf (quand ils en parlent : ce n'est pas le cas d'Homère, et les Grecs d'époque tardive avaient du mal à croire à cette légende ou s'en moquaient).

 

Les trois principes d’organisation de l’œuf :

 

Symbole de l’unité triple : Coquille, blanc et jaune.

Analogue à la structure d’une cellule : noyau, cytoplasme, membrane.

 

Le noyau ou jaune : structure dense, qui structure

Le blanc : apporte la vie

La membrane : apporte la cohésion, délimite, circonscrit….

 

C'est identique pour la structure de l’univers : la notion de Big Bang (explosion) est peu à peu remplacée par celle d’éclosion. L’univers a la forme d’un œuf…..

 

 

3. L’œuf alchimique

Appliqué à l’alchimie, l’œuf symbolise le vase, l’athanor dans lequel s’opère la transmutation de la matière.

Jung donne un excellent résumé des rapports symboliques entre l’œuf et l’œuvre alchimique :

 

« En alchimie, l’œuf représente le chaos tel que le conçoit l’adepte, la prima materia dans laquelle l’âme du monde est captive. De l’œuf, symbolisé par le vase de cuisson rond, s’envole l’aigle ou le phénix, l’âme libérée, identique, en dernière analyse, à l’Anthropos qui était emprisonné dans l’étreinte de Physis ».   Psychologie et alchimie

 

Le chaos : matière vile, le plomb

Phénix : l’or, l’âme purifiée

 

Le mystère de la transmutation alchimique, comme passage de la matière à un état supérieur, s’explique par le symbolisme de l’œuf.

L’œuf alchimique reçoit parfois le nom d’œuf philosophique. L’œuvre est désormais sous son signe : les appareils, le déroulement de la cuisson, et le résultat sont des moments, des formes ou des significations de l’œuf symbolique, selon la loi de l’analogie.

 

Le vase dans lequel s’effectue la cuisson de la matière première porte le nom d’œuf en raison de sa forme et surtout du rôle de matrice qu’il joue.  C’est une sorte de petit ballon, parfois en cristal, et dont l’orifice, une fois la matière introduite, doit être soigneusement clos par le sceau d’Hermès.

C’est un modèle réduit de la Création. Après l’incubation, doit sortir la Pierre philosophale, l’Or spirituel, L’Enfant royal ou poussin. Union des principes masculin et féminin.

 

4. L’œuf et le serpent

Une liaison importante existe entre l’œuf et le serpent.

Parfois l’œuf est engendré par un serpent, le serpent avale ou crache un œuf, le serpetn s’enroule autour de l’œuf.

Le serpent aux sources de la vie, comme l’œuf.

 

. Energie Kundalini, enroulée comme un serpent

 

. Symbole de l’ourobouros : le serpent qui se mord la queue, délimitant le cosmos en forme de cercle. Le serpent empêche la désintégration de l’univers, il le contient. Perpétuelle transformation de mort en vie …

 

. Le serpent gnostique autour de l’œuf

 

Le serpent (l’éon Ophis chez Valentin) est celui qui ouvre les yeux des hommes, et donc qui

leur permet d’acquérir la connaissance, c’est-à-dire la gnose. Cette allégorie est

fondamentale pour les gnostiques ; c’est un complet revirement dialectique des valeurs, où le Bien devient le Mal, et où le Mal devient le Bien.

 

5. La symbolique du Zéro

 

Zéro est un mot dérivé de l’arabe çifa, qui signifie vide.

Il faut attendre le Moyen Age pour que le zéro apparaisse en Occident, transmis par les arabes qui lui donnent son nom, mais déjà les savants de l’Inde le connaissaient déjà au 1er millénaire avant J.C. Il n’existe pas moins de 18 termes sanscrits pour exprimer le concept du zéro, se rapportant généralement à l’atmosphère, à l’immensité de l’espace, au vide ou au ciel. Une des notions du zéro est le bindu, le germe.

Les Mayas connaissaient aussi le Zéro, et l’utilisaient abondamment dans leurs calendriers.

Ils le représentaient  par une coquille ou un escargot : régénération cyclique, vie fœtale.

 

Le Zéro est l’intervalle de la génération. Comme l’œuf cosmique, il symbolise toutes les potentialités.

Il symbolise aussi l’objet qui, sans valeur par lui-même, mais uniquement par sa position, confère à d’autres de la valeur, le zéro multipliant par 10 les nombres placés à sa gauche.

 

Figure parfaite par excellence, sans commencement ni fin.

 

6. L’œuf de la rénovation périodique, l’œuf pascal

La tradition des œufs que l’on s’offre, que l’on colore est universelle. Elle est liée au Nouvel An, ou moments particuliers de passage dans le calendrier.

 

En Perse, en Chine, on s’offre des œufs colorés au Nouvel An.

L’œuf symbolise la résurrection (du Christ) ou le renouveau du Printemps dans les traditions non chrétiennes, le passage (Pesach- pascha- paska, le retour de l’exil en Egypte dans la tradition juive).

Pâques chrétien est aussi lié à la lune de Printemps.

Exemple : l’omelette pascale….

 

L’œuf symbolise alors le triptyque vie-mort-résurrection ou renaissance.

On trouve parfois des œufs dans des tombes (en Grèce, en Egypte l’œuf est évoqué dans les rites funéraires …)

 

 

Annexe : Les 4 types de mythes de création selon Mircea Eliade

 

I - L'ŒUF COSMIQUE

 

"Il y avait Cela, fait de ténèbres, indistinct, sans caractéristiques, indéfinissable, inconnaissable et comme entièrement assoupi.

 

Alors apparut le seigneur Svayambhu (l'Autonome), l'Inévolué qui fait évoluer la totalité du Cela, depuis les éléments grossiers. C'est lui qui, déployant son énergie, dissipe les ténèbres.

 

Lui qui n'est jamais perceptible à ce qui s'arrête au sensible, subtil, inévolué, éternel, fait de tous les éléments, inconcevable, c'est Lui qui, de Lui-même, apparut.

il médita, désireux de créer les créatures de toutes sortes. Au commencement, il ne créa que les eaux, puis, en elles-ci, il émit sa semence.

 

Et ce devint un œuf d'or, revêtu de l'éclat du (soleil) aux mille rayons ; et, dans cet (oeuf), naquit, de soi-même, Brahmâ, l'ancêtre de tous les mondes.

 

Parce qu'il a eu les (eaux) pour refuge, on l'appelle Nârâyana (celui dont les eaux sont le refuge) ; et on appelle les eaux humaines (nârâs) car elles sont les enfants de l'Homme (cosmique) (Nara).

 

Ce qui est la cause inévoluée, durable, dont l'essence est (à la fois) l'Etre et le Non-Etre, voilà l'Homme créé, célébré dans le monde sous le nom de Brahmâ.

 

Dans cet œuf, le Seigneur a résidé toute une année. Puis de lui-même, par sa propre méditation, il sépara cet œuf en deux. Des deux hémisphères, il fit le ciel et la terre ; au milieu, l'éther, les huit régions cardinales et le séjour éternel des eaux."

 

INDE - Lois de MANU - Chapitre 1

2. LE DÉMEMBREMENT DE L'ETRE PRIMORDIAL

 

"L'homme a mille têtes ;

il a mille yeux, mille pieds.

Couvrant la terre de part en part

il la dépasse encore de dix doigts.

 

L'Homme n'est autre chose que cet univers,

ce qui est passé, ce qui est à venir.

Il est le maître du domaine immortel,

parce qu'il croît au-delà de la nourriture.

 

Telle est sa puissance,

et plus vigoureux encore est l'Homme.

Tous les êtres sont un quartier de lui ;

L'Immortel au ciel, les trois autres parts.

 

Avec trois quartiers, l'Homme s'est élevé là-haut,

le quatrième a repris naissance ici-bas.

De là il s'est répandu en tous sens

vers les choses qui mangent et qui ne mangent pas.

De lui est née l'Energie (créatrice),

de l'Energie (créatrice) est né l'Homme.

Une fois né, il s'est étiré au-delà

de la terre, tant par derrière que par devant.

 

Lorsque les dieux tendirent le sacrifice

avec l'Homme pour substance oblatoire,

le printemps servit de beurre (rituel)

l'été de bois d'allumage, l'automne d'offrande.

 

Sur la litière (sacrée) ils aspergent l'Homme

(c'est-à-dire) le sacrifice qui est né aux origines.

Par lui les dieux accomplirent ce sacrifice

ainsi que les saints et les voyants.

 

De ce sacrifice offert en forme totale

on tira la graisse (rituelle) mouchetée

on en fit les animaux qui sont dans l'air

ceux du désert et ceux des agglomérations.

 

De ce sacrifice offert en forme totale

naquirent les strophes, les mélodies ;

les mètres naquirent aussi de lui,

la formule (liturgique) en naquit.

 

De ce (sacrifice) naquirent les chevaux

et toutes bêtes à double rangée de dents.

Les bovins en naquirent,

en sont nées les chèvres et les brebis.

 

Quand ils eurent démembré l'Homme

comment en distribuèrent-ils les parts ?

Que devint sa bouche, que devinrent ses bras ?

Ses cuisses, ses pieds, quel nom reçurent-ils ?

 

Sa bouche devint le Brâhmane,

le Guerrier fut le produit de ses bras,

ses cuisses furent l'Artisan,

de ses pieds naquit le Serviteur.

 

La Lune était née de sa conscience ;

de son regard est né le soleil,

de sa bouche Indra et Agni,

de son souffle est né le vent.

 

le domaine aérien sortit de son nombril,

de sa tête le soleil évolua,

de ses pieds la terre, de son oreille les orients ;

ainsi furent réglés les mondes."

 

Hymne à PURUSHA (Rig Veda - X,90)

Traduction par Louis RENOU - "Hymnes spéculatifs du Rig Veda"

 

 

3. LE COMBAT DU DIEU PRIMORDIAL

 

"Alors, s'approchant, Tiamat et Mardouk, le plus sage des dieux,

Se ruèrent l'un contre l'autre et se joignirent dans la lutte.

Mais déployant son filet, le Seigneur l'enveloppa,

Et libéra devant elle le vent mauvais qu'il gardait en réserve.

Comme Tiamat ouvrait la gueule pour l'engloutir,

Il y projeta le vent mauvais pour l'empêcher de refermer les lèvres.

Les vents furieux lui dilatèrent le corps.

Elle en eut le ventre gonflé et resta la gueule béante.

Il décocha alors une flèche qui lui perfora le ventre,

Lui déchira les entrailles et lui perça le cœur.

L'ayant ainsi maîtrisé, il lui ôta la vie,

Jeta le cadavre à terre et se dressa dessus.

 

Quand il eut massacré Tiamat, le chef de file,

Il mit en pièces sa bande, son armée se dispersa.

Et les dieux auxiliaires marchant à ses côtés

Tournèrent les talons, tremblants de terreur.

Ils tentèrent une sortie, pour sauver leur vie,

Mais cernés, toute fuite leur était interdite.

il les ligota et brisa leurs armes.

Jetés dans des filets, il restaient pris au piège.

Recroquevillés dans des coins, ils étaient emplis de lamentations.

Ils subirent leur châtiment et restèrent en prison.

Quant aux onze (espèces de monstres) chargés d'effroi,

La horde des démons massés à sa droite,

Il les jeta aux fers et leur lia les membres.

Pour prix de leur révolte, il les piétina.

Et Kingou qui avait été placé à leur tête,

Il l'enchaîna et le mit au rang des dieux morts.

Il lui ravit la tablette des Destins qu'il portait indûment

Lui apposa un sceau et l'attacha sur sa poitrine.

Après avoir ainsi subjugué ses ennemis,

Asservi l'impudent adversaire,

Établi définitivement sur l'ennemi le triomphe d'Anshar,

Et réalisé, lui, le vaillant Mardouk, le désir d'Ea,

Il assura sa prise sur les dieux prisonniers,

Et revint à Tiamat qu'il avait vaincue.

Le Seigneur mit alors le pied sur la croupe de Tiamat,

De sa harpé inexorable il lui fendit le crâne,

Il lui trancha les veine,

Et le vent du nord chassa le sang dans le lointain.

A cette vue, ses pères exultèrent de joie,

Ils lui remirent cadeaux et contributions.

Puis, détendu, le Seigneur examina le cadavre.

Du monstre partagé, il voulut tirer œuvre d'art.

Le coupant donc en deux comme un poisson séché,

Il en assujettit la moitié pour faire la voûte céleste,

Tira le verrou, installa des gardes,

Et leur enjoignit de ne pas laisser fuir ses eaux.

Il parcourut les cieux, en scruta les régions

Pour y dresser une réplique de l'apsou, demeure de Noudimmoud.

Le Seigneur mesura donc les dimensions de l'apsou,

A son image y fixa un palais, l'Esharra

Le palais Esharra qu'il construisit était le ciel.

A Anou, Enlil et Ea, il fit occuper leurs demeures."

 

ENOUMA ELISH - Tablette IV (Mésopotamie)

 

4. LE PLONGEON COSMOGONIQUE

 

"Niu-koua répara le Ciel azuré avec des pierres de cinq couleurs, coupa les pattes d'une grande tortue pour dresser quatre piliers aux quatre pôles, tua le dragon noir (Kong-kong) pour sauver le monde, accumula des cendres de roseau pour arrêter les eaux débordées..."

CHINE - LieTseu (3ème siècle av J.-C.)

 

"Selon la légende populaire, lorsque le Ciel et la Terre furent créés, il n'y avait pas encore d'humanité. Niu-koua commença à modeler des hommes avec de la terre jaune. Mais elle trouva la tâche trop lourde pour ses forces ; elle alla donc puiser de la boue dont elle se servit pour faire des hommes. C'est ainsi que les nobles furent des hommes formés avec de la terre jaune, les gens pauvres, de condition vile et servile, sont des hommes tirés de la boue."

CHINE - Fong sou t'ong yi (2ème siècle ap J -C.)