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L'Egypte, miroir du ciel

par Fernand SCHWARZ

 

 

"Ignores-tu, ô Asclépios, que IEgypte est l'image du ciel et qu'elle est la projection ici-bas de toute l'ordonnance des choses célestes ?

 

Profondément attaché à sa terre qu'il considérait comme le "miroir du ciel", l'Egyptien ne pouvait concevoir de la quitter et regardait toujours d'un oeil méfiant voyageurs et commerçants, contrairement à d'autres peuples de la Méditerranée, beaucoup plus aventuriers et mobiles. Crétois, Phéniciens et Grecs se chargèrent de répandre les connaissances et produits égyptiens, car les Égyptiens eux-mêmes ne franchissaient leurs frontières que s'ils y étaient contraints. Kem, l'Égypte, était d'ailleurs synonyme de la "Terre elle-même". L'Égyptien pensait habiter une réplique de l'univers tout entier, une véritable caisse de résonance lui permettant de communiquer, sans se déplacer, avec le monde entier, avec le ciel et les puissances souterraines.

 

MYTHES ET IMAGES DU MONDE

 

 

L'Égypte apparaît en effet comme une île isolée par des mers de sable ou d'eau. Elle ressemble à un quadrilatère fermé de toutes parts au sud, les cataractes qui rendent le fleuve non navigable la séparent de l'Afrique noire ; au nord, elle est limitée par la Méditerranée ; à l’est et à l’ouest, par des déserts. Ce quadrilatère de terre était appelé le Ti, terre-tertre que les Egyptiens symbolisaient par un carré.

 

Les conceptions archaïques de l’espace

 


Une première élaboration théologique fondée sur les éléments cosmiques tels le Soleil (Rê), l'air (Chou), l'humidité (Tefnout), la terre (Geb) et le ciel (Nout) semble avoir vu le jour avant l'histoire et être la matrice des conceptions sur la géographie sacrée en Égypte. Elle présente Râ, le soleil, issu du couple divin Nout, le ciel, et Geb, la terre. Plus tard, aux époques historiques (vers 3000 av. J.-C.), dans la cos-mogonie d'Heliopolis, ville de la Basse Égypte, le soleil, Râ, appelé aussi Atoum, surgit par sa propre puissance d'un chaos liquide indifférencié (Nou ou Noun). De lui-même, il engendre le premier couple divin : Chou, l'air et Tefnout, l'humidité, duquel naissent la terre, Geb et le ciel, Nout.

 

 

Les époques historiques sont le témoin de la primauté du soleil sur les quatre autres éléments cosmiques, dans les spéculations théologiques égyptiennes. Le soleil, par sa course journalière, incarnait tout naturellement le rôle de médiateur entre le ciel et la terre. Ainsi, progressivement, il occupa le centre du monde qui avait émergé des eaux primordiales. Le soleil resta toujours associé en Égypte au tertre primordial ou champ de roseaux qui incarnait le premier espace qui l'avait hébergé.

 

Les quatre « éléments » primordiaux sont ainsi réunis autour d’une image du soleil-tertre, Atoum-Rê :

 

 


Nout et Geb incarnent les deux principes fixes, le Feu et la Terre, le haut et le bas, les limites de l'univers qui circonscrit l'espace-temps primordial. Tefnout et Chou incarnent les principes mobiles, l'Éau et l'Air grâce auxquels circule la vie. Ils réalisent la communication verticale entre Ciel et Terre et assurent la mobilité des échanges. Le couple Chou-Tefnout peut aussi être associé aux quatre piliers cardinaux qui relient la voûte céleste à la terre. Ainsi, les éléments primordiaux expriment les six directions de l'espace, dont le soleil-tertre occupe le centre ou septième direction et assure la fonction d'animateur.

 

 

"Je suis celui qui vous a créés, et je suis celui qui est. Je suis Rê-Atoum, celui qui réside dans son flot d'inondation. Je suis ce septième des (sept) noms qui sont dans le coffre du maître de lumière. 'Je suis venu à l'existence dans le Château de Nf-hren compagnie d'Aker, (...) tombé sur sa face devant Celui qu'a créé son père."(2)

 

Déjà, à l'époque des pyramides, et pendant longtemps, l'âme du défunt - notamment celle de Pharaon - était censée rejoindre le monde des étoiles et son corps, par la tombe, entrer dans la survie, d'où la double destinée du corps associé à Geb et de l'âme associée à Nout.

Pour les anciens Égyptiens, le paradis se trouvait dans le ciel et s'étendait sur un immense plateau de fer ou sur une coupole. Ce plateau, rectangulaire, était soutenu à chacun des quatre angles par un pilier ou une colonne. Aux époques les plus reculées, ces quatre piliers étaient identifiés aux "anciens quatre Khous qui vivent dans les cheveux d'Horus" et qui sont aussi les "quatre dieux qui sont à côté des sceptres-piliers du Ciel". (3)

 

Ces quatre dieux sont "les fils d'Horus" et s'appellent Amset (ou Mesti), Hâpi, Douamoutef et Qebehsenouf. Ils présidaient aux quatre régions du monde et furent identifiés par la suite aux dieux des points cardinaux.

Les correspondances relevées entre les quatre déesses des points cardinaux, protectrices des angles, Isis, Nephtys, Neith et Selkit et les quatre fils d'Horus permettent de déterminer les associations des quatre fils d'Horus avec leurs points cardinaux respectifs. A partir du Moyen Émpire, vers 2000 av. J.-C., ces correspondances sont les suivantes :

Hâpi-Nephtys : ouest

Douamoutef-Heith : nord

Mesti-Isis : est

Qebehsenouf-Selkit : sud.

 

Ce sont ces mêmes quatre déesses qui se retrouvent autour du sarcophage de Toutankhamon. Ces correspondances se trouvent confirmées par un document qui décrit la Maison de Vie, institution composée de scribes et de mages, chargée de la conception et de la rédaction des textes sacrés.

 

La Maison de Vie, modèle du monde

 

"Horus et Thot étaient considérés comme étant les auteurs des textes magiques ; en réalité, la conception et la rédaction de ceux-ci allaient en se perfectionnant progressivement, au fur et à mesure que le temps s'écoulait, sous l'influence, d'une part, des variations des conceptions théologiques et, d'autre part, de l'évolution de la vie sociale. Ce travail de constante gestation avait lieu dans la "Maison de la Vie". Il était confié à des personnages, à la fois scribes et mages, tenus de respecter strictement le secret du mystérieux édifice dans lequel étaient célébrées les cérémonies magiques destinées à maintenir en vie le nom du pharaon et, par l'intermédiaire du souverain, l'action permanente des forces du cosmos qui devaient assurer l'existence et la prospérité. de l'Égypte. (...)

 

La "Maison de la Vie" (Per Ankh) devait avoir des caractéristiques bien définies qui sont exposées dans un formulaire magique dont on a pu déchiffrer l'essentiel sur un papyrus conservé au British Museum à Londres. D'après ce formulaire, la structure et chacun des éléments de l'édifice avaient un caractère sacré parfaitement circonscrit ainsi qu'une signification magique.

Ainsi que ce papyrus l'indique, la Maison de la Vie doit être édifiée à Abydos "le Saint Sépulcre". Elle sera composée de quatre constructions entourant un édifice central au toit de branchages. C'est Osiris qui demeurera entre les quatre murs qui seront Isis, Nefti, Horus et Thot. Geb en sera le plancher et Nout, le plafond. Le grand dieu sera l'Érre caché dans la Maison de la Vie. Les quatre constructions extérieures seront en pierre ; l'une sera tournée vers le nord, l'autre vers le sud, la troisième vers l'Occident et la dernière en direction de l'Orient. Édifiée en un lieu dissimulé à tous, la Maison de la Vie devra être spacieuse. Elle devra être cachée aux regards et personne ne pourra l'observer ni voir ce qui s'y passe. Seul le Soleil pourra éclairer tous ses mystères. Le personnel permanent de la Maison de la Vie sera composé du "prêtre chauve" qui sera Chou ; de l'égorgeur qui sera Horus, fils d'Osiris qui, au nom de son père, anéantit les rebelles dressés contre celui-ci ; du scribe des textes sacrés qui sera Thot, chargé de réciter chaque jour les formules rituelles de la purification sans être vu ou entendu par qui que ce soit. Ils devront être en permanence en état de pureté." (4)

 

 

 

 

 

 

 

 

Représentation de la Maison de Vie, avec Osiris au centre, sur les neuf Arcs.

Dans cette description de la Maison de Vie, le couple Horus-Thot remplace celui de Neith-Selkit, pour symboliser l'axe nord-sud, l'axe lié à la purification rituelle. En effet, la religion égyptienne étant ni dogmatique, ni exclusiviste, une même fonction pouvait être assurée par plusieurs couples de divinités. L'axe est-ouest, l'axe solaire, est aussi l'axe de protection puisqu'il est assuré par Isis et Nephtys qui se trou-vent aux pieds et à la tête d'Osiris. Elles lui assurent ainsi la vie et la régénération. A partir du Moyen Empire, Osiris assuma l'aspect nocturne du soleil ainsi que les fonctions de la régénération et du ressourcement du monde. Rê garda le pouvoir diurne du soleil, associé à la royauté et à la prêtrise. Au centre, la figure couronnée, le "Vivant" Osiris, est orientée ouest-est, la tête à l'ouest, regardant vers le nord.

 

Comme Rê dans le premier schéma des croyances archaïques, Osiris est ici le septième élément, au centre du carré traversé par l'axe reliant Noun et Geb. Situé sur les neuf Arcs qui symbolisent les neuf peuples de l'Égypte, il est le maître de l'Égypte tout entière. Dans cette position centrale, Osiris symbolise également le tertre primordial issu des eaux du Noun.

 

Les quatre murs d'enceinte de la Maison de Vie, orientés selon les quatre points cardinaux, associés aux quatre fils d'Horus protégeant Osiris, se retrouvent dans l'organisation du temple. La Maison de Vie apparaît donc comme le modèle exemplaire des temples égyptiens.

 

D'autres représentations du monde

 

On trouve d'autres représentations de l'espace sous forme de croix ou de rectangle comme par exemple sur le peigne du roi-serpent trouvé dans la région d'Abydos : le tableau gravé sur ce peigne est composé autour d'un axe horizontal et d'un axe vertical qui se croisent au centre du palais royal. Aux extrémités de l'axe horizontal, les deux sceptres, dressés au nord et au sud du palais signalent l'axe vertical. Au sommet de l'axe vertical, la barque du dieu Horus vogue sur des ailes dont la courbure rappelle la voûte céleste. En bas, le palais est situé sur une touffe de papyrus qui rappelle le marais du delta. Les deux faucons, le serpent et la barque sont tournés vers le nord, là où se situe l'Ankh, symbole de vie. Là encore, sont représentés les six directions de l'espace et le centre, où réside le palais royal.

 

 

 

 

Les quatre piliers situés aux quatre angles de la terre sont parfois assimilés aux quatre pattes de la vache cosmique Hathor.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hathor était associée à la montagne et au marais, les deux lieux reliés à la naissance du monde. Elle personnifie la mère, la vitalité, la régénération. Gardant la colline de l'Occident (sur la rive ouest du Nil, à la hauteur de la ville de Thèbes), elle regarde vers l'est et représente le périple ouest-est du soleil, c'est-à-dire le périple qui ramène aux origines de la vie. En effet, la colline de l'Occident gardait en son sein une des formes primitives du dieu Amon, Kamoutef, le "taureau de sa mère", celui qui peut se régénérer de lui-même, associé à la pleine lune.

 

LE MYTHE COSMOGONIQUE, MODÈLE IDÉAL DES CITÉS, TEMPLES, MAISONS ET SARCOPHAGES

 

La cité, synthèse du cosmos

 

La sainte Thèbes est "le Tertre du Serpent qui fit la Terre, la Mère du Seigneur Universel, le Ciel de celui qui vint de lui-même à l'existence (...). La terre était (encore) dans les profondeurs du flot. (Amon)

prit pied sur elle et elle dissipa toute la torpeur qui le tenait, quand il se posa sur sa surface. Car elle fut le sol de vie où il vint à l'existence, l'émergence massive qui frémit joyeusement, au début. (...) On l'appelle l'Orbe du monde entier, car ses pierres d'angles correspondent aux quatre poteaux (du ciel) et tiennent compagnie aux vents. Elles soutiennent la voûte céleste pour Celui dont le nom est caché... Le Collège primordial (des Huit) est venu en elle à l'existence, et c'est lui qui fit (ensuite) ce qui est. Le serpent Kematef était venu à l'existence (en elle). Elle devint la Déesse-Mère, (...) le Ciel de l'Égypte, la Souveraine des Deux Terres... " (5)

Un pictogramme de facture primitive, prédécesseur archaïque du hiéroglyphe de la ville, évoque un village ou un sanctuaire organisé en croix cardinale, entouré par une palissade de roseaux. Plus complet, le hiéroglyphe de la ville exprime à la fois l'agglomération qui a pris naissance à la croisée des chemins et le lieu protégé par l'enceinte circulaire. Au carrefour des points cardinaux, se situaient le temple et le palais qui organisaient l'espace de la cité, au lieu même de l'émergence du tertre principal. Comme pour les temples, les sillons pour l'implantation des murs d'enceinte de la ville étaient creusés à la houe au cours d'une cérémonie religieuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'analogie Temple-Maison

 

Maisons et temples égyptiens sont organisés selon le même schéma ternaire ; cour, salle à manger et chambre à coucher correspondent dans le temple à la cour à ciel ouvert, à la salle hypostyle où l'on préparait les offrandes pour les dieux, et au sanctuaire lui-même ou Naos, lieu de séjour et chambre à coucher de la Divinité.

Les hiéroglyphes de la maison et du temple sont tous deux des rectangles (temple : maison c'est le même terme (Shsp) qui signifie "rectangle" et "lumière". Le rectangle est donc l'expression même de l'espace sacré et de la lumière. Il renferme en lui-même le croisement des axes nord-sud et est-ouest. L'axe nord-sud représentait le Nil, donc la longueur, et l'axe est-ouest, la course du soleil, la largeur.

 

Le sarcophage et la géographie de l'au-delà

 

L'organisation spatiale de la chambre funéraire obéit aux mêmes principes d'organisation que celle de la cité ou du temple. Les événements terrestres ne sont que le reflet des événements célestes, ce qu'exprime cette phrase célèbre du Pimander

"Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut."

 

Pour l'Égyptien, le sarcophage représente une maison, la maison dans laquelle il va vivre une vie nouvelle, au milieu du mobilier et des objets qui lui appartiennent et cette maison est à l'image du monde dans lequel il a vécu, avec un ciel (plafond, couvercle astronomique), un sol (fond orné des "deux chemins") et quatre horizons (les quatre planches latérales, tête, pied, devant, dos, où figure parfois un paysage de campagne). Le sarcophage est orienté ; si dans les époques archaïques les cadavres étaient disposés selon l'axe nord-sud, le visage au nord, regardant vers l'ouest (donc à contre-courant du flux du Nil, symbolisant le retour vers les origines de la vie), à partir du Moyen Empire, ils furent orientés de telle sorte que le visage regardait l'est. Sur le long côté est, le premier panneau à hauteur du visage du mort était orné d'une fausse porte peinte ; au-dessus étaient peints les deux yeux magiques oudjat qui doivent permettre au mort de voir ce qui se passe hors de sa demeure.

 

Les cérémonies de protection des sarcophages nous renseignent sur l'importance qu'il y avait à les placer au coeur d'une véritable géographie sacrée. En effet, lors de la cérémonie des "quatre lampes flamboyantes", telle qu'elle apparaît dans les papyrus de Noun et de Nebseni (XVIlle dynastie), des flambeaux étaient confiés à quatre hommes qui personnifiaient les quatre piliers d'Horus, et chacun portait l'un des noms des quatre fils d'Horus. Chacun prenait place à l'un des quatre angles de la chambre funéraire qui portait le nom de Douai6. Ainsi, grâce à la cérémonie des flammes, les bas-reliefs devenaient un rempart de protection vivant, orienté selon les six directions de l'espace, afin d'assurer au vaisseau funéraire, symbolisé par le sarcophage, l'arrivée au bon port.

Le rituel funéraire le plus archaïque de l'Ancien Empire se caractérisait par un voyage - ou par un pèlerinage - effectif ou symbolique qui avait comme but d'atteindre les centres religieux les plus importants du Nord : Saïs, Bouto, Busiris, Héliopolis. (7)

 

Chacune de ces villes étant liée à un point cardinal, la pérégrination du défunt dans l'au-delà reconstitue -l'espace sacré, l'espace célestiel, dont les quatre villes du delta sont l'image terrestre. Plus tard, au Moyen Empire, ce pèlerinage fut remplacé par celui effectué à Abydos.

 

L'ORGANISATION DE L'ESPACE LE COMBAT CONTRE LE SERPENT

 

L'image dit monde sous la forme d'un quadrilatère orienté selon les quatre points cardinaux, situé entre ciel et terre, suppose que les forces originelles, chaotiques qui ont permis l'émergence de l'univers, aient été maîtrisées. Ces forces précosmiques sont généralement représentées sous la forme d'un serpent ou encore d'un dragon (dragon Apap ou Apophis). C'est pourquoi toute fondation de temple devait être précédée du rite de l'écrasement du serpent, afin de se concilier les puissances souterraines. Le mythe cosmogonique d'Edfou nous éclaire sur l'origine et la signification symbolique de ce rite fondamental préalable à toute construction.(8)

 

Le mythe cosmogonique d'Edfou

 

On trouve dans le texte cosmogonique du temple d'Horus à Edfou - temple d'époque tardive - le récit des événements qui achevèrent la création, récit dont l'origine remonte à l'époque archaïque. Ces événements sont relatifs à l'implantation du premier temple du Faucon solaire sur la terre nouvellement émergée. On peut ainsi résumer la légende des soixante dieux-gardiens du temple d'Edfou.

 

L'émergence du tertre primordial

 

"Au début était l'eau du chaos, sur qui se manifesta un amas de joncs que la volonté divine rendit stable. Dans l'air planait un être divin, le Faucon, à la recherche d'un endroit où se poser. Il vit l'amas de joncs et s'y arrêta. Ceci était conforme aux desseins de l'Etre suprême qui, alors, se fit oiseau gigantesque au plumage de pierres précieuses et à visage humain. Il descendit de l'éther vers l'îlot de roseaux qui deviendrait la terre et en fit don au Faucon. Puis, regagnant le Ciel, il proclama, voix créatrice sortant de la nue, que l'univers qu'il venait ainsi de créer avait un maître.

Alors Tatenen dit: Le Faucon que je vois, Ce que je crée, Mon siège secret, le Temple du Combat - et vint à l'existence : Bik-m>; (Vision-du-Faucon), vint à l'existence Nbw (Création), vint à l'existence St-St:t (Siège secret), vint à l'existence Pr-`h; (Temple du-combat). (Et) Tatenen se reposa." (9)

 

L'attaque du serpent

 

"Mais les forces du mal ne tardèrent pas à se manifester sous forme d'un serpent. Et ce reptile tenta d'aborder sur la langue de terre à quoi était réduit le domaine du Faucon. Le Faucon dut se défendre et repoussa l'attaque du monstre, qui fut détruit. Dans ce combat, le Faucon eut l'appui d'une arme merveilleuse, créée par le démiurge, l'épieu-sgmh qui demeurerait au fil des temps l'ultime défense magique du dieu-faucon en même temps que son arme favorite. Mais, à l'origine, cet emblème était un être vivant, un rapace armé qui pouvait se déplacer vite et aisément, afin de défendre partout au ciel le Faucon et l'emblème du Créateur. Toutefois, sur terre, les dieux restaient isolés. Pour leur défense, dans le rassemblement des divinités qui les accompagnaient, on choisit quatre êtres incarnant la force et la ruse, pour en faire un rempart vivant. Ce furent les quatre premiers génies : Faucon, Lion, Taureau et Serpent. Le Créateur les soumit à son émanation, le Faucon ou Rê, qu'il avait mis à la tête de l'univers.

Ainsi fit-il en instituant les quatre compagnies de garde du Faucon, chacune ayant une période fixée pour accéder au Lieu-de-l'Écrasement (Bw-titi), et les quatre (compagnies) du Faucon devinrent semblables à son rempart, le rapace-htr-hr (se plaçant) au sud, le lion-phty au nord, le Ba-vivant à l'est, le taureau à l'ouest. Chacun agit [contre] le serpent." (10)

 

Le rempart vivant des quatre génies

 

"A leur  tour, les quatre génies se virent subordonner, selon une organisation stricte, chacun sa troupe d'êtres guerriers à sa ressemblance. Ces quatre corps eurent pour mission permanente de s'opposer aux forces du mal et du chaos qui, sans cesse, s'efforcent de remettre en question la création et son équilibre, en tentant de déposséder son légitime souverain, le Soleil. Ainsi, lorsque le serpent lança un nouvel assaut, ils sont présents et veillent, tandis que l'épieu-sgmh reprend son aspect originel. Rapace combattant, il quitte la terre et vole au-dessus du territoire sacré d'Edfou pour en interdire l'approche aux ennemis. Le Mal, en effet, est plein de ressources ; pour revenir à l'assaut, il ne rampe plus, ne nage plus comme la première fois. Il vole, dragon ailé qu'il faut combattre dans les airs. Peut-être alors ses acolytes tentent-ils l'approche par terre, mais les soixante dieux sont là. Répartis en quatre corps, formés en carré et veillant aux quatre points cardinaux, ils forment un rempart infranchissable et immuable. En effet, leur existence a été consignée par écrit quand Tekh (Thot) et Sechat ont enregistré les noms de création que le démiurge prononçait à leur sujet.

 

Puis la corporation divine se mit en route à leur suite, l'effigie [du Khopeshy] ayant été amenée en place [dans] l'instant. (Et il) fut dit : On a culbuté le serpent, (il n'y a) plus de crainte de la part du Faucon !" (11)

 

Rempart vivant et divin enserrant l'enclos sacré des origines, ils passeront par la suite à un état matériel, le mur d'enceinte, à la fois leur reproduction et leur émanation.

"(Alors) fut (exprimé) le souhait qu'ils façonnent cette demeure de Rê sur son tour, (la) rendant semblable pour lui à l'horizon du ciel vaste à traverser. (O) Rê, il est construit le lieu en qui tu demeureras pendant des millions de millions d'années!" (12)

 

Le texte cosmogonique d'Edfou nous enseigne donc que toute implantation d'une nouvelle construction, destinée à recevoir l'habitation d'une divinité, devait être précédée d'une cérémonie de conciliation du serpent, considéré comme le premier occupant du lieu en tant que "fils de la terre". Le premier coup de pioche, symbolique, que Pharaon donne pour marquer le sillon de la tranchée de fondation, blesse la terre et réveille le serpent qui l'occupe. Il faut donc, préalablement à la construction, soit se concilier le serpent, soit l'écraser et ensuite purifier le lieu. Le pieu (ou le harpon) qui maîtrise le serpent devient l'axe du monde.

 

Le serpent devenu faucon

 

"Ainsi, selon la tradition, le point de départ de l'incarnation de la force créatrice, non encore manifestée, se révèle être un serpent, symbole chtonien. Ensuite, ce reptile se mue en être aérien pour devenir un rapace ; sous ce symbole, transparaissent clairement les deux éléments fondamentaux que sont la terre et le ciel. Sur ceux-ci sont venus se greffer deux autres apports relatifs aux aspects primitifs d'Horus dans le delta, l'image du lion et du taureau."(13)

 

En fait, le serpent qui se verticalise va symboliser l'axe nord-sud, reliant la constellation d'Orion à l'étoile Sirius.

"Ir-tô est la première manifestation du démiurge, à la fois la plus ancienne et la plus secrète apparence d'Horus protecteur. Lorsque Ir-tô donne les ordres relatifs à la création et à son organisation à venir, la tradition lui attribue alors un autre nom, celui de Ka divin, dont l'écriture hiéroglyphique, le déterminatif, est le plus souvent un serpent." (14)

 

Les quatre compagnies de dieux-gardiens sont ainsi reliées aux quatre points cardinaux et aux quatre vents : le faucon protège le Nord, le serpent (situé sous la montagne de l'Occident) protège l'Est, le lion protège le Nord, et le taureau protège l'Ouest. Ils sont en fait l'image des quatre fils d'Horus qui organisent le carré de l'espace et forment un rempart de protection contre l'invasion des forces du mal, toujours présentes. Cette enceinte, d'abord formée à partir des forces vives du démiurge, incarnées sous l'apparence de génies, va se matérialiser dans la pierre. Le mur d'enceinte du temple transcrit dans la pierre le rempart vivant du mythe. Les figures des génies-gardiens gravées dans les murs reprennent ainsi leur matérialité et leur efficacité originelles.

 

On retrouve des formules "pour abattre Apep", "pour piétiner le dragon Apep", "pour enchaîner Apep", "pour réduire en cendres le dragon Apep", etc., dans un "livre secret de la Maison de la Vie qu'aucun oeil ne doit voir" (15).

 

L'ORIENTATION, LA FONDATION ET LA STRUCTURE DU TEMPLE

 

Lors de la fondation du temple, le roi officie en tant que "semence divine", c'est-à-dire "celui-qui-remplit". Il s'agit en fait de "remplir l'oeil" .

Les textes de construction du temple d'Edfou expliquent que "les actes de tendre la corde et le début des travaux coïncident avec les grandes festivités d'ouvrir-ce-qui-est-en eux, c'est-à-dire avec une journée choisie comme expression de la perfection qui, elle, correspond à l'acte de remplir l'ceil d'où ressort toute la splendeur immaculée". (16)

"Le roi incarne précisément le régent sur l'astre resplendissant dans toute sa beauté et sa perfection qui, à la lumière de son état immaculé, sert d'image pour décrire l'Égypte même dont il est, en même temps, le souverain."(17)

 

La construction du temple ou la reconstitution de l'ceil

 

La construction du temple correspond donc à la reconstitution de l'oeil gauche d'Horus, blessé durant son combat contre Seth et qui est en même temps une image de l'Égypte tout entière. La plénitude de l'oeil est elle-même liée à la plénitude de la lune.

La reconstitution de l'oeil blessé d'Horus est associée symboliquement à la régénération du soleil nocturne dans le monde souterrain, et rajeuni dans la colline primordiale de Sokaris, ce qui explique aussi l'association du temple et du tertre primordial. C'est pourquoi la conception du temple se déroule de nuit (Pharaon s'orientant par rapport aux astres), car la nuit fait référence à la naissance du monde, à l'origine stellaire des choses. D'autre part, par ses métamorphoses durant le mois, la lune (tardivement associée au soleil nocturne) est l'image visible de la régé-nération qui s'opère au lieu originel de la création. La pleine lune symbolise la restitution de toutes les forces de la Vie dont Thot est le maître.

 

Le temple est l'oeil reconstitué ; il est la résidence de l'oeil qui permet de voir les structures invisibles de l'univers. Il est en même temps le miroir où se réfléchit le ciel. L'Égypte tout entière est associée à l'oeil divin. C'est dans l'oeil que résident les images et grâce à l'oeil que se transmet la lumière. L'oeil est un principe de création. La destruction de l'oeil d'Horus symbolise la déstabilisation de l'univers. En reconstituant l'oeil, Thot rétablit l'harmonie. La construction du temple joue le même rôle et c'est pourquoi, avant d'entamer la construction elle-même, il faut creuser un sillon dans la terre pour faire sortir le serpent qui y réside, le terrasser puis purifier le lieu. C'est le même dieu, Thot, qui reconstitue l'oeil et préside à la construction du temple.

 

L'orientation du temple

 

L'orientation du temple était une question extrêmement difficile, car elle devait répondre à trois exigences fondamentales, rarement conciliées : tout d'abord, l'axe du temple devait être orienté vers le Nil pour que l'embarcadère de la barque sacrée puisse être relié au sanctuaire par une chaussée processionnelle rectiligne. Deuxiè-mement, les portes du temple devaient s'ouvrir vers l'est pour que les rayons du soleil levant puissent pénétrer à l'intérieur du temple. Enfin, dans l'établissement de l'axe, il fallait également tenir compte d'autres temples envers lesquels existaient des liens de culte ou des liens "familiaux".

La combinaison des deux premiers principes suppose que le temple se situe sur la rive ouest du Nil, que le Nil coule en cet endroit exactement selon l'axe nord-sud. La situation idéale est réalisée exceptionnellement à Deir-el-Bahari : le temple funéraire d'Hatshepsout s'ouvre du moins approximativement vers l'est, son axe de procession est à angle droit par rapport à la rive du Nil et rencontre au-delà du fleuve directement l'axe principal du temple d'Amon de Karnak.

 

Les rites de fondation

 

Chaque temple était censé être fondé sur la colline primordiale, sur le tertre, centre-sommet émergé des eaux primordiales du Noun. Chaque temple s'élevait, depuis l'entrée, en passant par les cours et les salles hypostyles, jusqu'au saint des saints, placé ainsi à un niveau sensiblement supérieur. Là était conservée la statue ou la barque du dieu, reposant sur la colline primordiale. Le temple avait donc la forme d'un obélisque couché.

Les rites de fondation commençaient de nuit pour que le roi (voir illustration p. 54-55) puisse orienter l'axe du temple en se réglant sur la position de la Grande Ourse 18.

Muni de quatre pieux et d'un cordeau d'arpentage, il établissait lés quatre angles et le pourtour de l'enceinte.

"J'ai pris le pieu, dit le roi à Edfou, et le maillet par le manche, j'ai empoigné la corde avec la déesse Safkhit ; mon regard a suivi la course des étoiles, mon aeil s'est tourné vers la Grande Ourse, j'ai mesuré le temps et compté (l'heure) à la clepsydre, alors j'ai établi les quatre angles de ton temple."

Le rôle des dieux est plus apparent encore dans un récit de la fondation du temple de Seti le, à Abydos

"Je l'ai fondé avec Sokaris, dit la déesse Safkhit ; j'ai tendu le cordeau sur l'emplacement de ses murs ; tandis que ma bouche récitait les grandes incantations, Thot était là avec ses livres (...) pour établir l'enceinte de ses murs, Phtah-Totounen mesurait le sol et Toum était là... Le maillet, dans ma main, était en or, je frappais avec lui sur le pieu, et toi (le roi) tu étais avec moi sous la forme de Hounnou (le dieu-géomètre), tes deux bras tenaient le boyau : ainsi furent établis les quatre angles aussi solidement que les quatre piliers du ciel (...)" (fig. 1).

 

Puis le roi armé d'un hoyau "pioche la terre pour fixer les limites" du temple, par une tranchée où l'eau vient du sous-sol (fig. 2). Dans cette tranchée, le roi verse ensuite du sable ; "il munit de sable le tracé du plan, pour le niveler et consolider le travail du sanctuaire". La construction est en effet ébauchée par le roi : "il moule une brique pour les quatre angles du temple" (fig. 3). La brique de terre humide symbolise "l'union de la terre et de l'eau" pour élever la maison divine.

 

A ces matériaux vulgaires, le roi ajoute l'or et les pierres précieuses dont le temple doit être pétri tout comme le corps des dieux : "il donne des lingots (littéralement : briques) d'or et de pierres précieuses pour les quatre angles du temple" (fig. 4).

Enfin, le roi « pose la première pierre du sanctuaire qui sera d'un travail achevé et éternel" : pour cela, il pousse avec un levier un bloc de "belle pierre blanche et dure" dans les fondations (fig. 5).

 

Ensuite, le temple est inauguré. Tout d'abord, le roi debout devant un édicule qui représente le temple entier lance tout autour de lui des grains d'une substance analogue à l'encens, appelée besen (fig. 6). L'acte est défini ainsi : "faire rayonner le besen dans la demeure de Râ ; entourer la demeure d'Horus avec l'encens".

Le résultat attendu est de purifier le temple par l'encens enflammé. Puis le roi, ayant en main une longue canne et la massue blanche, lève le bras droit au-dessus de l'édicule, dans un geste de consécration (fig. 7) : c'est le moment où "l'on donne la maison à son maître", et la légende indique que l'on "donne le sanctuaire" à Râ. Enfin, les deux bras levés au-dessus de l'édicule dans la pose ritualistique, le roi "adore le sanctuaire de Râ" pour "imprégner de fluide magique le sol" où vivront les dieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tels sont les rites sous leur forme la plus résumée ; nous possédons parfois des exemples du développement de ces rites. Le temple de Soleb nous a conservé des tableaux où l'on voit Aménophis III, la massue


blanche en main, frapper douze fois la porte du sanctuaire pour la consacrer par le contact de l'instrument divin (fig. 8). Puis le roi, assisté de la reine, de l'officiant en chef et de prêtres secondaires, apporte le feu au temple et purifie un naos, où reposent les statues des dieux, en l'éclairant par quatre fois avec une lampe allumée au feu sacré.

 

 

La consécration du temple pouvait encore être symbolisée par deux tableaux caractéristiques, qui reproduisent des rites analogues aux précédents, quoique un peu différents d'expression. Dans l'un de ces tableaux, le roi court autour de l'aire du temple ou du sanctuaire, tenant d'unemain une massue renversée en forme d'aviron, et de l'autre un objet qu'il échange parfois avec le fouet, insignes doués de vertus magiques.

L'autre tableau représente le roi exécutant la même course, mais avec deux vases à libation dans les mains (fig. 9). La "course de la rame" et la "course des vases" ont lieu par-devant le dieu auquel le temple est dédié ; elles symbolisent la purification par l'eau des vases et par le feu des insignes solaires, des deux parties du temple, le Sud et le Nord où le Dieu viendra habiter.

Parfois, le taureau sacré Apis se joint à la course du roi (fig. 10).

Toutes ces scènes auxquelles le roi préside et où il peut seul jouer le rôle principal - bien qu'elles nous soient parvenues détaillées seulement sur des temples récents - appartiennent au fond le plus antique de la religion et de l'histoire égyptiennes.

 

LES TROIS PARTIES DU TEMPLE

 

La cour

 

La porte du temple égyptien est monumentale. Élle est flanquée de deux tours trapézoïdales, les pylônes (bekhent), qui imitent la silhouette de la montagne occidentale où se couche le Soleil.

Derrière eux s'ouvre une cour à ciel ouvert (khonit) dont une colonnade couvre les ailes latérales et le fond (ouakha). Cette cour était ouverte aux fidèles les jours de fête. Ils y apportaient leurs offrandes et regar-daient les parutions divines.

 

La salle hypostyle et le naos

 

Par la cour, on pénètre dans la salle hypostyle appelée ouskhit ou "la salle large", qui est plus large que longue ; ensuite, on parvient au sanctuaire proprement dit, salle plus longue que large, sorte de noyau au centre des bâtiments. Cette salle correspond à la salle profonde et centrale de la maison. C'est le naos appelé Khem skhem, "le lieu que l'on ne doit pas connaître", auquel aboutit directement l'axe du temple. Les chambres particulières des dieux parèdres, les magasins, greniers, etc., étaient disposés tout autour du naos et donnaient sur le couloir, mystérieux déambulatoire autour du naos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Organisation symbolique du Temple dans la rive des vivants.

 

 

Ainsi, chaque partie est en rapport avec une dimension de l'espace la cour avec la direction verticale, reliant ciel et terre ; la salle hypostyle avec la largeur, c'est-à-dire l'horizon qui sépare le lieu profane du temple incarné dans la cour du lieu le plus sacré, le naos.

C'est dans la salle hypostyle que Pharaon change ses vêtements royaux en ceux de prêtre. Les Égyptiens l'appelaient aussi "la salle du lever" ou de la parution. Én effet, c'est ici qu'il prenait ses offrandes et alimentait son Ka.

Le naos est associé à la profondeur; c'est une salle étroite, fermée de tous côtés, sans autre ouverture que la porte d'accès, recevant la lumière axiale. Élle est la résidence de l'image vivante, de son tabernacle-tertre ainsi que de sa barque sacrée 19.

 

 

Rites journaliers et rites du Nouvel An.

 

Le soleil possède deux périples : un périple journalier selon l'axe équinoxial est/ouest et un périple annuel selon l'axe solsticial nord/sud. Ainsi, le soleil et le Nil se croisent aux équinoxes et se rejoignent au moment des solstices. Ceci détermine deux types de rites ou de fêtes, chacun associé à un moment liturgique particulier.

Les rites journaliers - ou rites d'entretien - sont associés à la course est/ouest du soleil alors que les rites du Nouvel An sont liés à l'axe sosticial nord/sud.

Les rites journaliers ou rites d'entretien se déroulent suivant l'axe du temple, selon un parcours exclusivement horizontal et permettent de relier les trois parties du temple : la cour, la salle hypostyle et le naos. L'axe du temple est ainsi animé par la pénétration de l'officiant dans le temple depuis la cour jusqu'au naos et son retour à la cour. La statue du dieu est fixe, celui qui accomplit le rite est par contre dyna-mique. Il n'y a pas de rupture de niveau dans ce type de rites, puisque l'officiant reste dans le monde intermédiaire entre Nouth et Geb, entre ciel et terre.

 

Les rites du Nouvel An relient les trois étages du temple, c'est-à-dire la crypte (monde des morts), le rez-de-chausséé (le monde des vivants) et la terrasse (le monde des dieux). C'est l'axe vertical du temple qui est ici activé à travers l'ascension et la descente de l'officiant. L'ascen-sion et la descente s'effectuent au niveau de la salle hypostyle, donc dans la zone médiane. L'officiant sort les images sacrées de la crypte pour les monter sur la terrasse où leur sont insufflées à nouveau les puissances solaires. Son parcours vertical relie les trois mondes et permet une nouvelle "création" de l'univers. C'est au Nouvel An (solstice d'été) que commence la crue du Nil, c'est-à-dire le retour des eaux génési-ques. C'est une période de trop-plein d'énergie, comme toute période de création, et toutes les énergies convergent vers la statue du Dieu. La fête du Nouvel An est donc liée au renouveau de l'incarnation des puissances divines sur terre.(19)

 

Les rites du Nouvel An ou rites de l'union au disque permettent l'incorporation des principes divins, liés à l'axe terre-ciel, alors que les rites journaliers sont associés à l'axe équinoxial est-ouest. Rites d'entre-tien et rites du Nouvel An reconstituent ainsi l'espace sacré dans ses six directions.

 

 

 

 

NOTES

1. Hermès Trismégiste, trad. de L. Ménard, p. 147.

2. Textes des Sarcophages égyptiens du Moyen Empire, éd. du Cerf, 1986. n' 927 (M 24 C).

3. Marco Baistrocchi, Aspects de géographie sacrée: l'orientation solsticiale et équinoxiale dans l'Ancienne Egypte, éd. Arché, Milan, 1981, p. 17.

4. Gianni Cantu, La Civilisation des Pharaons, éd. Vecchi, Paris, 1974. p. 195.

5. la Naissance du monde, ouvrage collectif, éd. du Seuil, 1959, p. 71.

6. Marco Baistrocchi, op. cil., p. 22.

7. Ibidem, p. 16.

8. Jean-Claude Goyon, Les Dieux-gardiens et la genèse des temples, éd. IFAC, 1985.

9. Ibidem, p. 3 et 10.

10. Ibidem, p. 3 et 17.

11. Ibidem, p. 4 et 11.

12. Ibidem, p. 4 et 25.

13.14. Ibidem, p. 117.

15. Gianni Cantu. op. cit., p. 197.

16-17. Maria-Theresia Derchain-Urtel, Thot à travers ses épithètes dans les scènes d'offrandes des temples d'époque gréco-romaine, éd. Fondation égyptologique Reine Elisabeth, 1981, p. 29.

18. Voir Alexandre Moret, Du caractère religieux de la Royauté pharaonique, éd. Leroux, 1902, p. 130 à 142.

19. Fernand Schwarz, Egypte, les mystères du sacré, éd. Le Félin, 1987.