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Agenda

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  • Grandes oeuvres philosophiques. Propos sur l'éducation d'Alain
    jeudi 27 avril 2017 de 10h à 12h
    19 bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. La crise de la culture d'Hannah Arendt
    jeudi 4 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. Le phénomène humain de Teilhard de Chardin
    jeudi 11 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

 

Gens du Nord et gens du Midi

 

En Provence, il n'y a que des fadas, et en plus ils ont la grande gueule.

Ca, c'est ce que pensent les parisiens, c'est-à-dire tous ceux qui habitent au-dessus d'Avignon, dans le Nord, ces fous qui sont capables de vivre sans soleil onze mois sur douze, les povres !

 

On est fadas, parce qu'on parle pas bien le français, la langue d'oïl que les impérialistes du Nord ont décrété au XVIIIe siècle être LA langue française. Il n'en demeure pas moins que l'occitan, privilège de nos derniers félibres, est une langue dont on est fier.

 

Car on est fier en Provence. De nature passionnée, on lève haut le drapeau de notre différence et la preuve est faite - l'Histoire en témoigne - que notre culture s'est toujours enrichie des différences. Il n'y a pas d'intégration à faire chez nous : depuis toujours, on brasse les cultures.

 

En plus d'être fadas, on est feignant. En Provence, on ne travaille pas, on "s'occupe" ; tout au plus, on "fait des affaires" (Le Port de Marseille est célèbre pour ses "affaires", reventes de marchandises détournées de leur destination sur les docks). C'est qu'il y a le cagnard qui tape et comme dit la chanson :

"Aujourd'hui, peut-être...

ou alors demain,

ce sacré soleil me donne la flemme..."

Le Provençal n'a pas l'ambition démesurée ; il ne comprend pas le stress parisien : "Faut-il que le soleil lui ait tapé sur la tête !" Travailler dans la grisaille de la continuité, faire la course aux échelons hiérarchiques lui est étranger ; l'efficacité gagnée pas à pas n'est pas sa vertu. Ce qu'il aime, ce sont les coups d'éclat, les actes héroïques qui porteront loin le récit de ses victoires. La devise de Marseille n'est-elle pas : "La ville de Marseille fulgure d'actes immenses". Des actes dignes de Zeus, et peut-être avons hérité cela de nos ancêtres grecs, héros de tous nos rêves d'enfance. Car l'homme du Sud garde, plus volontiers que d'autres, l'enfant qui est en lui.

 

On est plus cigale que fourmi. Et, en effet, une de nos qualités est de savoir, à toute occasion, pousser la chansonnette. Tout est prétexte à en pousser une et il faut reconnaître que nous avons de tous temps "exporté" beaucoup d'artistes vers le Nord (de Fernandel à Sardou, de Mireille Mathieu à Yves Montand, de Jean Lepoullain - Directeur de la Comédie Française né à Toulon et depuis peu disparu - à Régine, la chanteuse lyrique également née à Toulon. Nos chants, qui brisent les discordes en rassemblant les voix, parlent la langue du soleil.

 

Car notre accent, c'est un bouquet des parfums de Provence : le thym, l'ail et le romarin, la sarriette et la marjolaine... Et ces nigauds de parisiens ne savent que se ridiculiser en essayant de nous imiter ! A part ça, ils ont toujours raison, n'est-ce pas, Mr Brun? Mais, peuchère, ils nous fendent le cœur, et cette condescendance qu'ils manifestent à notre égard est bien notre plus beau sujet de "rigolade".

 

Mais si quelqu'un nous plaît, on lui ouvre tout grand notre cœur. Et c'est alors qu'on peut apprécier notre sens de l'hospitalité. C'est comme ça ! Le Provençal marche "au coup de cœur". Ce ne sont pas la raison et les bons sentiments qui le conduisent, c'est ce qui l'estomaque, ce qui le rend baba : ce qui le surprend tellement que ça lui coupe la chique. Autrement dit, lorsque vous êtes arrivé à le faire taire, alors là...! c'est que vous avez trouvé comme le prendre. Chez nous, il n'y a guère de sentiments mitigés : le cœur est violent, mais c'est ce qui lui permet de battre.

 

Ce qu'on aime le mieux en Provence, c'est chacher (à prononcer "tchatché"). On chache de tout et de rien : c'est un art de vivre. On chache des enfants, des voisins, de l'averse qui est tombée la veille ou de la Sardine qui a bouché le Port de Marseille. On raconte et on exagère, on enjolive, c'est toute la saveur d'un récit qui sublime en permanence la réalité.

 

Mais c'est que rien n'est banal en Provence. La lumière si profonde démultiplie les proportions : il n'y a pas de mirage, il n'y a que des miracles. C'est une terre fortunée que les autres nous envient. D'ailleurs, lorsque les touristes nous envahissent l'été, nous, on les appelle les Doryphores. (Pour les Ignorants, cherchez dans le dictionnaire). Et lorsqu'ils remontent dans le Nord et que la mer, généreuse, lave nos plages de leurs vicissitudes, le sourire du Provençal témoigne de ses retrouvailles mystérieuses avec une terre dont il est le seul à avoir le secret.