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Agenda

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  • Grandes oeuvres philosophiques. Propos sur l'éducation d'Alain
    jeudi 27 avril 2017 de 10h à 12h
    19 bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. La crise de la culture d'Hannah Arendt
    jeudi 4 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. Le phénomène humain de Teilhard de Chardin
    jeudi 11 mai 2017 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

 

Le pays de l'accent qui chante

 

L'as paga lou capèu ? (1)

 

C'est grâce à mes grands-parents que j'ai eu l'occasion d'entendre pour la première fois ces mots chantants et mystérieux... des mots qu'on n'apprenait pas à l'école, qu'on n'entendait presque plus dans la rue. Et je demandai à être initiée à cette langue étrange qui évoquait si bien le paysage et le climat familier de ma Provence et de ma ville.

 

Le provençal, c'est une musique, un accent qui chante. Mais cet accent, on a jugé opportun de me le faire perdre parce que "l'accent marseillais, ça fait ridicule en société". Sans doute le provençal, qui n'est pas d'usage public, est-il aujourd'hui très minoritaire et menacé. On le rencontre aujourd'hui à la campagne plutôt qu'à la ville et surtout chez les personnes âgées. Le français, pourtant, n'a pas totalement évincé la langue du pays. A côté du provençal "de source", encore parlé par les gens qui le tiennent de leurs parents, existe le provençal "d'école", réappris dans le cadre scolaire et soutenu par l'action militante d'associations.

 

Le provençal, héritier du latin parlé, est un dialecte du grand ensemble linguistique que constitue la langue d'oc ou occitan, répandue des Pyrénées aux Alpes et de la Méditerranée à l'océan Atlantique. Très proche au Moyen Age du languedocien, il s'est diversifié sous l'influence du français, à partir de la fin du XVe siècle, époque du rattachement de la Provence à la couronne de France. En plein XIXe siècle encore, le français était peu en usage dans le petit peuple. Il en était autrement dans les autres classes sociales car à la ville, le français, utilisé pour le commerce et l'administration, faisait des progrès sensibles.

 

Après l'apothéose du temps des troubadours, la littérature provençale a subi un déclin manifeste avant la renaissance du XIXe siècle, due à l'action des Félibriges. Ce groupe fut fondé en 1854 par sept poètes dont le célèbre Frédéric Mistral. Le nom de Félibrige fut emprunté à la version provençale de l'anecdote dans laquelle Jésus est découvert en train d'argumenter avec sept docteurs de la loi (li set Felibre de la loi). Il s'agissait de stimuler la renaissance de la langue et de la littérature occitanes afin de rendre à la Provence son ancienne gloire. Au XIXe siècle, comme déjà au XVIIe, on trouve dans le théâtre provençal la trace des conflits déclenchés dans les communautés tant rurales qu'urbaines par le désir d'apprendre le français dans une tentative de promotion sociale.

 

Finalement, la langue nationale investit le provençal et se constitua ce que l'on appelle le français de Provence, source de productions parfois étranges, vêtements français sur une réalité linguistique provençale : il s'agit alors de provençal francisé. L'inverse, ou français provençalisé, qui relève d'une tradition orale, existe aussi.

Les Marseillais apprivoisèrent avec beaucoup de malice cette langue venue d'ailleurs avant d'en faire la leur. A court de vocabulaire, ils "marseillisèrent" un grand nombre de mots venus de Paris et francisèrent des tournures provençales, quand ils ne transformèrent pas tout bonnement le sens des mots. L'apport linguistique des communautés étrangères n'est pas non plus à négliger.

 

Les habitants du Midi, "beaux parleurs" qui lient le geste à la parole, parlent une langue en perpétuel mouvement. Pour s'en assurer, il n'est qu'à fréquenter les endroits pittoresques de Marseille : le "Panier", vieux quartier populaire, par exemple, ou le Vieux Port, royaume des marchandes de poisson. Beaucoup d'expressions d'ailleurs empruntent des images à la mer : esquichés (serrés) comme des anchois, maigre comme un stoquefiche (morue salée). Le tout, bien sûr, avé l'assent !

 

 

(1) L'as-tu payé, le chapeau ? demande ironique à quelqu'un dont on trouve le chapeau ridicule.