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    jeudi 11 mai 2017 de 10h à 12h
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Les santons de Provence

 

Une colline formée dans du papier froissé, çà et là de la mousse fraîchement ramassée, un petit pont de pierre plus vrai que nature sous lequel coule une rivière argentée, quelques branches de thym en guise d’arbres et, au centre, bien à l’abri d’une grotte improvisée, Marie, Joseph, l’âne et le bœuf attendent patiemment la naissance de Jésus.

Voilà ce que vous trouverez dans toutes les maisons provençales la veille de Noël : une crèche confectionnée par les petits et les grands car, comme chacun sait, Jésus est né en Provence ! Une fois le décor planté, on ajoute un à un les petits santons.

 

Le mot vient de santoun qui veut dire petit saint. Jusqu’au XIXe siècle, c’était une sorte de jouet en bois ou en plâtre, destiné aux enfants et qui représentait les personnages de la Capello, la Chapelle, où étaient reproduits en miniature les objets sacrés de l’église. Ils aidaient les enfants à mimer la cérémonie religieuse. Pendant la période de Noël, certains de ces santons devenaient figurines de crèche pour représenter la Nativité.

 

C’est à Marseille, au début du XIXe siècle, grâce à Jean-Louis Lagnel, que les personnages en cire ou en bois ont été remplacés par nos santons actuels en argile peinte, de petite taille, assez simples, un peu naïfs même, en terre crue simplement séchée au soleil. Jean-Louis Lagnel fut également à l’origine de la technique de moulage en deux coquilles, deux moules en plâtre, formant l’empreinte du santon, qui s’ajustent parfaitement. L’argile, pressée dans ce moule, prendra alors la forme souhaitée. Elle est encore utilisée aujourd'hui par tous les santonniers.

 

C’est cette même technique que mon père utilisa pour fabriquer son premier santon. Je garderai toujours dans ma mémoire le souvenir ému du jour où, tiré d’un petit rectangle d’argile, naquit le premier personnage de notre collection. Encore humide et fragile, il venait de prendre vie et semblait sortir d’un autre temps pour témoigner de la Provence d’autrefois. Une centaine d’autres personnages suivirent. Nous vîmes arriver les bergers, les Rois-Mages mais également lou ravi qui lève les bras au ciel, s’émerveillant de la naissance d’un tel enfant, l’amoulaïre qui aiguise les couteaux, la pessouneire avec sa balance dorée et son panier de poissons, le tambourinaïre, la fileusse à la quenouille, le couple Grasset et Grassette qui ne cessent de se disputer, et bien d’autres encore. Nous en avions de toutes sortes et de toutes tailles : en plâtre, très anciens et d’autres plus récents. C’était un jeu pour mes frères et pour moi de disposer chaque personnage ; la crèche se peuplait et s’animait... on pouvait presque les entendre s’interpeller dans la nuit.

 

Les fabricants de santons - le terme de santonnier n’arrivera que plus tard - exerçaient leur talent en sus de leur métier. La production était réalisée le soir, au cours des longues veillées d’été, autour de la table familiale où se joignaient voisins et amis.

 

Nous avons retrouvé les veillées d’autrefois, autour de la table de la cuisine ; là, nous lavions, ébarbions et peignions des séries entières de petits personnages, tandis que mon père nous parlait longuement de chacun d’eux. Ils nous étaient devenus familiers et nous nous plaisions à les imaginer vivant comme autrefois.

 

Au début du XIXe siècle, la crèche marseillaise se dote d’un grand nombre de personnages représentant les petits métiers du moment. Et en 1803 fut inaugurée la première foire aux santons. Dès le premier décembre, la Canebière s’illumine, les baraques des santonniers, des plus réputés aux moins connus, ouvrent leurs portes, dévoilant le mystère chaque année renouvelé de leurs productions. On y trouve également des santons habillés. Le premier du genre a été réalisé en 1916 par l’Abbé César Sumien. Dans un premier temps, le santon habillé ornera les églises mais, très vite, un santon de taille plus réduite sera destiné à la décoration des maisons et aux crèches familiales. Ce sont des mannequins dont la tête et les extrémités sont moulées et cuites, et dont l’armature en fil de fer permet de donner aux personnages des attitudes très expressives. Ce sont aujourd’hui de très beaux objets décoratifs vendus aux touristes comme souvenirs de la Provence.

 

Autrefois existaient des santons plus grands, articulés, et vêtus de costumes locaux : les santons de la crèche parlante. Certaines des représentations auxquelles elle donnait lieu connurent un grand succès mais il était malaisé de mouvoir toutes ces marionnettes avec des moyens très primitifs, fils invisibles, ou rainures sur le plancher.

 

Aujourd’hui les crèches parlantes n’existent plus, elles ont laissé la place aux pastorales où les personnages de la crèche sont joués par des acteurs. La plus célèbre est la Pastorale Maurel qui a été jouée sur toutes les scènes marseillaises et l’est encore aujourd’hui, notamment par l’Association des Frères qui en conserve la tradition, rue Nau. Les personnages de la pastorale ne sont pas de simples figurants, mais les acteurs d’une tragi-comédie qui se déroule devant la crèche. Le public retrouve chaque année ces personnages familiers. Le fameux Pistachier soulève l’enthousiasme et l’hilarité, ses plaisanteries font rire le spectateur du XXe siècle comme celui du siècle dernier.

 

Mobiles ou immobiles, les santons ont traversé le temps. On garde, grâce à eux, la mémoire d’une époque simple et authentique, la mémoire d’une tradition qui relie les hommes d’hier et d’aujourd’hui.