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SUR LES TRACES D'HERAKLES EN PROVENCE

par Brigitte Boudon

 

Une des légendes les plus connues et populaires, celle qui concerne tout l'Occident, de l'Afrique occidentale et de l'Espagne à la Gaule et à la Grèce, c'est celle du héros grec Héraklès, dont on ignore parfois qu’il a laissé des traces importantes en Provence.

 

Héraklès, archétype du héros grec

 

Héraklès est le modèle du héros grec, auquel une vie d’exploits et de souffrances vaut d’atteindre l’immortalité, comme le dit L’Odyssée du poète Homère.

 

Son nom primitif est Alcide, « le Fort » et le nom Héraklès signifie « Gloire d’Héra » ; c’est le dieu Apollon qui le lui donna en prévision des épreuves que la déesse Héra devait lui envoyer, Héra l’initiatrice et pas seulement la déesse jalouse et vindicative.


Un soir, Zeus s’unit à l’épouse du guerrier Amphitryon, la vertueuse Alcmène, en prenant les traits d’Amphitryon, car on sait que Zeus a une immense capacité de métamorphose. Alcmène s’unit ensuite à son époux légitime Amphitryon. Suite à cette double union, elle mettra au monde des jumeaux, Héraklès et Iphiclès.

 

Héraklès a donc une double ascendance, humaine et divine, ce qui est la caractéristique du héros grec.

 

La déesse Héra commence par bouleverser l’ordre des naissances, avançant celle d’Eurysthée, le cousin du héros, qui deviendra ainsi le maître de Tirynthe, qui sera chargé plus tard des douze travaux donnés à Héraclès. Puis, Héra dépêche deux serpents vers le berceau du nouveau-né, qui n’a aucun mal à les étouffer, alors que son frère jumeau Iphiclès pleure de peur.

 

Héraklès passe une enfance paisible à Thèbes ; jusqu’au jour où, inconscient de sa force et rebelle à la discipline, il tue d’un coup de lyre son maître de musique, Linos. Exilé sur le mont Cithéron, il partage la vie des bergers et atteint sa dix-huitième année. A cet âge, il débarrasse la contrée du lion qui ravageait les troupeaux du roi Thespios, préfiguration du premier des douze travaux. Il assure au roi une descendance de cinquante petits-fils (les Thespiades). Puis il reçoit en mariage Mégara, la fille du roi Créon.

 

Son bonheur ne durera pas ; dans une crise de démence que la déesse Héra lui inspire, Héraklès massacre femme et enfants. En expiation de ce crime, la Pythie de Delphes lui ordonne de gagner Tirynthe où Eurysthée lui impose les fameux douze travaux.

 

Les douze travaux d’Héraklès

 

En douze années, Héraklès accomplit les douze travaux.

 

. Il tue le lion de Némée en l’étouffant de ses mains, car ses flèches sont impuissantes. De sa dépouille, il se fait une armure à l’épreuve des flèches.

. Il tue l’hydre de Lerne en tranchant d’un seul coup ses neuf têtes, tandis que Iolaos, son neveu, les brûle pour les empêcher de repousser. Il plongera dorénavant ses flèches dans le sang du monstre pour les rendre mortelles.

. Il capture vivante la biche aux cornes d’or de Cérynie, protégée d’Artémis. La déesse l’accueille pourtant au pays des Hyperboréens, dont il ramène l’olivier.

. Il s’empare du sanglier d’Érymanthe après l’avoir forcé à la course dans une neige épaisse.

. Il abat de ses flèches les oiseaux mangeurs d’hommes du lac Stymphale, après les avoir fait s’envoler avec des castagnettes de bronze, œuvre d’Héphaïstos et don d’Athéna.

. Il nettoie les écuries d’Augias, encombrées de fumier, en un seul jour, en détournant le fleuve Alphée.

. Il capture le taureau de Crète de Minos qu’il ramène en Grèce et que Thésée tuera plus tard dans la plaine de Marathon.

. Il tue Diomède, qui nourrissait ses juments de chair humaine, en le faisant dévorer par ses propres juments.

. Il s’empare de la ceinture que la reine des Amazones Hippolyte avait reçue d’Arès.

. Il tue Géryon, le géant à trois têtes, après avoir gagné de nuit l’île d’Érythéia sur la coupe d’or du soleil.

. Il cueille les pommes d’or du jardin des Hespérides, affrontant au cours de son périple le géant Antée, les Pygmées, le dragon Ladon, et délivre Prométhée de ses chaînes.

. Enfin, à l’aide des dieux Hermès et d’Athéna, il accomplit « sa plus terrible épreuve » et ramène des Enfers le chien Cerbère qui en défend l’accès. Il en profite pour délivrer Thésée, et promet à Méléagre d’épouser sa sœur Déjanire.

 

Héraklès revêt la tunique que son épouse Déjanire a trempée dans le sang du centaure Nessos ; c’est un philtre d’amour, pense-t-elle : tragique méprise car Héraklès se tord de douleur dès qu’il revêt la chemise. Il dresse un bûcher sur le mont Œta et s’y jette. Et c’est la fameuse apothéose d’Héraklès : emporté sur l’Olympe, il épouse Hébé, la déesse de la jeunesse, et est accueilli par la déesse Héra.

 

Le nombre des exploits prêtés à Héraclès, dans les multiples versions d’une légende qui s’est enrichie depuis l’époque préhellénique jusqu’à la fin de l’Antiquité, est tel qu’on ne peut tous les rapporter (expédition des Argonautes, aide fournie à Atlas, etc.).

 

Héraklès est le modèle du héros grec : il combat les monstres pour venir en aide aux hommes. Il fait preuve d’une générosité extrême jusque dans ses excès tragiques ou comiques. C’est cette générosité qui lui permet de dépasser les limites assignées aux mortels, d’aller jusqu’à blesser Hadès et Héra de ses flèches : sa mesure est d’accepter toujours le prix de la démesure, qui est son lot. C’est un des rares héros grecs à conquérir son immortalité, et être admis sur l’Olympe au même titre que les dieux.

 

Héraklès est donc le modèle du héros civilisateur, celui qui apporte le courage, la paix, mais aussi la fécondité, la santé, la guérison. Il est le héros le plus populaire de la Grèce antique.

 

En Provence, il est pour les Grecs celui qui apporte les valeurs de la civilisation grecque à la civilisation indigène, celle des Ligures, des Celto-Ligures ou des Celtibères en Espagne. Il est le principal auteur de l’hellénisation de la Provence, avant même l’arrivée des Phocéens, au VIème siècle avant J.C. On va en trouver de multiples traces ou témoignages.

 

Sur les traces d’Héraklès en Provence

 

Deux travaux sur les douze portent Héraklès jusqu'à l’extrême Occident, la capture du troupeau de Géryon et les pommes du jardin des Hespérides. Géryon est un monstre à triple corps, propriétaire d'un troupeau de boeufs magnifique. Il régnait sur l'île d'Erythie, la rougeoyante, qui se trouvait dans l'Atlantique, aux limites du monde connu. La Rougeoyante tirait son nom du fait qu'il s'agissait de la dernière terre, la dernière qu'inondait le soleil de sa lueur en se couchant dans les abîmes, à l'extrémité du monde. Près de cette île se trouvait celle des Hespérides.

 

Armé de sa massue, de son épée, de son arc, revêtu de sa cuirasse, et chevauchant les chevaux offerts par le dieu Poséidon, Héraklès passe par l'Egypte, la Libye, et arrive au détroit de Gibraltar. Là, il construit deux hauts monuments, deux stèles qui portent son nom : les colonnes d'Héraklès marquent la frontière entre l'Afrique et l'Europe mais délimitent surtout le monde connu.

 

Au-delà de ces colonnes, nul homme sensé ne doit s'aventurer. Mais justement, Héraklès n'est pas un homme sensé. Il désire franchir l'Océan. Il utilise un moyen de locomotion original, le bol d'or du soleil. C'est dans ce bol que le soleil se rend, toutes les nuits, du Couchant au Levant, pour réapparaître frais et dispos à l'Est le lendemain matin.

 

Arrivé sur place, Héraklès tue Géryon et ramène son troupeau en Ibérie. Là, il longe les côtes occidentales, arrive jusqu'aux Pyrénées qu'il franchit, longe les côtes du Roussillon, du Languedoc, puis de la Provence.

 

C’est donc sur le chemin du retour qu’Héraklès va passer par nos contrées. Il trace ainsi la voie Héracléenne, dont la via Domitia, la voie domitienne, à la fin du IIème siècle avant J.-C., reprendra une partie du tracé. On a trouvé le long de cet axe majeur qui relie l’Espagne et l’Italie en passant par la Provence, de nombreux témoignages du passage d’Héraklès.

Sur ce chemin de retour, Héraklès croise des rois indigènes et leur apprend les sacrifices : ceux qu'il ne faut pas faire (sacrifices humains), ceux qu'il faut faire (sacrifices à la manière grecque) ; bref, il civilise les barbares.

 

De même, dès que le vin coule, Héraklès est emporté par le désir érotique et s'unit à des princesses. De gré ou de force. Il peuple ainsi ces contrées de nombreux enfants qui s'avèrent du coup être en partie de sang grec.

 

Héraklès transforme le monde qu'il découvre ; il le débarrasse des monstres, des sacrifices humains et apporte la civilisation, créant les bases de la cité grecque. Partout où passe Héraklès, naissent des cités, des sanctuaires. Ses victoires lui donnent la possession de ces territoires.

 

 

LA PLAINE DESERTIQUE DE LA CRAU

 

La Crau est un territoire formant un triangle entre Arles, Salon-de-Provence et Fos-sur-Mer.

C’est une étendue caillouteuse et aride, considérée comme la dernière steppe d’Europe de l’Ouest. Le tragédien grec Eschyle nous montre Héraklès, à son retour du lointain Jardin des Hespérides, aux prises avec Borée (le mistral) dans l’immense désert de Crau :

 

« Tu arriveras, ô Héraklès, en des lieux battus par Borée ; prends garde que la violence de ce vent ne t’enlève du sol… »

 

Après avoir mis Héraklès en garde contre le mistral, Prométhée l’invite à soutenir la lutte contre les Ligures :

 

« Là, tu rencontreras les belliqueux Ligures, mais, quand tes flèches seront épuisées, Zeus sera touché, il couvrira le ciel de nuages et fera grêler des pierres rondes sur tes ennemis ».

 

Héraklès s’empare des pierres pour chasser ses agresseurs. Et c’est ainsi qu’est née l’immense champ de pierres qu’est la Crau.

 

Depuis cet épisode, la Crau est considérée comme une terre d’épouvante, aride, battue par les vents, mais surtout le lieu de la victoire des Grecs sur  les belliqueux Ligures. Lieu de légende et de symbole de la Provence, c’est là que Frédéric Mistral fait passer Mireille, l’héroïne de sa tragédie, qui traverse la Crau avant de mourir d’insolation aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

 

LE COMBAT CONTRE LA TARASQUE, LE DRAGON DU RHONE

 

Dans la mythologie celto-ligure, avant l’arrivée des Grecs, la Tarasque est un monstre sortant des eaux du Rhône et qui sème la terreur sur ses rives. Dans certaines versions du mythe, le monstre réclamait chaque année sa provision de jeunes gens qu’il dévorait, ce qui le faisait ressembler au Minotaure de Crète. C’est ce monstre effrayant qu’Héraklès combat. La Tarasque symbolise alors la résistance celto-ligure face aux nouveaux arrivants grecs. La victoire d’Héraklès sur la Tarasque représente la victoire des Grecs sur les indigènes.

 

Plus tard, avec la christianisation, cette même Tarasque devient le monstre symbolisant le paganisme infestant alors les rives du Rhône. C’est alors que naît la légende de sainte Marthe.

 

Après son arrivée à bord de la fameuse Barque des saints vers l’an 46, Marthe avait remonté le Rhône. la sainte femme entreprit alors une action éclatante que raconte un texte apocryphe attribué à Marcelle, sa servante. Elle voulut prouver la supériorité de son dieu sur ceux des Romains en combattant le monstre mi-terrestre mi aquatique qui terrorisait la région.

 

« Plus gros qu’un bœuf, plus long qu’un cheval, il avait la face et la tête d’un lion, des dents aiguës comme des épées, une crinière de cheval, le dos tranchant comme une hache, six pattes aux griffes d’ours, une queue de serpent, un double bouclier comme une tortue de chaque côté ». extrait d’un texte apocryphe appelé Pseudo-Marcelle.

 

Marchant à la rencontre du monstre, « Marthe l’aspergea d’eau bénite, lui montra une croix. Le dragon vaincu devint comme un agneau. Elle l’entoura de sa ceinture et le peuple le déchiqueta sur le champ à coups de lances et de pierres ».

 

Plus tard, elle convertit tout le peuple de Tarascon et fit construire en ce lieu une maison de prières où elle vécut jusqu’à sa mort. Son tombeau fut toujours source de guérisons miraculeuses.

En souvenir de ce haut fait, le bon roi René organisa en 1474 de grandes fêtes en l’honneur de sainte Marthe. Aujourd’hui encore, une Tarasque verte à piquants rouges, dont la gueule et la queue sont mises en branle par de jeunes gens cachés à l’intérieur, est promenée en procession dans tout Tarascon, le dernier dimanche de juin.

 

 

HERAKLES, HEROS GUERISSEUR A GLANUM

 

Le site de Glanum est adossé aux contreforts septentrionaux des Alpilles, près de Saint-Rémy-de-Provence. Comme à Nîmes, c'est une source guérisseuse qui a donné naissance à la ville. Réputée curative, elle est fréquentée dès la protohistoire par les Ligures, puis par les Celtes qui l’associent au dieu Glan ou Glanis ; ses compagnes bienfaisantes, les déesses-mères compatissantes, les Mères Glaniques.

 

Ce sanctuaire s’appelle d’abord Glanon, accueille successivement deux brillantes expressions culturelles, gallo-grecque d’abord, gallo-romaine ensuite. La ville romaine, désormais appelée Glanum, continuera à prospérer grâce à la réputation de ses eaux guérisseuses.

 

Les anciennes mères Glaniques vont être remplacées par Valetudo, la déesse de la « Santé », et par Apollon guérisseur et surtout par Héraklès, patron des sources, autour du même sanctuaire ainsi réaménagé.

 

On a trouvé à Glanum plusieurs statues d’Héraklès, tenant trois pommes d’or, ou couché avec sa massue, ainsi que trois autels votifs qui lui sont dédiés. Ainsi, de Glan à Apollon et Héraklès, il y a une continuité de culte autour des eaux guérisseuses.

 

Brigitte Boudon