La question des sectes en France (2006)

Sommaire

Extrait du Guide de l’agent public face aux dérives sectaires (2004)

 

1.     La création et l’évolution des mouvements anti-sectes

2.     Une série de « suicides collectifs » largement médiatisés et instrumentalisés

3.     Le coup d’envoi de la suspicion donné par le rapport parlementaire de 1996

4.     La spécificité française : un imposant dispositif administratif de surveillance

5.     Le rôle amplificateur des médias

6.     La Circulaire Raffarin du 27 mai 2005 relative à la lutte contre les dérives sectaires

7.     La situation de Nouvelle Acropole en France

8.     La philosophie, un combat pour la liberté de pensée et d’expression

9.     Annexes

 

. Un rapport parlementaire contesté (extraits de presse)

. Circulaire du 27 mai 2005 relative à la lutte contre les dérives sectaires

. La revue parlementaire de juin 2005

. Analyse du livre de Bruno Etienne, La France face aux sectes, septembre 2002

. La FAQ du Cicns (Centre d’information sur les nouvelles spiritualités)

. A-t-on le droit de croire ce que l’on veut ? entretien avec Jean Baubérot

. Coupures de presse nationales et régionales sur Nouvelle Acropole

. Interview de Fernand Schwarz : un mouvement en question

. Nouvelle Acropole : contributions sociales et culturelles

. Témoignages de personnalités : Edgar Morin, Michel Maffessoli

. Extrait du Que sais-je ? écrit par Antoine Faivre sur l’ésotérisme

 

 

10.  Divers documents intéressants à consulter pour se faire une opinion :

. Interview vidéo de Maître Philippe Pérollier (DVD), mars 2005

. Interview vidéo de Jean Bauberot (DVD), historien sociologue, 2006

. Interview vidéo de Michel Maffesoli DVD), sociologue, 2006

. le site du CICNS   www.cicns.net avec d’excellentes études et articles.

. Interview de Maurice Duval, Le Figaro, janvier 2002

. Maudite rumeur, de Robert Redeker, professeur de philosophie

 

 

Nous avons choisi de partir d’un texte officiel publié en 2004 pour essayer de comprendre la situation française sur la question des sectes, et notamment sa spécificité par rapport aux autres pays européens. Car la fameuse « exception française » s’exerce aussi dans ce domaine, semble-t-il.

 

Voici donc pour commencer un extrait (pages 9 à 11) du Guide de l’agent public face aux dérives sectaires publié en 2004 par la Documentation Française.

 

L’histoire récente du phénomène sectaire

 

« C’est au milieu du XXème siècle que l’on voit apparaître en France la forme moderne du phénomène sectaire souvent inspirée par des mouvements nés en Asie ou aux Etats-Unis.

 

En 1968, et dans les années suivantes, se constituent des groupes marginaux qu vivent en communauté.

 

Entre 1972 et 1975, le départ outre-Atlantique d’enfants mineurs (une trentaine par an) dans des mouvements comme l’Association pour l’unification du christianisme mondial, l’Eglise de scientologie, l’Association internationale pour la conscience de Krishna, est à l’origine de la mobilisation des familles concernées. Ces dernières créent les associations de défense des familles et de l’individu, les ADFI (le docteur Champollion et son épouse Claire créent la première ADFI à Rennes en 1974.)

 

Dans les mêmes années, un médecin organise une structure européenne, la Fédération européenne des centres de recherche et d’information sur le sectarisme, la FECRIS.

 

En 1978, a lieu le suicide collectif de 923 adeptes du Temple du peuple au Guyana en Amérique du sud.

 

L’opinion se saisit du phénomène. Sous la plume d’un journaliste, Alain Woodrow, un livre, Les nouvelles sectes, publié aux éditions du Seuil en 1979, a un important succès.

 

En 1981, le fils de Roger Ikor, prix Goncourt, meurt d’un régime alimentaire macrobiotique zen. Ce père écrit en 1982 : Je porte plainte et crée le Centre contre les manipulations mentales, le CCMM.

 

Le gouvernement prend fait et cause au nom de la protection des enfants. Le ministre des affaires sociales demande un rapport, qui ne sera pas rendu public, relatif à la protection des mineurs face au développement du phénomène sectaire. D’autre part, en 1982, le Premier ministre charge un député, Alain Vivien, « d’étudier les problèmes posés par le développement des sectes religieuses ou pseudo religieuses. Il vous appartiendra, plus particulièrement, d’examiner leur statut juridique et financier, tant en France qu’à l’étranger, et de proposer des mesures propres à garantir la liberté d’association au sein de ces sectes tout en préservant  les libertés fondamentales de l’individu. »

 

Ce rapport, remis au Premier ministre en 1983, a pour titre : Les sectes en France – Expression de la liberté morale ou facteurs de manipulations ? Il propose notamment la création d’une structure interministérielle.

 

Après une période de latence de dix ans, des événements dramatiques vont s’enchaîner :

. 1993 : 88 morts par suicide et affrontements avec la police à Waco au Texas au sein de la secte des Davidiens ;

. 1994 : 53 morts dans l’affaire de l’Ordre du temple solaire en Suisse et au Canada ;

. 1995 : 11 morts et 5 000 blessés dans l’attentat au gaz sarin perpétré dans le métro de Tokyo par la secte Aoum.

 

Une commission d’enquête parlementaire est mise en place, sous la présidence d’Alain Gest (député UDF). Le rapport est présenté à l’Assemblée Nationale le 20 décembre 1995 par Jacques Guyard (député PS) ; il a pour titre : Les sectes en France.

 

Ce rapport évoque notamment :

. le phénomène sectaire, une notion difficile à définir en droit ;

. les dix critères de dangerosité définis par les Renseignements généraux ;

. la liste des 173 mouvements à caractère sectaire ;

. la première typologie des sectes ;

. la proposition de créer un observatoire interministériel.

 

Le 23 décembre 1995, 16 morts sont découverts en France dans le Vercors ; ils seront identifiés comme étant des adeptes de l’Ordre du Temple Solaire.

 

Cet événement tragique donne un grand retentissement au rapport d’enquête parlementaire qui vient d’être présenté au Parlement trois jours auparavant.

 

Le 9 mai 1996, le gouvernement d’Alain Juppé met en place un Observatoire interministériel dont la présidence est confiée à un préfet. Un premier rapport d’activité est remis au Premier Ministre en 1997.

 

Le gouvernement de Lionel Jospin crée le 7 octobre 1998 la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) et en confie la présidence à Alain Vivien, ancien ministre. Trois rapports d’activité seront réalisés en 1999, 2000 et 2001.

 

Le 18 décembre 1998, est promulguée une loi tendant à renforcer le contrôle de l’obligation scolaire. Elle vise essentiellement à renforcer les contrôles de l’instruction des enfants dans leur famille et des établissements scolaires privés hors contrat.

 

En 1999, une nouvelle commission d’enquête parlementaire est mise en place, relative aux ressources et aux activités économiques et financières des mouvements à caractère sectaire. Cette commission présidée par le député Jacques Guyard (PS) a pour rapporteur le député Jean-Pierre Brard (app. PC). Le rapport est présenté à l’Assemblée nationale le 10 juin 1999.

 

Le 12 juin 2001, à l’initiative du sénateur Nicolas About (RI) et de la députée Catherine Picard (PS) est promulguée une loi tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales. Elle prend en compte pour la première fois l’état de sujétion mentale.

 

Le 28 novembre 2002, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin institue la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES). La  présidence est assurée par Jean-Louis Langlais, inspecteur général de l’administration.

 

****************

 

Voici donc le texte officiel qui sert d’introduction au Guide de l’agent public, qui fait au total 120 pages. Quelques commentaires et précisions nous semblent nécessaires pour comprendre l’importance de l’arsenal administratif mis en place en France depuis une trentaine d’années, d’abord pour lutter contre les « sectes », puis, depuis 2002, contre les « dérives sectaires ».

 

Nous développerons les points suivants :

 

I. La naissance des mouvements anti-sectes correspond à des initiatives personnelles isolées de parents inquiets pour leurs enfants, parmi lesquelles deux initiatives serviront de locomotives : celle du couple Champollion et celle de Roger Ikor. La création de l’ADFI et du CCMM va créer un climat de méfiance d’abord vis-à-vis des grandes structures américaine, puis généralisée vis-à-vis de tout mouvement proposant une réflexion sur la spiritualité. La politique d’amalgame sera largement utilisée pour discréditer, au-delà de quelques mouvements incriminés, une pensée qui ne soit pas laïque et athée. La nébuleuse anti-sectes finit par comprendre des psychiatres quelque peu fanatiques et des hommes politiques en quête d’électorats ….

 

II . Les événements tragiques qui se sont passés aux Etats-Unis (les « suicides collectifs » de Guyana et Waco), les événements liés à l’Ordre du temple solaire ont été instrumentalisés par les médias et les mouvements anti-sectes, et continuent de l’être, malgré des informations officielles sur ces dossiers qui ne permettent plus aujourd’hui de parler de manière aussi péremptoire de « suicides collectifs ».

 

III. Après une période de sommeil de dix ans, le coup d’envoi de la lutte anti-sectes est donné en France début 1996 par le rapport Gest-Guyard, avec sa fameuse liste de 172 mouvements jugés sectaires et dangereux. Cette « liste noire » est à l’origine de nombreuses discriminations, tracasseries, attaques verbales voire physiques visant à jeter le discrédit sur les mouvements cités. Le paradoxe de cette situation est que ce Rapport parlementaire a été très largement contesté dès sa parution, et pourtant, bientôt vingt ans après, il est toujours la référence.

 

IV. Depuis 1996, outre cette liste noire qui circule dans toutes les administrations et source des amalgames les plus farfelus, un imposant arsenal administratif a été mis en place, avec des structures, des correspondants, des cellules, des commissions etc. dans tous les ministères importants que compte notre République.

 

V. Les médias jouent en France un rôle d’amplificateur des mouvements anti-sectes, sans se soucier de faire des enquêtes réelles sur le terrain, à tel point qu’on ne peut plus discerner qui manipule qui…. Les médias se font les relais de l’arsenal administratif mis en place, et ce quel que soit leur appartenance ou affinité politique. Un autre paradoxe français = le RPR et la LCR mènent le même combat. Les journalistes se contentent en général de reprendre les informations que leur donnent volontiers l’ADFI et le CCMM,  ou les fameux « apostats », c’est-à-dire les anciens membres des mouvements incriminés.

 

VI. La récente circulaire Raffarin de mai 2005 ouvre à toutes les interprétations possibles, soit l’abandon de la liste noire de 1996, soit au contraire un renforcement du dispositif de vigilance et de surveillance pour davantage de mouvements, et pas seulement les 172 mouvements de 1996.

 

 

 

1. la création et l’évolution des mouvements anti-sectes


« Le départ d’une trentaine d’enfants par an vers les Etats-Unis », voici l’origine de l’inquiétude de certains parents qui voient leurs enfants s’éloigner d’eux. On peut déjà se demander pour quelle raison on met en exergue cette trentaine de départs, alors que pas un des sociologues et historiens de renom qui se sont penchés sur l’émergence des nouveaux mouvements religieux ne l’a relevé comme un fait significatif ou marquant.

La naissance des mouvements anti-sectes est donc le fait de parents de jeunes adultes qui ont quitté leur famille pour entrer dans un mouvement religieux communautaire, surtout à l’origine, l’Eglise de l’Unification. C’est le cas de Claire Champollion qui se trouva à l’origine des ADFI en 1974 (Associations pour la Défense de la Famille et de l’Individu, regroupées depuis mars 1982 en une Union Nationale dite UNADFI). Ce fut aussi le cas de Roger Ikor, écrivain parisien, prix Goncourt, dont le fils mourut à la suite d’un jeûne rigoureux lié à sa pratique du zen macrobiotique et qui fut à l’origine du Centre contre les manipulations mentales (CCMM).

 

L’idéologie de ces deux mouvements est à l’origine assez simpliste et pour « libérer les victimes », elles n’hésitaient pas à recourir aux services de déprogrammeurs. Madame Ovigneur, dirigeante de l’ADFI à Lille, déclarait en 1976 : « nos techniques de déprogrammation son maintenant bien au point, grâce notamment aux expériences américaines. »

 

Les cas isolés de Roger Ikor et du couple Champollion ne semblent pas devoir justifier la mobilisation d’un Etat. Les nombreuses victimes des dérapages de la médecine moderne, comme celui du sang contaminé, n’ont, par exemple, pas remis en cause les fondements de la politique de santé française…. Il faut donc savoir que ces premières structures créées, l’ADFI et le CCMM, ont trouvé un écho important auprès des médias qui les ont présentées au fil des années comme des structures qualifiées, légitimes et compétentes pour « protéger nos enfants du danger des sectes ».

 

Pourquoi l’ADFI et le CCMM  rencontrent-ils un tel écho auprès des médias ?

 

La majorité des spécialistes qui ont étudié les mouvements anti-sectes sont d’accord pour distinguer au départ deux courants :  un courant « contre les sectes » d’origine chrétienne (l’ADFI) et un courant « anti-sectes » d’origine laïque et rationaliste (le CCMM).

 

L’ADFI présente à l’origine certaines caractéristiques d’un mouvement chrétien contre les sectes, puis elle sécularise son discours en tant qu’association et précise peu à peu son identité comme mouvement anti-sectes. Roger Ikor, quant à lui, était de notoriété publique, vice-président de l’Union Rationaliste et radicalement anti-religieux. Les deux mouvements se sont donc retrouvés sur le terrain commun des anti-sectes.

 

Un symbole des liaisons internationales entre ces deux mouvements est la participation de l’UNADFI et du CCMM à la constitution à Paris en 1994 d’une Fédération Européenne des Centres de Recherche et d’Information sur le Sectarisme (FECRIS). Les statuts de la FECRIS déclarent, en le soulignant, ne vouloir s’occuper que des « pratiques de certaines organisations sectaires totalitaires ». Il est intéressant d’observer que la fédération, bien que comprenant des groupes à l’origine desquels se trouvent des chrétiens, ne regroupe maintenant que des mouvements anti-sectes. Les grands mouvements européens non athées contre les sectes, qu’ils soient protestants ou catholiques, restent en dehors.

 

 

« Nous nous occupons seulement des agissements, et non pas des croyances » est le slogan courant des mouvements anti-sectes.

 

Le fondement idéologique de ces mouvements n’est pas porté à la connaissance de leurs membres, pour la plupart sincères. Leur message est rendu crédible, attrayant, voire empreint d’altruisme. Ils sont parvenus à se donner une image respectable, et apparaissent comme les référents en matière de problèmes liés aux sectes.

 

Par l’intermédiaire de l’ADFI, il est possible à toute personne se prétendant victime d’une secte de percevoir une indemnité lui permettant de se insérer dans la société. Il est donc fort possible que les individus qui viennent se plaindre sur les plateaux de télévision des « manipulations » qu’ils auraient subies, soient ceux qui viennent de toucher des subventions.

 

L’ADFI apparaît comme un organisme rassurant : regroupement d’associations locales, elle met en avant ses administrateurs bénévoles, d’un certain âge. Ces gens calmes et rassurants utilisent, sans qu’on s’en rende compte, les méthodes qu’ils dénoncent : démarchage, harcèlement téléphonique, encouragement à la délation, conférences et discours de propagande etc.  Progressivement, dans l’inconscient collectif, chemine l’idée selon laquelle s’il existe une association qui pourchasse les sectes, c’est qu’il existe des sectes et qu’elles représentent un danger réel. Le citoyen n’a donc pas du tout l’impression d’être manipulé, puisque le militant de  base n’en a pas lui-même l’impression. Bien plus, le militant de base croit faire œuvre humanitaire.

 

L’ADFI intervient auprès des services publics (Education nationale, le plus souvent) pour signaler que telle personne fait partie d’une « secte ». Elle intervient après de la Justice en adressant des courriers aux magistrats, au nom de la défense des individus. Elle suggère même de faire placer les enfants vivant avec leurs parents dans une « secte », directement à la DASS. Elle est partie prenante dans des cas de divorces où l’un des conjoints est censé appartenir à une « secte ». Ainsi, depuis plusieurs années, elle a rempli son rôle : l’opinion publique pense maintenant qu’il existe en France de nombreuses sectes, et surtout que ces sectes sont dangereuses.

 

La neutralité des mouvements anti-sectes vis-à-vis des croyances est en fait beaucoup plus apparente que réelle. Ils ont leur orthodoxie à défendre, celle d’une laïcité conçue comme au 19ème siècle. Dans certains pays, on trouve des mouvements anti-sectes qui attaquent comme secte la franc-maçonnerie mais, en France, les obédiences maçonniques rationalistes ont plutôt tendance à se joindre aux campagnes des mouvements anti-sectes.

 

En matière d’argumentaire, on peut observer en France le même processus qu’aux Etats-Unis sur le plan idéologique, dans le sens que le lavage de cerveau et, plus tard, sa version de seconde génération, la « déstabilisation mentale » deviennent la clé universelle pour identifier les secte. Par contre, la direction des mouvements anti-sectes demeure en France entre les mains des activistes, qui n’ont pas été remplacés par des professionnels du droit ou de la psychiatrie comme aux Etats-Unis.

 

C’est ainsi qu’on a vu naître en France, à côté des mouvements anti-sectes organisés cités ci-dessus, une plus large nébuleuse anti-sectes où se trouvent des personnes qui, sans être dirigeants  ni même membres des associations anti-sectes, sont néanmoins considérés par les médias comme les porte-parole du mouvement anti-sectes dans son ensemble, comme le docteur Abgrall ou le père Jacques Trouslard, ou encore – après le rapport parlementaire de 1996 – des hommes politiques soudainement transformés en docteurs ès sectes comme l’ancien député Alain Gest ou le député-maire Jean-Pierre Brard, devenu célèbre pour son discours anti-religieux radical.

 

Les mouvements anti-sectes donnent souvent l’impression de proposer la vérité sur les sectes. Forts de leur relation privilégiée avec l’administration du pays (notamment par les subventions non  négligeables reçues depuis des années), ils estiment ne pas avoir à entamer de dialogue avec les mouvements incriminés. La France est toutefois relativement isolée sur la scène internationale avec son discours de « guerre » et de « lutte » contre des dizaines de mouvements, tous amalgamés sous l’appellation qui se veut infamante de secte.

 

A titre d’exemple, en date du 12 septembre 1997, le Tribunal de Grande Instance de Paris a débouté l’UNADFI de son action pour diffamation à l’encontre de Louis Pauwels, écrivain et éditorialiste, Directeur de publication du Figaro, aujourd’hui décédé.

 

L’association s’était estimée diffamée dans l’article publié dans Le Figaro publié dans le Figaro du 24 octobre 1996 sous le titre : Sectes :  l’esprit d’inquisition, par le passage ci-après :

 

« Depuis 1975, se sont instaurées des associations anti-sectes qui accusent globalement leurs adversaires de déstructurer les individus et de menacer les familles. La plus virulente d’entre elles est l’ADFI. Elle catalyse, sinon promeut des attaques contre les groupes spirituels non conformes. J’apprends qu’elle s’inspire d’un courant de la psychiatrie américaine visant à la normalisation de la société par la destruction des nouvelles religions. (…) cette guerre contre les sectes réveille l’esprit d’inquisition et s’apparente dans bien des cas aux procès en sorcellerie où la rumeur tenait lieu de preuve. Il suffit désormais d’accuser un groupe marginal de captation de la personnalité et manipulation mentale pour qu’il se trouve rangé au nombre des sectes, et par  là même, mobiliser contre lui l’opinion générale. Cette nouvelle chasse aux sorcières bénéficie des subsides de l’Etat et, sauf exceptions, du soutien sans réflexion des médias. »

 

L’ADFI France est financée par des subventions du  Ministère de la Jeunesse et des Sports, le Ministère de la Santé et par de nombreuses communes et départements.

 

L’UNADFI est dirigée aujourd’hui par Catherine Picard, ex-députée socialiste. Une controverse s’est élevée lors de sa nomination sur une éventuelle politisation de cette association. Catherine Picard s’est en effet personnellement engagée aux côtés de la Ligue Communiste Révolutionnaire dans l’appel des 200 à voter non à la Constitution européenne. Sur ses affinités trotskystes, Catherine Picard a fait à e jour des réponses évasives.

 

II. Une série de « suicides collectifs » largement médiatisés et instrumentalisés

 

L’enchaînement des événements dramatiques tel que présenté dans le Guide de l’agent public est un montage artificiel, liant entre eux des drames qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Depuis la révélation au public en 1995 des rapports du FBI, continuer à parler de suicide collectif pour les drames de Guyana et de Waco est en effet abusif. Et en ce qui concerne les affaires de l’Ordre du temple solaire, il semble s’agir davantage d’affaires mafieuses et de règlements de compte affairistes que d’affaires liées à la spiritualité.

 

Cette obstination à exposer les faits sous le même angle depuis des années sans tenir compte des nouveaux éléments d’enquête qui ont pu paraître depuis ne peut s’expliquer que par une volonté délibérée d’entretenir la peur et la toute-puissance de la rumeur. L’instrumentalisation de l’affaire de l’Ordre du temple solaire a été particulièrement efficace puisqu’elle a correspondu à la sortie du fameux rapport parlementaire Gest-Guyard.

 

Pour toutes ces affaires, nous renvoyons au site du Cicns qui explique bien la manipulation effectuée par les autorités autour des ces drames.

 

III – Le coup d’envoi de la suspicion donné par le rapport parlementaire de 1996

 

 

. Le rapport parlementaire de 1996 et sa fameuse liste des 172 mouvements

Il est inutile de revenir sur la méthodologie de cette enquête parlementaire qui a été, dès sa sortie, largement contestée par de nombreuses personnalités, en France et à l’étranger ( voir annexe ). Durant l’ « enquête », seulement vingt personnes ont été auditionnées dans le plus grand secret, aucun groupe cité n’a été entendu, ni aucune personnalité universitaire compétente en ce domaine.

 

Ce fameux rapport de 1996 est issu d’une simple commission parlementaire. Il n’a donc « aucune valeur normative », comme l’écrira Jean-Pierre Chevènement, alors Ministre de l’Intérieur.  Ce dernier a d’ailleurs adressé une circulaire à tous les préfets de France pour leur rappeler qu’ils ne pouvaient « prendre aucune décision à l’encontre d’un des mouvements listés sur le seul motif des rapports parlementaires, ceux-ci n’ayant aucune valeur légale. »

 

Malgré ces nombreuses critiques, les conclusions alarmantes auxquelles aboutissait le rapport incitèrent le Premier Ministre de l’époque, M. Juppé, à créer un observatoire des sectes placé sous la direction de M. Guerrier de Dumast en 1996.

 

La publication de cette liste noire de 172 mouvements a été le point de départ d’une politique de suspicion et de discrédit, se développant peu à peu en ce que certains appellent la nouvelle chasse aux sorcières.

 

En 1998, le gouvernement a créé un nouvel organisme chargé de lutter contre les sectes, placé sous la direction du Premier Ministre appelé  Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) dont le responsable fut Alain Vivien, ancien dirigeant du CCMM fondé par Roger Ikor. Cette mission était composée de quarante personnes. Elle entretenait des liens étroits avec les groupes anti-sectes dont elle était le relais officiel. Elle eut un rôle de conseil après des ministères pour établir un maillage d’agents chargés de contrer les sectes par le biais de cellules anti-sectes dans les administrations de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, des Affaires sociales.

 

Le fait d’être cité dans le rapport parlementaire dans la liste des 172 justifie officiellement

 

. de ne plus avoir accès aux salles municipales, ni aux salles privées, ni aux édifices religieux pour ses activités ;

. de ne plus avoir accès aux médias, publications dans les journaux, magazines et autres publications, ni aux radios, ni aux chaînes de télévision ;

. de faire l’objet d’articles diffamatoires dès que l’on commence à se faire voir ou entendre dans une ville ;

. de se voir refuser la distribution de ses programmes dans les institutions officielles, mais aussi dans les magasins qui sont soumis à des pressions de la part des activistes anti-sectes ;

. de subir un certain nombre de tracasseries qui vont des menaces d’agression par téléphone, de graffitis diffamants sur ses vitrines ou affiches jusqu’aux agressions physiques.

 

 

 

. La loi du 12 Juin 2001 ou loi About-Picard

 

Le titre exact de cette loi est : Renforcement de la prévention et de la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales.

 

La MILS a favorisé  la rédaction de la loi About-Picard du 12 juin 2001 qui a été jugée sévèrement par des juristes, des universitaires tant en France qu’à l’étranger. En effet, elle est votée à l’encontre des recommandations du Conseil de l’Europe, des organismes européens et américains, et des fédérations des droits de l’homme, comme celle d’Helsinki, qui déclarait  « Nous craignons que la législation que vous proposez puisse difficilement être jugée compatible avec la notion de pluralisme religieux dans une société démocratique ; pour cette raison, notre organisation condamne ce projet de loi. »

 

 

Madame Picard, rapporteuse de l’assemblée nationale écrit, dans le rapport n° 3083 : « le présent article (celui sur la dissolution civile) est un élément essentiel du nouveau cadre législatif qu’il est proposé de mettre en place pour lutter contre les groupements sectaires. Il permet au juge de prononcer leur dissolution. »

 

Les mouvements sectaires sont donc ceux qui poursuivent « des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ses activités. »

 

Selon Maître Pérollier, avocat au barreau de Marseille, il faut insister sur deux aspects essentiels :

 

. cette loi laisse aux juges une totale liberté d’interprétation, ce qui permet les pires abus, en particulier du fait de certains juges d’instruction ou de certains juges de premier ressort. L’imprécision totale de la loi donne à la Cour de cassation la possibilité et la responsabilité de faire la loi. Il existe heureusement des magistrats scrupuleux, intègres, méfiants et distants à l’égard de l’hystérie et de la psychose collective concernant les sectes, mais l’immense majorité des magistrats est exactement comme tout le monde. Elle cède aux mêmes modes et aux mêmes conditionnements.

 

. le pire ne réside pas forcément dans la loi, ni même dans son application future. Le pire est constitué par le climat raciste, par la haine et l’incitation permanente au mépris, à la suspicion, au discrédit, déclenchés et entretenus par l’Etat à l’égard de groupes qui n’ont rien à se reprocher, qu’ils n’ont fait et ne feront l’objet d’aucune plainte, ni poursuite, ni condamnation, même sur le fondement de la nouvelle loi.

 

L’Etat se sert de réels abus pour faire l’amalgame et mettre tout le monde dans le même sac. Les manifestations de ces incitations à la haine sont visibles tout au long des débats parlementaires.

 

 

. de la MILS à la MIVILUDES : la continuité dans la surveillance

Dans son objet, la MIVILUDES a un rôle d’observatoire du « phénomène des mouvements à caractère sectaire dont les agissements sont attentatoires aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales ou sont une menace pour l’ordre public ou sont contraires aux lois et aux règlements», de favoriser la prévention et la répression de ces agissements, de réunir de l’information sur ces mouvements, d’informer le public sur les risques de dérives sectaires. Cette mission a été nommée en novembre 2002 pour trois ans.

 

Elle a publié deux rapports, en 2003 et 2004. En outre, deux Guides ont été publiés, le Guide de l’agent public face aux dérives sectaires et le Guide des Maires de France contre les sectes.

. Amalgames, les bases de la manipulation

 

Ce sont toujours les mêmes arguments qui sont donnés pour discréditer un mouvement en le qualifiant de secte. Ces arguments tournent autour des trois notions d’argent, de sexe et de pouvoir.

 

L’argent : tout le monde en rêve, mais le monde a appris à se sentir coupable de ses propres fantasmes et les « sectes » font de bons boucs-émissaires pour dénoncer au dehors ce que tout le monde vit au-dedans.

 

Lors des débats sur les sectes visant à marteler les mêmes informations afin qu’elles soient bien digérées par les auditeurs, la question de l’argent est incontournable et arrive souvent en tête des griefs. Si nous prenons les débats télévisés de ces 20 dernières années, nous trouvons deux constantes sur ce sujet : soit les sectes gagnent trop d’argent et c’est nécessairement suspect. Soit elles n’en gagnent pas du tout en pratiquant le bénévolat, ce qui est tout aussi suspect. Quoi qu’ils disent, les mouvements incriminés sont suspects d’avoir une « influence économique inquiétante. »  Et si les dirigeants  ne s’enrichissent pas, alors où va l’argent ?

 

Le rapport Les Sectes et l’argent paru en 1999 témoigne du point de vue officiel sur ce sujet.

 

Le sexe : soit les sectes prônent la chasteté et il s’agit alors de conditionnement, de privations et de manipulation ; soit elles favorisent la liberté sexuelle au-dessus des normes sociales admises et c’est alors l’accusation de débauche. C’est alors que les « gourous aux multiples femmes » sont dénoncés, souvent sur la base de rumeurs médiatiques ou de vengeances obscures.

 

Le pouvoir : toute personne qui se trouve avoir une influence sur son entourage ou sur un groupe, qu’elle soit chef d’Etat, chef de famille, chef d’entreprise ou leader religieux est nécessairement confrontée à la question du pouvoir. Or, la plupart de ceux qui deviennent chefs de quelque chose n’y sont pas préparés, et les abus de pouvoir sont nombreux un peu partout. Alors, stigmatiser à nouveau les groupes à vocation spirituelle avec cette dérive possible est, dans une société largement corrompue, une sérieuse manipulation.

 

 

IV - La spécificité française : un imposant dispositif administratif de surveillance

 

 

Des structures de surveillance sont mises en place au niveau de chaque ministère :

 

. Ministère de la Justice, Ministère de l’Intérieur, Ministère de la Défense, Ministère de l’Economie et des Finances, Ministère de l’Education nationale, Ministère de la Jeunesse et des Sports, Ministère de la santé et de la protection sociale, Ministère de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale.

 

La description détaillée de cet arsenal est le sujet du Guide de l’agent public auquel nous renvoyons le lecteur.

 

 

Le Guide de l’agent public face aux dérives sectaires

 

Publié en 2004 par la Miviludes, ce guide est largement diffusé au sein des administrations françaises. Ce guide présente le phénomène sectaire et l’attitude que l’agent public doit avoir face à lui, comme s’il s’agissait de l’alcoolisme ou de la drogue, c’est-à-dire en tenant pour acquis l’existence et l’importance du danger. Il ne fournit pourtant rien de probant pour étayer cette thèse. Aucune référence n’est faite aux nombreux ouvrages produits sur la question  par les historiens des religions, les ethnologues ou sociologues. Aucune étude sérieuse sur les mouvements incriminés.

 

Le Guide des Maires de France contre les sectes

Il a été publié en décembre 2001 par la MILS, écrit par Alain Vivien et Jean-Paul Delevoye, Président de l’Association des Maires de France, pour mettre en garde les maires contre l’installation des soi-disant sectes dans leurs communes.

 

V - Le rôle amplificateur des médias

 

Les articles de la presse écrite tirent leurs sources quasi exclusivement des dossiers de l’ADFI et du CCMM, sans qu’aucune enquête sérieuse ni dialogue ne soit engagé avec les mouvements incriminés. Leur but est clair : alimenter les rumeurs, la peur et la haine. Ceci se constate avec le vieillissement des données que les journalistes ne se donnent pas la peine en général d’actualiser. Les journaux publient en général les droits de réponse, mais tronqués des éléments de réponse qui les dérangent.

 

Le monde de la télévision se croit généralement obligé de présenter des débats tronqués pour satisfaire un public considéré peu exigeant et friand de sensationnel. Un véritable débat, en profondeur et serein, dans un tel contexte, est loin de pouvoir se tenir.

Ces émissions de désinformation entrecoupent reportages, témoignages, sont construites de manière à présenter au mieux une image folklorique des minorités incriminées, ou attaques virulentes ou sournoises.

 

Le cas d’Internet

 

Massimo Introvigne, avocat italien, professeur d’histoire et de sociologie des religions à l’Athénée pontifical Regina Apostolorum, est un des chercheurs les plus connus internationalement sur les mouvements religieux contemporains. Il a fondé en 1988 le CESNUR (Centre d’études sur les nouvelles religions), un réseau international d’associations de spécialistes des nouveaux mouvements religieux. Il a prononcé en 1999 un discours à l’occasion de la conférence annuelle de l’Association for Sociology of religion à Chicago, sur le terrorisme anti-sectes sur Internet.

 

Certains extraits, traduits en français par l’équipe du Cicns, montrent que les groupes anti-sectes sont les principaux bénéficiaires du développement d’Internet. Les activistes anti-sectes les plus agressifs tentent de perturber systématiquement leurs cibles par le biais d’Internet. La publication d’articles incendiaires, écrits par des organisations privées subventionnées par le gouvernement, peut créer une incitation à des expressions extrêmes et parfois violentes de discrimination et de haine.

 

Ces groupes anti-sectes extrémistes sur Internet utilisent trois méthodes :

. ils tentent de déshumaniser ou de diaboliser leurs cibles

. ils entretiennent les théories de la conspiration ( pour le pouvoir politique notamment)

. ils discréditent systématiquement les universitaires et autres chercheurs par des attaques personnelles ou en faisant croire qu’ils sont employés et payés en sous-main par les sectes.

 

Le but des mouvements anti-sectes est de découvrir des histoires secrètes ou des documents cachés plutôt que de discuter de la valeur intrinsèque du travail de l’universitaire ou du chercheur. Si la victime des attaques ne fait pas de procès, ils disent alors que cela doit être vrai puisqu’il n’y a pas eu de procès. Si au contraire, la victime amène l’affaire en justice, elle est présentée comme un ennemi de la liberté sur Internet, l’effet étant de mobiliser aussitôt la solidarité entre internautes.

 

Les statistiques confirment qu’en dehors d’un petit nombre d’utilisateurs, peu de personnes sont intéressées par les débats offensifs sur les sectes sur Internet. La guerre anti-sectes sur Internet mobilise donc peu de monde et pourtant, elle porte un très grave préjudice aux mouvements ciblés ; en effet, de très nombreuses personnes qui cherchent une information sur Internet sont dissuadés d’aller plus loin lorsqu’ils tombent sur les sites des extrémistes anti-sectes.

 

Une note d’espoir vient des Etats-Unis où des « bloggers » sur Internet parviennent à mettre fin aux agissements de certains journalistes dont les reportages étaient truqués, à des fins d’audimat. Ainsi les médias traditionnels seront peut-être aussi contraints de rendre des comptes à des citoyens qui ne peuvent plus se satisfaire d’articles écrits sans aucune recherche et de commentaires enflammés sans fondement.

 

 

VI - La Circulaire Raffarin du 27 mai 2005 relative à la lutte contre les dérives sectaires

 

Cette circulaire signée Jean-Pierre Raffarin est trop récente pour savoir quel en sera l’effet sur la politique française vis-à-vis des mouvements incriminés dans la liste de 1996.

Nous retenons de cette circulaire les termes suivants :

 

« Aussi a-t-il été décidé, plutôt que de mettre certains groupements à l’index, d’exercer une vigilance particulière sur toute organisation qui paraît exercer une emprise dangereuse pour la liberté individuelle de ses membres afin d’être prêt à identifier et à réprimer tout agissement susceptible de recevoir une qualification pénale, ou plus généralement, semblant contraire aux lois et règlements. (…)

Cette vigilance doit s’exercer en tenant compte de l’évolution du phénomène sectaire, qui rend la liste de mouvements annexée au rapport parlementaire de 1995 de moins en moins pertinente. On constate en effet la formation de petites structures, diffuses, mouvantes et moins aisément identifiables, qui tirent en particulier parti des possibilités de diffusion offertes par Internet. »

 

La suite de cette circulaire confirme tout le dispositif mis en place, avec la Miviludes et ses correspondants régionaux, les préfets , les ministères, les services compétents de police et de gendarmerie etc.

 

Comment l’écrivent les députés Vuilque, Fenech et Brard dans La Revue parlementaire de juin 2005, « contrairement à certaines affirmations, la circulaire ne préconise absolument pas d’en finir avec la liste parlementaire. (…) Mieux encore, par cet arrêt, le Conseil d’Etat confirme l’intérêt « informatif » de la liste parlementaire qui reste donc une référence pour le travail de prévention et de lutte contre les dérives sectaires.(…) C’est pourquoi parlementaires de droite comme de gauche ont déposé plusieurs propositions de commissions d’enquête parlementaire afin qu’un nouvel état des lieux de la mouvance sectaire puisse être établi et que des sujets particuliers comme la formation professionnelle, la santé et la protection des enfants soient traités. »

 

 

VII - La situation de Nouvelle Acropole en France

 

Nouvelle Acropole a été créée en France en 1973, par Fernand Schwarz, anthropologue, auteur de nombreux ouvrages sur la pensée symbolique, les traditions de l’Egypte ancienne et de l’Amérique précolombienne, l’histoire de la philosophie occidentale, la symbolique des cathédrales, la symbolique de Paris.

 

Décoré de la Croix des Arts, Sciences et Lettres en 1985, il réalise pour la chaîne de télévision FR3 une série d’émissions Architecture et Géographie sacrée avec la réalisateur Paul Barbanegra. Il est l’initiateur de nombreux colloques à la Sorbonne, à la Domus Medica à Paris, sur la pensée traditionnelle et symbolique. Il invite des personnalités comme Jean-Pierre Bayard, Jean Chevalier, Marie-Madeleine Davy, Antoine Faivre, Stéphane Lupasco, Mircea Eliade, Gustave Thibon, Michel Maffessoli, Edgar Morin, Gilbert Durand  ….

 

Il organise des activités, des films, des expositions avec le parrainage des consulats et ambassades d’Egypte, du Mexique etc.  Ses ouvrages sont publiés chez Albin Michel, aux éditions du Félin et aux éditions du 8ème jour. Il est chargé de cours pendant de nombreuses années à l’Ecole d’Anthropologie de Paris et y dirige des travaux de thèses.

 

Bref, il mène de 1973 à 1996 une intense activité publique d’écrivain et de conférencier, en tant que responsable de Nouvelle Acropole France, dont les médias se font l’écho à travers des articles nombreux et élogieux.

 

Puis, en 1996, Nouvelle Acropole est citée dans le fameux rapport parlementaire, parmi les 172 mouvements incriminés. Commencent alors des difficultés pour l’association Nouvelle Acropole qui subit l’influence de rumeurs relayées par la presse. Un attentat a même lieu à son siège parisien en août 1996. Le public pourtant continue de suivre ses activités et soutient le mouvement mais plusieurs Ecoles qui s’étaient ouvertes en province, ferment, victimes du discrédit et de la rumeur.

Le fossé se creuse ainsi entre la France et tous les autres pays où est installée Nouvelle Acropole, où elle jouit d’une excellente réputation et où ses activités sont reconnues pour leur qualité et leur efficacité citoyenne.

 

 

VIII – La philosophie, un combat pour la liberté de pensée et d’expression

 

 

Nous reprenons ci-dessous des propos que nous jugeons pertinents, tenus par Jean Baubérot, directeur du groupe de sociologie des religions et de la laïcité du CNRS, titulaire de la chaire Histoire et Sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études (Sorbonne).

 

« La société française actuelle a tendance à sous-estimer les risques ordinaires et à surestimer les risques qui viennent de ses marges. Il y a un écart entre des principes qu’on veut les plus beaux du monde (désir bien français) et la pratique. Il y  a un grand écart entre les lois qui protègent les libertés et l’arbitraire administratif. Voyez la fameuse liste des sectes du rapport parlementaire, qui n’a aucune valeur ni scientifique, ni juridique, mais qui fait force de règle administrative puisqu’elle sert à accuser des groupes. (…) On joue avec les émotions primaires de l’être humain. On est dans l’irrationnel. La société dans les années 70 était moins conformiste. Aujourd’hui, la société a tendance à ne pas se poser de questions sur elle-même. Elle les reporte sur ses marges. Ce battage médiatique sur les sectes témoigne de la mauvaise santé de la société, et il est bien connu que chaque pays est aveugle sur ses propres maux. Il semble qu’on soit entré dans une socio-rigidité, souvent déguisée en douceur totalitaire. La haine est souvent le revers du désespoir, de l’impression profonde d’une société qui meurt, et qui meurt parce qu’on la tue. La haine s’appuie sur une pensée figée, un refus du changement et de l’altérité, une incompréhension de la réalité qui est multiple et en constante évolution. Il faut noter aussi la spécificité de la France en ce domaine : il y a dans ce pays une difficulté à accepter le réel, à accepter le non-conformisme culturel et la différence religieuse.

 

Le courage intellectuel consiste à savoir garder raison, à conserver sa liberté de pensée et d’expression en toutes circonstances, à refuser toute forme de dogmatisme. Certes, c’est courir le risque de l’incompréhension. Plus la société est frileuse, et c’est le cas aujourd’hui, plus elle est à court d’arguments rigoureux, moins elle tolère le refus de diaboliser celui qui diabolise. Ce sont pourtant de tels refus qui la sauvent du conformisme.

 

Ainsi les porteurs de haine peuvent-ils se penser très tolérants, car ils s’estiment en situation de légitime défense. La légitime défense fait du meurtre un non crime… Il y a du sectarisme dans les mouvements anti-sectes, qui les apparente à ceux qu’ils souhaitent dénoncer. Pour sortit de ces effets-miroir sclérosants que sont les haines et les contre-haines, élargissons le champ de la mémoire. Il ne faut pas céder à l’idéologisation du désenchantement. Il faut un combat où l’intelligence supplante la haine. Les combattants peuvent se retrouver unis dans un même refus, celui de se retrouver normalisés par la pensée correcte, cette non-pensée, ce conformisme social, culturel, politique, religieux que toute société, même démocratique engendre, La pacification est partie intégrante de la victoire démocratique. »

 

 

IX. Annexes

 

. Un rapport parlementaire contesté (extraits de presse)

. Circulaire du 27 mai 2005 relative à la lutte contre les dérives sectaires

. La revue parlementaire de juin 2005

. Analyse du livre de Bruno Etienne, La France face aux sectes, septembre 2002

. La FAQ du Cicns

. A-t-on le droit de croire ce que l’on veut ? entretien avec Jean Baubérot

. Coupures de presse nationales et régionales sur Nouvelle Acropole

. Interview de Fernand Schwarz : un mouvement en question

. Nouvelle Acropole : contributions sociales et culturelles

. Témoignages de personnalités : Edgar Morin, Michel Maffessoli

. Extrait du Que sais-je ? écrit par Antoine Faivre sur l’ésotérisme