Aller à la page Formation aux Sagesses d'Orient et d'Occident

Agenda

Consulter l'agenda complet

  • Café Philo : Comment faire face à l'insatisfaction ?
    jeudi 10 janvier 2019 à 19h30
    19 Bd Louis Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche
    jeudi 31 janvier 2019 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

  • Les grandes oeuvres philosophiques. Aphorismes sur la sagesse dans la vie d'Arthur Schopenhauer
    jeudi 7 février 2019 de 10h à 12h
    19 Bd Salvator 13006 Marseille

Conscience écologique

d'aprés Antonio Martin Lopez, traduit de l'espagnol

 

 

Impact social de l'écologie


A l'heure où tout un chacun, ou presque, se réclame de l'écologie, mais où rien n'est fait, ou presque, et où elle est le plus souvent détournée à des fins intéressées, comment gagner la bataille écologique ? L'auteur, après avoir évoqué l'histoire de l'écologie et analysé la façon dont s'articulent les principales forces politiques, économiques et culturelles dans ce domaine, préconise le développement d'une science pluridisciplinaire, l'écosociologie, qui s'intéresse aux comportements de la société face aux problèmes modernes d'environnement.

Lorsque Haeckel, naturaliste, élève de Darwin, proposa le terme écologie à la fin de l'année 1865, on le considéra comme un personnage excentrique, sinon fou tout au moins "anormal". La vision romantique, si encline à identifier la nature à un paysage serein, esthétique et tendre, était encore puissante. On observait, de loin, une nature encadrée et immobile. C'est ainsi que naquit l'idée de préserver le paysage, comme s'il s'agissait d'une peinture à l'huile. L'idée de préserver l'air, l'eau, la terre ou la faune n'existait pas encore.

Au XXe siècle, vers les années 60, on a fait un timide pas en avant : la Nature n'était plus seulement belle, il fallait aussi s'en occuper et la protéger d'urgence. Cependant, c'était l'époque du "développement" impérieux, de la consommation à outrance. Si quelqu'un se plaignait, il était taxé de réactionnaire, d'ennemi du progrès et du peuple. Parler de nature, c'était réveiller une réaction judéo-chrétienne tardive de pitié et d'amour envers les animaux. Un petit animal inspirait de la tendresse s'il était joli et gracieux ; s'il était laid et encombrant, jaillissait immédiatement le : "Avant de sauver cet animal, pensez à l'homme!"

Dans les années 70, on redécouvrit l'écologie. Elle fit fureur dans l'opinion publique et les jeunes la prirent très au sérieux. C'est alors que des politiciens s'approprièrent la discipline de Haeckel et la transformèrent en ce qu'on a défini plus tard comme une "écologie de salon". C'était la mode : des politiciens opportunistes, mais également des spéculateurs de l'urbanisme dissimulaient leurs intérêts égoïstes sous des discours et des slogans faisant référence à leur "intérêt" pour la nature. Dans le camp opposé, se nichaient les revendications plus démagogiques des nouveaux et nombreux vandales, sous couvert d'une fausse appropriation sociale du bien collectif.

Aujourd'hui, on parle volontiers d'écologie dans les milieux intellectuels, mais on ne fait pratiquement rien, et pire, on n'en tire aucune conclusion. Depuis quelques temps, un véritable jeu, typique des partis, s'est instauré. Tout le monde revendique le titre de "défenseur de la nature" : les constructeurs qui envahissent les côtes et les montagnes, les chasseurs, les forestiers qui quadrillent de routes nos montagnes. Certains hommes politiques se déguisent en écologistes pour défendre leurs propres intérêts ou désapprouver un projet selon qu'il bénéficie ou non à un groupe d'intérêts.

Pourtant, une chose est sûre : on ne pourra gagner la grande bataille de l'environnement sans avoir pris conscience de son importance et du fait qu'elle nous concerne tous, collectivement et individuellement.

La véritable écologie nous enseigne que toutes les créatures vivantes sont étroitement reliées par des interrelations complexes au sein du simple et beau dessein de la nature, encore bien incompris.

Elle nous permet de nous situer dans un immense univers vivant dont notre planète et notre système solaire ne sont qu'une partie à l'intérieur d'un tout. Nos cellules, êtres vivants, se regroupent pour former des tissus qui s'unissent pour former des organes, lesquels composent des systèmes donnant lieu à l'unité fonctionnelle qu'est notre corps. Ainsi est tissé l'univers dans lequel tout est relié et où tout est interactif, même si nous ignorons l'immense majorité de ces relations. La véritable écologie nous fait découvrir que cette planète, à la surface de laquelle nous habitons, est elle aussi un être vivant avec toutes les manifestations complexes que cela entraîne. Nous partageons son hospitalité avec beaucoup d'autres êtres qui poursuivent également leur périple évolutif : les minéraux, les végétaux, les animaux, avec lesquels existent inévitablement une relation et des influences réciproques.

Cette écologie s'intéresse à la conservation de la nature et à l'exploitation rationnelle de ses ressources ; elle s'intéresse à la Terre en tant que milieu naturel originaire, à toutes ses créatures vivantes et à l'humanité elle-même qui doit vivre en harmonie avec la nature.

A l'évidence, il ne s'agit pas d'élucubrations philosophiques abstraites, mais d'aspects fondamentaux de la psyché humaine, de l'orientation de la société et donc du rôle de l'homme, individuellement et collectivement, dans le respect du milieu ambiant naturel et pour son avenir.

Les sociétés les plus avancées ont compris que la survie future de l'humanité et, à plus court terme, son bien-être psychologique et physique, dépendent des choix que fera l'homme d'aujourd'hui dans sa façon d'exploiter les dons et ressources de la nature. Cependant, alors que tout le monde se déclare pour la défense de la nature, il est important d'essayer de comprendre somment sont articulées les principales forces politiques, économiques et culturelles en ce domaine.

Il y a trois aspects différents :
Usage égoïste des biens naturels : c'est logiquement la première phase chronologique. Il s'agit de l'exploitation et de la spéculation anthropocentrique au profit d'intérêts individuels, sectoriels ou locaux. C'est une réalité connue de tous et toujours d'actualité, bien que certains moyens développés à son encontre, comme la condamnation sociale, finissent par être plus efficaces que la condamnation juridique elle-même.

Usurpation démagogique des valeurs communautaires : très à la mode, aussi, les interminables discours politiques sur les droits, les compétences et les revendications de la collectivité et des organes locaux. Quand personne n'a envie de défendre une zone déterminée par exemple, on brandit subitement l'argument de la décentralisation et de la démocratie directe comme obstacle insurmontable.

Indifférence "académique" face à la culture de l'environnement ou le rejet culturel généralisé : c'est la troisième phase, très actuelle. Avalisée par des élucubrations stériles et sectorielles sur les limites de la protection de la nature et ses contre-indications. Ce discours est souvent confié à des porte-paroles compétents et au-dessus de tout soupçon qui utilisent les moyens les plus épurés de la science et de la technologie. Culturellement parlant, on commence par affirmer qu'il est nécessaire d'adopter des prises de position ouvertes et globales mais on en arrive fatalement à la conclusion qu'on ne peut rien résoudre sans s'adresser aux "vrais spécialistes" (qui ont bien évidemment des optiques ultra-sectorielles). Il en résulte une désorientation totale pour l'homme de la rue permettant de fréquentes collusions entre les pouvoirs politiques et/ou les pouvoirs économiques.

Cette triple alliance devient vite une véritable calamité qui rend impossible la moindre révolution écologique authentique. En outre, elle justifie la consommation accélérée des ressources naturelles au bénéfice de quelques-uns.

Comment éviter le désastre ?

La solution existe et consiste en une culture de l'environnement nouvelle et plus profonde. La force des idées doit prévaloir sur le pouvoir des intérêts.

Il faudrait générer une attitude ou une vision pluridisciplinaire que l'on peut définir comme écosociologie, science qui s'intéresse aux comportements de la société face aux problèmes d'environnement modernes, à l'aide de tous les moyens disponibles. Elle doit aussi se consacrer à la découverte des véritables raisons de ces comportements.

Cette discipline évoque ce qu'on appelle l'écologie profonde, développée par les spécialistes de l'environnement comme Arno Naess, Edward Goldschmidt et Fritjof Capra, qui ne se limite pas à la description des faits historiques ou aux comportements individuels et sociaux, mais qui va plus loin, envisageant d'autres aspects, jusqu'à un terrain inexploré dans lequel les sciences exactes traditionnelles et les sciences sociales se rejoignent.

A la différence de l'écologie humaine (de Amos Hawley), discipline parallèle et convergente, l'écosociologie englobe, de fait, des connaissances de sociologie, de psychologie, d'histoire, de géographie humaine, de géographie urbaniste, d'économie et de droit.

Il faut abandonner les vieilles idées, libérer notre esprit des préjugés ataviques, avoir le courage de modifier la mentalité générale, les modèles de comportement et les échelles de valeurs. Il faut éliminer sans pitié certains mythes de notre temps, comme l'anthropocentrisme à outrance, le développement linéaire illimité et la vision finaliste de la science et de la technologie, critères encore intouchables de l'évolution de notre civilisation. Il est évident que la notion de civilisation est quelque chose de plus profond et de plus vivant, qui ne se manifeste pas si elle n'est pas présente à l'intérieur de l'être humain.